Paul Robeson (1898-1976). Un ami fidèle de l’URSS.

Il y a 120 ans, naissait à Princeton (New Jersey), , dont le père s’était enfui d’une plantation de Caroline du Sud, car né esclave. Sa mère, quant à elle, périra dans un incendie en 1904 . Malgré tout, Paul accédera à l’université, et deviendra, outre ses grands talents d’acteur, de chanteur et de sportif de haut niveau, un intellectuel polymathe (polifacético disait Fidel en parlant de l’homme nouveau tel que le Che le concevait), qui se mettra très tôt, au service d’une cause politique majeure : celle des droits civiques. Dans le même temps, il se rangera loyalement aux côtés de l’URSS – son premier séjour dans ce pays date de 1934, sur l’invitation du célébrissime cinéaste soviétique Sergei Eisenstein – et du mouvement communiste international. En 1938, il se déplacera depuis Londres en Espagne, pour chanter notamment « Les Quatre généraux » (1) devant les troupes Républicaines rassemblées, et la Brigade Lincoln (2) (Brigades internationales), au sein de laquelle Noirs et Blancs mêlés dans l’égalité, lutteront pied à pied contre Franco La Muerte et ses alliés fascistes allemands et mussoliniens.

Après la Seconde Guerre mondiale, les débuts de la Guerre froide ne l’épargneront pas. Pour avoir quelque temps auparavant, déclaré à Paris, que les Noirs américains ne feraient jamais la guerre à l’Union soviétique, les haineux inquisiteurs de la Commission sur les activités anti-américaines (3), le placeront sur la sellette. Il leur tiendra tête avec un grand courage, demeurant plus que ferme dans son opinion (4) . Conséquence de cette hystérique chasse aux sorcières, le Département d’État lui interdira de quitter le territoire des USA (de 1950 à 1958), et lui confisquera son passeport, conformément au sinistre McCarran Internal Security Act. En signe de soutien, le Prix Staline international pour la paix lui sera décerné en 1952.

Artiste engagé, immensément populaire au sein des pays constituant le camp socialiste d’alors, (son propre fils Paul Jr, partira étudier en URSS) il viendra à Moscou, fêter son soixantième anniversaire (1958), où une fête grandiose sera donnée en son honneur (5). De sa magnifique basse profonde, l’interprète d’Old Man River, chantera en anglais, une adaptation de l’hymne de l’Union soviétique qui restera dans toutes les mémoires (6). Sa célébrité sera également très grande en République populaire de Chine puisqu’il contribuera à faire connaître dans le monde entier, son hymne national La Marche des Volontaires (1934-35).

Peu à peu, les enregistrements et films (7) de ce dénonciateur (en précurseur) de l’apartheid en Afrique du Sud, seront de moins en moins diffusés aux USA, du fait de son inscription initiale sur la liste noire des victimes du maccarthysme. Cet infatigable défenseur des opprimés et des travailleurs, passera le restant de ses jours à Harlem, dans l’isolement et la pauvreté, malgré les nombreux amis, qui lui manifesteront leur solidarité du monde entier. Il s’éteint d’un arrêt cardiaque, en janvier 1976, à l’âge de 77 ans.

Cela étant, les récentes émeutes ayant eu pour épicentre Ferguson (août 2014) (8), mais aussi Baltimore (2015), Charlotte (2016), Saint-Louis (2017) (9)… démontrent sans conteste, que le prolétariat Noir -très largement majoritaire parmi la population carcérale (10)- continue d’être une victime récurrente de la ségrégation économique, sociale, mais aussi spatiale qui lui est imposée aux USA (11). Le combat mené par Paul Robeson et ses amis, demeure par conséquent, d’une brûlante actualité.

J-M del Percio pour www.initiative-communiste.fr


  1. Paroles en français, de Jean Baumgarten
  2.  3000 combattants la composait, dont plusieurs centaines de Noirs
  3. Et du sous-comité interne de sécurité du Sénat US.
  4. « Black list radical socialist speech ever ! » – Paul Robeson. 12/06/1956. Youtube. Il s’agit d’un document sonore d’une valeur exceptionnelle. Face à ses détracteurs, ce dernier insistera sur le fait, que c’est en URSS, qu’il aura été traité humainement, pour la première fois de sa vie, sans avoir jamais eu à souffrir de l’abominable ségrégation raciale qui sévissait dans son pays d’origine.
  5. « Paul Robeson sings in Moscow (1958) ». Sur Youtube.
  6. « National anthem of the Soviet Union. Paul Robeson ». Sur Youtube.
  7. Il apparaîtra notamment dans un film de Julien Duvivier intitulé Six destins (USA, 1942).
  8. Les manifestations s’étendront à d’autres villes : Los Angeles et New York.
  9. Et la liste est loin d’être close.
  10. Dont Mumia Abu-Jamal, président d’honneur du CISC (Comité internationaliste pour la solidarité de classe), est le représentant emblématique.

À noter que les détenus hispanophones sont également sur-représentés au sein des geôles US.

11. Agnès Kerr, « De l’esclavage à l’incarcération de masse », site de Mediapart, 20/10/2016.