Au Kazakhstan la situation est grave et le sang coule. A la suite de grève lancée dans le secteur pétrolier et d’une profonde colère populaire en raison de la hausse des prix du gaz alors que la fin de l’URSS et la contre révolution capitaliste a plongé les travailleurs de cette ex république soviétique dans la misère. Et fait la fortune des oligarques et multinationales – y compris occidentales – pillant le pays. Les manifestations ont commencé dans la ville de Janaoen  au sud ouest du pays le 2 janvier avant d’atteindre la capitale Almaty le 4 janvier.

Selon le ministère de l’Intérieur kazakh, les affrontements à Almaty dans la nuit du 5 janvier ont conduit à un grand nombre de blessés – 137 policiers et 53 civils ont été blessés, 40 personnes ont été hospitalisées. Des chiffres plus récents font état de 1000 blessés, dont 400 hospitalisés et 62 en soins intensifs. Il est également fait état de nombreux morts, y compris parmi les forces de police (18 morts selon les autorités). 2 298 personnes auraient été arrêtées.  Des témoignages rapportent des émeutes et des pillages dans la capitale. Alors que les communications internet sont suspendues, il nous est difficile de connaitre avec certitude la situation effective du pays, les informations ne filtrant qu’à travers les dépêches d’agences relayant les communiqués officiels des chancelleries. Il semble cependant que le calme soit revenu à Almaty suite à un important déploiement de forces.

Le chef de l’Etat Kazakh, face à l’ampleur de la mobilisation, a limogé son gouvernement et pris en urgence de très fortes mesures de limitation des prix.

De son côté, malgré l’imposition de l’état d’urgence, la manifestation massive des travailleurs du pétrole en grève et de leurs familles se poursuit à Janaozen, où, selon diverses estimations, 10 à 15 000 personnes se sont rassemblées pour réclamer le retour de la Constitution de 1993 et un changement de gouvernement.

Répondant aux exigences du traité international d’assistance mutuels, les pays de l’Organisation Collective de Sécurité on accepté l’envoi d’une force d’interposition pour rétablir la paix. Les premières unités sont arrivées sur place. Au soir du 6 janvier, l’agence de presse russe Itar Tass rapportait que la situation était calme sur la place de la République à Almaty après une opération des forces de sécurité.

www.initiative-communiste.fr vous propose la traduction des déclarations des partis communistes de la Fédération de Russie (KPRF), de Grèce (KKE). Pour être tout à fait complet également et à titre d’information une déclaration du Mouvement Socialiste du Kazakhstan. Ce dernier mouvement étant une création en 2022 du Comité pour une Internationale des Travailleurs semble t il affilié à la 4e internationale, comité notamment actif contre la Chine avec des mobilisations relative au Xinjang et à Hong Kong.

D’un point de vue géopolitique, la Russie et la Chine sont particulièrement investis dans ce pays ; la Russie du point de vue historique, géographique et sécuritaire, la Chine de surcroit du point de vue d’investissements très importants dans le contexte des projets d’infrastructures et d’échanges mondiaux du programme des Route de la Soie, et ce alors que le pays partage sa frontière avec le Xinjiang. Le Kazakhstan est par ailleurs le neuvième pays producteur de pétrole dans le monde. Cependant, le pays compte aussi de puissants intérêts occidentaux, notamment américains. Les États Unis viennent de préciser ce Novembre 2021 une restructuration de leur liens commerciaux avec le Kazakhstan qui s’est engagé à s’ouvrir aux investissements américains, surtout dans l’extraction minière et énergétique comme l’a souligné la déclaration du Département d’État Américain. Par ailleurs le siège de l’USAID – l’une des principales agences américaines pour soutenir les actions de déstabilisation – a été déménagé de Kaboul à Almaty. D’après le quotidien chinois GlobalTimes, les USA à travers la NED ont versé plus d’un million de dollars de subventions rien qu’en 2020 pour financer des projets « d’informations indépendantes », pointant les manœuvres du gouvernement Biden pour  » créer des des troubles dans la région et semer la discorde entre la Chine et les pays d’Asie centrale », dans le cadre de sa stratégie d’encerclement de la Chine et de la Russie. Cela alors que l’expulsion des américains d’Afghanistan ne rend plus nécessaire la complicité de Washington avec les autorités locales, la logistique militaire de l’armée américaine transitant notamment en partie via l’Asie Centrale. Le 30 décembre dernier le gouvernement chinois exprimait sa ferme condamnation des tentations de révolutions de couleurs en Asie Centrale.

Dans ce contexte et selon certaines informations, des forces extérieures tenteraient d’intervenir dans la mobilisation populaire kazakh. Il est ainsi rapporté des actions de communication sur les médias sociaux. Un certain nombre de groupes et des forums publics Telegram et WhatsApp auraient ainsi été parrainés depuis les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine. On retrouve facilement de telles interventions sur twitter (par exemple ici https://twitter.com/lipschz) De fait, et comme l’indique la prise de position officielle de Washington ce soir, il est très probable que l’Axe impérialiste Etats Unis OTAN UE qui n’a eu de cesse que de faire monter le niveau de tension sur le front occidentale de la Russie, de l’Ukraine à la Biélorussie en passant par la Géorgie et l’Arménie, puissent chercher  à influencer le cours des protestations au Kazakhstan en imposant son agenda politique. Cela bien que les événements aient été spontanés, avec des possibilités de menaces voir de tentative de prise de contrôle de la direction des mouvements par des forces oligarchiques.

Le président biélorusse Loukashenko indique que « la situation dans le pays peut être décrite comme une agression extérieure hybride. La situation suit le scénario familier des révolution de couleurs : des forces externes en lien avec des forces internes tentent de détruire le gouvernement légitime par des méthodes inconstitutionnelles ». Le président serbe Vukic dénonce l’implication d’agences d’espionnages étrangères dans les violences. Dans une déclaration officielle, le ministère des affaires étrangères russe précise :  » La fédération de Russie affirme son engagement à remplir ses obligations dans le cadre du CSTO, et soutien l’adoption de mesures urgentes en raison de la dégradation de la situation politique intérieure et de l’augmentation de la violence au Kazakhstan. Nous considérons que les récents événements dans ce pays amis comme une violente tentative au moyens de formations entrainées et armées, de saper la sécurité et l’intégrité de cet Etat ».

Ce contexte géopolitique ne retranche rien à l’expression de la solidarité internationaliste de l’ensemble des travailleurs auprès des légitimes revendications sociales des travailleurs kazakhs dont les communistes avec le PRCF se font évidemment l’écho en France. On soulignera également combien est légitime et urgente la nécessité de la re légalisation du parti communiste kazakh, interdit et réprimé par le clan Nazarbaiev pour  pouvoir mettre en coupe réglée le pays au profit des oligarques et des multinationales. Il invite cependant à ce que chacun reste vigilant pour dans le même mouvement dénoncer les fauteurs de guerres et manipulateurs impérialistes qui voudrait déstabiliser Almaty pour mieux relancer leur offensive guerrière contre les peuples russes et chinois. Une déstabilisation et un coup de force impérialiste ne pouvant évidemment qu’aggraver la situation d’exploitation des travailleurs du Kazakhstan.

JBC pour www.initiative-communiste.fr

d’après info d’agence.


KPRF : Parti Communiste de la Fédération de Russie: « le capital oligarchique qui s’est établi dans l’espace post-soviétique ne prend pas en compte les intérêts des travailleurs. Cela a conduit à des protestations massives. »

Les troubles au Kazakhstan ont, en fait, été provoqués par le gouvernement lui-même, qui a doublé le prix du gaz. Cette situation a porté préjudice à de nombreux segments de la population, puisque plus de 60 % de la consommation de gaz liquéfié est destinée aux véhicules à moteur.

En même temps, il est clair que le mécontentement des citoyens est plus large : les prix de tout augmentent, alors que les salaires sont bas. En général, le capital oligarchique qui s’est établi dans l’espace post-soviétique ne prend pas en compte les intérêts des travailleurs. Cela a conduit à des protestations massives.

Si l’on regarde ce qui se passe au Kazakhstan, il y a de quoi faire réfléchir Poutine et Mishustin. Les prix montent en flèche en Russie aussi et l’inflation réelle des denrées alimentaires est proche de 20 %. C’est la discrétion oligarchique qui conduit à de telles conséquences.

Tout cela est activement exploité par les forces qui ont déclaré une guerre hybride à la Russie. Cette fois, ils tentent de s’emparer du Kazakhstan, riche en ressources naturelles et possédant la plus longue frontière du monde avec notre pays – plus de 7 500 kilomètres.

Il est important de comprendre qu’il n’y aura pas de paix dans nos contrées sans des liens socio-économiques et politico-diplomatiques étroits avec les pays de la CEI. Nous sommes encerclés par l’OTAN de tous les côtés. L’Occident collectif fera tout pour déstabiliser la situation le long du contour des frontières de la Russie. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons être forts, réussir et être indépendants !
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Président du Comité central du KPRF Gennady Zyuganov

KKE – Parti Communiste de Grèce – « solidarité avec les milliers de travailleurs qui, défiant le régime d’état policier et de répression, sont descendus dans la rue pour exiger l’amélioration de leur niveau de vie et exprimer leur opposition au pillage des richesses énergétiques du pays par les monopoles. »

Le KKE salue les grèves ouvrières de grande ampleur et les manifestations populaires au Kazakhstan contre la hausse des prix, le chômage, la pauvreté, la misère et les autres problèmes sociaux majeurs auxquels le système capitaliste a conduit des millions de personnes 30 ans après le renversement contre-révolutionnaire et la dissolution de l’URSS.

Nous exprimons notre solidarité avec les milliers de travailleurs qui, défiant le régime d’état policier et de répression, sont descendus dans la rue pour exiger l’amélioration de leur niveau de vie et exprimer leur opposition au pillage des richesses énergétiques du pays par les monopoles.

Nous demandons:
– La libération de tous les manifestants détenus par la police, ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques.
– L’abolition de toutes les lois anti-syndicales et anti-ouvrières, qui ont rendu illégaux des centaines de syndicats ces dernières années, dans le but de permettre au gouvernement de contrôler le mouvement syndical.

– La légalisation du Mouvement socialiste du Kazakhstan et du Parti communiste du Kazakhstan, qui ont été interdits par les autorités du pays.

Section des relations internationales du CC du KKE
05.01.2022

Mouvement Socialiste du Kazakhstan (membre du Solidnet)

Il y a actuellement un véritable soulèvement populaire au Kazakhstan et, dès le début, les protestations ont été de nature sociale et de classe, puisque le doublement du coût du gaz liquéfié à la bourse n’était que la dernière goutte dans la coupe débordante de patience. Après tout, les manifestations ont commencé de la même manière à Zhanaozen, à l’initiative des travailleurs du pétrole, qui est devenu une sorte de quartier général politique de tout le mouvement de protestation.

La dynamique de ce mouvement est révélatrice, puisqu’il a commencé comme une protestation sociale, puis il a commencé à s’étendre et les collectifs de travail ont utilisé les rassemblements pour mettre en avant leurs revendications d’augmentation de 100% des salaires, d’annulation des résultats d’optimisation, d’amélioration des conditions de travail et de liberté d’activité syndicale. Ainsi, le 3 janvier, toute la région de Mangystau s’est enfoncée dans une grève générale, qui s’est étendue à la région voisine d’Atyrau.

Il convient de noter que le 4 janvier déjà, les travailleurs du pétrole de la compagnie Tengizchevroil se sont mis en grève, dans laquelle la participation des entreprises américaines atteint 75 %. C’est là que 40 000 travailleurs ont été licenciés en décembre dernier et qu’une nouvelle série de licenciements est prévue. Ils ont ensuite été soutenus dans la journée par les pétroliers des régions d’Aktobe, du Kazakhstan occidental et de Kyzylorda.

En outre, dans la soirée du même jour, les grèves des mineurs de la société ArmelorMittal Temirtau dans la région de Karaganda et des fondeurs et mineurs de cuivre de la société Kazakhmys ont commencé, ce qui peut déjà être considéré comme une grève générale dans toute l’industrie minière du pays. Il y avait aussi des revendications pour des salaires plus élevés, l’abaissement de l’âge de la retraite, le droit à leurs propres syndicats et grèves.

Dans le même temps, des rassemblements illimités ont déjà commencé mardi à Atyrau, Uralsk, Aktobe, Kyzyl-Orda, Taraz, Taldykorgan, Turkestan, Shymkent, Ekibastuz, dans les villes de la région d’Almaty et à Almaty même, où la fermeture des rues a entraîné un affrontement ouvert entre les manifestants et la police dans la nuit du 4 au 5 janvier, à la suite duquel l’akimat (gouvernement local, ndt.) de la ville a été temporairement saisi. Cela a donné un prétexte à Kassym-Jomart Tokayev pour déclarer l’état d’urgence.

Il convient de noter que ces discours à Almaty ont été suivis principalement par des jeunes sans emploi et des migrants internes vivant dans les banlieues de la métropole et occupant des emplois temporaires ou mal payés. Les tentatives de les calmer avec des promesses, la réduction du prix du gaz à 50 tenges, séparément pour la région de Mangystau et Almaty n’ont satisfait personne.

La décision de Kassym-Jomart Tokayev de limoger le gouvernement, puis d’écarter Nursultan Nazarbayev du poste de président du Conseil de sécurité, n’a pas non plus mis fin aux protestations, puisque des rassemblements de protestation de masse ont commencé le 5 janvier dans les centres régionaux du nord et de l’est du Kazakhstan où ils n’avaient jamais eu lieu auparavant – à Petropavlovsk, Pavlodar, Ust-Kamenogorsk, Semipalatinsk. Dans le même temps, des tentatives ont été faites pour prendre d’assaut les bâtiments des akimats régionaux à Aktobe, Taldykorgan, Shymkent et Almaty.

À Zhanaozen même, les travailleurs ont formulé de nouvelles revendications lors de leur rassemblement illimité : la démission du président actuel et de tous les fonctionnaires de Nazarbayev, le rétablissement de la Constitution de 1993 et des libertés connexes de former des partis, des syndicats, la libération des prisonniers politiques et l’arrêt de la répression. Le Conseil des anciens a été immédiatement créé et est devenu une autorité informelle.

Ainsi, les revendications et les slogans qui sont maintenant utilisés dans les différentes villes et régions ont été diffusés à l’ensemble du mouvement et la lutte a reçu un contenu politique. Des tentatives sont également faites sur le terrain pour créer des comités et des conseils afin de coordonner la lutte.

Dans le même temps, les troupes ont été rassemblées à Almaty, Aktau et Zhanaozen, et si tout s’est déroulé pacifiquement dans la région de Mangystau jusqu’à présent et que les soldats ont refusé de disperser les manifestants, alors des escarmouches ont commencé dans la capitale du sud et des forces spéciales ont été introduites dans la nuit du 5 au 6 janvier, qui ont commencé à balayer avec force l’aéroport et les quartiers capturés par les rebelles. Selon diverses sources, on dénombre déjà des dizaines de morts du côté des manifestants.

Dans cette situation, il y a un danger de suppression forcée de toutes les manifestations et grèves et ici il est nécessaire de paralyser complètement le pays avec une grève générale. Par conséquent, il est urgent de former des comités d’action unifiés sur le principe territorial et de production afin de fournir une résistance organisée à la terreur militaro-policière.

À cet égard, il est également nécessaire de soutenir l’ensemble du mouvement ouvrier et communiste international, les associations de gauche afin d’organiser une campagne de grande envergure dans le monde.

Le Mouvement Socialiste du Kazakhstan exige :
– L’arrêt immédiat des hostilités contre son peuple et le retrait des troupes des villes !
– La démission immédiate de tous les responsables de Nazarbayev, y compris le président Tokayev !

– La libération de tous les prisonniers et détenus politiques !
– La garantie du droit de former leurs propres syndicats, partis politiques, de faire grève et de tenir des réunions !
– Légalisation des activités du Parti communiste du Kazakhstan et du Mouvement socialiste du Kazakhstan, tous deux interdits !
– Nous appelons tous les ouvriers et travailleurs du pays à mettre en pratique la demande des pétroliers exécutés de Zhanaozen – nationaliser toutes les mines et la grande industrie du pays sous le contrôle de collectifs ouvriers !