Front anti impérialiste et reconstitution du MCI, ne pas les confondre pour mieux les articuler

“Hugo Chavez vient de lancer l’idée d’une Cinquième Internationale Socialiste regroupant contre l’impérialisme l’ensemble des mouvements progressistes de la planète. Bien entendu, le PRCF qui s’est toujours prononcé pour la constitution d’un très large Front anti-impérialiste mondial, partant de l’idée qu’il faut regrouper toutes les forces démocratiques, patriotiques et progressistes contre l’impérialisme (ennemi principal des peuples et porteur de tendances exterministes lourdes), ne peut qu’applaudir à tout initiative allant dans cette direction.

Toutefois est-il judicieux de parler de Cinquième Internationale Socialiste à ce propos ?

Cela serait d’abord restrictif à l’égard du Front anti-impérialiste lui-même car Lénine a clairement démontré que pouvaient et devaient participer à un tel Front des mouvements et des Etats qui ne sont pas socialistes et des classes qui ne sont pas prolétariennes. La devise de la IIIème Internationale était bien “prolétaires de tous les pays, PEUPLES OPPRIMES DU MONDE, unissez-vous” et il serait erroné d’écarter du FAIM les forces patriotiques non prolétariennes ou non strictement prolétariennes… d’autant que certaines de ces forces, l’histoire de Cuba l’a montré, peuvent devenir socialistes et prolétariennes en poussant la lutte patriotique anti-impérialiste jusqu’au bout.

D’autre part, l’appellation proposée paraît problématique et plusieurs partis communistes en ont déjà fait la remarque. Pourquoi parler de “cinquième” Internationale? C’est faire comme si la “IVème” Internationale, qui n’a jamais réussi malgré ses prétentions à succéder à la IIIème (l’Internationale communiste, le “Komintern”), mais seulement à lui nuire et à se diviser elle-même à l’infini, aurait eu une quelconque légitimité historique et politique. La référence à une “Internationale socialiste” n’est pas non plus des plus heureuses, car si Lénine a conseillé à ses camarades d’abandonner les mots “socialiste” et “social-démocrate”, c’est parce que ces termes se sont historiquement trop lourdement compromis avec la collaboration avec l’impérialisme et le capitalisme et aussi parce que le but stratégique des classes dominées est la société sans classes, c’est-à-dire le communisme, et non le socialisme. C’est encore plus vrai à notre époque où notamment dans le mouvement anti-impérialiste, le mot “socialisme” est mis à toutes les sauces par des forces qui ne songent nullement à socialiser les moyens de production et à mettre en place la dictature du prolétariat, conditions minimales de l’édification socialiste.

En réalité, la dénomination proposée comporte donc les deux inconvénients symétriques: elle réduit de manière arbitraire le périmètre possible du Front anti-impérialiste en imposant à ses composantes futures la référence au socialisme. Et en sens inverse, en confondant anti-impérialisme et lutte pour le socialisme, elle risque fort d’affadir le contenu de classe (purement prolétarienne) et la consistance idéologique (marxiste-léniniste, communiste) du Mouvement communiste international en un moment où il est stratégique que celui-ci, pour faire face à la mondialisation capitaliste et aux tâches révolutionnaires qu’elle impose, sorte du flou idéologique, du “centrisme”, de la conciliation permanente avec la social-démocratie et le social-impérialisme “européen” dont sont notamment porteurs les partis qui composent la “Gauche européenne”, PCF mutant en tête.

C’est pourquoi le PRCF apprécie très positivement la création, au sein de l’actuel MCI en évolution, d’une groupe de partis communistes clairement référés au maxisme-léninisme, à l’internationalisme prolétarien et à la dictature du prolétariat qui ont décidé d’éditer ensemble une “Revue communiste internationale” dont nous espérons qu’elle publiera rapidement en français et qu’elle s’ouvrira aux contributions théoriques venues de France. Si modestes que soient ses forces théoriques, le PRCF mettra en permanence à la disposition de ce pôle les travaux théoriques qu’il impulse ou auxquels il participe à travers IC, EtincelleS et l’Université populaire du PAs-de-Calais.

Non seulement la reconstitution communiste, marxiste-léniniste, d’un “Pôle léniniste” au sein du MCI n’affaiblira pas le MCI mais au contraire, en permettant aux partis les plus avancés de se concerter et d’agir ensemble, elle aidera à la décantation entre l’aile droite, opportuniste et liquidatrice qui a détruit le MCI autour des Gorbatchev, Hue, Carrillo et Cie, mais aussi les courants “centristes” qui se refusent à rompre avec l’aile droite et discriminent les courants de gauche. Et ce faisant, en rendant au prolétariat international, aile la plus conséquente du FAIM, un rôle politique de sujet international (sous des formes qui restent à découvrir), elle aidera à rassembler très largement, comme veut le faire Chavez, le Front anti-impérialiste mondial.

Bref ne confondons pas les deux étages en affadissant l’étage communiste réduit aux objectifs anti-impérialistes, et en rétrécissant l’étage anti-impérialiste qui doit être très large pour isoler l’impérialisme, ennemi principal des peuples.