À propos du Venezuela – lettre ouverte à la direction du PCF ….

“Quand les blés sont sous la grèle, fou qui fait le délicat”

Aragon – La rose et le réséda

Alors que l’impérialisme yanqui, applaudi par Macron et par le fasciste brésilien Bolsonaro, s’apprête à envahir le pour destituer le président légitime Nicolas Maduro, le « soutien » du - au bolivarien ressemble surtout à un misérable lâchage. Qu’il y ait des critiques à faire au gouvernement bolivarien assiégé, les communistes vénézuéliens les ont faites au moment voulu. Mais aujourd’hui que la contre-attaque fasciste orchestrée par Trump menace toute l’Amérique latine et que l’Oncle Sam veut, à cette occasion, liquider la gauche latino-américaine, isoler Cuba et asseoir son assise sur l’ensemble des Amériques pour activer ses projets de guerre contre la Russie et la Chine, ne pas mentionner le nom de Maduro dans le communiqué du PCF n’est qu’une manifestation supplémentaire d’opportunisme et de lâcheté politique de la part des dirigeants du PCF. Et dire que certains camarades espéraient que le congrès du PCF allait déboucher sur une restauration de l’ « identité communiste » ! Aux visiteurs de notre site de se faire une opinion en lisant la « lettre ouverte à la direction du PCF ». Il est cependant dommage que le communiqué de J. Fort, de J. Ortiz et de M. Pinero ne mentionne pas le soutien indéfectible du PRCF au bolivarien en grave danger.


Le communiqué du PCF ne mentionne pas le nom de Maduro, ni de son gouvernement légitime

A propos du Venezuela – lettre ouverte à la direction du PCF

José FORT, Jean ORTIZ, Maïté PINERO

Chers camarades

À l’heure où nous écrivons, la tension est à son comble aux frontières du Venezuela. L’Amérique latine retient son souffle et le secrétaire général de l’ONU se tient en contact permanent avec le gouvernement légitime du président Maduro. La 68ème intervention militaire étasunienne dans ce continent aura-t-elle lieu ?

Ce 24 février, le secrétaire d’État Mike Pompeo, a déclaré : « les États-Unis vont passer aux actes contre ceux qui s’opposent au rétablissement de la démocratie au Venezuela ».

Les raisons de l’agression, l’Administration Trump ne les dissimule même pas : mettre la main sur les immenses réserves de pétrole, anéantir ce régime chaviste qui a contribué avec Cuba à faire progresser l’unité et l’intégration latino-américaine. Le retournement de conjoncture et l’arrivée au pouvoir de gouvernements de droite et d’extrême-droite laissent croire à Washington qu’il serait possible de faire table rase de ce que les hommes de Trump désignent comme « la troïka du mal : Venezuela, Nicaragua, Cuba ». Leur hargne et leur morgue sont sans limites et chaque jour charrie son lot de menaces. L’armée bolivarienne est sommée par Trump de trahir et de se rendre. Les familles des militaires sont menacées (« nous savons où elles se trouvent »). Plusieurs déclarations précisent qu’après le Venezuela, « nous nous occuperons du Nicaragua et de Cuba ». L’agression étasunienne qui a utilisé tous les moyens (organisation de la pénurie, sabotages, terrorisme de rue, campagne médiatique de mensonges) a porté la haine à son comble. Sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre de l’opposition est devenu « colgados y quemados » (pendus et brûlés).

La genèse de cette agression est connue. Un article du journal « Le Monde », daté du 23 février, détaille les phases du complot ourdi à Washington qui s’est assuré du soutien des gouvernements de Madrid et de Paris. Ainsi s’explique le parfait tempo et la rapidité de la reconnaissance du putschiste Guaido, un inconnu, soudain propulsé sur la scène mondiale « président intérimaire » du Venezuela.

Ce pays est placé au centre d’un enjeu géopolitique mondial dont l’issue dira si le monde de demain sera un monde multipolaire ou un monde unipolaire, une sorte de Far-West sans frontières livré aux plus puissants et surtout au plus puissant, les USA.

Ces événements ne concernent pas seulement le Venezuela ou l’Amérique latine. Le 31 janvier dernier, 359 députés européens ont voté la reconnaissance de Guaido. Des élus de nos démocraties « modèles » ont élu le putschiste d’un pays et d’un continent qui n’est même pas le leur. Les présidents élus de France, d’Espagne, du Royaume-Uni et d’Allemagne ont reconnu un putschiste. Et tandis que les États-Unis font main basse sur les actifs de l’entreprise de pétrole vénézuélienne, Londres refuse de restituer l’or que la République bolivarienne lui avait confié.

Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, souveraineté populaire, principe de non-ingérence dans les relations internationales et Charte de l’ONU ont soudainement disparu. Si la machine de guerre étasunienne va à son terme, aucun pays ne pourra désormais vivre en souveraineté, vivre en paix.

Le communiqué du français (« Stop à l’ingérence, l’intérêt du peuple vénézuélien doit prévaloir »), daté du 24 janvier, n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation ni de la tradition de solidarité internationale de notre parti. Qualifier de non « responsable » la reconnaissance dont le putschiste a bénéficié est pour le moins léger. Si le coup d’État est bien reconnu en fin de texte, le premier paragraphe indique seulement que cela y « ressemble ». Pourquoi tant d’embarras ?

Ce communiqué, le seul produit, souligne que notre « unique parti-pris est celui de l’intérêt du peuple vénézuélien, celui de la paix et du dialogue national ». On y cite les noms de plusieurs présidents (Trump, Bolsonaro, Macron et l’intérimaire autoproclamé). À aucun moment n’est mentionné le nom du président Maduro, aucune mention de l’existence d’un gouvernement légitime à Caracas. Le parti communiste français avait pourtant un observateur lors des élections remportées par le président Maduro.

Et pourquoi l’intérêt que nous portons au peuple vénézuélien nous conduit-il à taire ce que dit l’ONU ? Le président Maduro est le seul président légitime ! Quel est cet intérêt qui nous conduit à ne pas mentionner la violation de principes aussi fondamentaux (pour les Vénézuéliens et nous-mêmes) que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le respect de leur souveraineté et la non-ingérence en relations internationales ?

Il faut être deux pour dialoguer. Or l’opposition, tenue en laisse par Washington, s’y refuse. L’ex-président du gouvernement espagnol, Zapatero, qui avait mouillé sa chemise dans les négociations entre le gouvernement et l’opposition, à Saint Domingue, a raconté comment un coup de fil du Département d’État étasunien avait empêché la signature de l’accord et la participation de la droite aux élections. Pour imposer le dialogue, il est nécessaire de reconnaître la légitimité du gouvernement de Caracas, ce que nous ne faisons pas clairement.

Ex-journalistes de l’Humanité, ex-correspondants à Cuba et en Amérique Latine, nous connaissons ce continent et ces peuples. Nous avons vécu là-bas durant des périodes de dictatures, de lutte armée et de révolutions triomphantes qu’il a fallu défendre contre les mercenaires de la « contra » et les assauts jamais découragés de l’impérialisme. Nous avons vu de près les massacres, les cimetières clandestins. Nous sommes aussi tous les trois, douloureusement liés à la guerre d’Espagne, fièrement liés au parti qui a mobilisé les Brigades internationales, dénoncé la non-intervention.

La timidité du communiqué du PCF nous consterne et nous bouleverse, car il est loin de ce que la situation d’extrême urgence exige, car il ne ressemble pas à notre histoire. Le peuple vénézuélien s’occupe assez bien de ses intérêts et l’aider suppose de reconnaitre l’expression de sa souveraineté et de sa résistance.

Cela ne signifie en aucun cas devenir « chaviste ». Nous sommes des communistes français. Nos principes remontent loin dans l’histoire de France et l‘histoire de notre parti s’est faite sur cette ossature-là, avec la chair et le sang des nôtres. Nous célébrons l’anniversaire des fusillés de l’Affiche rouge, celui de la Retirada, (l’Espagne compte toujours 130 000 « disparus » qui attendent justice dans les fosses communes) et nous savons que des milliers de vies sont menacées, tout comme dans le monde entier la liberté de décider pour soi. L’impérialisme n’a jamais reculé devant des milliers ou des millions de morts quand il pense pouvoir s’imposer.

Samedi, plusieurs associations avaient convoqué un rassemblement à Paris. Seuls partis présents, le POI et la FI qui ont pris la parole. Un groupe de Jeunes communistes était là avec les drapeaux. Celui qui a parlé en leur nom nous a précisé qu’il était petit-fils de Républicain espagnol. Déterminés, mais orphelins de parti (« Mais où est le parti ? Où est le parti ?») Un crève-cœur. Nous vous posons aussi la question : « Où est notre parti? »

Nous ne pouvons en rester à cette absence coupable. Pour reprendre les termes du communiqué du PCF, ce n’est pas responsable. Nous vous le disons gravement, en toute responsabilité de militants communistes. Notre parti s’est comporté avec honneur et dignité quand tant d’autres ont disparu, se sont sabordés ou mués en sociaux-démocrates, soi-disant de gauche. Et on sait ce qu’il est advenu. Ce qui se joue au Venezuela dépasse les frontières du continent même. L’histoire nous jugera.

Paris le 24 février 2019

José Fort
ex correspondant de l’Humanité à La Havane (1974-1977)
Jean Ortiz
ex correspondant de l’Humanité à La Havane (1977-1980)
Maïté Pinero
ex correspondante de l’Humanité à La Havane (1984-1989)


Rectification du PRCF sur des propos tenus dans la « lettre ouverte à la direction du PCF »

            Ce dimanche 24 février 2019 a été publiée une lettre ouverte à la direction du PCF, que nous pouvons retrouver au lien suivant : https://www.legrandsoir.info/a-propos-du-venezuela-lettre-ouverte-a-la-direction-du-pcf.html Nous partageons entièrement la colère des camarades José Fort, Jean Ortiz et Maïté Pinero à l’encontre d’une direction du PCF – qui, rappelons-le, vient tout juste de se renouveler à la suite du « congrès extraordinaire » de l’automne dernier et qui annonçait pour certains une vraie « révolution » au sein du PCF… – incapable de se prononcer clairement en faveur du président légitimement élu, Nicolas Maduro, au nom du principe de la souveraineté nationale et populaire et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, autant de droits garantis par la charte de l’ONU. De même, nous approuvons le combat anti-impérialiste des auteurs de la lettre, combat anti-impérialiste porté depuis sa création en 2004 par le PRCF, et qui s’exprime par le biais d’un tract mis en ligne sur le site Initiative communiste le 26 janvier : https://www.initiative-communiste.fr/articles/international/signez-la-petition-contre-trump-macron-et-bolsonaro-defendons-la-democratie-et-lindependance-de-la-republique-bolivarienne-du-venezuela-et-son-president-legitime-nicolas-maduro/ Ce tract était d’ailleurs proposé pour signature à toutes et tous les camarades présents ce samedi 23 février 2019 à la fontaine Saint-Michel à Paris…

            Ce qui amène le PRCF à s’étonner de l’affirmation suivante : « Samedi, plusieurs associations avaient convoqué un rassemblement à Paris. Seuls partis présents le POI et la FI qui ont pris la parole. Un groupe de Jeunes communistes était là avec les drapeaux. Celui qui a parlé en leur nom nous a précisé qu’il était petit-fils de Républicain espagnol. Déterminés, mais orphelins de parti (« Mais où est le parti ? Où est le parti ? ») Un crève-cœur. Nous vous posons aussi la question : « Où est notre parti ? » » Car le PRCF était bel et bien présent, en attestent des photographies où se retrouvent les drapeaux du Pôle ; de même, les auteurs n’ont-ils pas entendu/écouté la prise de parole du PRCF, condamnant sans équivoque l’impérialisme frappant le Venezuela bolivarien, Cuba socialiste, la Bolivie de Morales et le Nicaragua sandiniste – au sujet duquel a été rappelée cette déclaration de guerre à peine voilée de Donald Trump de fin novembre dernier : « le Nicaragua constitue une menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis, et par conséquent nous proclamons l’urgence nationale face à cette menace » –, mais aussi rappelant la fascisation touchant, au-delà de l’Amérique latine, l’Europe, à commencer par la France ; et de conclure par un « VENCEREMOS ! » après avoir affirmé que « défendre le Venezuela bolivarien, Cuba socialiste, la Bolivie de Morales et le Nicaragua sandiniste, c’est aussi NOUS DEFENDRE contre la fascisation et les agressions de l’impérialisme yankee. » Le passage de cette lettre est d’autant plus surprenant que la prise de parole du PRCF, annoncée par l’une des organisatrices et rappelé par l’intervenant représentant le PRCF, est intervenue à la suite de la prise de parole du… jeune camarade de la JC.

            Le PRCF et son mouvement de jeunesse les JRCF espèrent qu’il s’agit d’une erreur malencontreuse de la part des auteurs de la lettre ouverte à la direction nationale du PCF et demandent la rectification du propos, en incluant le PRCF dans les formations politiques présentes sur place. Cela n’empêche nullement le PRCF et les JRCF de réaffirmer leur appui à cette lettre totalement bienvenue afin de dénoncer l’absence d’une position univoque sur un sujet aussi grave que l’offensive de l’impérialisme fascisant à l’encontre des gouvernements progressistes et souverains d’Amérique latine. Pour leur part, le PRCF et les JRCF se trouveront toujours du bon côté de la barricade et sans aucune ambiguïté dont profiterait l’impérialisme fascisant avec ses ramifications – à commencer par la mortifère «Union européenne » et l’OTAN, bras armé de l’impérialisme –, dont la menace s’étend bien au-delà de l’Amérique latine.