L’AFP étoufferait les affaires Macron tandis que la justice enquête sur Pénicaud, ministre du travail

Comme avec l’affaire Ferrand, le Gate apporte chaque jour son lot de nouvelle révélation. Enfonçant toujours plus la ministre chargée par de démolir le code du travail, Murielle , l’ex patronne de Buisness France.
En même temps, les syndicats de l’AFP révèlent que l’agence aurait étouffer durant la campagne présidentielle les concernant le président Macron, et notamment l’affaire Ferrand, principal responsable du parti présidentiel.

L’affaire Pénicaud Macron de las Vegas : la sauterie à 300 000 euros du lancement de la campagne de Macron au coté du MEDEF à Las Vegas

Pénicaud,  nouvelles affaires Macron, après les affaires Bayrou, Ferrand et cie

6 janvier 2016, le ministre de l’économie de Hollande, Macron, lance à Las Vegas au coté du MEDEF le début officieux de sa campagne présidentielle. Cela se passe avec une énorme fête payée par les contribuables et les travailleurs français soit disant pour la “french tech nigt” (appréciez donc le respect de la constitution et donc de la langue française par celui qui est alors ministre de la République”.

Macron organise une énorme noubat, avec plus de 500 personnes à Las Vegas. Rappelons que l’événement l’année précédente avait été organisé par …. le MEDEF.

Organisateur de la soirée, l’établissement public Business France, controlé notamment par le ministère de l’économie. Le Canard Enchainé révèle dans son édition du 8 mars 2017 que cette manifesation a été montée dans l’urgence à la demande expresse du cabinet de Macron, c’est à dire de Macron lui même. Au manette, l’actuelle ministre du travail, Murielle Pénicaud.

L’agence décide de commander à l’agence de communication Havas l’organisation de l’événement. Problème, il n’y a eu comme le révèle une enquête de la cour des comptes aucun respect des règles élémentaires de la commande publique et de mise en concurrence. Ce qui est strictement illégal, puisque BF est un EPIC soumis à l’ordonnance sur les marchés publics.

 

délit de favoritisme ? Pénicaud dans le viseur de la justice

En décembre 2016, alors que Macron n’est plus à Bercy, Michel Sapin, alors ministre des finances, commande un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), qui lui a été remis en février 2017. Les conclusions du travail d’enquête indiquent que « la commande de la prestation Havas est susceptible de relever du délit de favoritisme » et évoquent des « dysfonctionnements susceptibles d’engager la responsabilité de leurs auteurs », toujours selon l’hebdomadaire satirique.

La sauterie organisée pour Macron a donc été facturée, sans aucune mise en concurrence à 381 759 euros. Plus de 762 € par invité, pour une unique soirée. Admettons que la soirée a durée 3heures, cela fait 4€ par personne et par minute !

Le parquet de Paris a ouvert une enquête le 13 mars. Pénicaud se défend alors en déclarant que « Le cabinet de Macron nous a demandés à la mi-décembre d’organiser en catastrophe la manifestation trois semaines plus tard. Le délai était intenable »,

On remarquera que cette affaire a été remarquablement mise sous le tapis durant la campagne présidentielle.

Pourtant Macron au delà de la ministre est directement impliqué : dans le protocole transactionnel entre l’agence de communication et Business France, postérieur à l’événement, l’implication de l’entourage du ministre est subtilement reconnue. Ce document justifie le choix de confier des prestations à Havas «en considération de l’ampleur donnée à l’événement notamment par le cabinet du ministre des Finances (environ 500 personnes conviées) et de la date qui approchait». Une enquête de Libération est sans équivoque : Des échanges de mails retranscrits dans l’audit d’EY ne laissent par ailleurs aucun doute sur l’implication du cabinet du ministre de l’Economie. Une attitude qui agace d’ailleurs Fabienne Bothy-Chesneau qui tente, d’après l’audit d’EY, «d’éviter que les autres parties prenantes dictent au prestataire Havas des choix non arbitrés» par son service. Dans un mail du 16 décembre, la directrice de la communication de Business France essaie de recadrer Christophe Pelletier, qui dirige l’équipe d’Havas missionnée pour organiser l’événement : «C’est Business France qui décide et nous sommes aimables et associons la mission French Tech [rattachée au ministère de l’Economie, ndlr] ainsi que le cab. Pas l’inverse.»
En clair, l’événement a bien été organisé sur ordre de Emmanuel Macron. Libération indique d’ailleurs que Macron ou du moins son cabinet s’est immiscé jusque dans le choix de l’hôtel : dans un mail du 3 décembre, le conseiller économique de l’ambassade de France aux Etats-Unis informe ­Bothy-Chesneau que le cabinet d’Emmanuel Macron préfère l’établissement The Linq, finalement retenu, au détriment d’un autre qu’il juge «trop kitsch». «Nous comprenons que la définition exacte des besoins a pu être en partie déterminée par des personnes extérieures à Business France, en particulier le cabinet du ministre de l’Economie», tranche même l’audit d’EY sur l’affaire  En Mars quand l’affaire est rendue publique, Pénicaud couvre Macron, et sort un communiqué indiquant que

«Le ministre et son cabinet n’interviennent pas dans les procédures d’appel d’offres, et donc dans la relation contractuelle entre Business France et Havas.»

Au coeur de l’enquête, Pénicaud est défendue par le gouvernement de Macron, qui déclare qu’elle a menée un audit. Les dernières révélations de la presse, à l’image font voler en éclat pourtant la com’ de l’équipe Macron.

Car loin d’être la directrice qui aurait fustigé des malversations – «Muriel Pénicaud a provoqué immédiatement un audit, puis une inspection générale.»  se targue Castaner porte parole du gouvernement, ces révélations tendent à montrer qu’elle était partie prenante d’un montage dont la légalité est aujourd’hui au coeur de l’enquête de la justice :
  •  D’après libération, elle a validé un premier versement de Business France, pourtant réalisé de façon irrégulière, en décembre 2015. “A peine un mois avant la soirée, l’agence doit régler à toute vitesse un acompte de 30 000 euros à l’hôtel où se tient la réception. Mais l’établissement n’accepte pas de virement et les cartes de ­Business France ne peuvent pas dépasser un plafond de paiement de 7 000 euros. La carte bleue personnelle du directeur financier de Business France est alors utilisée pour régler l’acompte. Pénicaud valide ce contournement des règles. Le service achat de l’agence découvrira le contrat avec l’hôtel seulement une semaine après. Un deuxième versement d’un montant équivalent est également approuvé en janvier par la directrice générale, peu de temps après la réception.
  • Le quotidien de préciser également “Début février 2016, la responsable du service des achats reçoit ­une demande de refacturation ­d’Havas de 248 925 dollars (environ 220 000 euros) et alerte la directrice générale. «A ce moment-là, ­Pénicaud n’avait pas vraiment d’autre choix que de déclencher un audit», commente un haut fonctionnaire de Bercy. Par la suite, la désormais ­ministre du Travail n’informera pas avant la fin de l’année 2016 les instances internes de contrôle et les ministères de tutelle : Bercy et le Quai d’Orsay. Pourtant en juin, le comité d’audit de l’organisme s’était réuni. «La direction de Business France a fait le choix de ne pas l’informer lors de cette réunion de l’audit externe qui avait été demandé à EY, qui à cette date était presque finalisé», note l’IGF.Daté du 28 juillet, le rapport alarmiste d’EY va dormir dans le placard de Muriel Pénicaud pendant encore quelques mois. Et le 5 décembre 2016, la directrice soumet à un nouveau comité d’audit, qui a la charge de préparer le conseil d’administration qui doit se tenir dix jours plus tard, un simple résumé du rapport d’EY ainsi qu’un protocole transactionnel déjà signé par Havas. Ce qui est contraire aux règles habituelles. Le contrôleur économique et financier de Business France, qui siège au comité d’audit, découvre à cette occasion la situation et refuse alors de signer la transaction, puis alerte les ministères de tutelle. C’est Michel Sapin, succédant au ministère de l’Economie à Emmanuel Macron après sa démission, qui saisit alors l’IGF pour établir un rapport. Et regrette dans sa lettre de mission cette absence d’information de la future ministre.
  • surtout, le 2 juillet, le JDD révèle en publication un courriel daté du 11 décembre 2015 la directrice de la communication de Business France (BF) écrit que “Muriel, briefée par nos soins, ne fait rien. Donc elle gèrera aussi quand la CdesC (Cour des comptes, NDLR) demandera des comptes à BF, ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit”. On ne peut faire plus clair  !

Faceaux révélations, le gouvernement attaque les journalistes

le porte-parole du gouvernement s’en est lui aussi pris à la presse. La rédaction de Libération révèle que

interrogé sur les «irrégularités» qui auraient émaillé l’organisation d’une soirée à Las Vegas par l’organisme Business France, au centre d’une enquête de Libération mercredi matin, Christophe Castaner a appelé la presse à s’en tenir aux «faits». En pleine affaire Ferrand, le même avait déjà expliqué, citant une formule présidentielle, que la presse ne devait pas «se faire juge».

Lors de ce point presse, le journal révèle que le porte parole du gouvernement et proche du président Macron aurait confirmer dans un “lapus savoureux ” que  «le ministère» de l’Economie a pris en charge l’organisation de la soirée de Las Vegas, avant de se reprendre pour parler «évidemment de Business France». Avant de menacer les journalistes qui oseraient continuer à parler de l’affaire Pénicaud Macron

«Avant de montrer du doigt tel ou tel qui serait en responsabilité, je vous invite à ne pas chercher à affaiblir […] tel ou tel, lance Castaner à la ronde. Parce que, vous avez raison, on est dans un moment important pour la ministre du Travail»,

Et au nom de quoi ne faudrait il pas “affaiblir” une ministre qui se prépare à une agression sans précédent contre les travailleurs, et ce alors qu’elle est impliquée dans une affaire qui pourrait l’envoyer directement devant les tribunaux ? Au contraire, Mme Pénicaud doit quitter au plus vite le gouvernement. Et le président doit s’expliquer au plus vite sur les éventuelles malversations intervenues dans le cadre du meeting qu’il a donné à Las Vegas.

On ne manquera pas de souligner que le président et le gouvernement se plaignent de soit disant dérapage budgétaire, mais comment qualifier – sans même poser la question de la légalité des marchés passés – les dépenses pour une fête à 300 000 € pour un ministre désireux de se lancer en campagne électorale ?

Quand l’AFP étouffe des informations gênantes pour le nouveau pouvoir

COMMUNIQUÉ DU SNJ-CGT DE L’AFP

L’affaire Richard Ferrand, sortie par Le Canard Enchaîné dans son édition du 24 mai, aurait pu être révélée par l’AFP. Des journalistes de l’Agence étaient en effet en possession des informations, mais la rédaction en chef France n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt.

Qu’un possible scoop sur une affaire politico-financière impliquant le numéro deux du nouveau parti au pouvoir ne soit pas jugé intéressant, voilà qui est troublant. Surtout après les affaires Fillon et Le Roux qui ont émaillé la campagne présidentielle, et alors que le nouveau président Emmanuel Macron affirme vouloir moraliser la vie politique.

Généralement, un média met les bouchées doubles pour enquêter sur ce type d’informations quand elles se présentent. Pas à l’AFP, où les courriels de journalistes adressés à la rédaction-en-chef France soit sont restés sans réponse, soit ont reçu une réponse peu encourageante.

Faute d’avoir pu donner l’affaire Ferrand en premier, ces mêmes journalistes de l’AFP ont eu la possibilité de sortir un nouveau scoop deux jours après l’article du Canard : le témoignage exclusif de l’avocat qui était au coeur de la vente de l’immeuble litigieux des Mutuelles de Bretagne en 2010-11. Mais avant même qu’une dépêche ait été écrite, la rédaction en chef France a refusé le sujet. C’était pourtant la première fois qu’une source impliquée dans le dossier confirmait les informations du Canard et pointait la possibilité d’une infraction pénale de M. Ferrand.

L’AFP se contentera, quelques jours plus tard, de mentionner d’une phrase le témoignage de l’avocat interviewé par Le Parisien. Ce même témoignage qui conduira à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Brest….

INTÉRÊT « TROP LIMITÉ »

Ce n’est pas tout : avant l’affaire Ferrand, le 17 mai, juste après la nomination du nouveau gouvernement, une dépêche annonce que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, devra lui-même faire face à des juges, dès le 19 mai, après son renvoi en correctionnelle pour diffamation. Mais la dépêche n’a pas été diffusée, la rédaction en chef France trouvant son intérêt « trop limité ». Deux jours plus tard, l’info sera en bonne place dans les médias nationaux. L’AFP décidera alors de la reprendre !

Interrogée jeudi par les syndicats lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel, la direction de l’information de l’AFP s’est montrée incapable de justifier de manière argumentée les choix de sa rédaction en chef.

Tout cela fait beaucoup d’infos sensibles étouffées en quelques jours. Pour ceux qui ont travaillé sur le dossier, il y a de quoi être écoeuré et découragé. L’Agence France Presse, l’une des trois grandes agences d’informations mondiales, dont le statut rappelle l’indépendance, a-t-elle peur de diffuser des informations sensibles quand celles-ci risquent de nuire au nouveau pouvoir politique élu ?

Le SNJ-CGT appelle la direction et la rédaction en chef de l’AFP à s’expliquer sur le traitement incompréhensible de l’affaire Ferrand.

Le SNJ-CGT rappelle que l’AFP est et doit rester indépendante, que ses journalistes doivent pouvoir enquêter librement et publier toute information même si elle est gênante pour tout type de pouvoir, en particulier le pouvoir politique.

Le SNJ-CGT, Paris le 20 juin 2017