2 mai 2022 : huit ans jour pour jour après l’incendie criminel perpétré par les néonazis contre la Maison des syndicats à Odessa qui a coûté la vie à près de 50 personnes – qui n’a pas suscité l’émotion de François Morel, inquiet du sort du seul le Chœur des enfants ukrainiens dans une tirade « maladroite » sur France Inter le 13 mai 2022 (« ont-ils l’impression de manquer d’air, s’étonnent-ils d’avoir le souffle court, font-ils des exercices de respiration ? ») –, BFM, toujours avide de sensationnalisme, donne la parole à Sviatoslav Palamar… commandant adjoint du régiment Azov. L’une de ses dernières apparitions avant sa mort cinq jours plus tard… et son passage à la télé le 8 mai – tout un symbole. Bien entendu, les spectateurs peu au fait de ce qui se passait en Ukraine avant le 24 février 2022 – car depuis, les médias aux ordres ont découvert l’existence de ce pays – auront eu l’occasion de pleurer de « résistant » et « combattant de la liberté » retranché dans l’usine Azovstal de Marioupol, comme étaient retranchés les derniers Waffen SS dans le bunker de Hitler quand Berlin était assiégée par les Soviétiques en avril 1945.

Rassurons d’avance les âmes sensibles refusant les comparaisons primaires : Poutine n’est pas Staline du fait de son anticommunisme avéré, qu’il a d’ailleurs exprimé le 20 février 2022 lorsqu’il accusa Lénine et les bolcheviques d’avoir créé le « pays artificiel » d’Ukraine (et tant pis si Poutine n’a pas lu les écrits de Lénine sur ce sujet) ; de même, l’armée russe n’est pas l’Armée rouge, quand bien même des soldats se battent sincèrement au nom du drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau depuis des années à l’est de l’Ukraine. En revanche, le bataillon Azov, lui, est le clair descendant, au choix, de la Waffen SS « Galicie » ou de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne du « héros national » Stepan Bandera, présenté comme une simple « figure controversée » selon les doux euphémismes des médias aux ordres peinant à dire qu’un antisémite est un antisémite et qu’un nazi est un nazi. C’est qu’il ne faudrait pas semer le doute dans la tête des téléspectateurs de BFM qui, à l’instar de la « presse libre », ne cesse de répéter que Vladimir Poutine (quelle que soit l’appréciation qu’on peut avoir par ailleurs sur son régime oligarchique contre-révolutionnaire et anticommuniste) ne fait que de la propagande lorsqu’il affirme vouloir « dénazifier » l’Ukraine.

En effet, selon les médias aux ordres adeptes de la rhétorique hollywoodienne du combat du « Bien contre le Mal » (comme le furent Ronald Reagan et George W. Bush en leur temps, et comme le sont tous les présidents états-uniens républicains et démocrates), il ne peut y avoir de place pour la nuance ni la contradiction – en somme, pour la dialectique. Dès lors, puisque l’Ukraine est une « démocratie libérale » (certes, 97e au classement de la liberté de la presse dans le monde en 2021 et 123e au classement mondial de la corruption en 2020, bien loin derrière la « dictature corrompue » bélarusse…) se battant contre la « dictature » russe, tout combattant servant le régime fantoche de Zelensky est forcément un « résistant ». Il ne sera donc pas possible pour le spectateur de BFM de savoir ce qu’est le bataillon Azov. Et puis d’ailleurs, comment serait-il possible qu’il y ait des néonazis en Ukraine puisque « Zelensky est juif » ? S’il y a antisémitisme, il ne peut être que du côté russe (et il est vrai que les sorties imbéciles de Lavrov sont du pain bénit pour les russophobes de choc). Les médias aux ordres vous répondront qu’il s’agit de délires et de désinformation ; nous voici donc rassurés de savoir que The Times of Israël délirait lorsque, le 4 mai 2021, le journal israélien titrait que :

« Pour la première fois, un défilé célébrant la 14e division de grenadiers Waffen des SS, composée d’Ukrainiens de souche, a lieu dans la capitale Kiev ».

Mais tout ceci n’est que racontars, comme furent des racontars les raisons justifiant l’intervention soviétique en Afghanistan à partir de la fin de l’année 1979, pour venir en aide au gouvernement du communiste Najibullah attaqué par des « combattants de la liberté » nommés « moudjahidines », alors gracieusement financés par les Etats-Unis et Oussama Ben Laden et célébrés par les médias aux ordres – à l’image du Figaro qui, à l’époque, estimait que les djihadistes, « alliés de l’Occident », avaient « une âme [qui] se lit sur leur visage ». Et pour parler de cette épopée contre le « totalitarisme soviétique » (remplacé aujourd’hui par le « totalitarisme russe »), qui de mieux que l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, invité dès le 24 février 2022 au soir sur le plateau de France 2 pour lancer ses traditionnelles foucades contre tous les pays refusant l’hégémonisme états-unien (la Yougoslavie puis la Serbie, l’Irak et la Libye en savent quelque chose) ? Un « BHL » habitué aux « combats pour la liberté », comme lorsqu’il s’enturbanna aux côtés des moudjahidines dans les années 1980 en Afghanistan – avant, naturellement, de retourner sa chemise blanche éclaboussée du sang des martyrs communistes et progressistes afghans. Un « BHL » toujours en verve, à la fois pour livrer ses « analyses pertinentes » sur la situation géopolitique en Ukraine, pour situer « le Bien et le Mal » (non, Maxim Marchenko, commandant du bataillon Aïdar auprès duquel a paradé BHL, n’est pas néonazi mais défend les « valeurs démocratiques », avec une bonne partie de soldats néonazis…) et, bien entendu, pour narrer ses exploits héroïques comme le 18 mars 2022 en revenant d’Odessa : « Le seul geste politique que j’ai fait là […], j’ai inscrit sur une barricade de la rue principale d’Odessa les trois mots de la devise républicaine française, je les ai taggués moi-même : « liberté, égalité, fraternité ». »

 

Malheureusement pour les médias aux ordres comme BFM, il est difficile d’empêcher les voix de s’indigner du narratif officiel. C’est ainsi que les réactions des spectateurs ont été vives lorsque ont été invitées le vendredi 13 mai 2022 Kateryna Prokopenko et Yulia Fedosiuk, épouses de deux membres du régiment Azov bloqués dans l’usine d’Azovstal de Marioupol. Et si les médias aux ordres tentent de démontrer que les photographies de jeunes femmes (dont une jeune femme ressemblant furieusement à l’une des deux invitées) arborant des drapeaux à svastikas en levant les bras ne sont que des intox ou des photomontages, il devient de plus en plus difficile pour BFM de nier la réalité, au point que BFM se sent obligé de poser la question le 19 mai 2022 en direct : « Les combattants d’Azov, des « néonazis » ? » ; encore heureux que les « experts » trouveront les mots pour rassurer les spectateurs commençant à être saisis pour certains par le doute (ou plutôt, l’esprit critique) en ne parlant que d’une « poignée d’extrémistes ». Ou plutôt des poignées aux effectifs croissants : bataillons Azov et Aïdar, Svoboda, Pravyi Sektor, etc. Et qui, bien entendu, sont les descendants de la « figure héroïque » Stepan Bandera, tant adulée par de plus en plus d’Ukrainiens comme le signalait Marianne le… 22 février 2022 : « Kyrilo enchaîne les figures acrobatiques sous la protection de Stepan Bandera. À 17 ans, il est l’aîné de la petite bande qui a fait de cette esplanade de la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, son skatepark de fortune. Là où se dresse la statue du leader des nationalistes ukrainiens dans les années 1930 et 1940, figure controversée dont l’organisation avait brièvement combattu mais aussi collaboré avec l’Allemagne nazie. Pour ce lycéen, Stepan Bandera est un « héros », un « résistant », un « pionnier », le « parrain » du nationalisme ukrainien. Il « s’est battu toute sa vie pour l’Ukraine » tranche Igor, directeur marketing de 34 ans, qui demande à sa petite amie, Olha, de le photographier devant le monument. » Fort heureusement, les spectateurs de BFM n’en sauront rien…

Comme l’affirma « le « décret sur la presse » adopté par les bolcheviques le 9 novembre 1917 (27 octobre en Russie à l’époque) : « dans notre société, ce qui se cache en fait derrière cet écran libéral [la liberté de la presse], c’est la liberté pour les classes possédantes, qui se sont accaparé la part du lion dans la presse, d’empoisonner impunément les esprits et d’introduire la confusion dans la conscience des masses » ; et de rappeler que la presse constitue « une des armes les plus puissantes de la bourgeoisie, […] pas moins dangereuse que les bombes et les mitrailleuses ». N’est-il pas temps de prendre des mesures de salut (et même de salubrité) public pour en finir avec tous les agents propagandistes de la fascisation semant la haine, à commencer par BF-(Ukr)Haine ?


Lu sur les réseaux sociaux, enquête sur AZOV

Un fil sur « Azov ». Beaucoup de gens parlent d’eux ces jours-ci, le New York Times et le Pape les appellent à être sauvés, ils sont présentés comme de glorieux héros. Alors, jetons un bref coup d’œil à leur histoire :
Les racines d' »Azov » se trouvent dans le milieu néonazi des hooligans de Kharkov. Andrei Biletsky a longtemps été la figure centrale du mouvement naissant. Originaire de Kharkov, il a rejoint de nombreuses organisations nationalistes, notamment « Tryzub », basée à Lvov.
Il a également soutenu activement la cellule de Kharkov du « Parti social-national d’Ukraine » (aujourd’hui « Svoboda »). En 2006, Biletsky a fondé « Patriot of Ukraine », une organisation nationaliste qui s’est engagée dans la violence de rue et même le terrorisme.
« Entrepreneur » et homme politique. De 2005 à 2010, Avakov a été gouverneur de l’oblast de Kharkov. Durant cette période, « Patriot of Ukraine » a été officieusement suppléé par la police de Kharkov.
Le gang de Biletsky aidait la police à patrouiller dans les rues à la recherche d’immigrants illégaux et à lutter contre les commerces illégaux. En dehors de leurs activités politiques, ils servent d’exécutants pour les « entreprises commerciales » d’Avakov. C’est ainsi qu’ils ont atteint un niveau important de protection politique.
Bien entendu, Avakov est également devenu ministre de l’intérieur après le coup d’État de l’Euromaïdan ; leur relation fructueuse s’est poursuivie. Le néonazi russe Sergei Korotkikh, alias « Botsman », est un ami personnel du fils d’Avakov. Botsman dirige également une unité distincte d’Azov, les « Botsman Boys ».
En 2011, Biletsky et plusieurs de ses camarades ont été arrêtés pour vol organisé ; début 2014, Avakov, devenu ministre de l’Intérieur, les a fait libérer de prison. Avant même cela, le « Patriote de l’Ukraine » de Biletsky avait rejoint les manifestations de l’Euromaïdan et le « Secteur droit ».
Les hommes de Biletsky ont pris part aux troubles civils qui ont suivi le coup d’État d’Euromaidan. Connus alors sous le nom de « petits hommes noirs de Kharkov », ils ont publié des messages vidéo menaçants à l’intention de la population russe ; ils ont parcouru le pays et se sont livrés à des actes de violence politique.
Ils sont venus à Odessa et ont participé au massacre du 2 mai ; ils ont attaqué les manifestations anti-Maidan à Kharkov ou ont carrément fait « disparaître » des militants pro-russes avec l’aide des services de sécurité ukrainiens.
C’est une longue introduction, mais elle est importante.

Peu après, les troubles civils se sont transformés en guerre civile. Le gouvernement Euromaidan de Kiev a réalisé que l’Ukraine n’avait pas d’armée. Ses unités militaires d’élite se faisaient humilier par les milices de mineurs de charbon du Donbass.
C’est alors que, sous le patronage d’Avakov, les « bataillons de volontaires » ont été créés. Azov, Aidar, Donbas, Tornade, Dnipro – ces formations du ministère de l’Intérieur, et bien d’autres, sont tristement célèbres pour leur horrible règne de terreur en Ukraine orientale.
La seule « bataille » d’Azov au cours de cette période a eu lieu lorsqu’ils sont entrés dans Mariupol après que le Kremlin ait forcé la milice de Donetsk à se retirer de la ville. Ils ont commencé à piller, violer, tirer sur des civils au hasard, kidnapper, torturer et assassiner des militants pro-russes, etc.
À part cela, l’implication d’Azov dans la guerre du Donbass a été minime. Les endroits où ils étaient stationnés (Shirokino, Zolotoye, Mariupol) n’ont connu (presque) aucun combat. Cela n’a cependant pas empêché Azov de devenir célèbre. Ils dirigeaient la prison secrète du site noir de Mariupol avec le SBU.

Azov s’est transformé d’une milice de hooligans en une véritable unité militaire grâce au financement généreux des oligarques ukrainiens – pas seulement Avakov, mais aussi Kolomoyskyi et Akhmetov. Le « Patriote de l’Ukraine » est devenu le « Corps national », le bras politique d’Azov.
Plus qu’un simple parti politique, les organisations « civiles » d’Azov s’engageaient dans la formation paramilitaire des radicaux, l’éducation des enfants, la charité, la littérature et bien d’autres choses encore. Elles ont construit tout un empire commercial allant des maisons d’édition et des salons de tatouage aux maisons closes et au trafic de drogue.
En temps de paix, Azov est impliqué dans des expropriations et des rachats hostiles très médiatisés. Biletsky est devenu membre du Parlement. Des rumeurs disent qu’ils ont essayé d’acheter une île en Amérique latine. Grâce à leur protection politique, leurs liens avec la mafia et leurs sponsors américains, ils sont devenus un « État dans l’État ».

Après le départ de Biletsky pour la politique, l’inconnu Prokopenko est laissé à la tête de l’unité militaire. Il n’a été reconnu par le grand public que lorsqu’il a refusé de saluer Zelensky lors d’une cérémonie de remise de prix (une tendance à la mode parmi les militaires ukrainiens à cette époque).
Mariupol est devenu le quartier général d’Azov – une ville russophone (c’est-à-dire ennemie) qui leur a été donnée comme un fief féodal. La ville abritait le quartier général et l’un des bataillons du régiment. D’autres bataillons, dont les plus nombreux, sont établis à Kharkov et Dnepropetrovsk.
Les leaders et les figures emblématiques du mouvement sont concentrés à Kiev. Aujourd’hui, le quartier général du régiment et la branche de Mariupol ont été détruits. Azov a été reconstitué avec de nombreux partisans issus du corps civil et de leur propre réserve de mobilisation.
Une franchise d’Azov est actuellement en cours de formation à Kiev ; la branche de Kharkov (« Kraken » et « Freikorps ») était celle qui était responsable des vidéos de prisonniers de guerre russes exécutés. La branche politique d’Azov, le « Corps national », a établi une dictature militaire à Kharkov.
Ainsi, Azov n’est ni une simple « milice nazie » ni une « unité militaire régulière » – il s’agit d’un mouvement politique important et prospère qui entretient des liens étroits avec le gouvernement de Kiev, le crime organisé, les services de renseignement nationaux et étrangers et les organisations extrémistes du monde entier.