En Colombie, les assassinats politiques continuent, dans le silence des médias de France

Sur la situation en .

par JP Réau

Précisons que lorsque les paramilitaires, qui se surnomment cyniquement “milices gaitanistes” ( Gaitan, candidat populaire à la Présidentielle,  ayant été assassiné en 1947 justement par les hommes de main des Conservateurs) donc les ancêtres directs des paramilitaires, menacent puis exécutent de manière ciblée les leaders syndicaux paysans ou ouvriers des grandes entreprises françaises, européennes, américaines etc , le gouvernement ne les réprime pas et l’UE pas plus que le FMI ni les États-Unis ne menacent ni n’exercent les moindres sanctions.

Si vous lisez plus bas l’article de la Mesa Social ( Colombiens en France), vous constaterez que l’affiche de ces “Milices Gaitanistes” appellent au meurtre puis revendiquent publiquement les assassinats de personnes ciblées et nommées : ils organisent de véritables chasses-à-l’homme. C’est une forme de terrorisme dont s’accommode fort bien la conscience de nos donneurs de leçons médiatiques et politiques français, de l’UE et américains ( au passage, Israël est présente en Colombie et contribue à ces assassinats).

Les ex-FARC et ces leaders syndicaux, quant à eux, s’inscrivent dans le Processus de paix qu’ils ont voulu et mené à bien. Ils ne menacent personne de mort. Ils luttent face aux Multinationales et latifundiaires …et en quelque sorte face aux institutions européennes, internationales qui sont complices directement ou non des crimes :Total et les compagnies ont leurs hommes de main qui tuent les syndicalistes + refus de la Commission européenne d’inclure un volet “Droits de l’Homme” dans les accords commerciaux de “Libre-échange” ( ALE) qu’ils signent avec la Colombie + la Presse toute occupée à salir Cuba mais totalement muette sur les  centaines assassinats de travailleurs syndicalistes ou de presque tous les candidats de l’Union Patriotique : imagine-t-on en France que les hommes de main du MEDEF, en toute impunité de Macron, assassinent tous les candidats communistes à la Présidentielle ( s’il y en a), tous les candidats députés, tous les candidats aux élections – car bien sûr les candidats de droite, personne n’y touche, et les seuls candidats de gauche en Colombie sont les communistes, ou très proches, la lutte des classes qui s’y déroule appelant un chat un chat.

Précisons enfin que le gouvernement Santos ( Santos fut ministre de l’Intérieur d’Uribe, donc impliqué dans les massacres  de Colombiens notamment les  falsos positivos = jeunes chômeurs assassinés puis déguisés en FARC pour toucher une prime et montrer à la Presse l’efficacité de l’Armée colombienne) est signataire des Accords de la Havane, accords de paix signés avec les FARC et garantissant la protection des ex-FARC et des leaders syndicalistes pour que la Paix permette une vie démocratique normale… Santos a même reçu le Prix Nobel de la Paix pour ces accords mais pas les FARC, pourtant co-signataires, et qui s’exposent courageusement, puisque après les 7èmes accords de Paix, 3500 FARC retournés à la vie politique civile ont été assassinés, dont la quasi-intégralité de leurs candidats aux élections et tous leurs candidats à la Présidentielle.


DERRIÈRE LA PAIX EN COLOMBIE, LES ASSASSINATS POLITIQUES CONTINUENT.

Par Harol Gonzalez*
La multiplication des actions violentes de la part de groupes paramilitaires d’extrême-droite, l’inaction du gouvernement, ainsi que l’assassinat systématique des militants et des défenseurs de droits de l’homme rappellent l’époque la plus sombre du conflit armé colombien.La vaste couverture médiatique internationale durant l’année 2016 concernant la signature des accords de paix entre le gouvernement colombien et les FARC exaltait la fin du conflit armé le plus ancien de l’hémisphère occidental. Néanmoins, depuis janvier de cette même année, on a dénombré l’assassinat de 131 leaders sociaux, assisté au retour de massacres au sein des populations paysannes et à l’assassinat d’une trentaine de membres non armés et démobilisés de l’ancienne guérilla.

En matière de sécurité, l’Observatoire de suivi de la mise en place des accords de paix (OIAP) a établi à seulement 22,7% la réussite de l’instauration normative du système intégral de sécurité, accordé entre les FARC et le gouvernement lors de la discussion sur la fin du conflit. Cela est alarmant quand on observe que 335 leaders et défenseurs des droits de l’homme (1) ont été menacés de mort entre janvier et juin de cette année.

Il faut souligner que ces menaces et les assassinats qui en découlent ont comme facteur commun leur caractère ciblé. Selon le dernier rapport de Indepaz (2), entre janvier 2016 et juin 2017, ce sont les leaders sociaux et paysans d’organisations comme « Marcha Patriotica », « Congreso de los Pueblos » et les communautés indigènes qui sont les plus touchés par les menaces et l’assassinat de leurs militants .

Le 17 octobre dernier, le leader paysan Jair Cortés a été assassiné à Tumaco après avoir dénoncé des menaces de la part de paramilitaires dans le département de Nariño. Jair Cortès faisait partie de la commission de défenseurs des droits de l’homme qui s’était réunie quelques jours auparavant avec le vice-président de la république colombienne pour lui exprimer précisément leurs inquiétudes concernant les graves atteintes aux droits de l’homme dans cette région du pays.

En ce qui concerne les partis politiques, il est important de signaler que le 12 octobre dernier les représentants nationaux du parti politique « Union Patriotique » ont reçu une menace de la part du groupe paramilitaire « Autodefensas Gaitanistas de Colombia » qui les contraint à ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles sous peine d’être assassinés.

Il faut rappeler que le parti « Union Patriotique » est de retour dans l’arène politique du pays depuis 2013 seulement, après avoir disparu en 2002 à cause de l’assassinat de plus de 4000 de ses militants et élus des mains de groupes paramilitaires, avec la collaboration d ‘agents de l’État Colombien.

Menace de mort aux membres de la direction du parti Union Patriotique.
La violence cible aussi la population civile. On a assisté le 25 octobre dernier au massacre de 3 indigènes de la municipalité de Mesetas dans le département du Méta. Il s’agit de Diego Ferney Pilcué et de son épouse Diana Marcela Calvo âgée de 18 ans, ainsi que du cousin de Diana, Róbinson Tobar Calvo âgé de 17 ans.  Ce massacre a eu lieu à proximité de « l’espace territorial de formation et de réincorporation » (ETCR) de Mesetas, l’un des 23 espaces actuels de concentration des anciens combattants des FARC.  Ces assassinats ont été perpétrés, selon les habitants de Mesetas, pour terroriser les personnes susceptibles d’aider les anciens combattants ou de travailler à leur réintégration dans la vie civile. C’était le cas de Róbinson Tobar Calvo, qui travaillait dans l’aménagement du ETCR afin que les FARC puissent déposer leurs armes auprès de l’ONU le 27 juin dernier.

En ce qui concerne l’assassinat des anciens combattants des FARC, la situation reste également inquiétante. Dans une conférence de presse le 2 octobre dernier, les FARC soulignaient que 25 de leurs membres revenus à la vie civile  avaient été assassinés. Avec les 6 ex-combattants qui ont été assassinés le 16 octobre dernier dans le département de Nariño, on dénombre 31 membres du nouveau parti des FARC assassinés par des acteurs dits « non identifiés ».

L’aboutissement de la mise en place des accords entre le gouvernement et l’ancienne guerrilla, sur le plan juridique et institutionnel, reste primordial pour garantir la stabilité dans le pays. Néanmoins, l’augmentation des actions de groupes paramilitaires depuis la signature des accords rappelle l’époque la plus sombre du conflit armé colombien, où l’assassinat systématique des opposants politiques était la règle et l’intervention de l’État afin de les en empêcher, la triste exception.

*Harol Gonzalez Duque
Exilé politique Colombien en France