Un recueil de poésie à commander auprès des militants du PRCF et des JRCF


PRÉFACE de Georges GASTAUD – Juin 2021 – L’engagement du militant communiste ne se réduit pas à sa participation organique, si centrale soit-elle, à la lutte des travailleurs luttant pour une société débarrassée de l’exploitation économique, de l’aliénation idéologique et de l’oppression politique. Il n’est pas réductible non plus à l’étude, au moyen du marxisme-léninisme, du « mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ». Dans sa réalité vécue, que résume le mot fraternité, le communisme signifie l’épanouissement, en chacune et en chacun de ses militants, de la générosité la plus désintéressée et des sentiments les plus chaleureux à l’égard de tout opprimé.

Anticipant la société sans classes de l’avenir, où, selon l’expression du Manifeste du parti communiste, « le développement de chacun sera la clé du développement de tous », le communisme vécu, c’est aussi bien le patriotisme ardent dont nos Francs-Tireurs et Partisans donnèrent tant de preuves héroïques sous l’Occupation, que cet amour internationaliste de l’humanité qui amenait le Che à pâtir comme d’une humiliation personnelle de l’injustice endurée par un innocent résidant aux antipodes. Et bien sûr, cette sensibilité ardente du militant révolutionnaire que Marx résumait par la devise « Je suis homme et rien d’humain ne m’est étranger » est inséparable du ressenti profond des souffrances et des angoisses, mais aussi des plaisirs et des joies inhérents à la condition humaine : d’où les dimensions inséparablement lyrique, épique, tragique, voire parfois… comique et satirique, de la création poétique. Parmi ces sentiments figure bien sûr l’amour, non pas en tant qu’il emprisonne quelquefois, quand il est cultivé dans un esprit petit-bourgeois et consumériste, dans le réduit étouffant de la « vie privée », mais en ceci qu’il ouvre au désir de partager avec tous ce combat pour le « bonheur commun » dans lequel Robespierre, puis Babeuf, le premier communiste de l’histoire moderne, faisaient le but de la Révolution française : une révolution encore inachevée, certes, puisque, comme le soulignait poétiquement Antoine Saint-Just, elle ne « s’arrêtera qu’à la perfection du bonheur ». C’est pourquoi la Commission formation du PRCF a le plaisir de proposer ce recueil qui est moins une anthologie de la poésie communiste (rien ne serait plus contraire à l’esprit universaliste du communisme qu’une telle clôture !) qu’une anthologie communiste de la poésie révélant ce qui, en elle, et parfois à l’insu du poète lui-même, fait vibrer en nous l’universel à partir d’un ressenti singulier. En quelque sorte, le poème est alors ce qui permet de contourner les « lieux communs » pour mieux communiquer l’intime.
On trouvera d’abord dans ce recueil des poèmes antérieurs à ce (premier) Grand Siècle des poètes communistes que fut le XXème siècle. Déjà au Moyen Âge la poésie réaliste d’un Chrétien de Troyes dénonçait l’exploitation cruelle des tisserandes. D’autres poésies stigmatisant allusivement l’oppression ont dénoncé l’injustice des puissants (cf Le Loup et l’Agneau de La Fontaine) et le propos est carrément devenu incandescent à l’occasion de la Révolution française, des Trois Glorieuses (juillet 1830), des insurrections ouvrières républicaines de février et juin 1848, ou, de manière plus brûlante encore, lors  de la Commune de Paris.

Après avoir parcouru les vers ardents de Hugo et de ses Châtiments, on lira aussi – si possible à haute voix pour qu’en vibrent la musique et le rythme (car avant de se faire chanson, tout poème est chant) – la poésie brûlante d’humanisme que composèrent les résistants communistes Aragon, Eluard ou Guillevic, ou encore celle de ces bâtisseurs du socialisme que furent le Soviétique Maïakovski, l’Allemand Brecht, l’immense dramaturge antifasciste établi en RDA, ou encore le dirigeant révolutionnaire cubain Nicolas Guillen. Sans parler de ces poètes des « longues marches » communistes à travers la nuit du fascisme et/ou, de l’anticommunisme de guerre froide et/ou du colonialisme que furent le Turc Nazim Hikmet, le Palestinien Mahmoud Darwich ou les Chiliens Pablo Neruda et Victor Jara, ce dirigeant de la JC chilienne que les sbires de Pinochet mutilèrent sans parvenir à l’empêcher d’entonner l’hymne de l’Unité populaire (« el pueblo unido, jamais sera vencido »), avant de l’assassiner froidement un certain Onze septembre (1973).
A une époque où le capitalisme briseur de culture, destructeur de raison et négateur de vie s’efforce d’arracher notre langue, et avec elle, les Lettres françaises et la pluralité mondiale des langues au profit de l’infect tout-globish managérial  et globalitaire, notre souhait serait que chaque jeune lecteur, délaissant  quelque temps les écrans, prolonge de lui-même ses lectures poétiques, que chacun (ré-)écoute sa voix intérieure et celle qui, par le poème, lui parvient des autres, que chacun ose lire et, pourquoi pas, déclamer de la poésie, que chacun ait le cran de la réciter à la personne aimée ou de la partager avec ses camarades de lutte. Et pourquoi pas, que chacun s’essaie à composer de la poésie, en vers ou en prose, comme osaient le faire les enfants vietnamiens entre deux bombardements américains. Car quel meilleur moyen y aurait-il, avec la musique ou la danse, pour partager son indignation, mais aussi sa tendresse, son désir de solidarité et sa joie de partager l’existence, quitte à soumettre ses premiers essais à  la critique bienveillante de ses soeurs et de ses frères de lutte ?
Soyons sûrs en tous cas que les travailleurs ne parviendront pas à « transformer le monde », comme les y invitaient Engels et Marx, s’ils ne s’efforcent pas du même pas de « changer la vie » comme y invitait le poète communard Rimbaud, le jeune homme « aux semelles de vent ». En ce sens, existe-t’il activité plus essentielle que la poésie, ce très désintéressé commerce d’humanité
?
REMERCIEMENTS A BERNARD GUILLAUMIN, qui a aidé au choix des poèmes, et à Damien qui a coordonné la maquette.

Au sommaire :