TINTIN FINKIELKRAUT AU PAYS DES BOBOSPar Georges Gastaud

 

« Invité » à la matinale de France-Inter, le philosophe de droite Alain Finkielkraut n’était pas à la fête ce 2 octobre 2015.

Certes, cet auteur, qui est passé du col mao de sa jeunesse à la droite la plus traditionnaliste si ce n’est pire, ne mérite pas d’être défendu par des progressistes. Surtout quand il se solidarise avec Nadine Morano, l’ex-ministre de Sarkozy qui dit tout haut ce que nombre de dirigeants de l’U.M.’ Pen en gestation susurrent mezzo voce : leur foi en la « race blanche » et à la grande Europe « judéo-chrétienne » débarrassée des hordes rouges, noires, vertes et café-au-lait ! Malheur à celle par qui le scandale arrive et haro sur l’imprudent Finkielkraut qui ose la défendre !

Est-ce une raison pour couper sans cesse la parole à A. Finkielkraut, pour le harceler de piques ironiques et pour le démolir personnellement en sa présence (comme l’a fait François Morel avec prière de rigoler : c’est le privilège ANTIDEMOCRATIQUE des « humoristes » d’ « Inter » que de casser leur victime en sa présence, et en la priant de trouver ça très drôle !) ?

Est-ce une raison, alors que Finkielkraut ne peut plus répondre, pour lui décocher la flèche du Parthe personnifiée par le bobo caricatural Augustin Trappenard ? Celui-ci a  tout d’abord accusé gratuitement l’ « invité » de France-Inter de ne pas l’avoir fait rire pendant l’émission (à chacun sa partie a timidement répondu Finkielkraut) et il a balancé pour finir à cet homme, qui a surtout le tort de se dire « patriote », que ce matin-même, l’émission Boomerang dudit Augustin, qui suivait la « réception » de Finkielkraut, serait consacrée « à un groupe français chantant en anglais ? Au fait, faut-il écrire Trappenard ou Traquenard ?

Notre patriotisme progressiste n’a bien entendu rien à voir avec la nostalgie franchouillarde d’un Finkielkraut. Le sentiment national des communistes se marie en effet à l’internationalisme prolétarien pour condamner, non seulement l’euro-atlantisme belliqueux de Hollande, mais les glapissements, non moins atlantistes, anti-chômeurs, anti-fonctionnaires et eurolâtres, voire libéral-fascisants, d’un Sarkozy, dont Finkielkraut est un féal. Si l’on veut vraiment critiquer Finkielkraut, rien ne sert de le ridiculiser sur les ondes nationales (se présenter en victime n’est d’ailleurs pas pour lui déplaire !) ; mieux vaudrait critiquer à fond la problématique binaire simplette de Finkielkraut, une problématique qui sert si bien les dominants : c’est qu’en effet, Finkielkraut est un des chefs d’orchestre nationaux du faux débat qui, en permanence, oppose au mondialisme bobo du PS (et de France-Inter !) la franchouillardise passéiste de la ci-devant UMP. Cette fausse alternative, qui oppose en miroir l’idéologie bobo à l’idéologie beau-beauf en court-circuitant les cocos, n’est rien de plus en effet qu’une TENAILLE idéologique enserrant notre peuple entre le Parti Maastrichtien Unique (PS, UMP, UDI) et l’U.M.’ Pen en gestation et son seul but est d’accélérer la fascisation et l’euro-dissolution de notre pays, ces deux faces d’un même processus. Si France-Inter était la « voix libre » qu’elle prétend être, elle permettrait ainsi l’expression des vrais communistes et des vrais républicains qui s’opposent de gauche à la fois au PMU euro-atlantique et à l’UM’ Pen libéral-fascisante. Mais de ce côté-là, c’est censure totale, comme c’est censure absolue à l’encontre de ceux qui dénoncent le tout-anglais impérial en train d’exploser notre langue.

De même y aurait-il lieu de s’opposer vraiment à Finkielkraut sur un autre plan plus dangereux encore : accueillant il y a peu sur France-Culture le catho de droite (le mot est faible !) Alain Besançon avec la très pédante Elisabeth de Fontenay, A. Finkielkraut a organisé un étrange « débat » à trois où lui-même et ses deux invités en rajoutaient dans la criminalisation du « communisme ». Ces « débatteurs » unanimes prétendaient en effet qu’au fond, le génocide antijuif n’est pas si spécifique qu’on le dit, qu’il ne faut pas « diviniser la Shoah », et que continuer d’exagérer sur ce plan reviendrait à disculper le « communisme » en portant illégitimement l’accent sur la dénonciation de l’hitlérisme. Bref, à suivre ces « débatteurs » – que nous qualifierons, au mieux, d’irresponsables – il conviendrait de banaliser le génocide antijuif de Hitler pour mieux… criminaliser à mort l’héritage révolutionnaire du communisme ! Qu’importe si pour finir, on allège ainsi au maximum la culpabilité historique des nostalgiques du Reich : après tout, les nazis ne furent-ils pas les ennemis les plus conséquents du communisme, ce phénomène diabolique* (l’adjectif, qui vaut son pesant de ridicule en plein 21ème siècle, est d’A. Besançon : VADE RETRO LENINAS !) ?

Là encore, il ne vient pas à l’esprit des Grands Inquisiteurs du « service public » que l’équation odieuse qui renvoie dos-à-dos les puissances antagoniques de Stalingrad (les nazis qui écrasaient alors notre pays faisaient face à cette « Russie soviétique (qui) a joué le rôle principal dans notre libération », dixit C. De Gaulle !) fait grossièrement le jeu – surtout quand il s’accompagne d’une relativisation de la « Shoah » – d’un antisémitisme qui ne demande qu’à ressurgir ouvertement. Ces intellectuels savent-ils seulement que la majorité écrasante des Russes regrette, expérience faite, le régime socialiste ? Leur entendement est-il si limité qu’ils ne puissent saisir que, sans relativiser le moins du monde le terrifiant génocide antijuif des nazis, il faudrait parler un peu aussi du génocide des Soviétiques par la Wehrmacht et par ses Einsatzgruppen (sur 50 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, plus de la moitié étaient soviétiques !). De même leur faut-il une bonne dose d’ignorance et de cécité historiques pour palabrer sur les « crimes du communisme » en 2015 sans dire un mot du massacre de 1000 000 à 3 000 000 d’Indonésiens accusés de communisme par le boucher Suharto et ses parrains de la C.I.A. (1965) ! Bref, Finkielkraut, Besançon et Cie voudraient surenchérir sur le fascisant propos de l’ainsi-dit « Livre noir du communisme » alors qu’ils ne diront jamais un mot de la bibliothèque noire jamais écrite de l’anticommunisme et de la contre-révolution !

On l’aura compris, si le rôle des matinales de France-Inter est d’offrir une tribune permanente aux « euro-bobos », la fonction symétrique de Répliques (l’émission de Finkielkraut sur France-Culture) est d’offrir un micro complaisant aux intellectuels hyper-réacs et fiers de l’être. L’important n’est-il pas que ces deux émissions de la radio « publique » délimitent la problématique politique nationale… tout en censurant les communistes (sauf s’ils sont « euro-constructifs », les adversaires de gauche de l’UE, les défenseurs de notre langue assassinée et les opposants aux guerres néocoloniales de Hollande (Syrie, Afrique…), etc. ?

A nous tous, par notre militantisme, de briser cet étau idéologique effarant qui strangule et déshonore chaque jour un peu plus notre pays jadis si frondeur !  

 

*Pour le chasseur de sorcières A. Besançon le communisme est implicitement pire que le nazisme : ce dernier était, ontologiquement, une « imitation diabolique du judaïsme », alors que le communisme est une « imitation diabolique du judaïsme et du christianisme ». Nous souhaitons bien du plaisir au Pape actuel s’il veut vraiment promouvoir certaines vues progressistes !

 

Georges Gastaud, philosophe, auteur de Marxisme et Universalisme, Delga, 2015