
par Olivier Rubens – Paradoxalement, on rit beaucoup dans la première partie de « De Gaulle ». De manière très shakespearienne, Antonin Baudry glisse des passages comiques sans adoucir ce cruel destin. Il insiste sur le grain de folie du personnage-titre. Il évoque même une tentation suicidaire après son échec devant Dakar.
Les évènements de 1940 défilent en accéléré… Leur succèdent de multiples scènes de théâtre filmé. Les échanges avec un Churchill magnifiquement incarné par l’acteur britannique Simon Russell Bearle sont superbes. On insiste sur la solitude du chef sans troupes. Solitude rompue par la volonté de lutte des pêcheurs et paysans arrivés de l’Ile de Sein. Contrastant avec la veulerie des expatriés français venus dire adieu à leur ambassadeur, Ce sera l’unique irruption des couches populaires dans l’œuvre. A défaut de ressemblance physique, la sobriété de Simon Abkarian coiffé d’une inénarrable perruque offre la quintessence du sang-froid, qualité du « vrai chef ». Un homme que le fascisme en tant que tel ne semble pas spécialement déranger tant qu’il n’empiète pas sur les plates-bandes nationales.
Souvent filmé devant des toiles peintes de conception numérique mais délibérément reconnaissables, l’ensemble vise une certaine distanciation. Le rythme, souvent haché s’attarde parfois à l’issue de séquences fortes.
Le spectateur de 2026 a d’ailleurs de quoi ruminer. Vouvoyant sa femme, De Gaulle entend incarner la France mais patauge dans une domination coloniale sans métropole où des nègres bien gentils partent se faire tuer depuis les belles résidences des gouverneurs. Il donne du « Monsieur le Préfet » à Jean Moulin. Le Conseil national de la Résistance et ses avancées sociales sont étrangers à son univers mental.
A défaut de peuple, quelques jeunes bourgeois patriotes sincères manifestent le 11 novembre 40. Le rôle des étudiants communistes n’est pas mentionné. Après l’inévitable amourette cinématographique, et en attendant la mise en œuvre grandiose des combats de Bir-Hakeim faisant exploser nombre de chars en carton sur fond de ciel bleu dans le sable, on a enfin de l’image lors d’une séparation en gare de Chalon-sur-Saône dont on anticipe (d’ailleurs mal) les suites. La vapeur sortant de la locomotive évoque les tragiques crémations que l’on sait mais n’est pas Eisenstein qui veut !
De Gaulle : un étrange personnage que sa dignité rend malgré tout sympathique au spectateur.
La Bataille de Gaulle – partie 1 : L’Âge de Fer
2h 40min | De Antonin Baudry
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