Histoire de critères et critères d’histoire : Robespierre plutôt que Napoléon. De l’urgence de défendre les principes républicains !

Alors que Blanquer détruit le Bac et avec lui l’ensemble de la chaîne républicaine des diplômes nationaux, base des conventions collectives, et des grilles salariales du privé et du public. Alors qu’avec la 4D Macron accélère la balkanisation de la France, éclatant l’égalité de chaque citoyen devant la loi où qu’il se trouve au sein de la République Une et Indivisible sous l’arbitraire du girondisme renvoyant aux pires heures de l’Ancien régime. Alors que la France est morcelée ainsi, sous les ordres de l’Union Européenne en des machins institutionnels faisant disparaître les échelons de la démocratie et de la que sont les communes, départements et la Nation au profit, des euro-métropoles, des euro-régions et bien sûr de la dictature de la Commission européenne et de la BCE. Alors en un mot, alors que la France républicaine, issue de la Révolution est en danger, plus que jamais les vrais progressistes doivent refuser l’anti-jacobinisme primaire qui aide les forces oligarchiques à déconstruire la République “une et indivisible” issue de 1793, et avec elle, l’ensemble des acquis civilisationnels liés à son histoire. C’est là le sens de la tribune publiée par Georges Gastaud au sein des colonnes de l’association des Amis de Robespierre.

L’ARBR (Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution) a pour objet de rassembler les éléments de la vie et de l’action de Robespierre et d’une manière plus générale des réalités de la Révolution Française, de les faire connaître dans le cadre du bicentenaire de 1789 et au-delà. : https://www.amis-robespierre.org

Histoire de critères et critères d’histoire

Oublions Robespierre, célébrons Napoléon….

En 1793, année terrible mais grandiose aux dires de Victor Hugo, des milliers de contre-révolutionnaires suspects de complicité avec l’envahisseur, et parmi eux, hélas, quelques innocents victimes du de guerre civile, sont morts guillotinés alors que la jeune République française résistait avec l’énergie du désespoir aux complots intérieurs et à l’Europe monarchique coalisée menaçant Paris d’« exécution militaire ».

Oubliant l’énorme travail de réorganisation de la France qu’ont alors mené les jacobins avec Robespierre à leur tête, avec à l’arrivée les victoires des Soldats de l’An II, l’oligarchie bourgeoise contemporaine devenue contre-révolutionnaire maudit l’Incorruptible et renie l’origine insurrectionnelle de son propre pouvoir. C’est, nous disent en son nom les historiens de cour, que nos nouvelles élites anti-jacobines sont indéfectiblement attachées à la vie et à la liberté.
Soit ! Sauf que la même intelligentsia contemporaine continue d’admirer Napoléon, l’homme qui a étranglé la République, qui a écrasé toute opposition, qui a rétabli l’esclavage aboli par le méchant Robespierre. Sauf que l’empereur a ensanglanté la France et l’Europe et, loin d’avoir émancipé son pays de la tutelle monarchique comme le firent les Montagnards, il a tenté d’asservir nombre de pays voisins, parmi lesquels l’Espagne.

En outre, alors que Robespierre voulait accorder aux communes de France la plus large autonomie, Napoléon a supprimé l’élection des maires et a soumis les communes à la mainmise totale des préfets. C’est pourtant les affreux jacobins que les actuels sectateurs du « Pacte girondin » accusent de tous les maux, eux qui sont tout à fait capables d’associer les comportements les plus bonapartistes au dépeçage de vergogne de la République une, laïque et indivisible…

Pourquoi alors ce deux poids deux mesures au détriment de Robespierre, véritable vainqueur de Jemmapes et de Fleurus, et tout à l’avantage d’un despote qui, certes a quelques mérites historiques, mais qui laissa la France plus petite qu’il ne l’avait trouvée ?

Puisqu’il ne s’agit pas en réalité des libertés civiles ni du nombre de morts, où les guerres napoléoniennes l’emportent de très loin sur le nombre de victimes, innocentes ou pas, du Tribunal révolutionnaire créé par Danton, il faut nécessairement chercher un critère inavoué si l’on veut expliquer l’indulgence étonnante dont bénéficie Bonaparte, célébré aux Invalides, et l’inclémence qui frappe sans appel Robespierre (qui n’a même pas une rue à son nom à Paris !) dans les milieux bien-pensants. Nous faisons l’hypothèse que cette différence de traitement ne peut s’expliquer que par des raisons de classes rarement explicitées :

Alors que Robespierre a impulsé la Révolution en faisant alliance avec le petit peuple des villes et des campagnes, Napoléon a brisé l’élan révolutionnaire en écrasant le mouvement populaire, notamment en réprimant la Conjuration des Égaux de Babeuf et en envoyant aux galères les leaders Sans-Culotte comme Rossignol.

Dans ces conditions, qu’importe le rétablissement de l’esclavage, la mise en tutelle des prolétaires au moyen du livret ouvrier et la saignée à répétition des guerres de conquête ?

À chacun ses grands hommes, et si les uns préfèrent les rêves d’empire aux Républiques sociales, égales et souveraines, la France des travailleurs naguère chantée par Ferrat n’a pas fini de « répondre du nom de Robespierre ».

Et de tenir à éloge l’épithète maudite de « jacobin ».

Georges Gastaud,
Professeur de philosophie,
membre de l’ARBR à partir de 1989.