Cet entretien avec Maurice Lemoine, journaliste spécialiste de l’amérique latine résume bien la position géopolitique du Honduras, pour les Etats-Unis et L’ingérence militaire et politique de ces derniers.

Le Honduras passe souvent inaperçu dans les médias dominants. Pourtant c’est LA pièce maitresse des États-Unis en Amérique Centrale. Le géant impérial avait contribué au renversement du président Manuel Zelaya en 2009. Depuis cette date fatidique, les dirigeants putschistes avait transformé le pays en un narco-État et un État failli. Sur les décombres, la résistance s’est organisée et le Peuple a porté Xiomara Castro, politicienne de longue date et femme de l’ex président Zelaya, au pouvoir.

Qui est Xiomara Castro, la femme qui a mis fin au premier « coup d’État soft » d’Amérique latine ?

le reportage de nos confrères des les2rives.info

extraits

En 2005, dans le cadre de la campagne présidentielle de son mari, elle a fait ses premiers pas dans l’activité politique en organisant la branche féminine du Parti libéral du Honduras dans la région de Catacamas. En 2006, elle a pris les fonctions de première dame, mais n’a pas joué un grand rôle. Elle a commencé à accompagner Zelaya dans ses visites à l’intérieur du pays et s’est familiarisée avec la réalité sociale. À ce titre, elle a créé des centres d’aide aux mères célibataires dans les départements les plus pauvres de l’intérieur et s’est impliquée dans la lutte régionale contre le sida.

Son rôle de premier plan pendant plus d’un an dans les manifestations de rue contre le coup d’État de 2009 a fait d’elle une référence pour d’importants secteurs sociaux. Deux ans plus tard, au retour d’exil de Zelaya, elle décide de se joindre à lui pour lancer une nouvelle organisation politique, rompant définitivement avec le Parti libéral. C’est ainsi qu’ils ont fondé Libertad y Refundación (Libre), le parti pour lequel l’ancienne première dame s’est présentée aux élections générales en tant que candidate à la présidence en 2013 et à nouveau cette année.

Lors de sa première course électorale, Libre est arrivé en deuxième position avec 28 % des voix, plaçant le parti libéral en troisième position, brisant ainsi le système bipartite qui a gouverné le Honduras pendant 120 ans. À cette occasion, le candidat du Parti national, Juan Orlando Hernández, a remporté les élections sur fond d’accusations de fraude.

Lors des élections suivantes, en 2017, elle se présente comme candidate, mais renonce peu après pour rejoindre l’Alliance de l’opposition contre la dictature comme candidate à la vice-présidence. Cette alliance a présenté comme candidat à la présidence Salvador Nasralla, surnommé « Monsieur Télévision » parce qu’il a animé des programmes de divertissement et de sport pendant 40 ans à la télévision hondurienne.

Cette alliance s’opposait au Parti national, qui favorisait la réélection de Juan Orlando Hernández, bien que la constitution l’interdise. Toutefois, une interprétation des membres de la Cour suprême de justice l’a permis. Curieusement, cela avait été l’excuse utilisée pour renverser Zelaya.

Avant le jour du scrutin, tous les sondages donnaient l’Alliance gagnante, ce qui s’est confirmé dès que les premières tendances officielles ont commencé à se dessiner. Cependant, une panne générale survenue à point nommé dans tout le Honduras a interrompu le dépouillement pendant 36 heures et, lorsqu’il a été relancé, le centre de dépouillement a signalé que la tendance avait changé et que Hernández était le vainqueur. Une autre fraude était ainsi consommée.

La deuxième tentative

Cette année, Mme Castro a confortablement remporté l’élection interne de son parti et s’est lancée dans une campagne présidentielle qui l’a vue progresser jour après jour dans les sondages, mais sans pouvoir battre le candidat du parti au pouvoir. La troisième place dans les sondages revenant à Salvador Nasralla dans un scénario électoral où 14 partis se disputent la présidence.

Fin octobre, une annonce inattendue a secoué l’échiquier électoral. « Monsieur télévision » a retiré sa candidature à la présidence du Parti Salvador du Honduras et a rejoint l’ « Alliance avec le peuple ». Cette fois, c’est lui qui assumera le rôle de vice-président. « Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes en train de mettre un point final à la dictature », a déclaré Madame Castro sur un ton déterminé, quelques minutes après que Nasralla se soit dit honoré que « pour la première fois dans l’histoire du Honduras, nous aurons une femme présidente ».

Pour un État socialiste démocratique

« Il n’y a que deux possibilités ici ; le véritable changement représenté par une femme engagée envers le peuple hondurien, dans le changement d’un modèle qui, ces dernières années, s’est consacré à créer la pauvreté et la misère, ou continuer à voter pour les mêmes personnes, dont les résultats seront plus de pauvreté, plus de misère, plus de meurtres et d’exclusion », a déclaré la candidate lors d’un rassemblement à la mi-juin à Tegucigalpa.

Lors de la présentation de son programme, Mme Castro a assuré que l’un des principaux axes est la construction d’un État socialiste démocratique dans lequel « l’objectif suprême de la société et de l’État est l’être humain ».

Elle a insisté sur les problèmes auxquels le pays est actuellement confronté en raison de la corruption, assurant que l’un de ses objectifs sera d’ « abroger les lois qui soutiennent la dictature ». Elle a également annoncé qu’elle demandera aux Nations unies (ONU) la création d’une commission internationale contre la corruption et l’impunité au Honduras.

Une autre de ses priorités est de convoquer une Assemblée nationale constituante pour réformer la Constitution de la République, ainsi que de publier un nouveau code pénal. « Dès le premier jour de mon gouvernement, je demanderai une consultation populaire afin que le peuple puisse organiser et élire l’Assemblée nationale constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution ».

Elle a également confirmé qu’elle propose d’abroger la loi organique sur les zones d’emploi et de développement économique (ZEDE) adoptée en mai de cette année, qui établit des zones du territoire national soumises à un « régime spécial » par lequel les investisseurs seraient chargés de la politique fiscale, de la sécurité et de la résolution des conflits, entre autres compétences. « Pour générer de l’emploi et du développement dans le pays, nous n’avons pas besoin de vendre notre souveraineté. Nous allons générer l’espoir que le peuple réclame », a-t-elle souligné.

Xiomara Castro a également déclaré que l’un de ses projets était de vendre l’avion présidentiel et les véhicules de luxe de l’État, ainsi que de réduire les salaires « élevés et disproportionnés » et les « dépenses exhorbitantes » de tous les fonctionnaires.

Entre autres annonces lors de la présentation de son programme, elle a déclaré qu’elle allait « créer le Secrétariat de la planification économique et du développement social afin que l’État puisse organiser ses ressources en faveur du développement humain, en abandonnant le modèle néolibéral ».

En ce qui concerne les relations internationales, elle a déclaré qu’elle allait « établir immédiatement des relations diplomatiques et commerciales avec la Chine continentale ».