L’espace c’est l’avenir, l’avenir c’est le socialisme : par les JRCF

Le programme spatial français et le programme spatial soviétique, un développement parallèle puis un partenariat !

Le programme spatial soviétique est relativement bien connu, même en France, malgré des dizaines d’années de politique et de propagande atlantistes. Le programme spatial français, qui, s’il n’a jamais atteint l’ampleur des programmes soviétiques et américains, a néanmoins eu son heure de gloire, reste méconnu même dans son propre pays. On peut repérer des similitudes à ses origines avec le programme spatial soviétique, puis des interactions dans une volonté pour la France de se donner quelques latitudes stratégiques vis-à-vis de son encombrant « allié » américain – ce qui lui permit de défendre une politique de détente et de participer à la préservation de la paix en modérant un empire américain qui réfléchissait sérieusement à des frappes nucléaires préventives pour se débarrasser de son ennemi socialiste.

Il est normal que dans le pays de Jules Verne avec son roman De la Terre à la Lune (1867), et de Méliès, pionnier du cinéma avec son Voyage dans la lune (1902), on ait envie de partir dans l’espace.

Le début de l’espace français est en fait contemporain des débuts soviétiques, quand dans les années 20 et 30, Tikhomirov et Korolev démarrent les premiers essais de propulsion à ergol solide et liquide, malheureusement perturbés par les procès des années 1930 et l’emprisonnement de Korolev. En France, Robert Esnault-Pelterie, théoricien qui rédige une communication à la Société française de physique intitulée Considérations sur les résultats d’un allègement indéfini des moteurs – fait fonctionner de 1934 à 1937 près de Versailles les premiers moteurs-fusées français à ergols liquides. Il donne une conférence en 1927 L’Exploration par fusées de la haute atmosphère et la possibilité des voyages interplanétaires, qui fera grande impression sur un jeune ingénieur-officier de l’école Polytechnique, Jean-Jacques Barré, qui le rejoint et poursuit ses travaux, en travaillant sur des équivalents français des petites fusées allemandes V2 quand la guerre éclate. Finalement, si Jean-Jacques Barré continue certaines expérimentations en « zone libre » de l’Etat de Vichy avec quelques essais fructueux, il envoie les plans de son engin à l’Angleterre sur microfilms et s’engage dans la résistance intérieure. C’est finalement la récupération de prisonniers allemands techniciens et ingénieurs du V2 – le plus célèbre étant Karl-Heinz Bringer, qui a conçu entre autres le moteur Viking des fusées Ariane 1, 2, 3, 4 – qui permettra de rattraper le retard dû à la guerre et de réaliser les premiers succès de la France avec la fusée Véronique (VERnon electrONIQUE : du nom du village de Vernon où les spécialistes allemands travaillant pour la France et les Français issus de la tradition industrielle d’avant-guerre travaillaient au sein du Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques). En URSS aussi, on a cette conjonction de l’utilisation du patrimoine industriel national avec la libération de Korolev et l’investigation des usines de fabrication du V2 et la récupération de spécialistes comme Helmut Gröttrup, collaborateur de Werner Von Braun même si la majorité des spécialistes furent récupérés par les Etats-Unis. Que ça soit à l’Ouest ou à l’Est, les motivations premières de la fabrication de fusées ne sont malheureusement pas l’exploration spatiale, mais la guerre et l’admiration des états-majors pour les fusées V2 nazies. Après Hiroshima et Nagasaki, les soviétiques doivent se doter de l’arme atomique et de missiles intercontinentaux, craignant un retournement des puissances de l’Ouest qui n’acceptent pas de coexistence avec le plus grand état socialiste du monde. Néanmoins cette course morbide fut finalement transmutée en progrès pour l’humanité après la réussite de Spoutnik ainsi que l’envoi de Youri Gagarine dans l’espace qui déclenchèrent ce grand climat d’émulation positive. Quelques années après Spoutnik, les Français envoient la sonde-satellite Astérix en 1965, du nom du héros de bande dessinée française. Quelques années avant, c’est le rat Hector que la France envoie dès 1961. Enfin la Laïka française est une chatte du nom de Félicette envoyée en 1963. La France est alors la troisième puissance spatiale mondiale après l’URSS et les Etats-Unis. Elle est à l’origine avec d’autres pays européens, du lanceur Ariane qui a la plus grande part de marché mondial pour le lancement de satellites à usage civil.

On peut voir qu’avec quelques années de retard, la France suit les progrès initiés par l’Union Soviétique. Mais plus qu’une politique suiviste c’est une véritable politique de coopération avec l’URSS dans le domaine spatial qui est désirée par le général de Gaulle. Le 30 Juin 1966 fut signé l’accord de coopération pour l’exploration pacifique de l’espace. Le but pour de Gaulle était de donner à la France des marges de manœuvre face à son trop encombrant allié américain ainsi que de briser le mur de la guerre froide pour la paix. Les motivations étaient les mêmes du côté soviétique : garder des contacts avec l’Europe pour éviter tout embrasement guerrier et se donner des fenêtres d’ouverture en termes d’échanges technologiques face au blocus technologique imposé par les Américains. Les missions Vega d’observation de Vénus, l’envoi du télescope français Sigma sur un satellite soviétique n’en sont que deux exemples parmi d’autres. La France qui n’a jamais développé de programme de vol habité – hormis le programme Hermès, finalement bloqué par les Allemands en échange de l’adoption de l’ (ce qui est comique puisque l’euro a beaucoup plus bénéficié à l’ allemande qu’à la France) – a pu envoyer Jean-Loup Chrétien, premier français dans l’espace, qui partit s’entraîner en URSS et visita la station spatiale MIR. Aujourd’hui les coopérations spatiales entre la France, à travers l’Agence spatiale européenne, et la Russie restent un témoignage d’une époque où la France avait le courage de mener une politique moins alignée sur celle de l’Empire américain. Le programme de fusion nucléaire ITER montre que la coopération internationale entre nations libres pour le bénéfice de l’humanité entière n’est pas un vœu pieux, mais est bel et bien possible !

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