La chanson française est-elle soluble dans l’anticommunisme? – Par G. Gastaud

Après Daniel Mermet et Là-bas si j’y suis, c’est au tour de Philippe Meyer d’être éjecté de l’antenne par la nouvelle direction MEDEFO-formatée de France-Inter. Dehors l’émission « la prochaine fois je vous le chanterai » qui valorisait – sans exclusivisme – la chanson francophone. Place nette aux « D.J. » et au tout-anglais, c’est le C.S.A., censé protéger la qualité, le pluralisme et la langue française sur les ondes, qui mène l’épuration par PDG interposé (ce même CSA a récemment obtenu d’une majorité de députés indignes l’abaissement des quotas de chansons francophones sur les radios…).

Il est temps que le mouvement social s’empare vraiment, comme le font déjà des syndicalistes CGT de Carrefour, de l’UGICT et de la CFE-CGC, de la question linguistique et culturelle. Car comment résister socialement si l’on accompagne soi-même « ludiquement » l’entreprise planifiée d’abêtissement et de déculturation de notre pays ?

Quant à Philippe Meyer, cet homme si spirituel pourra peut-être enfin méditer sur les dégâts collatéraux de l’anticommunisme, une discipline qu’il sut si bien pratiquer naguère à propos de l’URSS. Que devient en effet un pays comme la France quand les héritiers des FTP, des Communards, des Sans Culottes y sont traités en parias médiatiques ? Et si c’était au final, cher Philippe Meyer, la Francophonie et la culture véritable qui étaient « solubles dans l’anticommunisme » ?

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Publié sur le site « nos enchanteurs ». Philippe Meyer : plus jamais de prochaine fois !

Ajouté par Michel Kemper le 7 juin 2016. Sauvé dans Saines humeursTags: France-Inter, Nouvelles, Philippe Meyer

 

Philippe Meyer (photo DR)

« On me prie de quitter l’antenne de France Inter. » Ça y est, après Isabelle Dhordain, après Serge Levaillant, ils ont fini par avoir la peau du dernier des dinosaures de la chanson, de ceux qui savent ce qu’elle est, ce qu’elle vaut, de ceux qui aimaient tant à la partager. Le dernier ilot de résistance « chanson » de France-Inter, le dernier espace non calibré existant encore disparaît avec lui : Philippe Meyer et son émission La prochaine fois, je vous le chanterai, dédiée à la chanson française, quittent la grille de cette radio de moins en moins publique, au sens du service rendu au public. Place à l’industrie du disque, la seule, la vraie, celle qui ne veut et ne peut supporter que les produits formatés des gros labels : Didier Varrod et André Manoukian, fossoyeurs de ce qu’il restait de diversité chanson à France Inter, peuvent faire péter le magnum de champagne offert par Sony, Universal et Cie.

La raison invoquée ? Imbécile et mensongère : Radio France veut cantonner ses producteurs à une seule station (Meyer est aussi sur France Culture). Qu’on m’explique alors ce que fait encore Naguy, le cumulard des jeux débiles sur la télé et de la brosse à reluire pour gros labels. Si encore Inter avait l’honnêteté de dire : on ne veut plus de cette chanson que défendait Meyer, des Anne Sylvestre et Chanson plus bifluorée, des Henri Tachan et Michèle Bernard, des Louis Capart et des Romain Didier, de cette chanson dite « à texte » qui nous emmerde et contrarie le successeur de Pascal Nègre. Si encore… Mais non, on est en plus faux cul.

Le Monde nous rappelle utilement qu’en mars 2015, lors de la crise à Radio France, Philippe Meyer avait publié une tribune dans ses colonnes (à re-lire dans les commentaires en bas de cet article), aux allures de réquisitoire envers la direction de l’entreprise publique et son président, Mathieu Gallet. Meyer a fini par payer le coût de son impertinence.

Voilà, le dernier petit, tout petit bastion (une heure le samedi, pas de quoi changer la face du monde) que cette chanson-là avait pour encore tenter d’exister sur l’antenne publique, c’est terminé ! Y’a plus rien à voir ni surtout entendre.

Personne ne va se rebeller, la plupart de mes chers collègues qui aiment tant lécher les majors ne lèveront pas le petit doigt, n’y consacreront pas le moindre entrefilet. Il n’y a plus rien sur les grands médias pour faire vivre une chanson pourtant majoritaire en nombre d’artistes mais que tous et toutes ont décidé depuis longtemps d’en clouer le bec, de la réduire définitivement au silence, qui crève d’ignorance et donc de public. Car ce n’est pas parce qu’elle n’a plus de public qu’elle ne passe pas à l’antenne : c’est parce qu’elle ne passe plus à l’antenne que ce qu’elle pourrait avoir de public ne sait pas ou plus qu’elle existe. Il n’y a plus rien non plus en kiosque (ou si peu, si désespérément léger), plus rien dans la presse quotidienne depuis longtemps vidée de tout réalité d’éducation populaire. Il ne reste plus que quelques sites, quelques blogs, eux aussi souvent légers, nombrilistes, parfois sectaires. Et NosEnchanteurs, qui sera de plus en plus utile, comme les maquisards l’étaient durant la Résistance.

Mesdames, messieurs qui aimez la chanson dans sa diversité, vous n’avez désormais plus aucune raison d’écouter France-Inter. Boycottez le reste de l’antenne.