Je “suis”, donc je (ne) pense (pas) !

Un pas derrière les masses, un pas au moins!”

Manuel du parfait mutant

Un billet rouge par Floréal (PRCF)

Quand mon secrétaire général de l’époque a dit à la télé (1976) qu’il nous fallait abandonner la dictature du prolétariat pour devenir “démocrates”, j’ai suivi: qui donc pourrait être contre la démocratie, et cet abandon public nous a d’abord valu tant d’éloges! Même mon chef de service m’a félicité à l’époque, du moins dans un premier temps…

Quand plus tard (1979), le même Jojo a proposé au 23ème congrès d’abandonner la référence au marxisme-léninisme et à l’ prolétarien, j’ai obtempéré: il ne faut pas être dogmatique et le marxisme doit être “ouvert”.

Quand le PCF est allé au gouvernement en 1981 malgré les humiliations à répétition que lui faisait subir , j’ai dit: bravo, il faut bien avaler quelques couleuvres pour le bien des travailleurs. Certes, lesdites couleuvres étaient plutôt énormes, mais baste, le parti des travailleurs sait ce qu’il fait!

Quand le PCF a applaudi Gorbatchev en 1987, j’ai été ravi: enfin un communiste applaudi par les médias, voilà qui allait nous servir électoralement ici, et puis l’URSS, c’était pas le socialisme idéal! Bien sûr j’ai un peu digéré de travers quand j’ai vu tout le camp socialiste s’écrouler et le capitalisme redevenir maître de la planète et de l’Europe, mais au moins nous étions débarrassés du “modèle” soviétique et nous allions pouvoir montrer ce qu’ici nous étions capables de faire!

Quand le PCF, au lieu de cultiver le Non de gauche à Maastricht (1992), qui avait pourtant failli l’emporter (49,5%), a suivi le conseil du député “euro-constructif” Francis Wurtz et que le Parti s’est mis à parler de la “réorientation progressiste de la construction européenne”, je me suis dit: soyons modernes que diable, et surtout, comme dit le petit Besancenot, “évitons le repli national”!

Quand le Parti est entré au gouvernement Jospin, j’ai un peu tiqué, rapport aux privatisations massives et au bombardement de Belgrade, mais c’était le prix à payer pour ce que les économistes du parti comme Boccara appelaient “l’économie mixte public-privé” avec de “nouveaux critères de gestion”. Mais les gens sont bêtes, ils n’ont rien compris et aux élections de 2002, Jospin a été éliminé du second tour, Hue, qui paraissait si “bon client” des médias a fait un score minable et Le Pen a été au second tour. Incompréhensible, vraiment!

Mais maintenant je suis content et rassuré: ce « jeune » Roussel est vraiment télégénique. Il a raison de dire “PCF is back”, un peu d’anglais n’a presque jamais tué aucune langue (sauf l’écossais, le gallois et l’irlandais, sans parler des langues amérindiennes et du français en Louisiane) et au moins ça fait chic comme les jeunes loups de Wall Street et les séries Netflix. Très bien aussi, Fabien, d’être allé à cette manif des policiers, il faut qu’on montre aux gens, qui sont pour, qu’on veut “serrer la vis” nous aussi. Pas contre nous naturellement, seulement contre les “délinquants”, sinon, je dis stop, il ne faut pas toucher aux cadres du mouvement ouvrier dont je suis!

Mais ce satisfecit global aux directions successives du Parti ne m’empêche pas d’être parfois “critique”, voire un peu plus marxiste et un peu plus rouge que la direction: on a sa dignité. Mais rassurez-vous, je suivrai quand même. Je n’ai fait que ça depuis le début de l’eurocommunisme à la perestroïka, de la mutation à la “gauche plurielle” et je n’ai rien à voir avec ces aigris du PRCF qui osent prétendre qu’ “il n’y a que la première dérive qui coûte” et qu’ensuite, il est de plus en plus facile d’avaler les abandons par bidons entiers: ceux-là, ils ne sont même pas capables de reconnaître que Biden est un nouveau Roosevelt et qu’on se demande même, comme l’a fait Fabien, s’il “n’a pas pris sa carte au PCF”… 

Dans le temps, le PCF se disait d’avant-garde et ça ne lui a apporté que des ennuis, que ce soit à l’époque des accords de Munich, pendant la “drôle de guerre”, au moment des guerres coloniales, quand de Gaulle est arrivé au pouvoir ou quand Marchais, quelque temps, s’est bêtement disputé avec Mitterrand sur le “seuil minimal de nationalisations” au-dessous duquel, disait alors le secrétaire du PCF, il n’y aurait aucun changement de . Aujourd’hui, nous ne parlons plus du tout de ces nationalisations qui fleurent mauvais le koklhoze, ni de combat frontal contre l’UE, ni de révolution socialiste, et il faut reconnaître que ça facilite bien les choses pour mettre en place des listes unitaires avec EELV et le PS aux régionales et avoir des places d’élus. Pas si grave que ça non plus que le petit Jadot ait voté au parlement européen la criminalisation de la faucille et du marteau traités d’ “emblèmes du communisme ”, vu que les dirigeants finauds de mon parti ont abandonné à temps ce fâcheux emblème… Si d’autres veulent aller en taule pour si peu, ça les regarde!