70 anniversaire de la Libération : le témoignagne de Léon Landini résistant FTP-MOI, président du PRCF et son appel à la résistance

LeonLandini-b3cadRésistant d’hier et d’aujourd’hui, reste ce toujours jeune communiste, engagé dans la et pour la lutte antifasciste, poursuivant son engagement militant au sein du . Car , envers et contre tout renoncement nous donne chaque jour au présent une leçon de courage et de résistance en poursuivant la lutte, au premier rang, en faisant l’honneur au militants franchement communistes de présider le PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France).

www.initiative-communiste.fr site web du PRCF se devait en cette période du 70e anniversaire de la de donner la parole à notre camarade FTP MOI

Vous pourrez lire ci-après le  témoignage de Léon Landini sur la Résistance, sa Résistance, sur son combat à travers l’interview publiée par le journal l’Humanité suivi du témoignage de Léon sur son engagement dans la résistance, la lutte anti fasciste et pour le communisme et sur les combats de la Libération. Une « libération » qui se chante avec l’Internationale en accord avec une résistance qui, pour Léon Landini, sur les couplets d’Eugène Pottier et la musique de Pierre Degeyter, dure, envers et contre tout renoncement et qui rime au présent à un appel à la résistance que chacun devrait méditer.

« De Montluob_be4523_zc, il n’y avait que deux sorties : 
la déportation ou l’exécution. » « De Montluc, il n’y avait que deux sorties : 
la déportation ou l’exécution. »

La libération par ceux qui l’ont vécue
JÉRÔME SKALSKI
VENDREDI, 22 AOÛT, 2014
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Pierre Pytkowicz
Léon Landini, officier FTP-MOI du bataillon Carmagnole-Liberté, évoque sa libération, une évasion de la sinistre prison de Montluc 
où officia Klaus Barbie, chef de la Gestapo lyonnaise.

« La Libération telle que d’autres l’ont vécue, avec des milliers de personnes dans les rues et sur les places, je ne l’ai pas connue », explique Léon Landini racontant, dans son petit appartement de banlieue parisienne, à soixante-dix ans d’écart, les événements survenus dans le contexte de la libération de Lyon à la fin de l’été 1944. « Pour moi, la Libération, cela a été ma sortie de la prison de Montluc, le 24 août », précise-t-il. Une libération après un mois d’incarcération dans cette prison qui fut successivement, à partir du mois de décembre 1939, prison militaire et politique, prison du régime collaborationniste de Pétain et prison militaire allemande à partir de février 1943. C’est là où furent incarcérés des dizaines de militants communistes persécutés après l’interdiction du PCF en septembre 1939, c’est là où furent emprisonnés des milliers de résistants, des milliers de citoyens français juifs ou d’immigrés juifs venus en France avant guerre, tous en transit sanglant vers une mort promise par exécution ou déportation. C’est là où, en liaison avec la Gestapo locale dirigée par Klaus Barbie, furent emmenés celles et ceux qui, dans la région lyonnaise, étaient pris dans les rouages du système de répression du IIIe Reich. Parmi eux, Jean Moulin et ses compagnons. « De Montluc, souligne Léon Landini, il n’y avait que deux sorties : la déportation ou l’exécution. À la fin, il n’y avait plus que l’exécution. »

Une libération qui se chante avecl’Internationale Une libération qui se conjugue aussi avec tristesse

Né en 1926, Léon Landini n’avait pas quinze ans quand il décida, au début de l’année 1941, d’entrer en résistance avec son ami Jean Carrara à Saint-Raphaël. De parents d’origine toscane ayant fui le fascisme italien, militant communiste à partir de 1942 à la suite de son père Aristide et de son frère Roger, il sera bientôt combattant FTP-MOI. Dans le Var tout d’abord, dans la Creuse et à Lyon ensuite, où il rejoint le bataillon Carmagnole, créé au printemps 1942 en même temps que le bataillon Liberté de Grenoble. Arrêté par la Milice à Lyon le 25 juillet 1944, il sera supplicié et torturé par la Gestapo avant d’être interné à la prison de Montluc. Transféré dans un petit hôpital de la Creuse une vingtaine de jours après en être sorti, Léon Landini raconte : « Le commandant de la place, au vu de mes états de service, me présente à plusieurs officiers supérieurs et leur dit : “Messieurs, je vous prie de vous lever, nous avons la chance d’avoir un héros parmi nous !” Moi, il m’avait pris envie de rire ! » poursuit Léon Landini dans son accent du Var : « Ils m’ont ausculté et je devinais qu’ils se disaient, à leur façon de se regarder : “Pauvre petit, il n’ira pas loin, celui-là…” » Léon Landini passera deux ans en convalescence à Guéret, période pendant laquelle il fut l’un des organisateurs des Jeunes communistes de la Creuse. La libération de la région lyonnaise se déroula en deux temps, explique Léon. À l’annonce de la libération de Grenoble, le 22 août 1944, les troupes allemandes de Lyon s’apprêtent à fuir et abandonnent la surveillance de la prison de Montluc le 24. L’insurrection de Villeurbanne crée une confusion aussi bien dans l’état-major allemand que parmi les groupes de la Résistance. Finalement, c’est le 3 septembre que Lyon sera définitivement libérée des troupes allemandes.« Le 24 août, je sors de la prison de Montluc en trouvant sur mon chemin un jeune homme qui s’enfuit à toutes jambes, explique-t-il. Il habitait la Croix-Rousse. On entendait au loin le son de combats partout dans Lyon. Je lui propose de me suivre à mon appartement, de peur qu’il ne se fasse abattre. Là, nous sommes accueillis par la famille qui avait loué mon appartement après mon arrestation et qui me voit arriver avec mon costume en pied-de-poule plein de sang séché et le visage tuméfié. Ces gens nous proposent une chambre et me donnent l’occasion d’écouter la radio, qui annonce la libération de Lyon et le départ des troupes allemandes. » « Le lendemain, le 25 août, alors que je m’apprête à retrouver des camarades du bataillon, sur un place de Lyon, accompagné par mon acolyte, je chante l’Internationale à tue-tête », continue Léon Landini. « Soudain, on entend un bruit de moteur. Je me retourne et je vois, tout étonné, des Allemands qui nous mettent en joue depuis leurs camions. Je suis cloué sur place. Le temps de me retourner et que les camions allemands continuent leur marche laissant en plan les quarante kilos tout mouillé que je faisais à l’époque, celui qui m’accompagnait avait pris ses jambes à son cou. Je n’ai jamais rien su de lui. » « Il avait été plus fort que moi ! Il avait couru plus vite ! » conclut-il en riant, évoquant cette péripétie. Une libération qui se chante donc avec l’Internationale sur les couplets d’Eugène Pottier et la musique de Pierre Degeyter. Une libération qui se conjugue aussi avec tristesse. « La première chose qui me vient à l’esprit à chaque fois lorsque nous célébrons la Libération de notre pays, c’est d’abord les visages de tous mes camarades et amis qui ont disparu pendant la sombre nuit de l’Occupation », souligne Léon. Et concluant, témoignage adressé comme un avertissement au temps présent : « La libération de la France a coûté très cher aux combattants FTP-MOI du bataillon Carmagnole-Liberté, puisque la moitié environ de nos camarades sont morts soit en combattant les armes à la main soit, pour la plus grande part d’entre eux, sous la torture que leur infligeait la police française ou la Gestapo. »

Question : « Léon, pouvez-vous nous relater la Libération de la France telle que vous l’avez vécu ? » 
Cher ami, il m’est difficile de répondre directement à votre question, car mes conditions de vie ont été telles, que j’ai connu les joies de la libération de différentes façons, qui ne sont pas exactement les mêmes que celles vécues par l’écrasante majorité du peuple français.
La première chose qui me vient à l’esprit chaque fois lorsque nous célébrons  la Libération de notre pays, c’est d’abord le visage de tous mes camarades et amis qui ont disparus pendant la sombre nuit de l’occupation.
Je veux vous rappeler ici que la libération de la France a coûté très chers aux combattants FTP-MOI du bataillon Carmagnole-Liberté, puisque 50 % environ de nos camarades  sont morts, soit en combattant les armes à la main,  soit pour la plus grande part d’entre eux, sont morts sous  la torture que leur infligeait la police française, ou la Gestapo,
C’est la raison pour laquelle les cérémonies de la Libération sont pour nous anciens FTP-MOI toujours  teintées d’une certaine tristesse.
Mais,  pour une meilleure compréhension de ce que je viens d’évoquer, je crois nécessaire de faire un retour en arrière pour expliciter les raisons pourquoi ma vie et « mes Libérations » étaient différentes de celles communément vécues par la majorité de nos concitoyens.
Je suis issu d’une famille de militants communistes italiens.
En Italie mon père Aristide était le secrétaire du Parti Communiste Italien qu’il avait lui-même créé dans sa Commune.
A l’avènement du fascisme, il a été poursuivit à trois reprises à coups de fusil. Craignant qu’une fois ou l’autre ils ne le rateraient  pas, il a du abandonné son foyer et fuir à l’étranger.
Le choix du pays où il devait se réfugier fut vite fait, ce pays ne pouvait être que la France.
La France, le pays de la Révolution, le pays des droits de l’homme, le pays de la Commune, le seul pays au monde où sur les bâtiments publics sont écrit ces trois mots Liberté – Egalité – Fraternité, c’est là qu’il espérait pouvoir (provisoirement) attendre dans une relative sécurité que les Italiens se débarrassent de Mussolini, pour retourner chez lui.
Pour fuir,  Il  débarque 1922 à Auboué (Meurthe et Moselle) où il est embauché comme mineur de fond.
Il se rend compte rapidement, qu’en France, l’exploitation des travailleurs était identique à celle qu’il avait combattu dans son propre pays.
En arrivant, Il espère pouvoir retourner rapidement chez lui, mais le fascisme perdurant, il décide que sans sa famille la vie est vraiment trop dure et à contre cœur il demande à son épouse Violette de venir le rejoindre. Elle arrive en 1924 accompagné de son fils Roger âgé de 10 et de sa fille Lina âgée de 4 ans.
Dès son arrivé en France et bien qu’étranger, mon père commence immédiatement à militer activement dans les rangs du PCF.
De ce fait il participe à l’organisation d’une grève des mineurs destinées à d’obtenir de meilleures conditions de vie et de salaires.
Repéré par la police et menacé d’être ramené en Italie, il est contraint de quitter Auboué en urgence.
Il décide alors  de se rendre au Muy dans le Var, où il sait y retrouver de nombreux antifascistes de son village. (C’est au Muy que je né le 9 avril 1926).
Mais là comme ailleurs,  le militantisme en général et celui des étrangers en particulier n’est pas bien vu par les gendarmes du coin.
Notre famille est dans le collimateur de la police, car c’est chez elle qu’elle  reçoit à sa table des dirigeants du PCF, tels que Marcel Cachin ou Jacques Duclos.
A cette époque là, mon frère âgé de 17 ans est devenu secrétaire des jeunesses communistes  du Muy. Il y milite ardemment et cela déplait au brigadier de gendarmerie qui vient à plusieurs reprises à la maison avec des  menaces à la bouche.
Sachant que leur retour en Italie ne pouvait que signifier la mort, mes parents préfère fuir et c’est ainsi que toute la famille, c’est-à-dire mon père, ma mère, mon frère Roger, ma sœur Lina (tout deux nés en Italie sont italiens, alors que moi et ma sœur Mimi, nés en France nous sommes français par le droit du sol).
Il fallait s’éloigner du danger et pour échapper à ces nouvelles difficultés nous voici jetés sur les routes. Cette fois notre point de chute est Waziers dans le Pas-de-Calais où se trouve déjà un cousin de mon père qui peut nous accueillir. Mon père et mon frère sont immédiatement embauchés comme mineurs de fond..
Un an après notre arrivé dans le Pas de Calais, les mineurs organisent d’importantes grèves et  une manifestation au cours de laquelle  Maurice Thorez était venu prendre la parole. Les gardes mobiles à cheval chargent les manifestants. De violentes  bagarres éclatent faisant de nombreux blessés de part et d’autres.
Les jeunes communistes font barrage afin que Maurice Thorez ne soit pas agressé et se heurtent violemment à la police.
Au cours de ces bagarres, mon frère se distingue par son engagement  et le courage dont il fait preuve pendant ces heurts, mais cela n’échappa pas aux renseignements généraux.
Quelques jours plus tard, des amis vinrent avertir mes parents qu’un mandat d’expulsion à l’encontre de Roger était en préparation à la préfecture.
Désirant échapper le plus vite possible à cette nouvelle menace, le soir même Roger prit le train pour un retour au Muy où il savait que des amis pourraient l’accueillir.
Dans la semaine qui suivit ce fut de nouveau toute la famille qui prit la route de la Côte d’Azur.
Notre retour déplu  au brigadier de gendarmerie, qui de toutes évidences n’aimait pas la famille Landini et commença à nous chercher des querelles et à menacer mes parents.
Afin d’échapper à de nouveaux ennuis avec ce brigadier, fin 1939 nous sommes tous partis à Saint Raphaël.
Début 1940, peu après notre arrivée à Saint-Raphaël, mon frère est arrêté comme communiste et  passe 48 jours de prison à Draguignan.
La France occupée, bien que nous trouvant en zone « dite libre » toute la famille s’engage dans la Résistance.
Distribution de Tracts, collage d’affiches, inscription à la peinture et sabotage de la propagande vichyssoise. Toute la famille, grands et petits se mettent à l’ouvrage.
En décembre 1940, en compagnie d’un de ses amis, mon frère  fit en gare de triage de Fréjus-Plage  déraillé  8 Wagons de marchandise alimentaire qui partaient pour l’Allemagne.
Ce fut probablement un des tous premiers déraillements effectué par l’ensemble du monde de  la  Résistance.
En octobre 1942, (à l’âge 16 ans et demi) je participe en compagnie de mon fidèle ami et camarade Jean Carrara et d’Alix Maccario (un ancien des Brigades Internationales en Espagne) au déraillement d’un train de marchandise allemand entre Saint-Raphaël et Cannes.
Le 11 novembre 1942, la zone sud est envahie par les troupes d’occupation, mais ce n’est que le 12 novembre dans la journée que l’armée italienne fit son apparition  à Saint-Raphaël.
Au repas soir, après avoir vu les troupes italiennes déambuler dans les rues de notre ville, toute la famille est réunie autour de la table,  personne ne parle, le silence règne et nous faisons tous la « Gueule ».
Soudain mon père lève la tête et nous dit : « Mes enfants, aujourd’hui une nouvelle page de l’histoire de la Résistance vient de se tourner. Jusqu’à présent notre activité se limitait pour l’essentiel à la propagande et au sabotage de la propagande de Vichy. Mais aujourd’hui l’armée de Mussolini occupe le pays dans lequel, où bien où mal. nous avions trouvé refuge.
En ce moment même les chemines noires se promènent en toute quiétude en France occupée. Notre devoir est de leur faire comprendre que l’on ne peut pas occuper un pays sans que son peuple ne se rebelle. Dorénavant il nous faut tuer  les soldats italiens ».
Ma mère sursauta et répondit : «  Mais Aristide, as-tu pensé que dans l’armée italienne il est possible qu’il y est un de mes frères ou un de mes neveux ? »
Mon père répondit : « Oui ma Viola, mais ici ce sont des occupants, des représentants des fascistes qui nous ont obligé à quitter, à coups de fusil, le pays où nous sommes nés et il faut les contraindre  à rentrer chez eux »
Roger approuva énergiquement notre père en disant que « Papa a raison ce ne sera que par la force que nous chasserons les occupants et que la France retrouvera sa liberté ».
Quelques jours plus tard, en compagnie de son ami et camarade Oscar Marrucci, ils commencèrent leur prospection de manière à former un groupe de FTP-MOI décidés à prendre les armes, quoi qu’il en coûte, pour chasser les occupants.
Les premières bombes qui furent déposées contre les soldats de l’armée italienne,  entre Marseille et Vintimille explosèrent à Saint-Raphaël en faisant divers blessés dans les rangs de l’occupant. C’est en compagnie de mon ami Jeannot Carrara que nous allumèrent les premières mèches.
Après le sabotage au mois de mars 1943 à Brignoles, d’une  mine de bauxite qui ne travaillait que pour les allemands et diverses attaques directes contre l’armée italienne, l’OVRA (Gestapo italienne) se mit en chasse.
Le même jour ils arrêtèrent Oscar Marucci et Joseph Zurru, ensuite ils se présentèrent chez Jean Carrara. Mais Jeannot n’était pas chez lui, alors ils se présentèrent chez moi, mais  j’étais également absent de la maison.
Après avoir tous deux échappé par hasard, à cette arrestation, la direction régionale des FTP-MOI décida de muter Jeannot 18 ans et demi aux FTP-MOI à Nice.
Quant à moi, fin mars 1943, (alors que je n’avais pas encore dix sept ans), la direction régionale des FTP-MOI  tenant compte de mon jeune âge décida de me mettre au vert et contre ma volonté, elle me fit partir en Creuse avec toute ma famille, en ne laissant sur place que mon père et mon frère afin que les FTP-MOI Raphaëlois puissent  continuer de mener la vie dure à l’occupant.
A peine arrivée en Creuse, je recherchais le contact avec les FTP, quelques mois plus tard c’est avec joie que je rejoignis un maquis FTPF commandé par Jean-Baptiste Virviale, militant communiste.
Mais entre temps un malheur s’était abattu sur nous, le 12 mai 1943 un mois après notre départ de Saint-Raphaël, mon père et mon frère furent arrêtés par les carabiniers italiens et effroyablement torturés.
A mon frère ils lui firent boire le litre de pétrole, manger un kilo de sel mais comme il ne parlait toujours pas, ils lui firent subir le supplice du casque. C’est un casque qui enserre la tête en faisant éclater tous le cuir chevelu. Il resta 6 heures dans le coma, quand il reprit connaissance il simula la folie afin que les carabiniers ne recommencent pas à le torturer. Cette comédie de sa folie dura 6 mois sans que des spécialistes appelés à son chevet ne détectent rien. « Il est fou disaient-ils ».
En septembre 1943 les italiens signent l’armistice et abandonnent les prisons Nouvelles à Nice, où mon frère et mon père étaient internés, mais  avant de partir ils prirent la peine de refermer les portes.
Le lendemain ce sont les allemands qui occupèrent les lieux laissé vacants par les italiens.
Début novembre 1943 tous les internés  furent déportés en Allemagne.
Au cours du voyage qui les transportaient en Allemagne, arrivé à Dijon ils réussirent à s’évader grâce à l’aide des cheminots résistants, après 6 jours et 6 nuits de voyage ils arrivèrent enfin  en Creuse où se trouvait notre famille.
En apprenant que mon père et mon frère étaient là, sain et sauf, alors que nous avions cru qu’ils avaient été fusillés, notre joie fut indescriptible.
Oui ! Mais la guerre n’était pas finie et mon frère âgé de 30 ans marié à une française et père de deux enfants (il était vieux pour nous à cette époque là) fut présenté au commandement régional des FTPF à Limoges.
A l’Etat-major, comme il était italien, on lui demanda s’il acceptait de partir à Lyon prendre le Commandement Politique du bataillon FTP-MOI qui pratiquait la guérilla urbaine dans les rues de cette ville.
Sans enthousiasme sans doute, car après avoir retrouvé  sa famille après de long mois d’absence, on lui demandait d’abandonner les siens et de rejoindre, avec de faux papiers, une cité et des combattants qu’il ne connaissait pas.
Néanmoins, à peine arrivé à Lyon, il prit ses responsabilités et ses marques très rapidement.
Un mois et demi plus tard il m’écrivit en me demandant d’aller le rejoindre.
Dés mon arrivée je constatais que la guérilla urbaine ne ressemblait en rien aux différentes formes de Résistance que j’avais connue préalablement.
A Lyon et dans sa banlieue nous étions en opération quasi quotidiennement et les actions contre les troupes allemandes prenaient parfois l’allure de véritables opérations militaires par leur importance.
Pour vous donner un aperçu, je ne vais citer que deux opérations bien différentes l’une de l’autre.
Le 22 novembre 1943, attaque du dépôt de locomotive de Grigny :
32 locomotives et un compresseur rendus inutilisables. Toute la nuit le dépôt fut occupé par nos hommes et se n’est qu’au matin, après la levée du couvre feu qu’ils purent rentrer chez eux.
Le 13 juin 1944, je participais à l’attaque à la grenade d’un convoi de parachutistes allemands qui allaient s’entrainer à l’aéroport de Bron.
L’opération se passa à 14 heures devant l’hôpital Grange Blanche, (devenu aujourd’hui l’hôpital Edouard Herriot.) Il y eut une trentaine de morts ou de blessés très graves dans les rangs des parachutistes et aucune perte dans nos rangs.
Pour mémoire, je vous rappelle que durant l’occupation, uniquement les combattants de Carmagnole, ont réalisé 261 opérations militaires officiellement homologuées au ministère de la Défense et probablement une centaine d’autres non homologuées.
Le 25 juillet 1944 en fin de matinée, alors que je me rendais à un rendez-vous avec un de mes subordonnés, je fus arrêté lors d’une rafle, en compagnie de 4 autres personnes que je ne connaissais pas, par des français qui agissaient au service de la Gestapo,
A peine arrivé au siège de la Gestapo, les tortures commencèrent.
J’ai « récolté » d’abord une fracture du nez, mais ce n’était que le commencement. Enfoncement de la boite crânienne, vertèbres cervicales abimées, testicules écrasés, etc… Mais comme les 52 camarades qui m’avaient précédés, je n’ai donné ni un nom, ni un seul mot pouvant être utilisé par mes tortionnaires, contre mes camarades.
Le soir même tout un groupe de prisonniers parmi lesquels je me trouvais, fut emmené au Fort-Montluc, prison entièrement gérée par l’armée allemande.
Nous étions enfermés à 9 personnes dans une cellule d’un mètre 80 sur deux mètres 20. Nous couchions directement sur le ciment, le manque de place  rendait impossible de se coucher tous en même temps et certains devaient rester debout.
La cellule très sale, était pleine de punaises et nous passions nos journées à nous « épouiller » avec presque rien à manger.
Il faut savoir que de Montluc  il n’y avait que deux sorties possible, la déportation ou la mort.
Entre le 15 juillet et le 20 août 1944,  450 internés furent exécutés.
Dans la seule journée du 20 août 1944, cent vingt malheureux et malheureuses victimes furent emmenés à Saint-Genis-Laval  où ils furent massacrés et massacrés est bien le mot qui convient. Ils les faisaient rentrer dans des pièces d’une vieille  caserne abandonnée.
Une rafale de mitraillette et mort ou pas mort ils en faisaient rentrer un autre qui marchait sur les mourants.
Lorsque leur triste besogne fut achevée ils utilisèrent des grenades incendiaires pour essayer de faire disparaitre les traces de leurs crimes.
Ce jour là, trois de mes compagnons de cellule finirent leur vie à Saint-Genis-Laval.
Le 24 août 1944, proche du Fort Montluc nous entendions des détonations et des coups de fusil, nous étions heureux en pensant  que la Libération était toute proche.
Dans la soirée nous avons entendu des bruits dans la cours de la prison. Comme j’étais le moins lourd, mes compagnons me soulevèrent jusqu’à la fenêtre. De là je  pouvais voir une espèce de grange où les juifs étaient parquet comme des moutons. Je leur ai demandé ce qu’il se passait, ils m’ont crié les allemands abandonnent la prison et en allongeant le cou je vis des soldats allemands sac au dos et fusil en bandoulière sortir de la prison.
Je sautais au sol et tout joyeux j’annonçais la nouvelle à mes compagnons.
Quelques instant plus de la baraque des juifs, « de cette  race inférieure qui n’aimaient pas la France, ces sous êtres, cette vermine qu’il fallait faire disparaitre »  nous donnèrent une grande leçon de patriotisme en entonnant les premiers et tous en cœur  le « chant du départ » dont le refrain dit : « La République nous appelle, sachons vaincre où sachons mourir, un français doit vivre pour elle, pour elle un français doit mourir ».
Des frissons me parcoururent, mais immédiatement d’un autre coin de la prison, jaillit « La Marseillaise »  et à mon tour j’entonnai L’Internationale » que tous les prisonniers unanime reprirent en cœur.
Quelle magnifique leçon fut donnée à nos geôliers qui nous avaient traités comme des animaux, en entendent nos chants alors qu’ils n’avaient pas encore évacuer complètement la prison.
Dès que les chants furent terminés, j’entrepris immédiatement, avec notre tinette en fer, à taper de toutes mes forces contre la porte de notre cellule qui au bout d’un moment céda.
Toute la prison résonna de coups donnés contre les portes qui volèrent en éclats et chacun recherchait la liberté par lui-même. Je fus un des premiers à sortir de la prison.
Le lendemain j’appris que mes camarades de Carmagnole se battaient contre « les boches » sur les barricades  dans les rues de Villeurbanne. Ce n’est que le surlendemain que je suis arrivé à les rejoindre. Quelle ne fut pas leur surprise et leur joie en me voyant arrivé alors qu’ils me croyaient tous mort.
Les FTP-MOI et les groupes de combat Juifs, avec l’aide de la population de Villeurbanne, menaient la vie dure à l’occupant.
Cette insurrection populaire, qui aurait du permettre de mobiliser tous les maquisards se trouvant en périphérie et de libérer Lyon sans attendre l’arrivée des armées alliés, ne pu se réaliser car  le Colonel Descour commandant FFI de la place, refusant que cette ville ne se libère seule,  avait interdit aux maquisards proches de Lyon de pénétrer dans la cité.
Après 3 jours de combats acharnés, Descour nous laissant seul dans cette bataille, nous ne pouvions tenir très longtemps et devant la menace des allemands, qui voulaient bombarder Villeurbanne à l’artillerie, il nous a fallu cesser le combat laissant les allemands maître de la ville où ils purent ensuite tout à leur aise et sans danger faire sauter tous les ponts reliant le sud au nord, après le passage de leur troupe en retraite qui remontaient en guenille de la vallée du Rhône.
Quelques jours plus tard le 3 septembre avec l’arrivée de l’armée française, Lyon et sa banlieue furent définitivement libérés.
Au moment où la population fêtait joyeusement la Libération, les combattants de Carmagnole qui avaient rejoint l’armée du Général de Lattre furent  casernés dans une école, se trouvant rue Bataille à Lyon.
De nombreux jeunes lyonnais vinrent s’engager pour la durée de la guerre  et Carmagnole qui ne représentait qu’une compagnie devint rapidement un bataillon.
Ce furent les anciens de notre unité qui, sans grande connaissance militaire, prirent le commandement de ce bataillon.
Occupés à cette œuvre des journées entières, nous n’avons pas eu, ni le temps ni l’occasion d’aller nous joindre aux dizaines de milliers de personnes qui manifestaient leur joie dans les rues de Lyon. Les fêtes de la Libération nous sont passées sous le nez.
Quelques jours après la Libération, je fus nommé, à 18 ans, commandant de la quatrième compagnie de notre unité avec le grade de Sous-lieutenant.
Mon état de santé ce dégradant sans cesse et ne me permettant pas d’assurer les nouvelles tâches qui m’incombaient, la doctoresse de nos unités, Colette Mandel, me remit un document pour que je puisse rejoindre la Creuse et que j’aille m’adresser à l’hôpital militaire de Guéret afin de recevoir les soins nécessaires, ce qui était impossible à Lyon qui manquait de tout.
Arrivé à ce point de mon récit, il est nécessaire pour la bonne compréhension des évènements, que je resitue certains problèmes.
Dès fin mars début avril 1944, le Colonel Descour, commandant régional des FFI du département du Rhône, ordonna à tous les résistants en armes de quitter Lyon.
En désaccord avec cette directive et bien que d’autres organisations avaient déjà rejoint les forêts environnantes, les FTPF et les FTP-MOI refusèrent de quitter Lyon convaincus qu’il ne fallait pas laisser cette ville sans défense,
Hélas, le 15 mai 1944 à la suite d’une trahison, la quasi-totalité de l’Etat-major des FTPF de la zone sud a été arrêté et fusillé. Devant la disparition quasi-totale de l’Etat-major, les directives données aux FTPF furent de quitter la ville.
A partir de ce jour là,  la seule unité en armes restant dans la ville de Lyon étaient les FTP-MOI.
Mais le 6 juin avec le débarquement en Normandie, obtempérant à contre cœur aux directives reçues, les FTP-MOI eux aussi, quittèrent Lyon et créèrent un maquis du côté de Saint- Pierre – La – Palud, dans les monts du lyonnais. (Maquis qui perdura jusqu’à la Libération).
Le 7 juin au soir, un agent de liaison vint informer notre direction, qu’à Lyon tout était comme avant le débarquement, les trams circulaient et les ouvriers partaient normalement à leur travail.
Conscient que l’on ne pouvait pas laisser la ville sans aucune défense, dès le lendemain, deux groupes constitués de 9 combattants chacun, retournèrent en ville, avec comme directive très strictes de ne laisser aucun répit à l’occupant et de l’attaquer sans arrêt. (Je faisais parti de l’un des deux groupes).
Le 9 juin, c’est-à-dire trois jours après le débarquement, avec mon groupe j’abattais un soldat allemand en plein jour dans les rues de Villeurbanne.
Le 10 juin, c’est le deuxième groupe qui a eu un accrochage avec une patrouille allemande, Deux soldats de tués.
Le 11 juin, exécution place Ollier d’un officier allemand, dans la bataille un de nos combattants a été tué.
Le 13 juin, attaque contre des parachutistes allemands. (Action déjà mentionnée et à laquelle je participais).
Le 14 juin, Attaque à la grenade, contre un restaurant où déjeunaient des officiers allemands. Cinq officiers gravement blessés.
A quelques uns nous faisions vraiment régner la peur chez l’ennemi, qu’en aurait-il été si Descour n’avait pas vidé Lyon des forces combattantes ?
Très vraisemblablement les nazis n’auraient pas pu commettre autant de crimes effroyables en toute, ou presque toute impunité.
Les nazis, ont entre le 14 juillet 1944 et le 20 août exécutés 450 personnes en région lyonnaise.
Au maquis, mon frère faisait partie de triangle de direction d’une unité, qui bientôt, se composa de plus de 200 hommes et femmes.
Ayant appris mon arrestation et constatant  que je n’avais rien lâché aux sbires de Barbie, au maquis ils mirent les drapeaux en berne et firent une oraison funèbre en annonçant que j’étais le frère de Roger (dit Louis) ce que l’ensemble des combattants de Carmagnole ignoraient.
Ensuite ils firent circuler une de mes photos et m’a-t-ont dit, que la quasi-totalité des présents se mit à pleurer.
Mon frère était bouleversé, comment allait-il pouvoir expliquer aux parents que son petit frère, venu à Lyon à sa demande  était mort. Il n’en dormait plus et c’est la doctoresse du maquis, Colette Mandel, qui le voyant se détruire, après accord de la Direction FTP-MOI de la zone-sud, lui intima l’ordre de quitter Lyon et de retourner auprès de sa famille.
A la mi/août il quitta Lyon le cœur gros, perdre son frère à deux pas de la libération le mortifiait.
En arrivant dans le petit village où la famille s’était réfugiée, notre mère vint à sa rencontre et tout de suite lui demanda  « et ton frère ? »  Roger s’emberlificota dans sa réponse et ma mère fut convaincue que j’avais été fusillé.
Respectant les coutumes de son pays elle fit teindre ses vêtements en noir.
N’ayant à aucun moment pu donner de mes nouvelles, toute ma famille était absolument convaincue que j’étais disparu à jamais.
Mais mon état de détériorant de jour en jour voici, qu’obéissant aux ordres de la Direction des FTP-MOI et de notre médecin, je pris vers le 20 septembre le train pour la Creuse.
Après deux jours de voyage en train, j’arrivais en Creuse à la gare de Vieilleville.
De là à la maison de ma famille il y avait encore 17 Kms.
Un ami avec sa voiture me ramena à la nuit tombée, jusque devant la porte de notre maison.
Au bruit du moteur (évènement rare à cette époque) toute la famille sortie voir ce qui ce passait. Par précaution et ne sachant avec qui ils avaient affaire, ma mère s’avança la première, les bras écarté comme une mère poule voulant protéger sa nichée.
Mais au son de ma voix ils se précipitèrent tous sur moi, qui riait, qui sanglotait ce fut  un moment que je n’oublierais jamais.
Nous pénétrâmes tous dans la maison et après moult effusions nous nous mîmes à table.
Quelques instant plus tard ma mère se dressa et dit : « Quand cette guerre a commencée j’étais convaincue qu’à la fin il y aurait des chaises vides autour de cette table. Vous avez beaucoup souffert, mais vous êtes tous là tous enfin réunit. C’est aujourd’hui le plus beau jour de ma vie ».
L’émotion que j’ai ressentie et que je ressens encore en me remémorant ces paroles est pour moi indescriptible.
Ce tous enfin réunis ! Reste pour moi le plus merveilleux des souvenirs et ce souvenir équivaut grandement à toutes les grandes joies qu’ont pu ressentir un grand nombre de Français le jour de la LIBERATION.
Léon Landini.
Officier FTP-MOI
Président de l’Amicale des Anciens FTP-MOI de Carmagnole-Liberté
Officier de la Légion d’Honneur
Médaille de la Résistance
Grand Mutilé de Guerre
Décoré par l’Union Soviétique