Les soldats vénézuéliens favorables au coup d’État qui avaient fui aux États-Unis y sont maintenant enfermés dans un centre de détention .

Ironie du sort, des participants au coup d’État soutenu par les États-Unis sont maintenant dans un camp de détention de l’ICE.

par Alan Macleod 27 décembre 2019

Les soldats vénézuéliens qui ont participé au coup d’État soutenu par les États-Unis en avril de cette année et qui se sont ensuite enfuis aux États-Unis ont été incarcérés depuis lors dans des camps de détention pour immigrés. Telemundo, une filiale de NBC Universal, a obtenu une entretien avec le major Hugo Parra, le plus haut gradé de la poignée de soldats qui ont répondu à l’appel du président autoproclamé Juan Guaidó à renverser le gouvernement de Nicolas Maduro. Après l’échec spectaculaire du coup d’État, Parra a révélé qu’il avait fui le pays, qu’il était arrivé le 11 avril aux États-Unis, où il s’attendait à être accueilli en héros pour sa participation à l’insurrection approuvée par Trump.

Au lieu de quoi, il a été immédiatement mis en détention par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), d’abord dans un établissement au Texas, puis transféré plus tard au Winn Correctional Center en Louisiane. Il s’est vu refuser toute demande de libération sous caution ou de rendez-vous avec un juge, il est l’une des quelque 42 000 personnes, la plupart latino-américaines, actuellement enfermées dans les prisons de l’ICE.

Parra a raconté à Telemundo, favorable au coup d’État: « Je suis tombé au fond du gouffre. J’ai tout perdu : ma famille, ma maison. Mes actions ne valaient rien. Je ne vois pas d’issue. »

Donc ses tentatives d’installer au un régime militaire d’extrême-droite soutenu par les États-Unis s’est soldé, ironie du sort, par sa détention dans la prison d’un système autoritaire militarisé comme celui qu’il essayait de mettre en place.

Alors que des responsables américains haut placés comme le secrétaire d’État Mike Pompeo et le sénateur Marco Rubio ont spécifiquement appelé l’armée à se rebeller contre Maduro, Parra a dit qu’il s’est senti totalement abandonné par le gouvernement américain et Juan Guaidó, le successeur de Maduro choisi par Washington. Guaidó avait promis de protéger tous les déserteurs de l’armée, mais, bien qu’il ait utilisé Parra dans des buts de relations publiques, il a soigneusement ignoré ses demandes d’aide. L’ambassadeur de Guaidó aux États-Unis, Carlos Vecchio, a également laissé tomber les soldats détenus, selon Parra. « Toutes les mesures ont été prises », a déploré le soldat prisonnier, pour que Vecchio puisse les soutenir avec un avocat, mais il n’a pas été capable d’obtenir quoi que ce soit.

Lorsqu’on lui a demandé une réponse, le directeur des affaires consulaires de Guaidó à Washington, Brian Fincheltub, a pris ses distances avec Parra : « Il y a des millions d’urgences tous les jours au Venezuela, et des centaines de cas comme celui-ci qui se produisent », ajoutant que les ressources de la mission diplomatique du président intérimaire sont limitées dans le pays et qu’ils ont des restrictions pour agir « en particulier sur des questions d’immigration ».

Guaidó a fait trois tentatives de coup d’État cette année, en janvier, avril et novembre. Toutes étaient soutenues par les États-Unis. La dernière des trois tentatives a été si peu réussie qu’elle a été à peine remarquée, même à l’intérieur du pays. Guaidó, quelqu’un dont plus de 80% des Vénézuéliens n’avaient jamais entendu parler en janvier, a vu sa popularité plonger au fil de l’année tandis que ses tentatives de plus en plus désespérées de s’emparer du pouvoir continuaient d’échouer.

Il avait auparavant convaincu le vice-président Mike Pence qu’il inspirait un sentiment de loyauté à la majorité des forces armées dans le pays, mais lorsque Pence et Guaidó ont joint leurs forces pour les appeler à se rebeller, seul quelque chose comme 0.1% des militaires l’a fait. Le mentor de  Guaidó Leopoldo Lopez a également dit aux médias internationaux lors d’une conférence de presse que si son parti réussissait à chasser le gouvernement du Venezuela, ils demanderaient aux États-Unis de venir et de gouverner formellement le pays.  

Bien qu’il soit généreusement financé par les contribuables américains, leur parti Volonté populaire est toujours à la sixième place en importance du pays. Guaidó a également été mis en cause dans de multiples scandales de détournement de fonds qui, rien que pour cette année, totalisent 90 millions de dollars. Il semble par conséquent que le gouvernement américain le considère de plus en plus comme une sorte de charlatan qui les a trompés en soutenant une série de plans tirés par les cheveux et voués à l’échec. Résultat, les médias ont passé d’une description dithyrambique en janvier pour donner de lui une image glacée en décembre.

Nicolas Maduro, le successeur désigné de feu le président vénézuélien Hugo Chavez, a remporté sa réélection à la tête du pays en mai 20188 dans un vote auquel, sur l’ordre du gouvernement américain, l’aile la plus radicale de l’opposition vénézuélienne a refusé de participer. Depuis lors, Washington a intensifié sa guerre économique contre le pays.

Les sanctions de Trump ont été déclarées illégales par les Nations unies, qui ont imploré tous leurs États membres de les rompre. En septembre 2018, l’ancien rapporteur spécial pour les Nations unies, Alfred de Zayas, a critiqué les États-Unis pour mener une « guerre économique » contre le Venezuela, qui, a-t-il dit, détruit l’économie et tue les Vénézuéliens.  De Zayas a comparé les sanctions à un siège médiéval.

Les États-Unis n’ont obtenu qu’un succès international modéré avec le successeur de Maduro qu’ils avaient choisi, convainquant environ un quart des pays du monde de soutenir Maduro. Trois quarts des pays du monde reconnaissent toujours Maduro comme le président légitime du Venezuela.

Si jeter dans des camps de prisonnier de l’ICE des participants importants à des tentatives de coup d’État devient une politique courante, les États-Unis pourraient trouver encore moins de Latino-Américains prêts à prendre le risque de renverser leurs propres gouvernements.

Alan MacLeod est rédacteur de MintPress ainsi qu’un universitaire et auteur pour Fairness and Accuracy in Reporting. Son livre, Bad News From Venezuela: Twenty Years of Fake News and Misreporting a été publié en avril 2019.

Traduction depuis l’anglais DG pour www.initiative-communiste.fr