Un balcon en forêt

A l’écart du tintamarre de l’expo événement   –  celle promue sur les sucettes  publicitaires,  placards géants des couloirs du métro et gares TGV  qui convoquent les  nouveaux pèlerins   à la solennelle procession   culturelle, celle à laquelle vous accéderez  au prix d’une gestionnaire planification de votre emploi du temps compté sur le site internet,  au prix de la majoration pour frais de dossier, la distinction, ça se paie,   celle pour laquelle vous n’aurez  pas le loisir de décider,  tiens,  ce matin justement, de faire un détour,  – c’est à , que se déroulait entre 22 octobre et 12 novembre  une qui avait,  heureusement,  semble -t-il raté  sa com.

C’est donc curieux et intrigué que le visiteur franchit le sas de contrôle de l’expo  de la Fondation Lambert “”. Vierge de toute prescription médiatique, il plonge sans tabou ni idées préconçues dans une expérience sensorielle à fois insolite  et familière. Familière puisqu’elle nous parle de nos cauchemars et de nos espérances, insolite  car  c’est à un dépaysement que nous convoquent les artistes .

Cette manifestation, la troisième du genre, réunit,  sous l’intitulé ‘Viva Villa’,  les travaux des artistes lauréats de la Villa  Médicis à Rome, la Villa Velasquez de Madrid et de  la  Villa Kujoyama à Kyoto.

L’intitulé de l’exposition trouve son origine dans la destruction l’hiver dernier des pins parasols centenaires et des arbres du Bosco de la Villa Médicis à Rome et de celle de la charpente de Notre Dame appelée la forêt,  emportée lors de l’incendie. “…le vestige historique disparaît comme les espèces vivantes, (symboles) de notre propre anéantissement.”

En fait, le parcours proposé est d’une telle richesse que la visiteuse dépendante des horaires de bus va s’agacer de devoir abréger le visionnage de quelqu’une des innombrables  vidéos et autre peinture ou installation. La vidéo  omniprésente, est particulièrement adaptée selon les mots de la commissaire à “l’expression du temps qui passe, d’une mélancolie, une poétique de la nature quasi anachronique…”. Ange Leccia, le seul connu avec Robert Smith des quelques 46 artistes,  avait filmé les pins aujourd’hui disparus en 1981dans ses premières images aujourd’hui remontées.

C’est ainsi que le visiteur s’enfonce dans  un dédale de ténébreux  bosquets  d’écrans et d’images étranges et  troublantes pour déboucher sur la clairière d’une installation minérale et colorée ou s’absorber dans l’observation des minutieux herbiers et des patientes cartographies.

La luxuriance sourde de l’exposition s’organise le long d’un parcours thématique de l’effondrement vers les rémanences et les vestiges,la  forêt vierge et les anamorphoses, cet étonnant mirage pictural qui fait voir des formes différentes selon le point de vue du regardeur.

Le parcours esthétique et sensoriel s’accompagne des textes notamment de Julien Gracq, Valéry, Thoreau, Ovide et d’autres, qui donnent à l’ensemble une dimension symphonique.

Parmi nos souvenirs les plus marquants, cette déclinaison du tableau “La bataille de San Romano” (dispersée  entre Londres, Paris et Florence) et sa forêt de piques et de hallebardes au dessus des corps des chevaux gisants et des cuirasses et casques des combattants. Léonard Martin revisite l’œuvre dans une vidéo  dont les marionnettes géantes reconstituant les combattants sont présentées à Avignon. Puisque les filles étaient nombreuses et saisissantes de créativité, ne passons pas à côté de Lili Reynaud-Dewar qui fait des vidéos depuis 2011 dans lesquelles elle cherche “ à rendre perceptibles les mécanismes de l’exclusion pratiquée par le musée a l’encontre  de certaines  formes d’art e5 de certaines identités.”

Les citations entre guillemets sont extraites du beau catalogue de l’exposition qui l’enrichit notablement par de nombreux textes et commentaires additionnels et accessible, si on en   compare  le prix à celui des catalogues des “grandes expositions” mentionnées en introduction.

Cette  expérience d’art entrain de se faire, qui serait la définition rigoureuse  d’un art contemporain débarrassé de ses enjeux mercantiles et des  attributs du chiqué et de la frime,  justifie que nous poussions la porte des propositions qui pour être moins  tapageuses n’en sont pas moins captivantes. 

Tapez  La fin des forêts sur internet pour une vision plus précise.