Affaire Griveaux : Juan Branco passerait-il du jaune à l’orange ?

Pavlenski pose avec un néonazi ukrainien, mis en avant par ailleurs par Radio Free Europe…

C’est entendu, la macronie s’enfonce de plus en plus dans l’ubuesque. Après les frasques de Ghosn, Balkany, Delevoye, voici les fantaisies, vénielles mais peu glorieuses, de Benjamin Griveaux.

L’affaire Griveaux prend désormais un tour international « hénaurme », lorsque le président de la République s’en mêle. En effet accuser la Russie dans cette affaire relève de la théorie du complot caractérisée, celle qui consiste à présenter l’essence comme l’inversion totale du phénomène, vu que le « tombeur » de Griveaux, Piotr Pavlenski est un opposant déclaré à Vladimir Poutine. Accuser sans preuves un grand pays est aussi contraire à nos intérêts nationaux.

À cela s’ajoute la prétention du bâtonnier de Paris de dessaisir de la défense de son client pour « absence de distance » de l’un envers l’autre. Ce qui est à tout le moins malhabile. Mais la vidéo où Juan Branco fanfaronne en disant, à propos de son client : « on l’a fait, on l’a fait sans haine et sans quoi que ce soit, on a juste montré un désaccord entre des actes et des paroles » était-elle plus habile ?

Voilà l’essentiel de cette affaire : elle serait liliputienne si elle n’était tristement révélatrice de la décadence du débat politique dans un pays qui se faisait gloire jusqu’ici de ne pas mélanger, à l’américaine, les polémiques politiques avec l’étalage salace de la vie privée.

Ensuite, une autre question concerne la gauche en France et la façon dont celle-ci se définit, ou plutôt se laisse définir si elle laisse le champ libre à des porte-parole désignés par on ne sait qui ni avec quels soutiens. J’ai nommé Juan Branco.

Le personnel macronien – et singulièrement les députés – ont assez prouvé par leur nullité qu’ils sont interchangeables. Le choix de démontrer l’insoutenable légèreté de l’un des leurs est présenté par le jeune avocat comme une immense victoire stratégique, ce qui reste à prouver.

Dénoncer comme le font Messieurs Branco et Pavlenski, tout en se disant anti-puritains, un puritanisme qui n’a jamais existé en France avec des méthodes qui, elles, sont à la fois voyeuristes et puritaines, est contre-productif. La preuve, Benjamin Griveaux a retiré sa candidature à une élection où il était donné perdant. Auréolé désormais du statut de victime, il se prépare pour la suivante. Il sera alors évident qu’il sera jugé de très mauvais goût (le goût, cela compte dans notre pays) de revenir sur cette affaire où Griveaux s’est avéré finalement, comme l’a relevé la presse, « irresponsable mais pas coupable ».

Sans oublier que ces diversions sociétales et ces papotages mondains constituent une excellente diversion tandis que, comme l’a relevé Floréal dans nos colonnes, le duo Édouard Philippe/Laurent Berger mitonne l’assassinat final des retraites, tandis que les lycéens composent sous la “protection” de la “police républicaine” chargée de sauver le faux bac Blanquer.

En outre, en ce qui concerne le volet international de l’affaire, comparer Macron à Poutine, cheval de bataille de M. Pavlenski, oblitère le fait macroscopique que la France a rejoint, depuis N. Sarkozy, le commandement intégré d’une alliance militaire qui entoure la Russie d’environ 500 bases, la réciproque n’étant pas vraie.

Bref,  la gauche ferait mieux d’abandonner aux seuls réseaux dont c’est, visiblement, la raison de vivre, ces attaques rabiques et complices de l’impérialisme contre la Russie.

Je m’étonne d’ailleurs que Juan Branco, pourtant lui-même partie prenante de la défense de Julian Assange, ne s’inquiète jamais lorsque nous dénonçons inlassablement, depuis août dernier, la présence avérée et reconnue d’officines financées par l’Open Society de George Soros au cœur même de la défense du journaliste australien (Center for Investigative Journalism, Fundacion Ciudadania Intelligente, cf. notre livre Julian Assange en danger de mort, Delga, Paris, 2019). Alors qu’Assange, lui, n’a pas hésité à déjouer la collusion entre Soros et Clinton lors de la dernière élection présidentielle aux USA.

Jean-Luc Mélenchon a raison de voir, à propos de Piotr Pavlenski le problème suivant :  « Il fait valoir une manière d’être qui est totalement réactionnaire, qui est de l’ordre moral, qui est : une personne toute seule décide qui est coupable, de quoi… C’est absolument infect. » (BFM tv)

Ce qui échappe, peut-être, au dirigeant de la France insoumise, c’est que ces méthodes qui jouent sur la personnalisation et la médiatisation d’un simple individu au détriment de l’action politique profonde auprès des masses peuvent rappeler dangereusement celles des révolutions orange, de celles dont George Soros s’est vanté en 2014, sur CNN, à propos de l’Ukraine. Et qu’avec cette gauche médiatique Soros achetée à coups de biftons et de réseautage, c’est la souveraineté populaire, celle que nous devons à Jean-Jacques Rousseau, qui perd à tous les coups. On le voit à la tournure fascisante qu’ont pris les événements ukrainiens après le « Maïdan » (sauvage assassinat des militants communistes à Odessa, guerre au Donbass etc.).

« Les idées deviennent une force matérielle quand elles s’emparent des masses », disait Karl Marx. Mais ce n’est pas comme cela que la gauche 2.0 compte préparer l’insurrection populaire qui balaiera le capitalisme et l’impérialisme. Ces embardées, loin des masses (Lénine disait : un pas en avant des masses, pas un de plus) sont le fait d’une avant-garde aventuriste  et irresponsable, vulnérable à la moindre répression. Ou bien celle-ci ne pourrait triompher qu’au prix de compromissions, notamment avec cette fameuse « assistance extérieure » et ce « recueil d’intelligence sur les opérations de la dictature (à renverser) » dont parle Gene Sharp lorsqu’il théorise des révolutions orange, c’est-à-dire dans le contexte actuel forcément l’aide de l’Occident et de ses services secrets (cf. l’analyse de D. Losurdo, La Non-Violence, p. 284-285, Editions Delga, Paris).

On savait que Branco n’était guère rouge. Il a tous les diplômes sauf la formation concrète d’un militant ouvrier ou d’un cadre léniniste. Ce qui explique sa grande naïveté.

Il aspire au jaune, ce qui demande certainement patience et humilité.

Aura-t-il la lucidité de voir que la voie orange, si elle est plus rapide, ne mène pas nécessairement à la gloire ?

Nous lui souhaitons cette lucidité, mais dans ce cas, il faudrait qu’il commence, vu qu’il est proche du dossier, par expliquer pourquoi Julian Assange, adversaire de Soros, est défendu actuellement par de nombreux partisans et stipendiés de ce dernier.

Aymeric Monville, 20 février 2020