« J’aime tellement l’Allemagne, disait l’écrivain gaulliste F. Mauriac évoquant la division allemande de l’après-guerre, que je préfère qu’il y en ait deux ».

On pourrait croire que l’ ainsi dite « réunification » a mis fin à la dualité allemande en donnant naissance à l’actuelle « République de Berlin ». Mais ce n’est là qu’une apparence.

Tout d’abord, l’Allemagne est, comme tout pays capitaliste, une nation profondément divisée : d’un côté, il y a les maîtres de l’économie, richissimes, arrogants, héritiers souvent en ligne directe des hiérarques du Reich, que les occupants américains ont maintenus à la tête des anciens « Konzern » : car seule la RDA avait mené à son terme la dénazification prescrite par les accords de Potsdam.

De l’autre côté, il y la classe ouvrière allemande, dont un nombre croissant de membres trime pour des salaires de misère : il n’y a même pas de SMIG au pays de l’économie sociale de marché depuis que le social-démocrate Schröder a dérégulé le marché de l’emploi (pendant ce temps, les « syndicats » allemands cautionnent des colloques patronaux sur le thème « travailler après 70 ans ») !

Bref, tant que la RDA existait, les capitalistes allemands étaient contraints à faire des concessions sociales aux ouvriers de l’Ouest pour « tenir la concurrence sociale » avec la RDA, où le « filet social de protection » était très étendu ; mais une fois débarrassés par Gorbatchev et par ses relais est-allemands de la « menace communiste », les capitalistes se sont empressés d’araser les concessions que leur avait imposées la victoire de l’Armée rouge sur Hitler et son résultat historique : l’émergence du premier État socialiste allemand de l’histoire.

Et ce n’est pas tout : même si en apparence le mur de Berlin est tombé, une muraille invisible continue de diviser le pays. D’un côté on a les Ossies – les citoyens de l’ex-RDA : ceux-là sont massivement touchés par la précarité et par le chômage, tandis que les choses vont un peu mieux pour les Wessies, les citoyens de l’ex-Allemagne de l’Ouest, principale gagnante aux côtés des USA de la guerre froide antisoviétique. C’est en effet le capital monopoliste de l’Ouest qui, en 1990, a racheté l’industrie est-allemande  pour une poignée de DM : non pour la « moderniser », mais pour fermer des usines performantes (la RDA était la 10ème puissance industrielle au monde), faire main basse sur une main-d’œuvre bien formée et dominer sans partage le nouveau marché constitué par 17 millions d’Allemands de l’est…

C’est pourquoi nous ne confondrons jamais les tenants de l’impérialisme allemand, descendants « relouqués » de Bismarck et de Krupp, et l’Allemagne prolétarienne, patrie de Heine, de Marx, d’Engels, de Clara Zetkin, de Rosa Luxemburg et d’ Ernst Thälmann.

La première Allemagne, celle de l’impérialisme, parvient aujourd’hui « pragmatiquement » à ses fins par la voie « douce » (Douce vraiment ? Ca dépend pour qui… et pour combien de temps !) :

·         de l’euro-mark, cette machine à casser l’emploi dans l’Europe du sud, ce protectionnisme déguisé de la zone mark adossée au roi-dollar,

·         de l’Empire européen piloté par Angela Merkel, la nouvelle Thatcher continentale, vécue comme une Mère-Fouettarde par les peuples du Sud précarisés et paupérisés

·         de la « länderisation » totale du continent (démantèlement brutal ou sournois des États-nations ou des États multinationaux entourant l’Allemagne unifiée : ex-Tchécoslovaquie, ex-Yougoslavie, ex-URSS, Belgique « en voie d’évaporation », Italie du nord et régions riches d’Espagne en voie de dissidence, métropolisation de la France anciennement « une et indivisible »…).

Comme l’a avoué l’ex-ministre « vert » Joschka Fischer, l’Allemagne capitaliste est aujourd’hui en passe d’atteindre « pacifiquement » les objectifs dominateurs qu’elle n’a pas pu atteindre au moyen des deux précédents conflits mondiaux. Faut-il s’étonner si la bourgeoisie allemande vient de plébisciter Angela Merkel, la véritable impératrice du sous-continent européen ? Déjà la Bundeswehr campe dans les Balkans, à la faveur du démantèlement de l’ex-Yougoslavie ; et surtout, c’est l’Axe Washington-Berlin, flanqué de ses caniches de Londres et de Paris (avec une mention spéciale pour le comportement reptilien du MEDEF et du Parti Maastrichtien Unique) pilote la mise en place de la ruineuse « Union transatlantique » en gestation.

Tout cela s’effectue à l’abri d’un nationalisme agressif, car pas un jour ne passe outre-Rhin sans que d’arrogants politiciens ne tancent les Français, considérés comme d’incurables paresseux gréviculteurs. Quant aux Européens du Sud, Grecs, Portugais, Espagnols, Italiens, ils sont ouvertement traités de porcs : c’est l’acronyme PIGS qui désigne désormais (en anglais bien sûr !) le groupe de pays, Portugal, Italy, Greece, Spain, que la Troïka saigne à blanc avec l’aide de M. Moscovici. Comme de juste ce mépris d’autrui s’accompagne d’un profond mépris du peuple allemand : la grande langue allemande, illustrée par les plus grands philosophes, scientifiques, ingénieurs et musiciens, est – peut-être encore plus que la langue française ne l’est chez nous – sacrifiée de mille façons au tout-anglais dominant.

Mais l’autre Allemagne, celle que nous aimons et saluons, existe et résiste : nos camarades communistes de l’Est et de l’Ouest continuent le combat de Karl Liebknecht, qui osa clamer en 1914, en pleine hystérie chauvine, au moment même où Jaurès était abattu par un extrémiste de droite à Paris : « der Hauptfeind steht in eignem Land », l’ennemi principal est chez toi ! Il faut du courage à nos camarades car avant 1991, le social-démocrate Helmut Schmidt avait institué les interdits professionnels (Berufsverbote) contre les communistes ; et après 1991, des milliers de fonctionnaires est-allemands jugés « staatsnah » (proches de l’Etat) ont subi une chasse aux sorcières géante ; nombre de retraités communistes ou présumés tels vivent aujourd’hui dans la misère en percevant des Strafrenten (pensions punitives), alors que les néo-nazis du NPD paradent sous la protection de la police.

Mais le puissant prolétariat allemand, ce géant provisoirement endormi, ne se laissera pas éternellement domestiquer par la social-démocratie. Quand la classe ouvrière allemande s’éveillera, la dictature supranationale de Maastricht tremblera de Lisbonne à Vilnius.

C’est à la reconstruction de cet axe franco-allemand rouge, jadis illustré par le communiste JP Timbaud (qui cria « vive le PC allemand » au moment d’être fusillé par les nazis), que travaille aujourd’hui, avec ses modestes moyens, le PRCF.