ENSEMBLE DANS LES LUTTES pour un vrai parti communiste pour le frexit progressiste et le socialisme – Réponse de G Gastaud à PA Millet

« Chassaigne ou Mélenchon ? », c’est une fausse question ; ENSEMBLE DANS LES LUTTES pour un vrai luttant pour le frexit progressiste et le socialisme.

www.initiative-communiste.fr vous propose sous la mise en forme d’un dialogue pour une lecture plus interactive une réflexion à chaud de en réponse au camarade Pierre-Alain Millet, de FVD-. (23 juillet 2018). Le débat se poursuit et www.initiative-communiste.fr est heureux de pouvoir ainsi faire entendre dans leur diversité la voix des communistes.

Le PRCF appelle les vrais communistes à s’unir dans l’action, indépendamment de toute autre force, y compris bien sûr, de la FI, mais aussi de la direction mutante du PCF et même d’autres forces non moins euro-réformistes (notamment des économistes mutants qui ont inspiré le « manifeste du parti communiste du 21ème siècle »), le but étant de remettre la classe ouvrière au centre, de tout faire pour stopper Macron, de jeter les bases de la reconstruction communiste et de sortir à temps la France de l’UE/OTAN du capital.

Il semble que nos camarades du réseau FVD-PCF aient décidé de sortir des invectives anti-PRCF et des mises en cause personnelles par lesquelles hélas, certains sympathisants du réseau avaient accueilli dans un premier temps sur leur site la critique argumentée que le PRCF avait publiée à propos du projet de base commune qu’ils soutiennent aux côtés de la section des économistes du PCF et d’André Chassaigne, chef de file des parlementaires du PCF. Il faut se réjouir de cette nouvelle manière de faire car même si « les empoignades entre bolcheviks » comme disait Lénine, peuvent être rudes, elles sont parfois indispensables du moment que l’on respecte les personnes et que l’on n’insulte pas l’avenir.

Voici ci-dessous le texte de la réponse faite à chaud, franchement, mais on le souhaite ainsi, fraternellement, par Georges Gastaud à la réponse au PRCF de notre camarade Pierre-Alain Millet, de FVD-PCF. En citation le texte de PAM, suivi des réponses de G.G.. Chacun pourra appréciser un dialogue sans langue de bois, avec des réponses sont aussi franches que les critiques qui visent le PRCF. Mais qu’elles n’empêchent pas de redire que nous respectons pleinement nos camarades de Vénissieux et la municipalité qu’ils soutiennent et que nous avons aussi soutenue en tout désintéressement, sans le moindre sectarisme boutiquier, chaque fois qu’il nous fut possible de le faire.


38ème congrès du PCF

Un processus de reconstruction peut s’engager…Réponse à la critique du PRCF sur le manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle

Samedi 21 juillet 2018, par  pam

Le PRCF a publié une critique détaillée du “manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle” qui se conclut par une phrase dont il faut espérer qu’elle ne résume pas l’état d’esprit des rédacteurs, une injonction agressive à faire le ménage pour reconstruire un parti communiste…

Dans l’action, sans nous subordonner à quelque fraction réformiste ou semi-réformiste que ce soit, reconstruire un Parti communiste de combat délesté des apparatchiks mutants, d’unir les vrais communistes, de les séparer des euro-réformistes, de les préparer à la véritable, de les faire véritablement ’s’in-soumettre’ à tous les courants petit-bourgeois, y compris à ceux qui infestent le PCF et son “secteur économique”.

Mettons de côté l’aspect bien “tactique” d’une phrase qui reprend à la fois l’idée d’unir les communistes, titre de la revue de notre réseau, et une référence à l’insoumission, qui rappelle le choix du PRCF de soutien à Jean-Luc Mélenchon, cette conclusion nous dit qu’il faut se séparer de la majorité des communistes du PCF. Le vocabulaire “ceux qui infestent,… délesté des apparatchiks“… en fait une attaque violente bien loin des appels à l’unité des “vrais communistes” et rendant bien désuète la phrase reconnaissant le travail de ceux qui sont restés dans le PCF…

Georges Gastaud : Étrange interprétation, cher PAM : « s’ insoumettre » n’est pas le privilège de la F.I. dont quasiment tous nos textes, y compris ceux qui invitaient à voter Mélenchon au 1er tour de la présidentielle (ce qu’a fini par faire aussi le PCF, que je sache, tout en continuant à courtiser publiquement Hamon…) soulignait l’ INSUFFISANCE de cette insoumission qui ne va pas jusqu’à la franche rupture avec l’UE. Notre mot d’ordre, porté par affiche y compris avant le 1er tour de la présidentielle appelant à une France FRANCHEMENT insoumise à l’UE du capital était dialectiquement à la fois un soutien et une CRITIQUE de la position instable, inconséquente de JLM sur ce sujet, même si dans le même temps, nous constations que le pré-candidat « communiste » Chassaigne, que vous souteniez alors sans formuler de critique explicite à son encontre, n’allait MÈME PAS aussi loin que JLM sur la rupture avec l’UE, et moins encore sur la rupture avec le PS. Redisons que la formule de JLM « l’UE on la change ou on la quitte » ouvrait du moins la possibilité d’un débat de masse sur l’Europe, à condition que les communistes s’en saisissent, alors que la direction du PCF, y compris A. Chassaigne qui n’a jamais répondu à notre lettre ouverte, refusait alors totalement d’ouvrir ; c’est là un fait que tous les camarades avertis peuvent constater par eux-mêmes.

Par ailleurs, il est dommage que PAM ne saisisse pas ce que vise l’expression « apparatchiks » et « euro-réformistes » qui vise bien sûr les courants dominants du PCF, de P. Laurent aux « économistes » dont notre texte démontre qu’ils sont totalement restés englués dans la mutation et ses fondamentaux réformistes et européistes. Comment peut-on croire une seconde que cette juste formule viserait l’ensemble des militants, y compris ceux qui s’opposent du dedans à la mutation et que, précisément, nous appelons à SE SÉPARER des éléments réformistes compromettants au lieu de les rallier en position subordonnée en vertu d’une manœuvre politicienne dénuée d’esprit de principe ? C’est bien parce que nous TENONS aux militants encore communistes du PCF et que nous voulons passionnément les arracher à l’influence compromettante des idéologues et des apparatchiks mutants, eux-mêmes liés par toutes leurs fibres à la social-démocratie, aux vestiges du PS et à l’UE via le PGE que nous les avons mis en garde. Mais il arrive souvent hélas, c’est humain, qu’on morde ceux qui vous mettent en garde amicalement contre de mauvaises fréquentations plutôt que de s’interroger sur ces dernières… Précisons en outre que, même quand nous dénonçons l’ancrage sociopolitique de certains dirigeants comme A. Chassaigne, ce n’est nullement l’individu que nous visons, qui a certainement des qualités humaines reconnues, c’est l’ancrage incurablement euro-réformiste du groupe parlementaire PCF et de l’appareil du PCF. Ce dernier est désormais structurellement ancré dans le PGE (subventionné sous conditions par Bruxelles !) et c’est bien depuis 1976 qu’il dérive sans discontinuer rappelons-le ! – loin du léninisme initial.

Un point interroge aussi dans la réponse de PAM au PRCF : en demandant aux marxistes encore membres du PCF de se séparer dans l’action, puis dans l’organisation, des apparatchiks mutants, nous les appellerions, dit-il, à « SE SÉPARER DE LA MAJORITÉ DES COMMUNISTES DU PCF ». La phrase du PRCF, bien évidemment, ne dit rien de tel. Il s’agit de séparer les vrais communistes, où qu’ils soient, des faux communistes qui dirigent l’appareil « PCF-PGE » principalement au niveau national. Quoi de plus clair, de plus net, de plus incontestable que cette nécessité ? Et quelle alternative nous propose-t-on si on rejette celle que nous proposons ? Aucune autre n’est alors logiquement possible que de se séparer… des vrais communistes organisés hors du PCF pour NE PAS COUPER le cordon ombilical avec certains courants mutants. CQFD. Mais involontairement, la formulation choisie par PAM semble dire que la « majorité des communistes du PCF » est indéfectiblement incapable de se détacher des euro-réformistes. Si c’était vrai ce serait dramatique, désespérant car cela voudrait dire au fond, ce que nous refusons de croire, que « la majorité des communistes du PCF » suivra l’appareil où qu’il aille, tout en maintenant son quant-à-soi « critique » (mais fort peu perceptible des masses) et que la démarcation, mieux, la dissociation indispensable du grain rouge et de l’ivraie euro-réformiste ne s’accomplira jamais, si ce n’est dans 2, 3, 4 congrès alors que des acquis sociaux disparaissent chaque jour et que la France indépendante se dissout rapidement dans l’acide de l’ « intégration » euro-atlantique. Nous faisons le pari contraire, celui que tous les vrais communistes s’uniront dans l’action pour les quatre sorties INDÉPENDAMMENT DE TOUS LES COURANTS MUTANTS OU SEMI-MUTANTS et que leur souci premier sera de se tourner, non vers les théoriciens de la mutation, ni vers des parlementaires qui ont voté l’état d’urgence liberticide, mais vers la classe ouvrière et les entreprises.

Par ailleurs, pourquoi d’emblée mélanger la question de la reconstruction du parti et celle du soutien critique, non pas stratégique, mais tactique et circonstanciel, avec tel courant progressiste non communiste ? Ce sont là deux questions différentes, quoiqu’articulées. Dès qu’on fait une alliance avec des non communistes, par ex. la France insoumise aujourd’hui, la SFIO ou le parti radical en 36, les gaullistes ou le MRP en 45, on sait bien « à qui l’on a affaire » : l’important est d’abord que le parti qui porte l’alliance soit lui-même clair, rouge franc, marxiste-léniniste, non dirigé par des opportunistes ou par un nouveau cartel de semi-opportunistes (faut-il dire que ce mot ne vise pas les camarades de FVD-PCF !) qui, dans la réalité des choses, ne veulent pas sortir de la vieille alliance social-démocrate, dite « union de la gauche », dans le cadre du mot d’ordre faux « Europe sociale ». C’est pourquoi le PRCF est fier d’avoir collé des milliers d’autocollants en 2017 où il était écrit mot pour mot « voter Mélenchon ET RECONSTRUIRE UN VRAI PARTI COMMUNISTE ». Sinon quoi ? Refuser toute forme d’alliance tactique (hormis, dans les faits, avec Hamon comme l’a fait Laurent ?) tout en ne faisant rien de tranchant pour reconstruire le Parti, donc perdre sur tous les tableaux ? Clarté de la reconstruction DU PARTI, clarté des alliances tactiques possibles au temps T entre communistes et certaines forces communistes dont on a besoin  pour conserver ou conquérir la moindre mairie aujourd’hui ? Mieux ne vaut-il pas s’unir entre militants franchement communistes, hors de toute compromission avec des semi-mutants, quitte à construire ensemble une France Franchement Insoumise à l’UE (en modulant ensemble nos relations avec la FI ou avec telle autre force progressiste et tant soit peu eurocritique) que faire l’inverse, refuser toute alliance, tout véritable front (pendant que le PCF officiel, lui, travaille à recycler Hamon) et s’allier avec des initiateurs de la mutation aussi compromettants que le secteur économique du PCF dont la responsabilité est grande dans la désorientation non seulement du PCF, mais des syndicats de classe ?

: La référence à la célèbre formule de Lénine demandant aux communistes de se séparer des socialistes de la 2ème internationale (« il faut ôter la chemise sale et mettre une chemise propre ») semble donner une justification historique à cette injonction, sans voir qu’elle affirme donc que le PCF serait désormais le parti socialiste trahissant la classe ouvrière dans la guerre, alors même que le PRCF veut dans le même temps nous convaincre de la nécessité de l’alliance avec la France Insoumise, dirigée par un socialiste affirmé, qui se réfère explicitement à François Mitterand et n’a jamais un seul instant chercher à se placer dans l’histoire communiste, affirmant même qu’il était temps de revenir sur la scission de 1920…

Georges Gastaud : tout d’abord, cher camarade, ta section, ton parti (et la majorité de ses militants qui ont voté sur ce sujet) n’ont-ils pas eux aussi, bon gré mal gré c’est une autre question, appelé à voter Mélenchon en 2017 ? Donc pourquoi reprocher au PRCF d’avoir fait franchement, dynamiquement et sans cesser d’affirmer ses critiques sur l’inconséquence de la FI, ce que vous avez fini par faire vous aussi contraints et forcés par l’absence totale de dynamique du côté PCF et par la dynamique populaire incontestable de la candidature JLM ? Et surtout comment un marxiste aussi fin que PAM peut-il confondre à ce point deux questions, celle de la reconstruction du parti et celle d’une alliance électorale circonstancielle dont on semble vouloir, faute d’arguments solides pour justifier la signature aventureuse du texte MPC21, un point de fixation ? Lénine s’est allié à nombre de courants bourgeois et petit-bourgeois selon les besoins de la cause, mais s’agissant du Parti, noyau de toute la construction révolutionnaire, il a toujours refusé les compromis boiteux. Personne n’a demandé à Blum d’adhérer au Komintern pour signer le programme du Front populaire, ni à De Gaulle de devenir marxiste pour signer le programme du CNR ; en revanche, tout cela a été possible parce qu’à l’époque le parti de Thorez-Duclos-Frachon-Cachin était SOLIDE, droit dans ses bottes sur le marxisme-léninisme, le rôle central de la classe ouvrière, le soutien à l’URSS (alors que d’aucuns signent des «manifestes communistes » qui parlent de l’ « échec » de l’URSS et qui n’ont pas un seul mot contre les persécutions anticommunistes à l’est…). Et aussi parce que le programme du CNR était clair sur l’essentiel, progrès social, indépendance nationale, antifascisme, comme notre programme, celui des quatre sorties, des nationalisations démocratiques, de la visée du socialisme est le seul étalon de notre action politique. Un parti clair, marxiste-léniniste, n’a pas peur de susciter des alliances et de tenter de les orienter sur des bases combatives, en l’occurrence, aujourd’hui, vers les « quatre sorties ». En revanche, s’allier DANS LE CADRE DE LA RECONSTRUCTION COMMUNISTE, avec des opportunistes et révisionnistes impénitents (peut-être en espérant les déborder demain, sans doute fort illusoirement*), reléguer aux calendes la question du Frexit progressiste (un débat sur l’Europe après le congrès du PCF alors que le saut fédéral européen bat son plein ?!) c’est, involontairement, nous le concédons très volontiers, compromettre la reconstruction communiste au moment décisif et, dans la réalité, maintenir à son insu la subordination au PS, à Hamon, aux euro-écologistes qui inévitablement reviendra sur le devant de la scène (bref, le « rassemblement de toute la gauche ») SI la question européenne n’est pas décisivement remise au centre ici et maintenant alors qu’est annoncée la dernière tranche de l’euro-casse sociale et institutionnelle !

Pierre Alain Millet : On peut s’interroger sur ce qui conduit ainsi le PRCF, d’un côté à soutenir un homme politique qui veut en finir avec 1920, et de l’autre à nous reprocher de ne pas rompre avec ceux qui ne seraient pas digne du choix de 1920… C’est bien là qu’est le cœur de notre désaccord ! Tirer à boulet rouge sur ce qui reste du PCF d’avant la mutation, comme soutenir celui qui veut en finir avec 1920, c’est objectivement dans les deux cas, s’inscrire dans l’abandon de ce qui reste en France de 1920… Ce n’est évidemment pas le but du PRCF, mais c’est le résultat logique de son choix politique.

Georges Gastaud : On ne peut hélas faire plus confus : d’abord le PRCF ne soutient pas un homme politique quel qu’il soit, il a apporté un soutien critique à une candidature (CRITIQUE, nous pouvons ressortir les textes publics indiquant ces critiques et on souhaite voir les textes publics exprimant vos critiques publiques, chers camarades, à l’encontre des économistes mutants du PCF farouches défenseurs de l’euro, ou d’ A. Chassaigne, dans la même période ?) dans des conditions données. C’est là une question tactique qui n’engage en rien l’avenir. Par ex. au cas où vous ne l’auriez pas observé, le PRCF ne soutiendra pas la liste FI aux européennes qu’il appellera à boycotter, malgré le respect que mérite les militants insoumis ; alors que d’autres camarades, apparemment, cautionneront derechef ces élections supranationales hautement toxiques dont le seul vrai enjeu est la participation populaire, gradient de la croyance à l’Europe sociale et autres billevesées (et cela d’autant plus qu’apparemment aux européennes, ni les candidats FI ni les candidats PCF n’appelleront à sortir de l’UE !). Ensuite, qu’est-ce que Mélenchon a à voir avec la reconstruction du Parti communiste ? Il est mitterrandien comme Hamon (vous ne tendez pas la main, fût-ce tactiquement, aux socialistes vénissians quand approchent les municipales ?), mais ce qui compte pour la reconstruction DU PARTI, ce n’est pas ce qu’en disent Mélenchon, Hamon, ou, excusez-moi, Tartempion, c’est ce que font ensemble les vrais communistes qui doivent être super-clairs, carrés dans tout ce qu’ils signent à propos du léninisme, d’Octobre 17, du bilan de l’URSS (qui ne se réclame pas d’un « bilan communiste de l’URSS » dans le PCF ? Cela n’engage strictement à rien hélas !). Cessons de mélanger de manière obsédantes les questions tactiques, totalement subordonnées, d’alliances électorales circonstancielles, aux questions STRATÉGIQUES, IDÉOLOGIQUES, FONDAMENTALES, DE CLASSE de la reconstruction du parti sur des bases justes, rigoureuses, léninistes, dont s’écarte à 100% hélas le texte antisoviétique et européiste (sur le fond !) que vous avez cru devoir signer avec, je n’en doute pas, de bonnes intentions. Mais en politique, ce n’est pas l’intention qui compte, c’est le contenu de ce qu’on signe, avec qui on le signe et sans qui on le signe.

Pierre Alain Millet :L’introduction dit que « Le regroupement le plus large des communistes est plus urgent que jamais » mais appelle à une « Franche renaissance communiste » en dénonçant ce qui serait une « révolution de palais », une renaissance qui ne peut se faire que dans l’action… « sur la base d’une ligne claire de rupture révolutionnaire avec la désastreuse “mutation” anti-léniniste et avec la funeste “construction” euro-atlantique du grand capital », reprenant les propositions répétées du PRCF pour « bâtir ensemble une grande campagne communiste tournée vers les usines, les gares, les quartiers populaire, etc., appelant à affronter Macron-MEDEF et à sortir la France, par la voie progressiste et révolutionnaire, des mouroirs capitalistes que sont l’euro, l’UE et l’OTAN ».

L’action et la clarté…

On ne peut que partager la double idée de l’action comme de la clarté politique nécessaire, mais le PRCF ne tire aucune leçon des difficultés sur lesquelles et l’action et la clarté buttent depuis des années, et notamment de l’expérience du mouvement social contre la loi travail, et contre les réformes Macron. Nous considérons qu’il y a un frein majeur au renforcement et à la convergence des luttes, un frein politique, profond, complètement lié à l’affaiblissement théorique, politique et organisationnel du PCF. Nous avons tenté de faire prendre conscience de la réalité des rapports de forces dans les luttes et de la nécessité de sortir de décennies de luttes considérées comme des mobilisations préélectorales de la gauche, et nous sommes souvent surpris de voir à quel point l’idéalisme électoraliste de Mélenchon imprègne profondément le mouvement syndical, et notamment les mots d’ordre des manifestations, et encore plus de voir que le PRCF ne contribue pas à un recul critique sur cet idéalisme dans les luttes.

Georges Gasutad : Cher PAM, nous mettre des étiquettes telles qu’ « idéalisme » sans leur donner aucun contenu prête à sourire surtout s’adressant à des camarades qui depuis des décennies ont fait ce qu’a fait le PRCF pour défendre contre vents et marées le matérialisme dialectique et historique, la dialectique de la nature, abandonnées et dénigrés pratiquement par tous. Votre positionnement sur les luttes est étrange ; signifie-t-il qu’elles n’auront aucune perspective de victoire tant que le PCF n’aura pas été redressé du dedans par une alliance avec les économistes mutants du PCF qui, depuis des décennies, avec les Herzog, Boccara, Dimicoli, etc. ont DÉSARME non seulement le PCF, mais la CGT en vantant « l’Europe autrement », « l’euro au service du progrès », et maintenant, dans le texte que vous signez, un autre usage de l’argent par la BCE pour développer l’emploi ? Pourquoi ne dites-vous mot des énormes dérives des appareils confédéraux, y compris de la CGT, sur toutes ces questions, du « syndicalisme rassemblé », de l’inféodation de la CGT et de la FSU à la CES, qui n’ont pas peu contribué, depuis deux décennies, à désorienter les travailleurs, avec en amont les dérives réformistes et utopistes des théoriciens des « nouveaux critères de gestion » et d’une prétendue « socialisation des moyens de production » contournant la nationalisation et l’expropriation du grand capital ? Et qu’est ce qui nous empêche aujourd’hui vous et nous, en mettant de côté Mélenchon, Hamon, Chassaigne, Dimicoli etc., de nous adresser ensemble aux ouvriers pour délégitimer Macron (que le PCF officiel a soutenu de manière claironnante au second tour, prenant la FI de droite et contribuant au futur état de grâce !) et appeler aux quatre sorties, à la construction du tous ensemble dans les luttes, à la renaissance du syndicalisme de classe et de masse ?

Pierre Alain Millet : C’est justement parce que l’affaiblissement du PCF est le frein principal pour élever le niveau de conscience dans l’action, pour faire la clarté dans l’action, que nous avons considéré qu’il fallait trouver le chemin d’un congrès “extraordinaire”, non pas par sa date, mais par son contenu, que nous avons lancé le 11 juin un appel à écrire ensemble une base commune, appel qui en a rencontré d’autres et a abouti au manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle

Lénine balaie le monde

Georges Gastaud : Vous rendez-vous compte camarades à quel point cette stratégie interne du rassemblement sans contenu, d’une part, est LOIN DES LUTTES (les travailleurs n’attendront pas le résultat du congrès extraordinaire pour avoir à sauver le statut de la fonction publique ou les retraites par répartition, et c’est maintenant qu’il faut ensemble délégitimer Macron et accuser l’UE du capital et plus encore, le capitalisme !) et d’autre part, combien elle met les choses à l’envers : appel à l’unité contre Laurent avant de mettre en place le contenu de cette unité qui ne peut être, pour de vrais communistes comme vous et nous, que le retour au léninisme et la sortie de l’UE par la voie révolutionnaire et anticapitaliste ? Comment s’appelle, classiquement, dans tous les textes de Marx ou de Lénine, la démarche qui commence par unir tous azimuts en mettant les contenus à la remorque, en remettant aux calendes grecques les choix stratégiques pour le pays, en se contentant de poser aux communistes des questions que les ouvriers ont déjà tranchées (76 % des ouvriers ont voté non en 2005 tellement ils « aiment » l’Europe capitaliste !) en contournant jusqu’au mot de « socialisme » dans le texte que vous signez ?

Pierre Alain Millet : Nous persistons à considérer qu’une “franche renaissance communiste” ne se fera pas en éliminant l’immense majorité des militants communistes, même s’ils sont très majoritairement marqués par le réformisme général du PCF, et si nous savons bien que dans une organisation en crise, les candidats à une révolution de palais sont nombreux, nous considérons comme insultant de nous en accuser.

Georges Gastaud : Phrase très étrange : nous ne faisons aucun procès d’intentions, nous constatons les faits. Si sur la base du texte largement européiste, mutant, anti-léniniste, voire antisoviétique que vous avez signé en interpolant ici et là quelques passages un peu rougis (sur la Chine, sur la nécessité du débat européen APRÈS le congrès…), une nouvelle équipe débarque Laurent et fait, A VOTRE CORPS DÉFENDANT, du Laurent sans Laurent, en continuant dans le PGE (jamais mis en question dans votre « manifeste communiste »), nous vous demandons humblement de bien vouloir nous indiquer un autre mot que « révolution de palais » pour décrire ce qui suivra et dont vous serez, à la sortie, les perdants comme l’ont été avant vous les communistes orthodoxes qui ont cru pouvoir cautionner Rifondazione comunista en Italie. Pensez-vous que demain, dans cette alliance de la carpe et du lapin à laquelle vous souscrivez, c’est vous, les léninistes qui donnerez le ton ? Et cela, sans vous appuyer en rien sur ces centaines de milliers de communistes qui ne sont plus organisés au PCF, dont le PRCF ne prétend certes pas représenter la majorité mais auxquels il tente de faire signe en les appelant à se réorganiser, puisque, pour ne pas gêner l’alliance avec MM. Chassaigne et Boccara Junior, vous  éludez pour l’instant notre proposition permanente de faire avec nous, en direction des ouvriers, un tract commun évoquant entre autres les « quatre sorties » ? Ce n’est nullement nous qui vous insultons, c’est vous, chers amis qui avez tant fait pour refuser la dérive, qui vous rabaissez en ne voyant pas que le compromis auquel vous consentez DIVISE profondément le front anti-mutation à un moment où il devient décisif de reforger un vrai parti communiste INDÉPENDANT DE TOUS LES COURANTS MUTANTS ET SEMI-MUTANTS.

Un manifeste pour la rupture ?

Allons cependant au fonds. Le PRCF interroge :

« Ce texte se distingue-t-il franchement et suffisamment des orientations de la direction actuelle du PCF ? Ses auteurs font-ils un bon calcul, y compris tactiquement, quand ils choisissent de rester dans un flou certain sur plusieurs questions stratégiques urgentes ? »

Nous répondons franchement “Oui”. Ce texte (chapitre 1) propose que les communistes discutent réellement du bilan depuis la mutation, en fasse une critique stratégique et donc ouvre la possibilité d’un congrès de rupture. Il fait le choix de laisser des questions ouvertes, mais il les ouvre ! Si ce texte était choisi comme base commune par les communistes, pour la première fois depuis longtemps, les communistes discuteraient du choix entre “Europe sociale” et “sortie de l’UE”, de la nature de notre enracinement marxiste, de nos relations avec les autres partis communistes, du socialisme réel, historique comme actuel… Excusez du peu ! Ne pas voir en quoi ce texte rompt avec le discours de la direction du PCF, c’est manquer de clairvoyance.

Georges Gastaud : Chose étrange : un congrès extraordinaire, dites-vous, va avoir lieu. Et ce que propose le texte que vous signez, ce n’est pas de trancher ces questions stratégiques, mais d’ouvrir un débat après le congrès, voire à travers plusieurs congrès, alors même que la France achève de se dissoudre en tant que corps politique dans la « souveraineté européenne ». Et dans le même temps, malgré les quelques fenêtres que les co-auteurs en désaccord foncier ouvrent pour « ratisser large », l’orientation du texte est fondamentalement truffée de références aux thèmes favoris de la mutation, le ton dominant est à la condamnation explicite de l’URSS, et l’utopie idéaliste réformiste se décline dans les propositions absurdes sur l’autre utilisation de l’argent, l’autre utilisation de la BCE, le contournement du mot nationalisation, le refus de parler de manière décisive de l’indépendance nationale, bref toutes choses auxquels nous ne vous ferons pas l’injure de penser que vous y croyez vraiment. Bref, en réalité, les questions, c’est pour demain, les réponses léninistes c’est pour les calendes grecques, mais les réponses mutantes et européistes sont dans le texte mpc21 pour aujourd’hui où l’orientation principale, mutante est bien celle de la dévaluation de l’URSS et du léninisme, le communisme sans révolution socialiste et l’autre utilisation de l’UE sans clarifier sur le Frexit. Que chacun relise ce texte et se demande l’effet qu’il produira sur tout militant syndical combatif non rompu à nos querelles idéologiques !

Pierre Alain Millet :Nous sommes parfaitement conscient des insuffisances nombreuses de ce texte, coécrit à de nombreuses mains, et pas seulement celles des “économistes”. Ce n’est pas le texte de congrès du réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF, le texte “Unir les communistes” du 37ème congrès reste de ce point de vue notre texte de référence. Mais c’est un texte qui peut permettre un congrès extraordinaire, un texte qui peut permettre aux communistes de dire « Stop, on ne continue pas dans cette orientation de dissolution du parti communiste et on se met à reconstruire ». Le chemin ne peut être que long, car nous avons bien conscience, au-delà du bilan de la mutation, que ce sont les choix stratégiques de l’union de la gauche, des choix remontant donc aux années 60 qu’il faut réinterroger. Mais nous ne voulons pas d’un nouveau congrès de défaite pour les communistes, et nous pensons que les communistes se saisissant du “manifeste” pourront réussir un congrès historique, comme l’ont fait récemment les communistes espagnols.

Georges Gastaud : Très inexact, hélas. Les communistes espagnols ont décidé à leur congrès, et non aux calendes grecques, de dénoncer à 100% l’euro et l’UE. Et l’auraient-ils fait si depuis des années, des communistes léninistes organisés notamment au PCPE ne s’étaient pas saisi de ces questions en apportant des réponses ? Je rappelle que le PRCF était seul en 2004, lors de sa fondation, à porter les « 4 sorties », et qu’il n’aurait pas pu porter fortement cette politique, y compris auprès de nombre de partis communistes et progressistes étrangers, s’il n’avait pas pris la décision de s’organiser démocratiquement hors du PCF. Votr texte est, dis-tu, écrit à plusieurs mains ? De l’extérieur, franchement, on dirait plutôt un texte mutant très traditionnel, avec des reproches superficiels à Laurent et quelques interpolations plus rouges n’affectant pas la ligne générale du texte : par ex. dans le contexte international explosifi actuel, comment une « base commune » communiste peut-elle  faire montre d’une indifférence absolue à l’égard de l’interdiction des PC de l’Est, du soutien à Cuba socialiste, au PC du Venezuela, de la condamnation virulente de l’ingérence impérialiste en Syrie, du soutien univoque aux Palestiniens, etc. ? Là encore que chacun relise MPC 21 et se fasse son idée. Mais sans doute qu’on verra tout cela « après » le congrès extraordinaire ? Répétons-le, pendant ce temps, les luttes perdent, la France se défait, la paix mondiale est sur un fil avec l’UE/OTAN qui avance vers l’Est, etc.

La question nationale et européenne

Le PRCF insiste sur la question nationale et européenne en considérant que le “manifeste” ferait le choix de « ménager le mensonge réformiste d’une “autre construction européenne” dans une “autre mondialisation” ? ».
C’est effectivement une question ouverte du texte qui évoque le choix entre “Europe sociale” et “sortie”, et nous avons cherché dans ce texte à favoriser un débat ouvert des communistes, sans forcer une décision de type “Frexit” dont nous savons aujourd’hui qu’elle est minoritaire, alors même que les contradictions explosives de l’Union Européenne placent toutes les forces politiques devant des choix concrets qui peuvent bousculer les étiquettes et les positions prédéfinies. Si les communistes se saisissent de ce débat, ils pourront chercher à répondre à des questions simples et concrètes : comment ne pas faire comme Tsipras ? Comment refuser de mettre en œuvre une directive européenne ? comment décider de nationaliser un secteur économique si l’ U.E. s’y oppose ? que faire pour changer de politique agricole si les autres pays le refusent ? Enfin que faire pour refuser des traités que tous les communistes (ou presque) ont combattu ?

Georges Gastaud :  Bref, comment dire oui au détail au Frexit sans jamais dire oui en général, franchement, globalement ? Pourquoi diable ne jamais prendre le taureau par les cornes ? L’UE, elle, ne « questionne » pas à l’infini, elle RÉPOND chaque jour par la casse universelle sous l’égide d’un Macron que le PCF a cautionné le 6 mai et qu’il prétend encore aujourd’hui « légitime »… Mais les réponses, les communistes véritables les dont données en 92, lors du référendum sur Maastricht, par un non catégorique : s’il ne fallait pas entrer dans l’UE de Maastricht, il est évident qu’il faut en sortir au plus tôt et sans tergiverser. Pourquoi ensemble, vous et nous qui répondons déjà de la même façon, n’irions-nous pas ensemble avec un tract à 500 000 exemplaires aux portes des usines pour dire ensemble : Frexit progressiste, antifasciste, internationaliste ? A supposer que vous vouliez mordicus maintenir votre signature sous l’étrange texte « nègre-blanc » que vous soutenez, pourquoi ne pas AUSSI, avec nous, interpeller les OUVRIERS sur ces questions en donnant ensemble NOS réponses franchement communistes et 100% anti-Maastricht ? Faire cela serait-il impossible sans rompre l’alliance – en position subordonnée de notre point de vue – que vous avez conclue avec des européistes et des réformistes mutants avérés qui trônent au cœur de l’appareil et qui ne veulent à aucun prix rompre avec le PGE ?

Au fonds, personne, et pas non plus les promoteurs du Frexit progressiste, ne peuvent prédire l’histoire à venir de l’explosion des contradictions européennes. Si Merkel signe un accord douanier avec Trump favorable à la seule Allemagne et élargissant les contradictions avec l’Italie, que se passera-t-il ? Si les élites françaises dominantes ont abandonné le plus gros de l’industrie, ce n’est pas le cas de toutes, et ce n’est pas le cas des élites italiennes… Si les prétentions de Macron à la fuite en avant fédéraliste se heurtent ce qui est probable aux murs des intérêts allemands, quelles conséquences politiques et que se passe-t-il si la droite choisit de chercher une solution à l’italienne ?

Nous pensons que dans cette situation, où ce sont peut-être les bourgeoisies elles-mêmes qui peuvent détruire l’idéalisme européen pour en faire apparaître plus violemment la réelle dictature, dans la situation du Brexit qui montre à tous les travailleurs que la sortie peut se faire à droite

 

Georges Gastaud : au contraire, ce que montre la situation britannique, c’est qu’un Brexit, même de droite, est difficile à mener sous l’égide d’une bourgeoisie anglaise qui, majoritairement, a tant gagné à la construction européenne ; et nous l’avons cent fois démontré, en France, tout le CAC 40, tout le MEDEF est pro-UE si bien que le Frexit sera progressiste, dirigé par la classe ouvrière au sein d’un large front populaire et patriotique, ou qu’il ne sera pas !

Pierre Alain Millet : dans la situation du renforcement des droites nationalistes, nous devons insister beaucoup plus fortement sur le contenu de la rupture nécessaire avec les institutions européennes, et mettre l’accent sur la nécessité de coopérations “socialistes” élargies, en Europe comme dans le monde.

Georges Gastaud : Insistons cent mille fois plus sur le contenu progressiste du Frexit que nous voulons, mais n’en tirons pas prétexte pour contourner l’idée d’une campagne commune pour le Frexit progressiste ! Quant au PRCF, il n’a  pas de leçon à recevoir ni à donner sur la ligne de démarcation absolue à avoir avec les nationalistes et euro-nationalistes. Nous avons même eu le courage tout récemment d’envoyer le message le plus clair qui soit à un individu qui se prétend communiste et qui, sous couvert d’anti-européisme, a appelé à voter Le Pen le 6 mai dernier. Tous traçons une quintuple ligne rouge avec tous ceux qui sous couvert de Frexit, flirteraient avec l’extrême droite présentée comme un « moindre mal » face à Macron ; donc, ensemble, montrons, comme le fait le PRCF sans trêve ni repos, que les euro-nationalistes fascisants et l’européisme atlantiste sont les deux faces du même euro. Cet euro que défendent à cor et à cri les économistes du PCF, abandonnant ainsi le terrain de l’indépendance nationale aux nationalistes à la Le Pen, et traitant de populistes et de nationalistes ceux qui constatent que l’euro est une catastrophe absolue pour les couches populaires !

Pierre Alain Millet : Autrement dit, le slogan des “4 sorties” doit évoluer pour se centrer sur la 4ème, sans laquelle les premières sont des illusions [1]. Le débat est pour nous ouvert, mais dans l’immédiat, ce que nous voulons gagner, c’est que les communistes sortent de tout idéalisme dont celui de l’Europe sociale, et ouvrent le débat.

Georges Gastaud : L’idéalisme, c’est de promettre le socialisme sans passer par la mise en cause radicale de l’UE qui l’interdit en se définissant comme « économie de marché ouverte sur el monde où la concurrence est libre et non faussée ». Il est inutile de prétendre prendre de gauche le PCF sur le socialisme puisque dans le texte que vous signez, chers camarades, il n’y a ni la sortie de l’UE (sauf à titre de débat lointain) NI LE SOCIALISME et que ce texte attaque la seule expérience socialiste qu’ait connue l’histoire, celle qui est sortie de la Révolution d’Octobre. Le Frexit progressiste, certes, et nous l’avons écrit cent mille fois, pour aller au socialisme. Mais à l’inverse, le socialisme, et plus encore « le communisme » tout en mettant la pédale douce sur l’UE, c’est l’envoi sur orbite d’un satellite sans avoir construit la fusée qui l’enverra en orbite. Les quatre sorties forment un tout et depuis trop longtemps les trotskistes appellent au « socialisme pour demain » SANS s’attaquer à la question de classe centrale de la reconquête urgente de l’indépendance nationale hors de laquelle le socialisme n’est qu’un rideau de fumée. Ni en 92 avec Marchais, ni en 2005, les communistes n’ont subordonné au socialisme le NON catégorique à l’UE de Maastricht. Ne séparons pas, n’opposons pas, n’ « accentuons » pas ces deux combats car ici et maintenant, ce qui se joue, c’est la destruction définitive de la nation, donc la destruction des conditions structurelles de la révolution socialiste dans notre pays avec, pour commencer, la « solution finale » contre la classe ouvrière déchiquetée par les euro-privatisations et les euro-délocalisations, fusions, etc (STX, PSA, Alstom…)

Réformisme ou Léninisme ?

Ne répétons pas la nature du texte, qui ne reprend évidemment pas l’ensemble des positions de notre réseau, dont tout le monde connaît l’engagement internationaliste, pensons aux rencontres internationalistes de Vénissieux ou à la délégation au 100ème anniversaire de la révolution d’Octobre à Moscou… Il suffit de lire [notre site] pour le vérifier.

Le PRCF reproche au manifeste d’évoquer « l’échec de l’Union soviétique »… on ne voit pas bien comment parler du “succès de l’Union soviétique”, même si nous sommes convaincus qu’il faut parler des succès du socialisme soviétique… Cependant, notons la phrase exacte :

« Après la chute du mur de Berlin et l’échec de l’expérience soviétique, avoir cru qu’il suffisait d’affirmer l’histoire propre du communisme français pour se dégager des conséquences de cet échec était une erreur : un bilan communiste de ce qu’a représenté l’Union soviétique est indispensable pour sortir de la diabolisation construite contre nous par les porte-voix du capital et poursuivre avec ténacité le développement de notre projet original autogestionnaire vers un communisme de notre temps. »

Certes, le texte ne parle pas des succès du socialisme, mais il propose bien de « sortir de la diabolisation »… et le simple fait d’ouvrir le débat sur cette “auto-phobie communiste” que dénonçait notre camarade Losurdo est pour nous une occasion ouverte pour l’intervention communiste.

Georges Gastaud : Disons, chers camarades, que vous êtes vite contents : suffit-il à de vrais communistes, de ne plus diaboliser Lénine ? D’opposer manifestement à l’expérience issue d’Octobre « notre projet autogestionnaire pour un communisme de notre temps » (là encore, le mot « socialisme » est contourné, on nous parle de l’autogestion sans nationalisations, du communisme pour aujourd’hui… et avec cela, c’est le PRCF qui serait « idéaliste » ???). Quant à l’URSS, il est essentiel de dire qu’elle n’a pas « échoué » : elle a été défaite à l’issue d’un affrontement de classes interne et externes de plusieurs décennies où l’opportunisme et le révisionnisme ont joué un rôle de catalyseur. Et certes pas par un excès de léninisme, mais par la conjonction de l’assaut impérialiste (Reagan, la menace de guerre nucléaire dès le début des années 80 alors que des « communistes » siégeaient au gouvernement Mauroy et que le budget militaire français s’envolait déjà) et de l’abandon progressif du léninisme. Diriez-vous que « la Révolution française a échoué » ? que la Commune de Paris a « échoué » ? Non, elles ont été défaites, mais ce sont des étoiles rouges qui peuvent encore nous guider dans la nuit contre-révolutionnaire (un mot, encore que contourne votre projet de base commune) et faire attention aux mots qu’on emploie, ne pas rallier ceux des mutants, qui gomment l’intense lutte de classes dont le pouvoir soviétique fut la cible incessante et centrale, est essentiel tant l’ antisoviétisme sert de socle profond à l’idéologie anticommuniste « moderne ».

Pierre Alain Millet : Nous espérons que sur ce point, le congrès pourra faire un pas plus clair vers le refus de la criminalisation du socialisme et ouvrira en grand le chantier nécessaire de l’analyse marxiste du socialisme réel. Nous contribuons pour notre part dans nos contacts avec les partis communistes du monde à donner aux communistes en France le maximum d’éléments de connaissance pour cela.

Le PRCF multiplie les exemples de l’influence des idées du courant “refondateur” avec le célèbre titre de Lucien Sève « commencer par les fins » qui résume bien l’idéalisme introduit dans la lutte théorique. Certes, ce courant, bien que désormais largement en dehors du PCF, continue d’influencer fortement son discours. Mais ce qui est frappant c’est justement que ce courant propose un texte au 38ème congrès et qu’il suffit de le comparer avec le “manifeste” pour voir en quoi il y a bien deux réponses à la crise du PCF. Celle du « Printemps communiste » qui veut l’emporter plus avant dans sa dissolution comme parti de classe et le transformer en mouvement compatible avec les divers mouvements qui ont rejoint la France Insoumise, et celle du “manifeste” qui veut sortir enfin de sa mutation refondatrice pour créer les conditions d’une reconstruction marxiste. Bizarrement, le PRCF dénonce les traces des idées refondatrices dans notre texte, sans voir en quoi ce texte fait plusieurs pas pour en sortir, tout en se retrouvant lui-même dans l’analyse de la FI avec ces mêmes refondateurs !

Georges Gastaud : Cher Pam, ne vois-tu pas que ton argumentation (en gros votre texte est « moins pire » que ceux des autres courants) est contre-productif ? Si votre texte, déjà très droitisé de notre point de vue, devenait « base commune » et qu’ensuite il soit soumis aux amendements des autres courants, encore plus mutants, voire liquidateurs à la Buffet, que vos alliés « économistes », qu’est-ce qui en sortirait d’autre étant donné les rapports de forces internes que tu décris toi-même ? Poser la question c’est y répondre. Si vous ne vous alliez pas d’abord, devant les masses, aux communistes extérieurs au PCF et que vous vous enfermiez dans le tête à tête avec tel ou tel courant semi-mutant, vous pouvez croire faire un « coup magnifique », mais c’est totalement oublier – par idéalisme ! – les centres de gravité politique réels qui fixent inexorablement les points de bascule.

Quel Front Populaire et quel rôle du parti ?

Si le PRCF veut réellement assumer un débat, il devrait prendre au sérieux le débat sur la situation des luttes, la bataille politique des communistes dans les luttes. La journée du 26 mai cristallise les contradictions d’analyse entre nous. Non, le texte ne dit nulle part qu’il aurait été « très vilain de défiler ensemble le 26 mai dernier » comme affirmé par le PRCF… Par contre, nous avons dans d’autres textes, affirmé que c’était une erreur de conforter l’idéalisme de Mélenchon ou Ruffin dans l’appel à la “marée humaine”, ne tenant aucun compte du rapport de force réel, et dont nous pouvons constater à posteriori que loin de favoriser l’élargissement et la convergence des luttes, cette journée a marqué au contraire la fin d’une période et a permis au gouvernement de gonfler ses muscles, la démonstration étant faite que la “grande marée” n’allait pas renverser grand chose…

Georges Gastaud : Concrètement, tout cela n’apporte pas grand-chose. Fallait-il favoriser tout début de convergence entre forces politiques et forces syndicales opposées à Macron le 26 mai, même si c’était très, très tardif ? Bien évidemment oui, le discours de Mailly et de Martinez en septembre, quand la lutte contre la loi Travail II a été enterrée, que la proposition de manif de combat à Paris appelant au tous ensemble a été méprisée par les dirigeants confédéraux toutes tendances confondues (séparons bien le syndicalisme et la politique, et Macron sera bien tranquille : heureusement que Frachon n’a pas agi ainsi en 36, 45 ou 68 !) ? Nous répondons toujours oui, il fallait y aller, avec notre matériel, nos slogans tranchants et anti-UE, sans suivre qui que ce soit. Il fallait peut-être, au lieu de maugréer contre tout ce qui émane de la FI et ne dire mot des compromissions confédérales, que les vrais communistes aillent ensemble à ces manifs avec un matériel commun pour imposer le débat que la confédération CGT a, très officiellement, prétendu INTERDIRE dans « ses » manifs du printemps : celui du Frexit progressiste scandaleusement amalgamé aux positions du FN (qui est désormais clairement CONTRE le Frexit !). Et cela eût bien plus gêné les euro-constructifs, qu’ils soient syndicalistes ou même proches de la « FI », que de « prendre de haut » ces initiatives sans proposer la moindre initiative nationale unissant politiques et syndicalistes pour encourager les héroïques luttes cheminotes et étudiantes, largement abandonnées à elles-mêmes sous couvert d’ « indépendance syndicale ».

Pierre Alain Millet : Notons que le PRCF fait comme si le “manifeste” se consacrait à l’attaque contre le le « diable “populiste” Mélenchon », expression absente évidemment du texte, Mélenchon n’étant cité que dans la partie bilan (en tant qu’acteur de décisions fortes du PCF), et une fois dans l’analyse d’une situation politique disant que Macron utilise comme repoussoir d’un coté Le Pen, de l’autre Mélenchon… Non, ce texte est entièrement consacré à la question du parti communiste, et nous sommes tous convaincus que nos difficultés sur ce point ne viennent pas de Mélenchon mais de notre propre histoire.

Georges Gastaud : Qu’on relise le texte, il présente bien Mélenchon, fort unilatéralement, comme un populiste nationaliste dont le positionnement, complémentaire de Le Pen, aide Macron à diriger le pays.

Identitarisme communiste vide ?

Nous laissons le débat “identitaire” pour constater que le PRCF ne veut pas voir le sens de notre démarche, l’utilité de ce texte. Au fond, tout le monde sait qu’un texte de congrès est d’abord et avant tout le support d’une construction politique, le moment d’un congrès par lequel se construit (ou pas) cet “intellectuel collectif” qui donne aux communistes leur cohérence et leur force. Il faudra de nombreux congrès pour reconstruire une unité réelle avec un contenu au niveau de l’enjeu face au capitalisme mondialisé

ce qui est ici flagrant hélas, c’est l’indifférence que manifeste le texte MPC 21 à la VITESSE à laquelle la France est déconstruite : « il faudra de nombreux congrès » pour reconstruire l’outil politique communiste efficace ? Et pendant ce temps, combien de millions d’ouvriers et de paysans auront-ils disparu de la scène, que signifiera encore le mot « France », que restera-t-il de la République une et indivisible, de la langue française démolie chaque jour dans les grandes entreprises, etc. ?

, mais ce 38ème congrès peut réussir à reconstruire une unité active sur une question décisive, rompre avec la mutation et ses suites et réouvrir l’hypothèse communiste

comment rompre avec la mutation en s’alliant avec des acteurs centraux de la mutation et qui ne font aucune autocritique sur elle ? Si ce n’est pas de l’idéalisme, que signifie le mot « réalisme », cher Pierre-Alain ?.

Si le PRCF pense que cela est vide, c’est son droit, mais nous pensons au contraire que c’est beaucoup, et que c’est la condition pour aborder de nombreuses autres questions nécessaires pour une véritable unité communiste.

Par exemple, la bataille sur le “coût du capital”. A vrai dire, nous pourrions être plus critique que le PRCF sur cette formule. Car en fait si le problème est le “coût” du capital, on pourrait en conclure qu’il suffirait de réduire ce coût… autrement dit plus besoin de changement de société, il faut seulement de meilleurs réglages de la répartition de la valeur ajoutée… Cela dit, nous considérons que la bataille sur le coût du capital est une bataille publique utile pour tourner la colère sociale contre le capital, et que c’est dans cette bataille qu’on peut efficacement poser la question de “la propriété du capital”, la seule au fond qui vaille pour un changement de société. Donc, dans un texte de notre réseau, nous n’aurions pas conclu sur cette formule, mais nous la considérons comme utile tout en sachant qu’il faudra mener la bataille sur l’enjeu central de la propriété…

Georges Gastaud : Mais nous ne disons pas que tout cela est faux, nous disons que cela ne fait pas le compte, et de très loin, y compris pour ré-identifier les communistes devant le peuple, car cette bataille qui contourne l’Europe et les nationalisations, et dont PAM confirme ici le contenu finalement très timide, ne nous distinguerait en rien, si elle est coupée du combat DE MASSE sur le Frexit, des trotskistes, des altermondialistes, du syndicalisme euro-réformiste, etc.

Encore une fois, il y a une question d’analyse concrète de la situation concrète et de choix du mot d’ordre adapté au niveau de conscience et de rassemblement…

Georges Gastaud : L’analyse concrète de la situation concrète tourne elle-même à l’abstraction quand elle contourne le « saut fédéral européen » accéléré par Macron et qui impose des urgences dont le projet de base commune, terriblement… idéaliste, n’est hélas pas porteur.

C’est la même chose sur la question électorale. Le PRCF note avec raison que c’est un des points d’accord large entre les signataires. Oui, de nombreux communistes en ont marre de ces directions du PCF qui font tout pour passer à la trappe le PCF dans les batailles électorales et recherchent toujours des accords sans engagements pour conserver quelques places, que ce soit avec les socialistes, les écologistes ou les insoumis…

Georges Gastaud : Ce serait juste si le MATÉRIALISME ne nous imposait pas, chers camarades, de donner un contenu aux mots, y compris au mot PCF (au PCF-PGE, car cette expression figure bien sur toutes les cartes dudit parti et P. Laurent co-préside ledit PGE). Or si ledit PCF se bat pour l’euro, ne rompt pas définitivement avec le PS, continue de palabrer sur l’Europe sociale, ne dit plus un mot sur la classe ouvrière, en quoi ce mot « communiste » (que des congrès précédents n’ont conservé que pour continuer d’occuper ce terrain, voire « cette part de marché » sans lui redonner le moindre contenu tranchant), en quoi est-ce un parti communiste ? Depuis quand les mots font-ils la chose et l’étiquette le contenu ?

Mais pourquoi le PRCF répète que « le mpc21 n’a pas de mots assez durs contre Mélenchon » ? Nous répétons ce que chacun peut confirmer en cherchant les occurrences de ce nom dans le texte, trois fois dans la partie bilan pour les décisions du PCF en 2007, 2012 et 2017, dans des phrases qui critiquent… non Mélenchon mais la direction du PCF, et une fois dans l’analyse de la recomposition politique évoquant Macron et sans commentaires sur Mélenchon.

Georges Gastaud : Eh bien, mais dans ce cas tant mieux, revenons tous sur ce terrain des faits nous ne demandons pas mieux.

Où sont ses “mots durs” contre Mélenchon ? En fait, le PRCF montre la paille de son voisin pour ne pas voir la poutre de son choix tactique (stratégique ?) de soutien à Mélenchon en 2017 et ses conséquences.

Georges Gastaud : Au fond, cher PAM, tu n’as qu’un argument et tu caricatures notre position cent fois rappelée: 2017 alors que je te le rappelle, le parti auquel tu adhères a finalement, après mille tergiversations, a lui aussi appelé ou feint d’appeler à voter Mélenchon après avoir, je le rappelle, été chercher Mélenchon en 2012 : mais apparemment, tout le mal vient de notre modeste PRCF… La seule différence entre PRCF et PCF, c’est que le PRCF n’a pas mis six mois à donner une directive claire, après débat et décision quasi-unanime ; il a franchement dit ses critiques (nous avons attaqué publiquement le mouvementisme, défendu le léninisme contre des textes mélenchoniens, appelé à une France franchement insoumise, un adverbe qui dit bien ce qu’il veut dire je crois…), et non moins franchement, appelé à sauver l’espace politique progressiste. Qui peut sérieusement supposer qu’une candidature Chassaigne, à supposer qu’elle eût été maintenue jusqu’au bout eût pu sauver ne serait-ce qu’une portion de cet espace ? Et serions-nous mieux lotis aujourd’hui pour nos luttes si en 2017, les forces à la gauche du PS avaient été liquidées par un score à 1 chiffre de Mélenchon que certains d’entre vous prédisaient imprudemment ? Nous n’en serions non pas à la Grèce de Tsipras, si on regarde les réalités en face, mais à l’Italie de Salvini où toutes les forces de la gauche tant soit peu critiques sont laminées politiquement et où les luttes sont encore plus difficiles qu’en France.

Car on peut toujours comparer les positions exprimées par Mélenchon et Chassaigne pour en conclure que Mélenchon serait plus proche des communistes que Chassaigne, ou en tout cas plus utile. Mais s’il est légitime de critiquer Chassaigne, et si le “manifeste” est une base de discussion dont le but est justement de faire un vrai bilan [2], on ne comprend pas comment cela pourrait conduire à faire croire que le soutien

Georges Gastaud  : (critique cher PAM, pourquoi oublies-tu systématiquement le mot ?)

à Mélenchon

(pas du tout, à la candidature Mélenchon à la présidentielle : aux législatives nous n’avons par ex apporté aucun soutien systématique à la FI, et là où la main tendue a été acceptée nous avons même appuyé des candidats PCF ! Et prochainement nous boycotterons les européennes sans aucun souci de savoir si cela fait plaisir à tel ou tel : nous suivons notre ligne 100% anti-Maastricht et anticapitaliste qui est notre seule boussole, et non des alliances byzantines et des textes à trois bandes si je puis me permettre une expression un peu rude…

est sans conséquence dans la construction du rapport de forces politiques chez les travailleurs ! Car si finalement, il vaut mieux un socialiste combatif qu’un communiste jugé trop mou, que peuvent en conclure les travailleurs sur l’utilité d’un parti communiste ?

Georges Gastaud : Ils peuvent en conclure qu’il faut à la fois, à un moment donné, apporter un soutien critique à une candidature qui entrouvre un espace euro-critique si insuffisant soit-il ET RECONSTRUIRE UN VRAI PARTI COMMUNISTE, car les ouvriers ne reviendront jamais à un PCF mutant, semi-mutant ou quart-de-mutants. Arrêtez chers amis de croire que nous avons appelé à adhérer à la FI, nous dialoguons avec elle, mais par ex. au récent débat que nous avons organisé dans le Vaucluse nous avons dialogué à égalité et tout aussi fraternellement avec le PCF départemental qu’avec la FI, ATTAC, etc. Contrairement à d’autres nous ne subordonnons jamais la reconstruction du parti à quelque alliance que ce soit. Et c’est aussi parce qu’avec un VRAI parti communiste, pas avec un ersatz ou semi-ersatz, notre classe pourra faire toutes les alliances nécessaires et en sortir aussi quand elle le décidera sans parler de « rassembler toute la gauche » et autres mots d’ordre qui, inévitablement nous subordonnent à la renaissance à venir, quand le capital en aura besoin, du bon vieux parti « socialiste »…

Au fonds, on touche là une question centrale dans notre divergence avec le PRCF. Celui-ci considère que la question du parti communiste n’a plus rien à voir avec la question du PCF et que plus on le dénoncera, mieux on pourra reconstruire… Dans ce cas, que Mélenchon fasse tout pour affaiblir le PCF est tactiquement acceptable. On verra ce que dira le PRCF quand la FI s’attaquera en 2020 aux villes communistes, y compris (et peut-être même surtout…) celles dont les communistes ont refusé le PCF mutant.

Caricatural ! Nous ne cessons de dire que la question pour nous est celle de l’unité d’action des communistes « extérieurs » et « intérieurs » au PCF SÉPARÉMENT de la direction et de ses appendices oppositionnels type « section économique » du PCF. Vous voulez faire un bon congrès ? Très bien, lors des derniers congrès nous vous avions même proposé une aide concrète y compris pour faire connaître votre texte. Arrêtons de considérer que le PCF, auquel des Léon Landini, des Pierre Pranchère, etc. ont donné le meilleur de leur vie, serait notre ennemi principal. Moi-même à Lens j’ai participé aux municipales à une liste conduite par le PCF alors que le PRCF pouvait légitimement prétendre la conduire (14 PRCF et 10 PCF y figuraient si mes souvenirs sont bons). A Vénissieux, à Grenay, nous avons fait tout notre possible et tu le sais très bien pour vous aider à être réélus, si modeste que pût être notre apport. Le PCF n’a pas besoin du PRCF pour se liquider tout seul depuis des décennies et celui qui te répond a lutté des dizaines d’années en essuyant toutes les avanies possibles pour redresser les choses du dedans. Mais aujourd’hui, il faut clarifier. La situation de la France, de la paix, de la classe ouvrière l’impose. Si le PCF ne se redresse pas au congrès, ou si n’en sort qu’une nouvelle auberge espagnole débattant à l’infini pendant que la catastrophe nationale s’accomplit, est-ce que la perspective ce sera encore un, deux, trois congrès extraordinaires et non pas, avec nous, franchement, en camarades et en frères de lutte, construire l’unité d’action communistes, aller aux boîtes ensemble, et oui, pourquoi pas à l’arrivée, COUPER tous ensemble avec les apparatchiks mutants et s’unir avec les syndicalistes les plus rouges, comme à Tours (je ne parle pas des modalités mais du principe), pour rendre à temps au mouvement ouvrier l’outil politique VITAL pour lui ? Et ce serait cela, cher PAM, continuer le PCF, le vrai, celui de Cachin et de Sémard, pas celui de Laurent, de tel parlementaire désirant de devenir vizir à la place du vizir.

Or nous pensons au contraire que la question du parti est centrale pour le mouvement social et qu’elle est indissociable de la question du PCF. Autrement dit, accepter que la dérive/dissolution/métamorphose du PCF se poursuivre c’est reporter dans l’inconscient politique populaire la question du parti aux calendes grecques… comme le fait d’aider Mélenchon (cher PAM, ressasser le même argument, qui ne correspond pas aux faits…) accélère l’affaiblissement du PCF

Georges Gastaud : ce critère est-il l’alpha et l’oméga d’une ligne politique indépendamment de ce qu’est devenu le PCF et indifféremment de ce que peut devenir le pays et le mouvement populaire ? Y avait-il un autre moyen en 2017 que le soutien critique à Mélenchon pour empêcher l’espace politique progressiste français de se refermer à l’italienne sur le mouvement social à venir ? Si oui, nous aurions aimé en être informés à temps…).

Enfin, sur cette question électorale, nous restons interrogatif sur l’idéalisme maintenu par le PRCF nous disant :

« Si, par hypothèse d’école, JLM avait gagné, le bac national, le code du travail, les retraites par répartition, le statut de la fonction publique, le statut d’Air France et celui des cheminots, l’université à la française, seraient-ils “le dos au mur”, comme c’est aujourd’hui très gravement le cas ? Ou le mouvement populaire n’aurait-il pas quelques moyens politiques supplémentaires pour passer à la contre-offensive ? »

Par hypothèse ? avec des si, on mettrait Paris en bouteille et Mélenchon à l’Élysée…!

Georges Gastaud : Mais c’est toi, cher PAM, qui avais écrit un texte assez surprenant présentant avant le premier tour l’hypothèse d’une élection de JLM comme un danger pour la classe ouvrière parce que celle-ci n’était pas « prête » ! Macron Le Pen au second tour, était-ce plus réjouissant ?)

mais sérieusement, toute analyse du rapport de forces réel, de la situation concrète du monde du travail conduit à une certitude face à une bourgeoisie arrogante et violente. Si Mélenchon avait été à l’Élysée, il aurait en quelques semaines fini comme Tsipras ou… Allende ! Et si nous n’avons pas la connaissance suffisante de l’homme pour savoir ce qu’il aurait choisi, nous savons que l’histoire ne se joue pas dans les salons, et que notre peuple est loin, dans les conditions sociales et politiques actuelles de la capacité à conduire une révolution !

Georges Gastaud : Comme quoi, Pierre-Alain, tu t’adonnes aux « hypothèses » toi aussi… Autant dire qu’il ne fallait pas faire le Front popu en 35 parce que la trahison de Blum était certaine, ni le CNR parce que celle de De Gaulle ne l’était pas moins. Et les masses en lutte, mises à l’offensive par une telle surprise électorale ? Et le PS dans les cordes ? Et Le Pen jartée du second tour avec le FN en crise au soir du 1er tour ? ET surtout, car tu ne parles jamais que d’une partie du pb, LE PARTI COMMUNISTE RECONSTRUIT SUR LA GAUCHE DE MELENCHON et occupant, comme disait Thorez jadis, le « ministère des masses » ? Au passage, tu n’aurais pas voté Allende en 72 ? Le problème était alors seulement Allende ou bien l’impréparation du PC chilien à combiner la voie armée et la voie non armée dans la défense des avancées sociales jusqu’au socialisme et à la dictature du prolétariat ? Et il ne fallait pas non plus, sous ce même raisonnement, soutenir Chavez ou Maduro… Non, mon cher camarade, il faut à la fois chercher les conditions d’un large front populaire et patriotique, et pour nous le minimum est la clarté sur l’UE et l’orientation antifasciste, et aussi un vrai parti communiste de combat, qu’on ne construit pas en pratiquant DANS LE MOUVEMENT COMMUNISTE MEME des alliances improbables avec des théoriciens avérés du réformisme. Du moins c’est ce que nous pensons et que nous disons, non seulement dans l’intérêt de la reconstruction communiste, mais dans l’intérêt de camarades estimables qui oublient selon nous que le souci d’unité ne doit jamais autoriser des léninistes à signer des choses qu’ils ne partagent pas, ou pas vraiment.

Autrement dit, nous pouvons résumer notre divergence autour d’une alternative. Chaissaigne ou Mélenchon ? Nous choisissons Chassaigne sans hésitation, tout en l’appelant, en toute fraternité, à sortir de la mutation du PCF et à ré-ouvrir la question stratégique d’une voie française au socialisme tirant les leçons de l’échec au final du 22ème congrès et du programme commun…

cher Pierre-Alain, qu’un aussi fin marxiste que toi débouche sur un « choix » pareil,  étranger à la moindre dialectique de la reconstruction du parti ET de la construction d’une alliance pour le Frexit progressiste, que tu ne proposes au fond aux marxistes-léninistes que deux RALLIEMENTS possibles, c’est consternant, et ne le prends pas au niveau perso. Encore une fois, comment expliqueras-tu aux militants du PRCF qui vont boycotter les européennes qu’ils « ont choisi Mélenchon » (comme s’il s’agissait d’un choix métaphysique et quasi-existentiel alors qu’il s’agit d’un choix tactique et en mouvement assorti avant tout d’une main tendue aux militants insoumis, PARMI D’AUTRES !) ? Et toi comment peux-tu « choisir Chassaigne », c’est-à-dire le mettre en position d’arbitre et de figure de proue, non pas d’une alliance tactique et évolutive, mais de la reconstruction du parti communiste qui devrait être pour nous comme la prunelle de nos yeux ?

En conclusion

Nous avons fait le choix de permettre aux communistes de faire un congrès vraiment extraordinaire et de rompre avec 20 ans de mutations, tout en ré-ouvrant les questions stratégiques. A vrai dire, nous sommes conscients que la direction va tout faire pour se succéder, que les refondateurs peuvent décider de lui sauver la mise, que le texte présenté par la section Paris XV peut servir d’exutoire faussement marxiste aux communistes en colère, un exutoire au service, in fine, de la direction, mais ce sont les communistes qui décideront, et nous leur proposons un chemin difficile mais réaliste de rupture et de reconstruction.

En tout cas, nous rassurons le PRCF s’il était véritablement inquiet. Il n’y a pas de risque de nous “droitiser” pas plus que nous considérons qu’il n’y ait de risque de “démarxisation” du PRCF soutenant la FI… Le réseau “Faire Vivre et Renforcer le PCF”, son site http://lepcf.fr et sa revue “Unir les communistes” continueront en tout état de cause leur effort militant, théorique, politique et pratique.

Georges Gastaud : Eh bien mais tant mieux, et très sincèrement, nous en acceptons l’augure. Mais nous reposons la question. Qu’est-ce qui vous empêche, tout en menant dans le congrès à venir les manœuvres politiques qui vous semblent justes, et que nous ne partageons pas, mais en même temps, de prouver que vous ne vous subordonnez pas au groupe parlementaire et à la section économique du PCF, comme nous nous démontrons par là même que nous ne nous subordonnons pas à la FI, en diffusant avec nous un tract commun avec nous pour le Frexit progressiste, pour le socialisme bien entendu, et en le diffusant en masse AUX USINES (pour commencer) et aux manifs, y compris aux manifs mélenchonistes s’il y en a en septembre ?

Nous disons cependant au PRCF que le dialogue a besoin d’un effort de “bienveillance” dans le choix des mots et il ne suffit pas d’affirmer que vous vous exprimez “amicalement” ou que vous avez fait l’effort d’éviter les polémiques inutiles pour que ce soit le cas. Au contraire, nous vous lisons avec le sentiment que votre texte n’est pas fait du tout pour un dialogue qui nous aiderait à évoluer dans nos positions mais au contraire à conforter les hésitations et doutes des communistes en colère qui ne connaissent pas ou n’ont pas (encore) compris notre démarche. Autrement dit, loin d’un dialogue à poursuivre avec nous, vous menez bataille pour le texte Paris XV, ce qui est assez amusant quand on connaît l’histoire de l’émiettement communiste et la violence de ses attaques contre vous.

Georges Gastaud : Cher PAM, tout le monde doit faire preuve de bienveillance, ton texte y invite pour une part et nous sommes prêts à tout faire pour que le dialogue soit fraternel et politique ; reconnais cependant que sur vos supports, les attaques, et même les attaques personnelles ont abondé contre le PRCF et que nous n’avons jamais répondu sur ce ton.

Quant à Paris-15ème, cher PAM, nous ne faisons que constater les faits : sur les critiques qu’ils vous adressent, à savoir d’abandonner vos positions marxistes indépendantes et de vous subordonner à des secteurs notoirement mutants, nous avons avec eux les mêmes convergences que deux personnes qui ne se parleraient guère mais qui constateraient toutes deux d’une manière indépendante qu’une même troisième personne qui était gauchère a un peu tendance à préférer tout à coup utiliser sa main droite (soit dit pour vous taquiner et faute de trouver une meilleure image). Cela ne signifie pas que nous convergions en quoi que ce soit avec l’idée utopique d’une reconquête du PCF cellule par cellule, comme le propose P. XV, car cela risque de prendre encore plus de temps que les nombreux congrès que vous nous annoncez pour l’hypothétique reconquête interne du Parti pendant que la France des travailleurs fond comme beurre en broche. Dire que Pierre a raison sur un point de critiquer Paul sur un point donné ne signifie pas que Pierre et Paul aient raison de tomber d’accord sur un point stratégique où, de notre humble avis, Pierre et Paul se trompent ensemble car l’un et l’autre en l’occurrence ne mesurent pas le degré de dégénérescence politique et idéologique qu’a atteint un PCF qui n’a cessé de larguer ses fondamentaux et de collaborer diversement avec le PS depuis 1976. Et cette illusion d’un « redressement du PCF » sur le long terme est d’autant plus contradictoire que votre manifeste déclare d’emblée que « le pronostic vital du PCF est engagé » ici et maintenant. Où est la logique là-dedans ?

Alors, résumons encore une fois le débat. Chassaigne ou Mélenchon ? nous choisissons Chassaigne, parce que nous choisissons le chemin, certes difficile et incertain, qui permet la reconstruction du parti communiste, et que pour cet objectif, Mélenchon est une impasse évidente ! Même si la personnalisation autour de Chassaigne est une manière de ne pas accepter le débat de fonds, car si le congrès devait être réellement extraordinaire, ce serait à l’évidence avec une nouvelle génération, rajeunie, sortant du parisianisme et du microcosme médiatique, ayant l’ambition de retrouver un parti militant dans le monde du travail et les quartiers populaires.

Eh bien , non, cher PA, les marxistes-léninistes ne « choisiront »s pas Chassaigne, ils ne signeront pas, comme Mme Buffet, pour adhérer chez Mélenchon, il ne choisiront pas de s’enfermer dans une alternative aberrante qui met les vrais communistes à la remorque d’autrui alors qu’il revient à notre classe et au futur parti communiste de France de lutter pour DIRIGER le rassemblement populaire. Nous choisissons nous, invariablement, l’adresse prioritaire au monde du travail, le Frexit progressiste, la reconstruction du parti communiste et nous vous invitons toujours à faire ce choix avec nous de manière à montrer à tous, et d’abord aux travailleurs, que nous sommes INDÉPENDANTS de tout courant non marxiste et non prolétarien, si respectables que soient les uns et les autres. Si cela converge à tel moment avec une alliance avec tel ou tel courant non communiste, y compris avec le parti démocratique petit bourgeois qu’est devenu le PCF considéré comme structure, ou avec l’action ponctuelle de tel député du PCF, alors vive la convergence. Mais elle n’est jamais première ni fondamentale, et nous marxistes-léninistes devons fondamentalement partir de NOTRE analyse et des intérêts vitaux de notre classe comme il est dit dans le manifeste, pas si ringard que cela, du Parti communiste (pas du 21ème siècle, il est vrai !).

Et je termine, en toute bienveillance fraternelle, par vous souhaiter très sincèrement une réflexion et une action efficaces en privilégiant comme nous le terrain des luttes et de l’action commune pour le Frexit progressiste, puisque de cet aspect, nous semblons converger sur l’essentiel. Et si d’autres camarades, membres ou pas du PCF, veulent se joindre à nous dès maintenant, toute divergence sur Mélenchon ou sur le congrès du PCF étant mises à part, nous sommes prêts à discuter fraternellement avec eux aussi.

Avec mes amitiés sincères, Georges Gastaud

[1] Il faut noter que, pour ceux qui nous diront « c’est un affaiblissement de vos positions marxistes », que c’est au fond la position de toujours du KKE, considéré souvent comme le plus “orthodoxe”…!

Le PRCF respecte le KKE et fait partie depuis le début de l’Initiative des partis communistes contre l’UE qu’a créée ce parti. Nous doutons fort qu’il y ait quelque enthousiasme que ce soit pour des communistes orthodoxes, qu’ils soient français, grecs, portugais, espagnols ou autres, à voir un courant marxiste « choisir Chassaigne » et s’enfermer ad vitam aeternam dans la lutte interne au PCF. Pour notre part, notre boussole réside dans les principes du Front antifasciste, patriotique et populaire éprouvés par toute l’histoire du grand Parti communiste français et formulé dans toute leur généralité, à ajuster à chaque situation concrète, par G. Dimitrov à l’ultime congrès de l’Internationale communiste.

[2] Y compris des parlementaires donc de Chassaigne, mais chacun peut voir immédiatement que s’il y a certainement des critiques à faire, notamment sur les questions internationales, il y a beaucoup de travail utile, notamment en lien avec les luttes, comme la campagne dans les hôpitaux…

Ou sur la défense de la SNCF où M. Chassaigne a appelé à demi-mots les cheminots à reprendre le travail alors que tel n’était pas le choix des camarades de la CGT ou de Sud-rail ? Au demeurant le PRCF a très utilement travaillé avec les parlementaires PCF et franchement communistes Georges Hage et Jean-Jacques Candelier. Le sectarisme n’est jamais de notre côté quand il s’agit d’actions concrètes. Mais ici, nous parlons de ligne et d’idéologie et sur les principes communistes, il ne saurait y avoir de compromis.