Procès de Julian Assange : «On attaque pour la première fois un journaliste» – Aymeric Monville

Depuis que les nouvelles autorités de Quito, trahissant et le droit d’asile et leurs engagements internationaux, ont honteusement livré à la Grande-Bretagne, les États-Unis ne cessent d’allonger la liste des accusations contre le journaliste. Un journaliste qui, aux yeux de Washington et de ses alliés de l’Union Européenne, est coupable du pire des crimes, celui d’avoir révélé en les publiant avec quelques un des crimes de guerres commis par l’impérialisme américain dans ces récentes guerres impérialistes au Moyen Orient, ses opérations d’espionnage contre ces soi-disant alliés (l’Allemagne, mais également la France…), ses opérations de surveillance généralisée contre les populations du monde entier… bref d’avoir démasqué le caractère totalitaire, liberticide, criminel du régime capitaliste américain.

Notre camarade était invité du journal de la chaîne d’info en continu , il y a dénoncé le procès politique qui est fait à un journaliste. Car si Assange est visé c’est parce que c’est un journaliste.

Au moment où en France le régime Macron fait donner de ses services secrets, de ses juges administratifs pour museler les journalistes coupables d’avoir publié l’affaire Benalla ou des révélations sur les ventes d’armes criminelles à l’Arabie Saoudite en violation des directives de l’ONU, il y a urgence à se défendre avec Julian Assange.

Assange se bat pour la de chacun, chacun doit se battre pour sa en défendant la de Julian Assange.

Liberté pour Julian Assange.

Des infos autour des persécutions contre Assange avec nos amis de legrandsoir.info

La transcription de l’interview de A Monville

Stéphanie de Muru (RT France) : Bonjour Aymeric Monville, merci d’être avec nous. Tout d’abord, question un petit peu générale, que vous inspire le cas Julian Assange?
Aymeric Monville : Je crois qu’il est extrêmement révélateur des contradictions desdites sociétés occidentales et de la façon d’appréhender leur propre histoire, parce que là on se rend compte que l’acharnement des Etats-Unis contre lui va à l’encontre de leur propre premier amendement sur la liberté d’expression. Ce qui va poser un énorme problème, comme cela avait été le cas avec Daniel Ellsberg au moment de la guerre du Vietnam. C’était un lanceur d’alerte qui, d’ailleurs, avait contribué à la fin de la guerre du Vietnam puisqu’il avait révélé toutes les atrocités qui avaient lieu là-bas. Planait sur lui une accusation non pas de 175 ans de prison mais de 115 ce qui revenait au même et cette fameuse loi sur l’espionnage qui datait de 1917, c’est-à-dire une loi de guerre. Et cela n’était pas passé à la Cour suprême parce que ça allait finalement à l’encontre de ce qu’il y a de légitime dans le socle libéral, non pas au sens du libéralisme économique, mais au sens du droit formel, de l’habeas corpus, des libertés fondamentales et qui ressortit à l’époque des Lumières. Mais là ce qui est intéressant, c’est que l’on attaque pour la première fois un journaliste.
RT : Alors justement, Aymeric Monville, j’aimerais bien éclaircir certaines choses, le premier amendement il s’agit bien de la liberté de la presse. Or là Julian Assange est accusé d’espionnage. Quelle est la frontière? On a l’impression que c’est extrêmement mince, en tout cas selon l’administration américaine.
AM : Déjà il y a une chose incroyable sur laquelle Chomsky a porté l’attention, c’est le caractère extraterritorial de l’affaire. Que je sache, Julian Assange n’est pas citoyen états-unien. De quel droit devrait-il être extradé vers ce pays-là? Et il a fait ce que doit faire tout bon journaliste, révéler des faits qui ne sont pas contestés. Il a respecté la charte de Munich des journalistes, et il a protégé ses sources. Je vois bien qu’en France la DGSI en est à interroger un certain nombre de journalistes sur l’Affaire Benalla ou sur l’affaire du Yémen. Là aussi ce n’est pas garantir ce droit imprescriptible de tout journaliste qui est de protéger ses sources.
RT : Cela veut dire qu’il y a une régression, selon vous, de la liberté de la presse en Occident notamment?
AM : Oui, en Occident, et c’est lié à la guerre, au développement de la guerre. Parce que ce n’est pas mieux du côté de Mme Clinton qui, elle, avait demandé à propos de M. Assange : « Pourquoi est-ce qu’on ne le dronerait pas? » Elle avait inventé un mot, « to drone ». Au moins, il faut constater qu’en Grande-Bretagne Jeremy Corbyn s’était opposé à Theresa May à ce sujet, mais vous avez une unanimité guerrière aux Etats-Unis qui est liée au développement de ces stratégies guerrières tous azimuts. Alors, on se moque toujours un petit de ces intellectuels progressistes qui ont tendance à utiliser le mot « fascisme » ou « fascisation » un peu à tout bout de champ, mais il faut bien voir que c’est un processus. Le fascisme mussolinien, par exemple, n’était pas intrinsèquement raciste, mais avec la guerre en Ethiopie, il a développé les lois raciales, etc. Et là vous avez un processus de guerre qui entraîne un durcissement des conditions d’exercice de leurs propres libertés fondamentales. Il y a aussi quelque chose qui va à l’encontre de leurs valeurs qui sont celles du protestantisme, qui est l’accès direct aux sources. Je rappelle tout de même que le protestantisme, Luther, c’est l’accès direct à la Bible, au texte. Et c’est un peu cela que fait Assange. C’est pour cela que j’ai confiance sur le long terme, parce qu’Assange et tous ces gens, si je les mets dans la sphère anglo-saxonne, sont complètement légitimes dans leur propres civilisation. L’accès direct au texte, sans intermédiaires, sans médiations, sans clergé, une sorte de sacerdoce universel, si vous voulez de la source journalistique. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a des Chelsea Manning, qu’il y a des Snowden, qu’il y a ce Ellsberg dont j’ai parlé tout à l’heure et qui est aujourd’hui un vieux monsieur. Il y aura toujours ce type de personnes qui surgiront. Mais effectivement, pour le cas Assange, il faut se mobiliser parce qu’il risque gros.
RT : Alors, les détracteurs de ces lanceurs d’alerte vous diront qu’il y a une forme de trahison de leurs pays, qu’il y a une mise en danger, qu’on a révélé les noms des soldats en Irak, qu’est-ce que vous en pensez?
AM : Écoutez, c’était pareil pendant la guerre d’Algérie. Si vous étiez contre la guerre ou si vous étiez porteur de la valise, alors on vous considérait comme traître à la France. Pourtant vous aviez beaucoup de Français qui ne voulaient simplement pas que leur pays se déshonorât une fois de plus, comme cela avait été le cas en Indochine. Donc il y a différentes conceptions du patriotisme. Vouloir que les États-Unis respectent le droit international, la charte de l’ONU, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, je pense que si quelqu’un défend cela aux États-Unis il est un bon citoyen de ce pays.
RT : Est-ce que la demande des États-Unis a une chance d’aboutir et si oui, quels seraient les recours de Julian Assange?
AM : C’est vrai que cela se heurterait à la Convention européenne des droits de l’homme, l’article 10 notamment, et aussi au premier amendement, ce qu’ont même souligné des journaux très « respectables » (avec beaucoup de guillemets) comme le Washington Post et le New York Times, même si après le Washington Post avait lâché Snowden après avoir remporté le prix Pulitzer grâce à lui… En tout cas, c’est pas gagné. On peut se demander si Trump est assez fou pour le faire. Je ne veux pas psychologiser le problème, c’est plus compliqué que ça, c’est son rapport à son électorat, à quel degré d’hystérie en est son électorat, c’est plutôt ça la question. Mais Trump veut s’en prendre à la presse. Sauf qu’au bout d’un moment il est en train de saper les valeurs mêmes de son propre pays, ce qu’il y avait de démocratique dans son pays, et Dieu sait que ça avait été bien écorné ces temps-ci. Et cela ne s’applique absolument pas dans le reste du monde, parce que là ils se permettent ce qu’ils veulent.
RT : Merci Aymeric Monville, de nous avoir apporté votre analyse.