La Russie sans œillères, Du conflit en Ukraine au tournant géopolitique mondial

Dans cet ouvrage collectif coordonné par Maxime Vivas, Aymeric Monville et Jean-Pierre Page on retrouvera des contributions de Francis Arzalier, Jacques Baud, Ana Bazac, Ahmed Bensaada, Régis de Castelnau, Viktor Dedaj, Bruno Drweski, Georges Gastaud, Bruno Guigue, Tamara Kunanayakam, Annie Lacroix-Riz,
Aymeric Monville, Jean-Pierre Page, Elena Veduta, Maxime Vivas, Vladislav Sychev, Zheng Ruolin

À l’occasion de la crise actuelle, Francis Fukuyama a récemment déclaré : « Si nous baissons la garde, le monde libéral disparaîtra 1. » Trente ans plus tôt, le même homme s’était fait connaître en prédisant pour le néolibéralisme une sorte de Reich de mille ans, tout en détournant à son profit « la fin de l’histoire » de Hegel. Ce n’était plus Napoléon, l’esprit à cheval rentrant dans Iéna, mais l’American way of life devant s’imposer partout. Malgré la puissance de feu dudit modèle et les dizaines d’interventions militaires au nom de la liberté, trente ans auront suffi pour démentir ces prévisions funestes sur le triomphe sans appel de l’homo œconomicus rebaptisé pour l’occasion par le penseur libéral en « dernier homme 2 » nietzschéen, en happy dog, brave toutou censé remplacer le modèle du citoyen tel que l’idéal antique nous l’avait transmis.

Nous sommes donc confrontés à un tournant d’époque, qui dépasse de bien loin les enjeux d’un conflit dont nos médias nous disent qu’il aurait commencé le 24 février 2022.
Une fois encore, quels que soient les jugements de valeur, comme en 1917, comme en 1941, le monde entier a le regard rivé sur la Russie. Qui aurait pensé, il y a encore trente ans, que la Russie, à l’occasion des sanctions qu’elle subit, exigerait d’être payée en roubles, voire en yuans ? C’est bien à la faillite du système de Bretton Woods que nous assistons et, au delà de cette dédollarisation et de l’émergence d’un « pétrorouble », à un véritable rebrassage des cartes.

Comme au jeu de go, celui qui croit encercler l’autre peut se trouver encerclé lui-même et cet improbable Occident dans lequel on veut trop vite noyer la France se retrouve isolé, sur la scène mondiale mais aussi et surtout dans ses certitudes. Mais si le roi est nu, comme dans le conte, personne n’ose le lui dire. Les médias occidentaux sont aux ordres de quelques magnats, alors que plus que jamais, il faut rappeler cet adage de Marx : « La première liberté de la presse consiste précisément à ne pas être un commerce 3. »
Quant à la censure de l’ensemble des médias russes, pilotée depuis Bruxelles, phénomène qui n’avait pas d’équivalent en France depuis au moins la guerre d’Algérie, elle nous ramène au temps des ciseaux d’Anastasie de la guerre de 14, des « bobards » pour l’arrière et de la propagande de guerre, alors que c’est précisément dans ces temps critiques que nous aurions le plus besoin d’informations. Heureusement, contrairement aux vidéos en ligne censurées, comme celles publiées par l’excellent Michel Collon, les livres ne sont pas – encore – brûlés en place publique. Les dix-sept auteurs de cet ouvrage ont donc joint leurs forces pour porter un regard critique sur nos médias dominants et rétablir les faits concernant la Russie actuelle, la russophobie, la guerre en Ukraine, ses origines, les sanctions qui se retournent contre nous-mêmes, le tournant monétaire, politique, géopolitique actuel.

Ce livre ne donne pas en exemple le système politique ayant Vladimir Poutine à sa tête. Il n’est pas pro-russe, il est pro-vérité. Il ne prône aucune guerre mais rappelle, comme le disait Goya que « le sommeil de la raison enfante les monstres » et que, plus que jamais, nous avons besoin d’analyser et de comprendre. Journaliste, écrivain, professeurs d’université, médecin, essayiste, énarque, professeur de philosophie, professeur d’histoire, ancien ambassadeur, avocat, collaborateur de l’ONU, ex-responsable du département international de la CGT, ancien référent littéraire d’ATTAC, animateur d’une émission de radio, animateur d’une chaîne de télévision, ancien membre d’un service de renseignement stratégique, ces dix-sept intellectuels de plusieurs continents se sont réunis ici pour nous parler et déchirer le voile de la censure.

À la faveur de ces événements, qui sont révélateurs de l’état du monde, une nouvelle conscience internationale se fraye un chemin. Elle se veut souveraine et indépendante, respectueuse des différences. Elle partage une idée simple et juste, celle d’agir dorénavant dans le sens d’une « communauté de destins ».
Maxime Vivas, Aymeric Monville et Jean-Pierre Page

1. Financial Times, 15 mars 2022. Repris en français dans Courrier international,
27 mars 2022.

2. Son ouvrage s’intitule La fin de l’histoire et le dernier homme et est paru
initialement en 1992.

3. « Die erste Freiheit der Presse besteht darin, kein Gewerbe zu sein ». Karl
Marx/ Friedrich Engels – Werke, Dietz Verlag, Berlin. Band 1. Berlin/DDR.
1976,. p. 28-77.