Italie : “Les résultats des élections politiques du 4 mars ouvrent une situation d’urgence démocratique” – Fronte Popolare

Déclaration du Secrétariat Central du sur les élections politiques italiennes du 4 mars 2018

Les résultats des élections politiques du 4 mars ouvrent une situation d’urgence démocratique. À l’effondrement des partis qui ont géré la saison autoritaire de la convergence au centre ouverte par le gouvernement Monti, correspond l’affirmation à la tête d’une coalition de droite déjà subversive de la Ligue de Salvini et la possibilité concrète qu’il soit chargé de la formation du nouveau gouvernement. Ces deux éléments marquent une accélération dramatique dans la chute de la tenue démocratique du pays, déjà fortement compromise par les politiques antipopulaires et répressives du Parti démocrate. Le risque de l’arrivée de l’extrême droite au sommet de l’Etat est réel aujourd’hui et, tout d’abord, il faut se mobiliser contre ce risque, en sachant qu’aucun des principaux partis parlementaires ne représente une garantie de sauvegarde de la démocratie, mais en même temps en faisant une distinction claire entre les différentes instances qui s’expriment  à la base de ces partis pour moduler l’appel à la mobilisation en fonction des besoins du moment.

Il faut en même temps souligner que chacun des trois principaux blocs parlementaires a explicité, déjà au cours de la campagne électorale, sa subordination à la finance internationale et à ses institutions transnationales (FMI, OTAN, UE, BCE, etc.). Nous sommes donc dans la position de devoir unir la mobilisation pour la protection des libertés démocratiques avec la préparation d’une opposition prolongée et généralisée contre tout gouvernement qui puisse être exprimé par le nouveau Parlement, dans les conditions très difficiles qui nous impose le cadre politique.

En préparant les mois difficiles à venir, nous ne pouvons pas éviter de prendre acte d’un fait incontestable: la gauche italienne, sous toutes ses formes, ne peut plus compter sur une base matérielle dans la société et la même couche d’opinion dont elle est l’expression est maintenant réduite au minimum, jusqu’aux limites de l’extinction. Aucune sommation, raccourci politicien ou motion d’affection ne peut effacer cet élément incontestable de la réalité. Nous sommes, en ce qui concerne le secteur politique dont nous faisons partie, à la clôture définitive d’un cycle historique et tous, sans exception, sont appelés par les dangers du moment à une profonde réflexion qui exige courage intellectuel, abnégation militante et, de la part de chacun et tous collectivement, de se préparer à de grands sacrifices.

Comme communistes, marxistes et léninistes, nous soulignons la nécessité de soumettre la nouvelle situation sociale et politique à un examen analytique rigoureux et sans pitié, sans remises ni complaisance, finalement en rupture avec tout esprit sectaire et récalcitrant (mot peu compréhensible en français ; ça traduit quel mot italien). L’inadéquation des réponses politiques et organisationnelles (et donc électorales) pratiquées jusqu’ici doit stimuler tout le monde à s’ouvrir davantage à la compréhension scientifique de la réalité et des moyens pour la transformer.

Pour cette raison, en confirmant à tous les camarades qui se sont  activés pendant la campagne électorale dans les rangs de “” comme d’autres formations, notre proximité et l’esprit unitaire qui nous animent, nous soulignons notre volonté de participer à l’analyse autocritique et au débat sur ce qu’il faut faire pour produire de nouveaux moments de coopération et d’unité qui éliminent les anciennes barrières bureaucratiques, les illusions d’autosuffisance, les haines de parti et les fermetures inutiles.

En même temps, nous confirmons fortement notre conviction que la phase nécessite le lancement du processus de construction d’un véritable parti révolutionnaire adapté au conditions de l’ d’aujourd’hui, consciemment d’avant-garde et capable de poser dans la société et résoudre dans son analyse et dans son programme les grands thèmes de notre temps, comme point de départ pour développer une action de résistance disciplinée et organisée qui prépare les conditions pour surmonter ce sombre moment historique et pour la conquête de meilleures conditions.

Ce n’est plus possible de renvoyer l’urgence de former une organisation politique capable d’identifier avec clarté les ennemis de classe et d’indiquer aux travailleurs de notre pays la manière de les combattre, qui sache hériter toutes les traditions progressistes de notre patrimoine historique et  les mettre à disposition de nouveaux objectifs, capable de construire des formes concrètes de pouvoir populaire et de relier cet élément clé à la compréhension profonde du lien qui le lie à la conquête d’une souveraineté nationale véritable et complète qui est la condition pour soustraire l’Italie aux hiérarchies de l’impérialisme et de ses institutions transnationales (à commencer par l’Union européenne et l’OTAN) pour construire des liens internationalistes de fraternité et de coopération entre tous les peuples.

La construction du parti est, à notre avis, la première étape incontournable pour la reconstruction et la réagrégation de la gauche italienne et, dans le cadre dramatique ouvert par les élections politiques et dont la détérioration ultérieure, rapide et dangereux est prévisible, il faut d’abord travailler pour faire de la perspective de notre renaissance et de l’ambition de reconstruire un bloc social capable de soutenir des solutions politiques révolutionnaires et de classe quelque chose de plus qu’un mirage.


Premières brèves remarques sur les élections italiennes.

par Antoine Manessis, com intern du PRCF
La politique du grand capital menée par les partis sociaux-démocrates en Italie avec le PD, en France avec la PS, en Grèce avec le PASOK, en Allemagne avec le SPD aboutit partout au même résultat : la défaite voire la marginalisation de ces partis. Rude leçon qui n’empêche pas ces mêmes partis de recommencer à tous les coups.
Ces déroutes électorales sont le fruit amer de la politique de droite menée par des partis se prétendant de gauche.

Le sentiment de rejet de l’ UE est désormais majoritaire de façon massive dans les classes populaires de tous les pays d’..
Là encore rien d’étonnant : régressions sociales, recules civilisationnels, perte de la souveraineté populaire au profit de l’oligarchie capitaliste et ses valets, chômage de masse et/ou précarité généralisée, menaces de guerre, fascisation tel est le bilan catastrophique de l’ UE.

Le mouvement communiste est criminalisé et cela depuis des décennies. La défaite subie en Union Soviétique n’a fait que contribuer à l’ affaiblir comme l’évolution de certaines de ces composantes vers une social-démocratisation qui aboutit à une liquidation des PC et qui affaiblit tout le mouvement ouvrier et populaire, les syndicats de lutte suivant parfois la même évolution vers la collaboration de classe.
La nature politique ayant horreur du vide ce sont les partis d’extrême-droite, démagogues souvent masqués en” anti-système”, racistes, xénophobes et sexistes, qui ont occupé l’espace politique et  expriment la colère et le désemplir des masses. La plus part de celles-ci se réfugiant dans une abstention rageuse mais impuissante.
Comme dans nombre de pays arabes où les communistes ayant été réprimés, chassés, emprisonnés, assassinés, c’est l’islamisme politique qui a occupé l’espace politique de contestation des politiques des bourgeoisies arabes. C’est ainsi qu’en Égypte pour ne prendre que ce seul seul exemple les communistes ayant été éliminés violemment par Nasser, Sadate ayant instrumentalisé les islamistes contre ce qui restait de la gauche avant d’être victime de ses alliés devenus exigeants et ayant, avec les Frères musulmans, occupé tout l’espace politique alternatif il a fallu à la bourgeoisie égyptienne faire appel à la dictature fascisante de l’ armée pour continuer son exploitation du peuple égyptien malgré son sursaut démocratique de Tahrir dépourvu de perspective car dépourvu d’organisation politique de classe capable de porter une alternative populaire et progressiste.
En Italie la liquidation du PCI, le plus grand parti communiste d’Europe, par ses dirigeants réformistes a totalement pourri toute la vie politique italienne. Le ou la Ligue ne sont que les châtiments de la trahison et de la destruction du PCI combiné aux désastres provoqués par la politique imposée par l’ UE à ses gauleiters locaux tels que Prodi, Berlusconi ou Renzi. Les fascistes n’ont qu’à exploiter cette désespérance sociale et culturelle pour s’approcher du pouvoir. La grande bourgeoisie italienne connait la musique et son soutien et son compromis avec Mussolini prouve qu’elle peut sans problème changer de monture.

Sans la reconstruction du PC, sans la renaissance communiste, sans un vaste front antifasciste, patriotique et de progressiste l’ Italie connaitra des jours difficiles.
Nos camarades du Fronte Popolare et d’autres organisations communistes y travaillent d’arrache-pied.
La leçon est vraie là-bas comme ici.