“Les avocats n’ont qu’un seul mot d’ordre : le retrait” !

Entretien avec un avocat membre du Syndicat des de France (SAF)

Entretien avec Maitre renger Tourné, Avocat au Barreau de Paris, membre du Syndicat des Avocats de France (SAF) 

INITIATIVE COMMUNISTE –  En quoi la réforme à points est-elle une injustice aux yeux d’une majorité d’avocats ?

Pour les mêmes raisons que les salariés du secteur privé en définitive. Notre caisse de retraite est certes autonome, mais repose sur les mêmes principes de fonctionnement que les régimes CNAV et AGIRRC-ARCCO, à savoir qu’elle offre aux avocats un régime dualiste avec un régime de base et une complémentaire par points. La réforme tend ainsi à supprimer le régime de base qui est le seul qui soit solidaire et qui assure aux avocats les moins fortunés – mais les plus nombreux et de plus en plus nombreux puisque la profession se paupérise assurément -, une pension d’un montant minimum de 1.400 euros. Avec la réforme, les taux de cotisations des avocats de la première tranche verront leurs cotisations doubler de 14% à 28% alors que dans le même temps, leur minimum vieillesse passera à 1.000 €. Il ne faut donc pas être un génie pour comprendre pourquoi la masse des avocats, celle qui défend au quotidien les justiciables les plus modestes, est vent debout contre la réforme.

Initiative Communiste : s’agit-il d’une lutte purement sectorielle ou d’un combat de portée sociale et sociétale plus générale ?

Ce n’est pas une lutte sectorielle, bien que les discours des représentants de la profession – la Présidente du CNB et le Bâtonnier de Paris notamment – recentrent systématiquement le débat sur la caisse autonome (CNBF), en lui prêtant d’ailleurs des mérites qu’elle n’a pas (l’âge légal d’attribution du taux plein est de 67 ans, ou alors 62 ans mais avec 166 trimestres d’assurance ; lorsque l’on sait que l’âge moyen d’entrée dans la profession est de 28/29 ans…). La grande masse des avocats n’est absolument pas autocentrée mais ouverte sur les autres, solidaires avec les cheminots, les agents RATP, les fonctionnaires et tous les travailleurs en grève. Elle manifeste dans la rue avec et parmi eux. Les avocats ne sont ainsi pas dupes : on sait très bien que si des promesses devaient nous être faites, comme il a été fait aux policiers ou autres, ce serait pour mieux revenir dessus une fois la réforme passée pour le plus grand nombre. Le mouvement actuel des avocats n’a qu’un seul mot d’ordre : le retrait de la réforme dans son entièreté.

Initiative Communiste : les violences policières s’abattent encore plus fortement que sous Sarkozy ou sous Manuel Valls contre les manifestants, y compris parfaitement pacifiques. Les avocats font-ils le lien entre la casse des acquis sociaux et le fascisant démontage actuel des libertés démocratiques ?

Totalement. Hier encore, les avocats parisiens ont protesté lors de la rentrée solennelle du Tribunal judiciaire de Paris, non seulement contre la réforme des , mais en regard aussi de la dérive autoritaire du régime Macron. Cette dérive est visible lors des manifestations, avec des violences policières insoutenables, mais elle existe également à l’hôpital avec un manque de moyens cruel, et dans les prétoires avec des déferrements en comparution immédiate démultipliés, alors même que les avocats parisiens sont en grève et qu’il n’y a plus de désignation de commis d’office. On a ainsi, tous les jours, des dizaines de justiciables jugés sans avocat, donc sans défense ! Mais paraît-il, la France est terre des droits de l’homme…

Initiative Communiste: Que signifie la symbolique du jet de la robe noire sur les pas de la ministre Béloubet ?

Il y a, me semble-t-il, une double symbolique. Sans la robe, nous ne sommes plus avocats puisque nous n’avons pas le droit de plaider sans. En jetant la robe, on figure ainsi la mort de la profession qu’infligera la réforme. Ensuite, en « crachant » de la sorte notre robe, on marque notre rupture définitive avec la ministre, et notre mépris en retour du sien.

Initiative Communiste : n’est-il pas paradoxal que certaines actions des avocats semblent bordurer l’illégalité, comme le leur a reproché la ministre ?

Nous ne sommes pas mieux ni moins bien que les autres. L’exaspération des avocats, qui est démultipliée, peut donc nous conduire à des actions spectaculaires, mais pas illégales. Ce qui est illégal en revanche, c’est d’interdire aux avocats de circuler librement, mais plus encore de les nasser comme des hooligans, dans leur propre Palais de justice, comme cela fut le cas le 10 janvier à Paris. Une honte.


Maitre Bérenger Tourné répond aux questions de RT France