14 juillet : vacances ou veillée d’armes ? par Georges Gastaud

G. Gastaud, porte-parole national du PRCF* – 16 juillet 2019

Il y a peu d’années encore, le 14 juillet était une journée de tout repos pour le pouvoir : celle qui symbolisait l’union sacrée autour du défilé militaire et du chef de l’État incarnant la « force tranquille »… Un consensus pseudo-patriotique que facilitait, depuis des décennies déjà, la désertion militante du PCF qui, « mutation » social-démocrate aidant, avait cessé de faire vivre au présent la signification insurrectionnelle du 14 juillet 1789 : rassemblements de rue, prises de parole revendicatives, bals populaires, vente de cocardes rouges et tricolores, c’était encore la tradition militante dans les années 1970 ; l’histoire a également retenu le meeting inaugural du Front populaire, le 14 juillet 1935, marqué par l’appel de Jacques Duclos à unir l’Internationale à la Marseillaise pour battre le fascisme et les féodalités financières. Sans parler du 14 juillet 1945 où une immense liesse populaire célébra tout à la fois la Libération du territoire national et la promesse de « Jours heureux » portée par le programme du CNR…

Pourtant, en 2019, le 14 juillet n’aura pas eu la signification consensuelle attendue par le pouvoir, loin s’en faut. Car Macron, le petit proconsul de l’UE, de la « Françallemagne » et de l’atlantisme débridé, a placé le défilé militaire sous le signe de l’armée européenne arrimée à l’OTAN. Avec tout ce que cela comporte de menaces pour la souveraineté française, pour l’amitié avec le russe et pour l’avenir du soulèvement populaire qui germe dans notre pays… Trahissant l’esprit du 14 juillet 1789 : tout le pouvoir au(x) (s) souverain(s), l’actuel chef de l’exécutif, émanation quintessenciée du CAC 40, est prêt à toutes les allégeances extérieures pour se protéger d’un français jugé incurablement frondeur et, comme dit Macron, « réfractaire aux réformes » (lisez : aux CONTRE-réformes frappant sans relâche les conquis sociaux et démocratiques du français !).

Reconnaissons toutefois que Macron n’a pas tort de craindre les forces populaires et de réagir en conséquence au profit de sa classe, la bourgeoisie capitaliste, et de sa caste, l’oligarchie financière. On pense au nouveau pic d’illégalité répressive qu’a signifié cette année l’arrestation préventive, comme c’était déjà le cas dans les années trente à l’encontre des militants connus du PCF et de la CGTU, de trois chefs de file des Gilets jaunes, dont l’un – Jérôme Rodriguez – a déjà été cruellement mutilé cet hiver par la « police républicaine » de Castaner… Mais rien n’y a fait. De courageux Gilets jaunes sont passés entre les mailles du filet policier et sont parvenus à siffler « Jupiter », dont les élections européennes ont confirmé qu’il ne représente que 11% des électeurs inscrits…

De manière nettement plus problématique, de nombreuses voitures ont flambé dans certains quartiers défavorisés où la situation est explosive depuis longtemps. Par ailleurs, une part très minoritaire des supporteurs algériens, manifestant leur joie à l’issue d’un succès sportif, a choqué l’opinion en cassant des vitrines. Cela révèle combien la situation est éruptive après des décennies de montée du FN, de xénophobie d’État et aussi, car tout cela ne fait qu’un, de casse de la République et de complaisance envers les communautarismes de toutes natures.

Bien entendu, tout ce que la France compte de fascistes et de racistes en a profité pour exiger une répression accrue : comme si l’on avait jamais empêché une marmite surchauffée de sauter en serrant toujours plus le couvercle… tout en continuant d’attiser l’injustice, l’autoritarisme et la goinfrerie sans limites d’une « élite » politique qu’illustre la lamentable affaire où s’empêtre l’ex-ministre macroniste , personnification de l’écologie-caviar ! Sans parler de tout ce qui dissout quotidiennement le lien social et national dans l’acide sulfurique de la « construction » euro-atlantique : casse de la protection sociale, du produire en France, des services publics, tout-anglais obsédant, démantèlement de la République une, laïque et indivisible au profit des Grandes Régions et des « métropoles », empilement de lois liberticides, etc.

Oui, malgré le brutal verrouillage institutionnel et policier que constitue la 5ème « République » sous tutelle maastrichtienne, tout cela finira bien par péter et l’ainsi-dite « crise des gilets jaunes » n’a été qu’un avant-goût des affrontements sociaux et civils à venir si une alternative révolutionnaire fédératrice ne se dessine pas très vite dans notre pays. De plus en plus d’ailleurs, des sociologues mettent en évidence ce qu’ils appellent l’ « archipel français », et qui désigne un processus de décomposition sociale et nationale porteur de tous les face-à-face… Positifs, si une avant-garde révolutionnaire se reconstruit à temps, mais complètement imprévisible si la problématique politique continue d’être accaparée par le néolibéralisme destructeur de Macron et par la xénophobie euro-compatible du RN.

Si bien que nous, militants franchement , syndicalistes de lutte, patriotes 100% républicains, n’avons d’autre choix que d’accélérer notre travail d’organisation et d’éducation populaires afin que, doté à nouveau d’un parti communiste de combat, d’un syndicalisme de classe affirmé, d’une gauche populaire et patriotique impulsant un large front antifasciste et anti-UE, le peuple travailleur puisse s’unir et riposter à temps à l’oligarchie capitaliste. Laquelle, à défaut d’entendre l’immense exaspération qui monte du pays, joue de plus en plus contre le peuple français les funestes cartes complémentaires du pourrissement social, de l’abandon national… et de la galopante !

*Auteur de « Lettre ouverte aux ‘bons Français’ qui assassinent la France », Temps des cerises, 2005.