Communistes, que faire ? les contributions au débat de Pierre Alain Milhet, Antoine Manessis et Georges Gastaud.

Le PRCF a adressé une Lettre ouverte aux communistes dans laquelle il explicitait de nouveau son analyse politique et ses propositions d’action unie des communistes en direction de la classe ouvrière.

Notre camarade Pierre-Alain Milhet, théoricien marxiste et responsable PCF à Vénissieux, a proposé pour alimenter le débat une réponse ouverte et argumentée. C’est toujours dans cet esprit d’ouverture et de débat, faisant avancer les communistes et leur unité qu’ apporte des éléments de réponses. Initiative Communiste publiera également une réponse apportée par Georges Gastaud. Pour que vivent le débat et l’unité d’action des communistes.

www.initiative-communiste.fr va donc publier successivement

  1. la lettre ouverte du PRCF aux communistes du 26 mars 2017
  2. la réponse de PAM ()
  3. la réponse d’Antoine Manessis (PRCF) à PAM
  4. une réponse de Georges Gastaud (PRCF)

1/ Lettre ouverte du PRCF aux communistes du 26 mars 2017

A lire en détail en cliquant ici

Lettre ouverte du Pôle de Renaissance Communiste en France aux militants communistes !

26 mars 2017

Chers camarades communistes, membres ou non-membres du PCF,

La situation de la France est de plus en plus explosive. On se souvient de la formule de Lénine décrivant les prémices d’une situation révolutionnaire : elle s’annonce clairement, dit-il,

« quand ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner comme avant et quand ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant ».

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2/ Réponse de Pierre Alain Milhet (« PAM »).

Du soutien à Mélenchon à l’effort d’organisation nécessaire aux luttes

Commentaires sur la “Lettre ouverte du Pôle de Renaissance Communiste en France aux militants communistes !”

Je pense utile de publier cet appel du PRCF aux communistes pour contribuer à une discussion nécessaire sur ce que doivent faire les communistes dans la diversité de leurs situations militantes.

Le PRCF brosse un tableau de la situation politique et insiste avec raison sur le besoin d’un grand parti communiste, d’un syndicalisme de classe, d’un rassemblement populaire pour la souveraineté nationale, d’une bataille idéologique pour le socialisme… quatre enjeux que beaucoup de communistes partagent. Il en conclut sur deux priorités du moment, faire grandir le vote Mélenchon, et se retrouver dans la bataille pour un Frexit progressiste devant les entreprises.

Le lien entre ces 4 orientations nécessaires qui peuvent unir largement les communistes, et la priorité donnée au soutien au vote Mélenchon et à la bataille du Frexit n’est pas évident…

Le vote Mélenchon n’est évidemment pas la traduction la plus directe du besoin d’un grand parti communiste, ni d’un syndicalisme de classe, ni de la bataille idéologique pour le socialisme. Mélenchon ne défend aucun de ces trois enjeux, au contraire par exemple de Nathalie Arthaud [1]… On comprend bien que le PRCF mène campagne de manière critique pour le vote Mélenchon non pas sur le programme de la France insoumise, mais sur son propre programme, Frexit, nationalisations, socialisme… et on peut comprendre qu’une telle bataille de soutien critique suppose de mettre en avant d’abord les “raisons du vote” Mélenchon, et non pas les raisons critiques de ce vote… Mais dans un appel à des communistes divers et notamment à tous ceux qui avaient fait le choix d’une candidature communiste, l’argument est un peu court… et ressemble plus à une méthode Coué qu’a un débat en vérité entre communistes.

Car ces communistes qui portent les “4 sorties”, la bataille contre la criminalisation du socialisme, l’effort de reconstruction d’un grand parti communiste de combat regardent avec interrogation le contenu du vote Mélenchon, pour des raisons de fonds, de contenu, et aussi pour des raisons tactiques.

Des raisons de fonds bien exposées dans l’analyse de la revue Germinal qui va jusqu’à titrer son analyse “Déconstruire les repères sociaux de classes”. Mais tous les communistes en connaissent les enjeux premiers. Rien dans ce programme sur les nationalisations (le mot n’est utilisé que pour la branche énergie d’ALSTOM), incohérence d’un programme qui évoque la réindustralisation mais s’appuie sur un scénario énergétique 2050 qui suppose la non relocalisation des industries détruites, confusion aussi forte que dans le programme du PCF entre capitalisme et finance, qu’il s’agit de “mettre au pas”, comme si on pouvait le faire sans mettre en cause la domination du capitalisme lui-même, illusion de l’interdiction des seuls licenciements “boursiers” comme le propose le PCF, rien sur la question fondamentale de l’appropriation sociale des moyens de production et d’échange… et pour conclure rien sur “le socialisme”…

La question du contenu est donc cruciale. Il n’est pas illégitime de dire “le vote Mélenchon n’est pas un vote communiste, mais c’est le vote le plus utile pour bousculer les choses”, mais il faut alors le dire clairement, et créer les conditions d’éclairer au mieux ce qui manque dans ce vote, et ce qu’il faudra faire pour que ce vote ne se retourne pas comme en Grèce contre le peuple…

Il y a aussi des raisons tactiques importantes, notamment pour les élections législatives. Comme beaucoup de communistes, je ne sais pas ce que Mélenchon fera de la force que lui donnera la présidentielle, et la logique de cette 5eme république qu’il dénonce pourrait faire de lui, comme Mitterrand, le roi qu’il dénonce. A l’évidence, cette élection lui permettra de consolider la création de de son propre parti, avec un très grand nombre de candidats aux législatives pour capter le financement de l’état, et donc réduire celui du PCF, sans compter l’incertitude sur la présentation ou non de candidats contre des sortants ou potentiels PCF. Or, le parti de Mélenchon demain sera quoi ? ce ne sera bien sûr pas le parti communiste que nous pensons tous indispensable, et pourtant ce sera le parti qui bénéficiera le plus de la force électorale de son présidentiable. Ce n’est pas une question théorique, ce que montrent les discussions entre Chavez et les communistes venezuelien décidant de conserver leur parti. Alors, que sera le parti de Mélenchon boosté par les présidentielles ? quelque chose entre le PG et FI ? un nouveau parti socialiste, vraiment de gauche ?

Il est essentiel de ne pas mentir au monde du travail et de lui dire clairement que oui, il n’y a pas de candidat communiste aux présidentielles et que donc dans cette situation, le vote Mélenchon peut permettre d’exprimer un refus du capitalisme, une exigence de rupture avec les politiques d’austérité, avec la 5eme république, mais il reste que le défi principal est de renforcer l’exigence d’une autre société, d’une société socialiste, qui donne le pouvoir aux travailleurs, et que cela supposera un immense effort d’organisation politique, la reconstruction d’un grand parti communiste.

Ces questions ne sont pas considérées comme prioritaires dans la lettre ouverte du PRCF qui prend ainsi le risque de légitimer l’illusion électoraliste que nous voulons tous combattre… et cela est vraiment étonnant.

D’abord parce que toute notre expérience militante nous apprend à ne pas confondre les représentations médiatiques de la situation politique et la réalité de ce que nous rencontrons sur le terrain, dans les entreprises. Peut-on vraiment dire comme le fait le PRCF que la situation serait révolutionnaire ?

- Ceux du haut ne peuvent vraiment plus diriger ? Pourtant, avec quelle force ils maitrisent ce processus électoral avec trois solutions à leur main, Le Pen, Fillon, Macron… qui représentent près de 70% des intentions de vote ! Avec quelle efficacité ils ont construit en quelques mois la solution politique Macron jusqu’à rendre à 3 semaines de l’élection sa victoire réaliste, créant les conditions d’une recomposition politique réactionnaire de grande ampleur, déconstruisant complètement, enfin diront certains, le cadre politique issu de la résistance ?
- Ceux d’en bas ne veulent plus être dirigés ? Certes, le rejet du système et de ses représentants est profond, mais comment ne pas voir que majoritairement, ce rejet conduit à se raccrocher à un de ces trois leurres construit par le système, ou à l’abstention… Et surtout, comment ne pas voir à quel point la mobilisation pour Mélenchon ne se traduit pas plus qu’en 2012 par un renforcement du mouvement populaire sur le terrain, en capacité d’unité, d’organisation… Qui peut affirmer que le mouvement social serait en train de dépasser les limites rencontrées au printemps sur la loi travail ?

Admettons que le “trou de souris” évoqué par le PRCF pour envisager une victoire de Mélenchon poisse exister et qu’ainsi, l’élection la plus symbolique de cette constitution pouvait réellement être subvertie, on se retrouverait dans une situation plus qu’incertaine, dangereuse tellement le peuple est désarmé, idéologiquement et concrètement, et tellement la violence de la bourgeoisie défendant sa domination serait multi-forme et implacables. Car si Macron, comme Fillon ou Le Pen serait sans doute dans une situation de président faible car mal élu, peut-on dire que Mélenchon serait lui en position de force ? Bien sûr que non, ce qui nous renvoie aux questions décisives évoquées comme des enjeux par le PRCF mais que tout communiste devrait considérer comme prioritaire. De ce point de vue, le journal des communistes de Vénissieux rappelant le soutien à Mélenchon pour faire grandir le débat sur un programme communiste est plus utile.

Oui, la situation est imprévisible et tout peut se produire, mais il n’y a pas de miracle progressiste, et les luttes de classe nécessaire pour changer de société dans un pays capitaliste développé demanderont des centaines de milliers de militants unis et organisés… L’enjeu premier de la période, c’est donc le renforcement de toutes les bases organisées de communistes, dans la réalité et la diversité de leurs situations, et le soutien à Mélenchon n’est dans ce contexte qu’un outil imparfait et qui n’est que second par rapport aux enjeux du parti, du rassemblement, du syndicalisme, du socialisme.

pam

3/ Les réponses et propositions d’Antoine Manessis (PRCF) à PAM

Antoine Manessis, PRCF

Cher camarade,

Le PCF Vénissieux par la plume de notre camarade et ami Pierre-Alain Millet a jugé utile de publier notre Lettre ouverte aux communistes et de lui répondre de manière posée et argumentée. Saluons cette attitude qui ne peut que favoriser le débat et permettre de surmonter les différences qui existent entre nous.

Débattons donc et tentons d’exposer notre point de vue en écho aux remarques de PAM. Par exemple notre camarade s’interroge sur le lien qui existe entre les 4 orientations qu’il partage et notre vote  en faveur de la candidature Mélenchon. Une précision d’abord : c’est “sans se subordonner à Mélenchon” écrivions-nous que nous devons soutenir cette candidature qui frappe le PS, cette imposture qui sape le mouvement populaire depuis des décennies. Elle démasque aussi la direction des apostats du PCF-PGE qui apparait chaque jour d’avantage comme un satellite et un sous-marin du PS. Elle est enfin incontestablement portée par une vraie dynamique populaire, malgré ses incohérences et ses contradictions que nous ne cachons pas, et que nous exprimons ouvertement et fraternellement à la France Insoumise et au Parti de Gauche.

Le vote communiste pour la candidature Mélenchon est bien porteuse des exigences commune des camarades de Vénissieux et du PRCF à savoir “besoin d’un grand parti communiste, d’un syndicalisme de classe, de la bataille idéologique pour le socialisme” puisque nous prétendons possible de nous appuyer sur la dynamique de JLM pour faire avancer les idées communistes. Et nous le démontrons en diffusant 120.000 tracts partout dans le pays et d’abord devant les boîtes, qui portent notre programme.

Mais PAM soulève la question de l’absence dans notre discours “des raisons critiques du vote JLM”. Mais chacune de nos propositions programmatiques autour des 4 sorties comporte une critique sereine, mais explicite, du programme de la France Insoumise, nous semble-t-il…Le 3 février 2017 nous écrivions à JLM :”Mais ce qui est décisif pour vaincre l’oligarchie et ses tendances de plus en plus liberticides et fascisantes, c’est que le monde du travail s’engage pour le Frexit progressiste avec à sa tête la classe ouvrière dont le printemps 2016 a montré qu’elle était le fer de lance contre la Loi Travail. Et c’est pour permettre à cette classe, privée de son parti d’avant-garde par la mutation du PCF, de redevenir l’actrice centrale du changement que le PRCF tend la main aux vrais communistes de France, y compris aux adhérents communistes du PCF (il en reste !) pour qu’ils reconstruisent un véritable parti de classe et de combat dont l’absence réduit le mouvement populaire à une défensive perdante.”
Cette citation un peu longue de notre Lettre ouverte à JLM, publiée dans « Initiative communiste », sur notre site électronique et adressée à près de 20 000 correspondants du PRCF, sans parler de Mélenchon lui-même, est pourtant nécessaire pour répondre à l’inquiétude de PAM et bien montrer le lien bien réel entre le soutien critique à la candidature JLM, la renaissance du PC de France et le Frexit, base d’un rassemblement large, d’un Front antifasciste, patriotique, populaire et écologique, comme nous l’appelons au PRCF.

Aux camarades qui avaient fait le choix d’une candidature communiste nous disons : nous avons fait le même choix. Mais constatant les faits “têtus”, d’une impossibilité pratique, concrète d’une telle candidature, et cela non pas à cause du PRCF mais à cause de l’attitude délibérément pro-UE, pro-PS et “union de la gauche” des chefs de file du PCF, nous avons choisi le soutien critique à la candidature JLM. A moins que des camarades disent que la candidature Chassaigne, qui présentait lui-même sa pré-candidature comme un moyen de “rassembler toute la gauche”,était une candidature communiste…mais là il faut une capacité d’imagination et d’auto-conviction – méthode Coué dis-tu cher PAM? – qui nous parait difficile pour des marxistes.

PAM nous dit à un moment vous devriez “dire clairement” : “le vote Mélenchon n’est pas un vote communiste, mais c’est le vote le plus utile pour bousculer les choses”. Mais nous n’avons pas cessé de la dire ! Et publiquement. Et ici encore nous le disons : Mélenchon n’est pas communiste. D’ailleurs, à ma connaissance, il ne l’a jamais prétendu. Il s’est même toujours référé au  “réformisme de gauche” et à la “révolution citoyenne” et exclusivement “par les urnes”, ce que nous avons publiquement critiqué. Et Chavez non plus n’était pas communiste et  nos camarades du PCV ont articulé soutien critique et affirmation autonome du part communiste. Une politique de Front, inspirée des principes du VIIe congrès de l’IC, demande de notre part la capacité de voir le mouvement, la dynamique, la tendance des phénomènes politiques. Dire qu’on ne doit pleinement s’engager pour un candidat que s’il est, ouvertement et publiquement, pour la révolution socialiste, la dictature du prolétariat et le rôle dirigeant du parti communiste dans le rassemblement des forces populaires, ce serait dire qu’on s’interdit d’avance toute politique de front populaire et patriotique, que l’on choisit l’isolement qui n’a rien à voir avec l’identité communiste, éminemment rassembleuse sur des objectifs définis.

Quant aux Législatives nous, PRCF, avons écrit à JLM: ” Enfin, concernant les législatives, et sans qu’il soit question d’apporter le moindre soutien politique à la direction euro-béate et socialo-dépendante du PCF-PGE, qui tente de tirer à droite  la  F.I.  sur les sujets cruciaux, nous pensons que ce serait un geste fédérateur de votre part que de retirer toute candidature « insoumise », non seulement contre les députés PCF sortants qui soutiennent votre candidature, mais contre les députés PCF qui ont été battus par le PS en 2012 ; pourvu naturellement que lesdits candidats soient clairs sur ce minimum euro-critique qu’est votre formule déjà citée sur l’UE. Dans les autres circonscriptions, il faudrait ouvrir des discussions ouvertes à tous vos soutiens présidentiels avec le souci qu’émergent des candidatures unitaires à la fois fédératrices et totalement indépendantes du PS.”
Comment être plus clairs ? Le PRCF n’a aucun objectif nihiliste à l’égard des ultimes positions électorales détenues par le PCF, au contraire, nous faisons montre d’esprit de responsabilité à cet égard. C’est plutôt ce dernier qui les saborde politiquement en continuant jour après jour à lier son sort à Hamon, pardon : à la “candidature unique de la gauche”et à l’union systématique aux élections avec un parti socialiste en pleine faillite morale et politique. Et à Vénissieux vous savez très bien que lorsque nous considérons un élu PCF comme franchement communiste, comme c’est le cas de Michelle Picard, nous engageons totalement à ses côtés  nos modestes moyens.
Maintenant sur ce que sera la parti ou le mouvement de Mélenchon demain c’est le problème des militants du PG et de la FI. La question qui nous est posée, c’est quand allons nous faire renaître un Parti communiste digne de ce nom dans ce pays qui est menacé à très court terme de fascisation et/ou d’euro-dissolution ? Quand allons-nous tous assumer la rupture avec le PCF-PGE totalement discrédité aux yeux des travailleurs, et pour commencer, puisque le PRCF n’a jamais tracé de frontière intangible entre les communistes de l’intérieur et ceux de l’extérieur du PCF, quand allons-nous régulariser notre intervention commune pour les quatre sorties  à l’entrée des usines, l’unité d’action préparant la future, et urgente unité d’organisation ? Quand allons-nous choisir comme Clara Zetkin exhortant les militants du parti socialiste à choisir la IIIe Internationale et rompre avec “la vieille maison” social-démocrate ?

PAM craint que nous “légitimions l’illusion électoraliste”.  Où et quand avons nous agit de la sorte ? Quand et où avons-nous laissé croire cela ? Jamais, camarades de Vénissieux ! Au contraire nous avons toujours dit que l’élection, si elle ne doit pas être négligée, vous en savez quelque chose à Vénissieux, n’est que le reflet déformé des rapports de forces sociales et politiques et que c’est la lutte des classes qui est fondamentale. Mais en même temps la lutte des classes ne se déroule pas sur la lune mais dans une conjoncture politique qui est partiellement déterminée par les élections.
Par ailleurs nous avons toujours mis en avant l’action autonome des communistes et l’action commune des communistes en particulier devant les entreprises et en direction de la classe ouvrière. Dans notre Lettre ouverte aux communistes nous proposons d’établir ensemble un programme communiste et d’aller le diffuser dans les boîtes. Où y-a-t-il de l’électoralisme dans cela ? C’est cela qui est prioritaire dans notre Lettre ouverte, c’est sur cette proposition qu’elle débouche et sur laquelle ton commentaire ne répond rien, hélas : l’action commune des communistes.

PAM conteste notre analyse sur la situation globale qui est pour nous potentiellement révolutionnaire. Mais il me semble que nous pouvons être pourtant rapidement d’accord. La situation serait révolutionnaire si “un renforcement du mouvement populaire sur le terrain, en capacité d’unité, d’organisation” avait lieu, comme le dit PAM. Mais alors qu’est-ce qui empêche cela ? N’est-ce pas l’absence du Parti communiste ? N’est-ce pas lui qui crée les conditions de l’épanouissement des potentialités révolutionnaires? Et alors notre question est : c’est pour quand  la rupture avec la PCF-PGE et le travail de reconstruction du Parti communiste ? N’est-ce pas également le recul du syndicalisme de classe et de masse après des décennies de dérives confédérales vers le “syndicalisme rassemblé”avec la CFDT, vers la Confédération européenne des syndicats ? Que dire de l’attentisme étonnant des confédérations durant toute la campagne électorale, avec l’incapacité totale de l’intersyndicale qui a mené la lutte contre la Loi Travail à dénoncer l’origine européenne de la “Loi El Khomri”, ce prête-nom de Bruxelles, de Gattaz-Berger et de Valls ? Incapacité aussi à faire le lien avec la stratégie révolutionnaire des quatre sorties et le Frexit progressiste de manière à donner une perspective offensive aux luttes anticapitalistes ? Or, cette intervention communiste commune pour les quatre sorties, pour le syndicalisme de classe et de masse, dépend évidemment, non pas de la F.I., qui est ce qu’elle est dans des rapports de forces donnés, mais de notre engagement unitaire à nous, militants franchement communistes, membres ou pas du PCF.

 

Enfin PAM s’inquiète de l’impréparation du mouvement ouvrier et populaire si JLM était élu. Deux remarques : si nous attendons que notre armée soit sûre à 100% de vaincre pour agir, nous attendrons longtemps… Le mouvement ouvrier et  populaire se renforce dans l’action et à l’occasion des crises révolutionnaires ou des situations de rupture où la classe dominante est en face de l’imprévu. Nous ne craignons pas ces crises et les tempêtes : ce n’est pas par temps calme que les choses peuvent changer. Ceci étant en rejetant et l’aventurisme et le risque d’isolement de la classe ouvrière mais aussi l’attentisme bureaucratique. En mars 1917, les mencheviks disaient “le prolétariat n’est pas prêt”. Les bolcheviks étaient très minoritaires initialement. Quand ils poussaient les Soviets à prendre tout le pouvoir, c’étaient les réformistes qui dominaient… provisoirement. Et les bolcheviks ne perdaient pas leur temps à lister les imperfections des soviets paralysés par les parlotes menchéviques, ils s’organisaient eux-mêmes, ils en appelaient à la classe ouvrière. Nous ne nous prenons pas pour des bolcheviks, loin s’en faut, mais c’est leur allant révolutionnaire, leur audace stratégique qu’il faut imiter. Au demeurant, nous n’avons pas le choix. Si Mélenchon passe, hypothèse hautement improbable mais pas absolument exclue, il peut certes y avoir de lourdes déconvenues, surtout si nous tardons sans fin à reconstruire le parti communiste de combat et le syndicalisme de classe. Du moins un vent d’espoir se lèvera-t-il dans le pays et une possibilité d’offensive prolétarienne apparaîtra. En revanche si Macron/Fillon passe, sans parler de Le Pen, outre que la défensive perdante à laquelle nous sommes confrontés perdurera, que sera devenue la France au bout de cinq années de fascisation supplémentaire assortie d’une marche galopante vers l’Europe fédérale et vers la défense européenne ?
Deuxièmement le PRCF n’attends aucun “miracle progressiste” et il est un peu surprenant et, disons le fraternellement, un peu agaçant que nous soyons contestés sur des positions qui ne sont pas les nôtres…

Mais l’essentiel est ailleurs et pour conclure, disons comme Engels “La preuve du pudding c’est qu’on le mange”. Donc la preuve de notre volonté de nous unir dans l’action et de faire renaître dans notre pays le Parti communiste sera tranchée par la pratique, par l’action. Nous avons fait une proposition concrète et ouvert une perspective qui, à la lecture de PAM et après la déclaration commune PRCF/CC du nord, peut nous sortir des fâcheries, des malentendus, et nous regrouper sur l’essentiel : l’expression commue des communistes à l’entrée des usines sur un programme articulant Frexit progressiste, nationalisations démocratiques et lutte pour le socialisme.

Alors quand ?

Bien fraternellement,

Antoine Manessis.