La précarité étudiante à l’heure du confinement par les JRCF #COVID-19

Les et le PRCF maintiennent leur appel à respecter le plus strictement possible les gestes barrières et à tenir le , seule possibilité pour l’instant d’endiguer la propagation du virus. La jeunesse française doit montrer l’exemple et éviter de désobéir à ces prérogatives.

Cela étant dit, nous ne sommes pas aveugles à la réalité du confinement, car que vous soyez grand ou petit, celui-ci ne sera pas le même. S’il faut un seul exemple, prenons l’actuel président du MEDEF qui fait des aller-retour entre sa résidence secondaire et Paris sans prendre d’amendes ni subir des intimidations policières !

Nous ne nous leurrons pas sur la condition de certains jeunes précaires, dont les étudiants, obligés de rester dans leur logement de quelques mètres carrés, seuls, sans argent bien souvent et avec à peine de quoi manger. Si la solidarité de la base du peuple n’était pas là, certains ne mangeraient même pas ! Il ne faut surtout pas compter sur la macronie pour aider !

La rédaction des JRCF a décidé de vous offrir cette revue de presse pour que chacun de nos lecteurs puisse se faire une idée bien précise de l’extrême dans laquelle on laisse les étudiants de France.

Les JRCF rappellent encore une fois leur pleine solidarité avec la jeunesse précarisée. Nous nous battrons toujours à leurs côtés !

http://jrcf.over-blog.org/2020/04/revue-de-presse-la-precarite-etudiante-a-l-heure-du-confinement.html


Revue de presse

Coronavirus à Bordeaux : Des étudiants isolés et en « détresse psychologique » dans un campus déserté

Depuis quelques jours, sur le campus de Pessac, l’Espace santé étudiants a « doublé » ses permanences téléphoniques. Au bout du fil, beaucoup d’appels d’étudiants « anxieux », voire en « détresse psychologique ». Depuis le 17 mars, début du confinement lié à l’épidémie de Covid-19, près de 3.000 étudiants, selon le Crous, seraient isolés sur le plus gros campus de Bordeaux. Dans cette mini-ville bordée par les vignes et la rocade, Resto U, cafet’ et associations étudiantes sont fermés et, entre deux grands amphis aujourd’hui abandonnés, on ne croise plus que des étudiants masqués, sans cours ou cherchant de quoi manger.

« Depuis que nous avons ouvert la ligne d’urgence*, nous avons reçu plus de 180 appels d’étudiants très demandeurs. Des jeunes en stress et détresse psychologique ou d’autres qui ont simplement besoin de parler à notre infirmière », explique à 20 Minutes Anne-Cécile Rahis, directrice adjointe de l’Espace santé étudiants. Parmi eux, Jessica**, 22 ans. « Ce jour-là, je n’ai parlé qu’à cette personne au bout du fil. Franchement, c’est dur. Je suis seule, loin de mes amis et je n’ai même plus de quoi faire des courses », témoigne la jeune étudiante en sociologie, coincée dans son 9 m2.

Une distribution de colis remplis de produits de première nécessité

Sur le campus, il y a aussi Ismaël, doctorant en droit à Bordeaux, qui ne pouvait pas rentrer en Côte d’Ivoire. Le jeune homme rencontré par un confrère de l’AFP était intérimaire et n’a désormais plus de mission. « Je fais avec le peu que j’ai », confie-t-il, c’est-à-dire « 60 à 70 % » en moins dans le portefeuille. Comme tous les étudiants isolés du campus bordelais, Ismaël peut aujourd’hui appeler à la rescousse les bénévoles deSolidarité-Continuité alimentaire Bordeaux, collectif citoyen monté dans « l’urgence » par des militants syndiqués et qui distribue des colis remplis de produits de première nécessité. Dans les cartons ? Trois kilos de féculents (riz, pommes de terre, etc.), pour 800 grammes de conserves, de la « sauce pour les pâtes », du café, du dentifrice, du papier toilettes ou encore des serviettes menstruelles.

« Le campus a été déserté. Les étudiants qui sont restés sont ceux qui étaient déjà dans une situation d’isolement. Étrangers, ils étaient loin de leur famille, en rupture familiale, ils sont désormais sans leurs amis. Certains, en grande précarité, n’ont aujourd’hui plus leur job, explique Jérôme, membre fondateur du collectif et enseignant chercheur en physique. Bref, on se sent utile avec nos colis. »

Preuve en est, depuis la diffusion du formulaire de contact par mail et dans les halls des cités U, Solidarité-Continuité alimentaire Bordeaux croule sous les demandes, 840 en quinze jours pour 700 colis distribués. « La précarité étudiante n’était pas un secret. En temps normal, 20 % des étudiants vivent sous le seuil de , on savait que durant cette drôle de période, ça allait empirer », note Jérôme. Alors une semaine avant le confinement, le militant et son cercle d’une quinzaine de rompus à l’exercice lancent le collectif citoyen. Chacun y va de ses fonds propres pour rassembler jusqu’à 20.000 euros. Mais « ce n’était pas jouable comme ça », précise Jérôme. Une cagnotte Leetchi est lancée. Elle cumule, ce mercredi, plus de 47.000 euros. Une belle somme qui ne rassure pourtant pas les bénévoles qui craignent « de ne pouvoir tenir jusqu’au bout du confinement ».

« Certains étudiants sont confinés avec des punaises de lit »

Et en attendant de pouvoir débloquer cet argent, au local prêté par l’université de Bordeaux, les bénévoles, tous masqués et passés à l’étape gel désinfectant, s’activent pour préparer les colis. Sur le terrain, deux autres équipes se relaient pour faire les courses et la distribution. Le portage se fait au pied de l’immeuble, un à la fois. « Au début, le Crous et l’université étaient plutôt réticents à nous aider, aujourd’hui on a ce local et d’autres initiatives solidaires ont été lancées. C’était incontournable, surtout quand on sait que certains sont confinés avec des punaises de lit », ajoute le cofondateur du collectif qui réclame que le Crous ne fasse pas payer les loyers à l’ensemble des étudiants restés confinés.

Un Crous qui signale dans un communiqué que quelque 70.000 euros d’aides « sur évaluation sociale » ont été attribués à 500 étudiants depuis le confinement. À ceci s’ajoutent 60.000 euros en bons d’achat et le portage de 200 colis alimentaires. Depuis le 16 mars, le service social coordonne également la distribution de nourriture et de médicaments (sur prescription médicale) aux étudiants touchés par le .

Téléphoner chaque jour à ce jeune homme qui « vraiment ne va pas bien »

De son côté, l’université de Bordeaux a déclenché un dispositif pour, dit-elle, « parer aux situations les plus urgentes ». Les étudiants peuvent solliciter « une aide de 200 euros par mois de confinement pour les besoins de première nécessité » et/ou de 300 euros pour l’acquisition d’un ordinateur pour continuer à se former. L’université aurait également distribué une centaine d’e-cartes Carrefour d’un montant de 50 euros.

« Nous avions commencé par une ligne standard, nous sommes vite passés à deux, se rappelle Anne-Cécile Rahis. Nous avons également reconsidéré notre offre de santé. Il a fallu nous ajuster, coordonner nos efforts pour ne laisser aucun étudiant souffrir pendant ce confinement. » L’Espace santé de l’université propose aujourd’hui des téléconsultations médicales, une assistance sociale, un soutien psychologique, des ateliers de gestion du stress mais aussi un soutien particulier aux étudiants qui présenteraient des risques suicidaires.

Coronavirus : ces étudiants nantais isolés et confinés en cité U

Ils sont étudiants à Nantes et vivent dans des chambres de 9 à 18 m2, en cité ou résidence universitaire. Beaucoup ont quitté leur logement à l’annonce du confinement, mis en place à cause de l’épidémie de coronavirus, le 16 mars. D’autres continuent de partir, depuis que l’université de Nantes a annoncé qu’il n’y aurait plus de cours en présentiel d’ici la fin juin.

À Nantes, 35 % des étudiants sont restés vivre en cité universitaire, pendant le confinement, souvent plus par contrainte que par choix. Ils sont soit étudiants étrangers, soit dans l’impossibilité de rejoindre leur famille, car en rupture ou pour des raisons matérielles. Le Crous tente de rendre leur isolement moins difficile en mobilisant ses agents – ceux qui peuvent encore travailler. Agents de maintenance ou de service, mais aussi personnels de restauration, reconvertis dans d’autres fonctions…

À la cité universitaire Launay-Violette, près des facultés, une centaine d’étudiants vivent confinés, sur 270 logements, habituellement pleins. Les salles collectives sont fermées (salle de convivialité, salle informatique), à l’exception de la cuisine où les gestes barrières doivent être respectés, et la laverie. Les étudiants vivent avec cette sensation d’isolement, dans une ambiance qui n’a plus rien à voir avec la normale. Roza, Grâce Modeste, chassent le blues comme ils le peuvent, en attendant des jours meilleurs.

Peu d’étudiants sont malades du Covid-19. Le Crous n’en a répertorié que trois ou quatre, parmi ceux qui sont logés dans ses cités U et résidences. En cas de suspicion, des mesures ont été prises pour les aider : distribution de repas, notamment. Les agents présents sont tous munis de gants et de masques et n’entrent jamais dans les chambres lorsque les étudiants y sont.

Confinement. Les étudiants stagiaires dans l’attente et l’incertitude

Des milliers d’entreprises sont à l’arrêt partout en France. Impossible donc d’accueillir un stagiaire dans ces conditions, même pour les entreprises qui ont mis en place le télétravail. Ainsi, de nombreux étudiants ont vu leur stage annulé. C’est le cas de Clara, étudiante en première année à l’École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Elle devait rejoindre une exploitation agricole à Montpellier (Hérault). « L’exploitant a préféré annuler par mesure de sécurité », précise-t-elle sans cacher sa déception : « Ça m’a mis un gros coup au moral. »

Essentiel dans son cursus supérieur, ce stage se déroule en avril et en juillet, afin de découvrir deux périodes du maraîchage : la plantation et la récolte. L’étudiante de 22 ans craint que cette annulation soit un manque criant dans sa formation : « Ce stage permet d’appliquer sur le terrain ce qu’on apprend en cours. S’il n’y a pas de solution pour rattraper ce stage ce sera un vrai problème pour notre apprentissage. »

Manque d’accompagnement

La plupart des étudiants regrettent un manque d’accompagnement de la part de leur établissement. « Je n’ai pas pu compter sur mon école. Que sur moi-même, estime Leana, en troisième année à l’ICD Business school Paris. Je suis en relation avec une personne chargée de l’insertion professionnelle par mail, mais en ce qui concerne le côté concret et opérationnel, on doit se débrouiller seul. L’école nous donne peu d’alternatives. »

L’étudiante a dû trouver un stage en quelques semaines pour remplacer son échange universitaire à Shanghai, annulé à cause de l’épidémie. « J’ai commencé le 4 mars dans une entreprise du secteur alimentaire. Le 16 mars, le confinement a été annoncé. Après toutes ces péripéties, j’ai fait huit jours de stage. Quelle déception ! »

Le syndicat étudiant Unef s’inquiète du sort de ceux pour qui le stage est obligatoire afin d’obtenir le diplôme. Majdi Chaarana, son vice-président, réclame « une neutralisation de la note pour que tous les étudiants puissent obtenir une note minimale de 10 ».

Télétravail ou report de stage

Le travail à domicile est l’une des solutions privilégiées. Pour éviter l’annulation du stage lorsque le télétravail est impossible, certains établissements proposent un report. La durée du stage peut aussi être revue à la baisse, les modalités d’évaluation adaptées ou le lieu du stage modifié. À l’Université Rennes-1« le stage peut être remplacé par un projet tutoré, un mémoire, une simulation de mise en situation professionnelle ». La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, assure que « les absences de stages ne doivent pas pénaliser les étudiants pour l’obtention de leur diplôme ».

Sarah, étudiante en dernière année de master culturel à l’Université d’Angers, espère que les examinateurs seront « indulgents » face à cette situation inédite. Même si la jeune femme peut télétravailler, l’inquiétude demeure : « J’ai l’impression de passer à côté de certaines missions. C’est un stage de fin d’études crucial, où il est important d’acquérir un maximum de compétences. »

Une aide financière

En accord avec les organisations étudiantes représentatives et les conférences d’établissements, une partie de la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), qui représente cette année un budget de 139 millions d’euros, sera utilisée pour « répondre aux besoins matériels les plus urgents des étudiants particulièrement affectés par les conséquences de la crise », précise le ministère de l’Enseignement supérieur. Ce soutien financier est à destination « des étudiants qui avaient, avant la crise, un job ou un stage gratifié dont ils dépendaient pour subvenir à leurs besoins ». Dix millions d’euros supplémentaires ont été débloqués par la ministre, Frédérique Vidal, pour « des aides spécifiques d’urgence attribuées par les Crous ».

Clément, 20 ans, étudiant confiné dans 9 mètres carrés

Neuf mètres carrés : c’est la taille d’une chambre de cité Universitaire. “Un couloir avec toilettes, lavabo, un lit et un micro-ondes pour faire réchauffer des conserves” décrit Clément Guyou, 20 ans, étudiant en deuxième année de psychologie. Il est coincé là depuis le 17 mars, comme quelques dizaines d’autres jeunes gens sur le campus – ils viennent de toute la métropole, mais aussi des Outre Mer et extra-communautaires aussi. 

Impossible évidemment de pousser les murs du logement. Et l’exiguïté devient franchement pesante. “Je suis dans un tout petit espace, je me sens vite à l’étroit, concède t-il. Et il commence vraiment à tourner en rond. : “Ça me donne envie de sortir. Très, très envie de sortir, ne serait-ce que prendre l’air. Mais ça me fait mal aussi de me dire que je dois retourner ensuite dans ma petite chambre”. 

Des journées qui se ressemblent

L’emploi du temps de Clément Guyou tient de la routine : coups de téléphone à des amis, un appel vidéo avec la famille de temps en temps, jeux en ligne avec des copains et travail universitaire en fin de journée quand le réseau Internet vacille moins. Avec juste une heure de sortie quotidienne, ses journées sont interminables. “Quand je vais en cours, dit-il, j’ai toujours des cours variés, j’ai des journées différentes. Là, c’est tout le temps la même journée qui se répète. Une journée en boucle quoi !” D’autant plus rageant qu’il a fait un temps printanier ces derniers jours, et que la chaleur s’accumule dans la pièce. Cela fait ainsi quelques nuits qu’il dort mal à cause de la chaleur. “Ça commence à être embêtant” reconnait Clément. “J’ouvre la fenêtre mais du coup les bestioles rentrent.”

L’étudiant voit peu de monde, un peu piégé dans sa petite pièce. Il appréhende aujourd’hui, autant la poursuite du confinement que la perspective du déconfinement. “Ah, oui. Ça m’a fait bizarre, l’autre jour, de m’adresser à la caissière quand je suis allé faire mes courses” admet-il. “Je perds l’habitude de parler à des gens. Je suis tellement éloigné et isolé, qu’au moment où l’on me parle en vrai, je me trouve gêné”.