Pérou : pourquoi pas libre ?

Le candidat socialiste à l’élection présidentielle du Perou, Pedro Castillo est donné gagnant par les sondages face à la candidate de l’extrême droite Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori. Un sondage Ipsu Peru pour le journal ultra réactionnaire El Comercio indique ainsi une victoire de 51.1% contre 48.9% au second tour. Pedro Castillo candidat du Pérou Libre était arrivé largement en tête avec 18.93% des voix et 2,7 millions de voix contre 13.4% à Fujimori et c’est 13.40% et 1.9 millions de voix. De précédents sondages donnent une avance encore plus importante à Pedro Castillo.

Le second tour aura lieu le 6 juin 2021, ces élections présidentielles se tenant de façon anticipée après la destitution de Vizcarra en raison d’accusation de corruption et sous l’effet de manifestations gigantesques en 2020. Castillo est un instituteur et syndicaliste de 51 ans, figure de l’énorme mouvement de grève des enseignants de 2017.

La situation péruvienne

Histoire

Le Haut-Pérou, fidèle à Bolivar, se sépare du Bas-Pérou (à peu de choses près le Pérou actuel) pour constituer la Bolivie. Au cours des décennies suivantes, les questions frontalières provoqueront plusieurs guerres entre les Péruviens et leurs voisins (guerre du Pacifique, contre le Chili, de 1879 à 1884 ; guerre contre l’Équateur, en 1941…). Les mœurs politiques sont rudes et le pays voit putschs et dictatures se succéder comme les wagons d’un train. Au XXe siècle, civils et militaires alternent dans des conditions institutionnelles précaires. La situation sociale se dégrade et, en 1980, la guérilla marxiste du Sentier lumineux apparaît. Pourtant, depuis une vingtaine d’années, malgré la « fragilité éthique » de certains dirigeants, la situation politique se stabilise.

Politique

Selon les termes de la constitution de 1993 : Le Président est le représentant de la , le chef de l’État, du gouvernement et des forces armées. Le pouvoir législatif est exercé par un Congrès de 120 membres. Une Cour suprême contrôle le pouvoir judiciaire. Le Président de la République et les membres du Congrès sont élus au suffrage universel direct, pour une période de cinq ans.

Peuple

45% des Péruviens, environ, sont indiens et 37% mestizos (métis issus d’unions entre européens et indiens) ; 15% d’origine européenne et 3% descendent d’esclaves noirs ou d’immigrants japonais et chinois, car c’est par le détroit de Béring que sont arrivés les asiatiques, José Bonilla Amado, Conquistadores de América, Ed. Libertadores de América, 1986.

Je suis disposé à travailler quand je le pourrai, au service de la justice économique de laquelle nous subissons les erreurs actuelles, […]. Nous devons nous unir, ceux qui subissons l’actuelle tricherie capitaliste pour tomber à terre cet état de choses. Je me sens peu à peu révolutionnaire et bel et bien révolutionnaire à cause de mon expérience vécue, plus que du fait des idées reçues.

CESAR VALLEJO, In Lettre à Pablo, Avril de Galerie, le 27 décembre 1928.

LA PATRIE N’EST PAS À VENDRE, ON LA DÉFEND !

Des échéances qui collent à la vie des gens

Dans quinze jours au Pérou, il y aura une consultation électorale pour élire un ou une présidente. Les Péruviens ont le choix entre la candidate Keyko Fujimori, de la droite classique et son parti Fuerza Popular et le professeur Pedro Castillo Terrones, dont le parti Perù Libre le déclare à gauche.

Faut-il rappeler que Keyko est accusée de blanchiment d’argent tandis que Pedro Castillo est sans antécédent judiciaire ?

Comme à l’accoutumée, le peuple réclame le changement, la liberté économique, des droits élémentaires et du travail pour tous avec une nouvelle constitution au moyen d’une Assemblée Constituante avec le peuple et pour le peuple. Parallèlement, tous les secteurs de l’ultradroite élèvent la voix pour la pseudo-défense de la démocratie néolibérale autrement dit la défense des entreprises transnationales qui détériorent les ressources naturelles, font des profits juteux au détriment de l’État grâce à une législation péruvienne issue du coup d’État Fujimoriste, qu’ont continué à mettre en œuvre leurs successeurs durant ces trois dernières décennies. 

Le peuple rejette majoritairement ce vieil État qui ne résout en rien les besoins fondamentaux et vitaux, bien au contraire il aspire au droit à la Santé, à l’Éducation, et au Logement. Sans oublier l’ qui a sa place. Une exploitation sans commune mesure, des miettes, la misère et les aides menues, de quoi générer la colère, les mobilisations des masses auxquelles les gouvernements successifs répondent par la répression, la persécution, l’emprisonnement et la mort. Nombre de dirigeants qu’on cherche à faire oublier, sont aujourd’hui en train de purger leur longue condamnation.

Des milliers de compatriotes sont contraints à quitter le pays à la recherche de meilleures conditions de vie, ils laissent derrière eux leurs êtres chers auxquels ils envoient des devises pour aider leur famille à faire face à la paupérisation et en contrepartie : rien !

Une campagne sur fond de haine

Ces derniers jours, alors qu’approche à grand pas le deuxième tour des élections en date du 6 juin, on assiste à l’intensification d’une campagne sale, aux mauvaises intentions, menée par la droite extrême et ses moyens de communication : « la prensa mermelera », il s’agit de la presse au service d’un parti- le terme vient de mermelada ou confiture- contre le candidat à la Présidence Pedro Castillo et contre le président du parti Perú libre Vladimir Cerrón.

Une campagne soutenue par les élites les plus riches du pays, car elles sentent bien que le pouvoir leur échappe et elles paniquent: c’est pourquoi elles diffusent la peur sur l’opinion publique allant même jusqu’à la terreur comme c’est le cas de Rafael Lopez Aliaga du parti de droite Rénovation Populaire qui mène campagne pour Keyko Fujimori, et qui lance clairement la menace démesurée de « Mort au communisme, mort à Cerrón et à Castillo » en toute impudence, face à une foule de citoyens perplexes. Une menace qui porte atteinte à la vie et la droite dans son ensemble fait motus et bouche cousue au lieu de condamner comme il se doit, elle dit que ce sont des « expressions infortunées ». Et tenez-vous bien, si cela était sortie de la bouche de quelqu’un d’engagé à gauche, il en prenait pour douze ans de condamnation pour apologie du terrorisme !

Les enquêtes connues comme étant frauduleuses, tendancieuses et manipulatrices-assurément très bien rémunérées-jouent à l’avantage du candidat évidemment préféré Keyko Fujimori comme au temps de Montesinos. Aujourd’hui elles disent que les points remontent pour Keyko et que le professeur Castillo est stable du fait des indécis. C’est ainsi qu’ils s’inventent une empathie virtuelle à la veille des élections, finalement les résultats finaux décidés par l’ONPE -Office National des Processus Électoraux ou Organisme électoral constitutionnel- ne se joueront-ils pas sous la table ? Comment ne pas être en droit de l’imaginer ?

L’avenir est à la jeunesse du pays

Mais les jeux malicieux et les calculs statistiques de la droite ultra peuvent encore rater à leur insu. Le candidat Pedro Castillo, à ce stade de la bataille, est en train de gagner la confiance du peuple, de construire l’unité nationale depuis les laissés pour compte de ces sondages. C’est dire combien le peuple est fatigué de devoir supporter année après année les mêmes gouvernements de la grande bourgeoisie qui, sous la torpeur de l’accumulation et la suraccumulation du capital, a laissé de côté le peuple dans sa majorité, pour le soumettre à la pauvreté et à la misère.

La jeunesse du Pérou est en éveil, elle explique aux masses les problèmes que connaît le pays avec force éloquence, elle monte sur les tribunes et se préoccupe de l’avenir du pays, et propose une véritable alternative.

Elle soutient le candidat Castillo dans sa campagne, se fond dans la masse de femmes et d’hommes du peuple, lançant le cri à l’unisson : « nous ne sommes pas deux maintenant, nous sommes tous une seule voix ! La patrie n’est pas à vendre, on la défend ! Ici et maintenant finit la peur ! »

C’est alors que se répand tel un tourbillon au large des peuples aux contrées de la Côte, de la Montagne ou de la Forêt, à la croisée des frontières, faisant écho aux résidents péruviens d’Amérique Latine, des États-Unis de l’Europe et d’autres continents, face au Bicentenaire du Pérou.

Dans ces deux cents dernières années, le peuple péruvien n’a jamais été si près du but, si près d’emmener au pouvoir un candidat qui nous vient du peuple et de ses racines : d’en bas jusqu’à la présidence de la République du Pérou.

Le PRCF est très attentif aux mouvements politiques d’Amérique Latine et sa commission internationale adresse chaleureusement ses vœux de réussite au candidat de Perú Libre, d’orientation Mariatéguiste-José Carlos Mariátegui a fondé le Parti Communiste Péruvien.

Antoine LUCI- Pôle Hispanique-Commission Relations Internationales- Pour www.initiative-communiste.fr