
Paris, 6 juillet 2026 – Le Parti communiste français (PCF) a clos son congrès ce week-end en réaffirmant, sans ambiguïté, son soutien inconditionnel à une nouvelle candidature de Fabien Roussel à l’élection présidentielle de 2027. Une décision qui s’inscrit dans la continuité de sa stratégie de 2022, avec le même programme et la même ligne politique. La continuité sans rupture ni même aucun changement. « Le PCF reste fidèle à ses convictions et à son projet pour la France », a déclaré un cadre du parti, résumant l’esprit des débats. Fabien Roussel a été confirmé à la tête du PCF par 70% des suffrages, avec cependant une forte opposition. « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour le Parti communiste de présenter un candidat », assenait ainsi le patron des députés Stéphane Peu, plus favorable à un accord avec LFI pour garantir des circonscriptions aux communistes aux prochaines législatives. L’idée d’une « clause de revoyure » à l’automne a également été rejetée. Le texte d’orientation a été voté à 73.7%
En 2022, Fabien Roussel avait obtenu 2,28 % des suffrages exprimés, soit 812 567 voix. Un profond échec et un score très faible, qui on confirmé l’incapacité du PCF à peser dans le paysage électoral en lien avec son effacement et sa collusion dans la plupart des scrutins autour du PS. Ceci, au prix d’un fort alignement de sa ligne politique, tout particulièrement en étant favorable à l’Union Européenne, un virage à 180 degré acté dès l’initiation de la « gauche plurielle » au milieu des années 1990. Cette dernière avait débouché ainsi sur la gauche plus rien qui, en détruisant la France des travailleurs et en engageant des privatisations et la libéralisation massives des services publics et des entreprises, avait profondément déçu la classe ouvrière, préparant le terrain à l’ascension du FN dès 2002.
En 2022, le même contexte de division, mais aussi d’absence de rupture forte avec le système capitaliste – dont l’Union Européenne est la superstructure politique principale -, a conduit à une perte massive des voix populaires. La division et la dispersion ont permis à Marine Le Pen d’accéder au second tour face à Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête de la gauche avec 21,95 % des voix (7 712 522 suffrages), avait manqué de 420 000 voix seulement pour devancer la candidate d’extrême droite. Le vote Roussel a participé de l’arrivée au second tour de Le Pen, c’est un fait au moins arithmétiquement certain. Cet aspect aurait pu être à considérer par les délégués du congrès du PCF, mais il n’en fut rien : le débat s’est focalisé sur une candidature indépendante de Fabien Roussel, mais sans porter une évolution ambitieuse, la question pourtant principale, de la ligne programmatique. « Nous ne renonçons ni à notre identité ni à notre indépendance », a insisté Fabien Roussel, saluant une « victoire des idées », malgré les critiques internes et externes.
Le programme défendu en 2022 est lui inchangé. Où est la victoire des idées ? Quant à l’identité et à l’indépendance, elle se résume à la personne du candidat Roussel et aux attaques reprenant le vocabulaire de la droite extrême du Printemps Républicain en procès en antisémitisme utilisé pour criminaliser LFI, les syndicalistes CGT et les activistes défendant le peuple palestinien. Aucune inflexion majeure n’a été en réalité annoncée, confirmant que comme en 2022, la candidature Roussel sera essentiellement une concurrence à celle de Jean-Luc Mélenchon, sans s’en distinguer réellement sur le plan de la proposition politique qui demeure sur le programme commun construit et revendiqué par les deux organisations en 2017 ; à l’époque, le PCF avait investi en portant le Front de Gauche, Jean Luc Mélenchon comme candidat commun du programme « L’Avenir en commun ». Dans ce contexte, il est indispensable de poser les questions politiques de fond qui vont fonder l’issue de la présidentielle 2027, à savoir celles de l’économie de guerre et de la militarisation des sociétés européennes, de la fascisation, de l’appartenance à l’UE du Capital et à l’OTAN, de la rupture avec le capitalisme, mais aussi de la République une .et indivisible, de l’indépendance nationale et de la reconstruction du « produire en France » et des services publics. Pour que 2027 ne soit pas la réédition en pire de 2022.
Nouvelle candidature Roussel vide de tout contenu révolutionnaire, dérives petites-bourgeoises dans la France Insoumise : sans se couper des dynamiques populaires émergeant autour de la candidature Mélenchon, LE PRCF VERSE AU DEBAT LA LOGIQUE REVOLUTIONNAIRE DU FREXIT PROGRESSISTE, DE LA RECONSTRUCTION COMMUNISTE ET DU SOCIALISME POUR LA FRANCE – Par Georges Gastaud, secrétaire du Secteur idéologique du P.R.C.F. 6 juillet 2026
Alors que le congrès du PCF vient d’entériner une nouvelle candidature Roussel à coloration pseudo-identitaire, force est de constater que cette orientation ne constitue en rien une alternative de rupture. Au contraire, elle s’inscrit dans un affadissement continu des positions historiques du mouvement communiste français. Sur les questions décisives de l’UE, de l’OTAN et de la guerre en Ukraine, la ligne portée par Roussel avec l’appui navrant de 70% des adhérents du PCF apparaît même moins combative que celle, déjà fort insuffisante, de LFI. En l’absence d’un contenu euro-critique clair qui aurait pu faire sens aux yeux de la classe ouvrière, la candidature Roussel tendra surtout objectivement, comme en 2022, à barrer à Jean-Luc Mélenchon l’accès au second tour de la présidentielle, sans pour autant faire progresser d’un pouce la lutte contre l’ordre euro-atlantique et pour la renaissance d’un Parti franchement communiste en France.
Parallèlement, une autre partie des cadres du PCF choisit déjà, comme en 2022, de rallier par avance la candidature Mélenchon. Ce ralliement ne s’accompagne d’aucune critique portant sur l’absence de ligne franchement euro-critique et révolutionnaire. En s’alignant sur Jean-Luc Mélenchon sans débat stratégique, ces dirigeants « communistes » encore plus droitiers que Roussel renoncent à poser les bases d’une reconstruction communiste indépendante, capable de rompre avec les carcans de l’UE et du capitalisme mondialisé, encore moins avec les logiques de guerre mondiale portées par l’UE engagée dans les préparatifs de guerre antirusse. C’est d’autant plus préoccupant que, aux législatives de 2027, l’électoralisme indécrottable du PCF conduira l’ensemble de ses cadres à faire cause commune au second tour, si ce n’est au premier, avec les va-t-en-guerre du PS et de « Place publique », le mouvement dirigé par l’agent impérialiste Raphaël Glucksmann.
Dans ce paysage confus et dangereux, le PRCF réaffirme sa position claire et constante. Fidèle à l’héritage hautement eurocritique du PCF de Duclos et Thorez, voire à la bataille frontale menée jadis contre Maastricht par Georges Marchais et par Henri Krasucki, inflexible sur la visée finale d’une République française indivisible en marche vers le socialisme, le PRCF continuera d’agir de manière indépendante tant vis-à-vis de LFI que de la direction euro-formatée du PCF. Nous porterons nos propres propositions révolutionnaires, articulées autour de la sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN, condition indispensable pour engager une véritable politique de progrès social fondée sur la centralité du monde du travail dans la vie nationale.
Dans le même temps, le PRCF ne se place pas en dehors du débat politique concret. Comme nous l’avions fait en 2017 en rencontrant Mélenchon, nous sommes prêts à rencontrer la direction de LFI afin de confronter les analyses et d’explorer les convergences possibles, sans ralliement aucun et dans le respect des positions de chacun. Il est à noter que, contrairement à cet esprit d’ouverture, la direction soi-disant « ouverte » et « pluraliste » du PCF n’a, elle, jamais accepté la moindre rencontre avec notre organisation.
La question d’un éventuel soutien électoral à Jean-Luc Mélenchon ne saurait pour autant être tranchée à la légère. Elle fait d’ores et déjà l’objet d’un débat démocratique approfondi au sein du PRCF, et c’est notre Comité central qui, en dernier ressort, prendra ses responsabilités en fonction des intérêts de la classe ouvrière, de la paix mondiale, de la bataille antifasciste et de la Nation. Mais il est clair que, pour mobiliser durablement le monde du travail, pour lier la bataille électorale au mouvement ouvrier et populaire, une clarification politique s’impose.
En effet, dans un contexte marqué par une fascisation galopante de la vie politique, par la montée des logiques policières dont Macron, Retailleau et le RN sont co-instigateurs, mais aussi par la marche vers une guerre continentale autour de l’Ukraine nazifiée de Zelensky, notre pays a un besoin urgent d’un Parti franchement communiste et d’une France pleinement indépendante. Cela implique une rupture nette avec l’UE, non dans une optique réactionnaire mais par la gauche, par la voie notamment des nationalisations démocratiques, pour reconstruire une souveraineté populaire rouvrant la voie du socialisme à notre pays.
Si Jean-Luc Mélenchon souhaite réellement rassembler et mobiliser la classe ouvrière, sans l’apport central de laquelle la gauche ne vaincra pas le RN, il lui faudra lever les ambiguïtés de sa ligne. Cela suppose de clarifier sa position sur l’UE, quitte à bousculer l’aile euro-soumise et OTAN-compatible de LFI, et aussi d’abandonner une lecture biaisée du conflit ukrainien qui désigne la Russie (et non la ruée vers l’est de l’UE-OTAN) comme unique responsable de la guerre.
Il faudra aussi rompre avec les dérives idéologiques petites-bourgeoises qui heurtent profondément le monde du travail. Ainsi en va-t-il de la soumission aux thématiques issues du Parti Démocrate américain, des campagnes hors-sol menée par LFI contre le nucléaire civil (alors que le danger n°1 pour la survie de l’humanité est la guerre nucléaire mondiale antirusse et antichinoise que les « Verts » aident Macron à préparer !) ou des logiques « girondines » faisant diversion aux enjeux de classe centraux. Les propositions « girondinistes » de LFI prônant l’autonomie de la Corse (et pourquoi pas demain, de l’Alsace, de la Bretagne, etc. ?), le gadget petit-bourgeois de l' »éco-régionalisation » (il faut au contraire une planification nationale et une coopération internationale accrues pour réparer le climat !), participent d’une fragmentation dangereuse de la République une, laïque et indivisible dont se réclamait initialement l’ex-« jacobin » Mélenchon.
En réalité, pour que triomphe une « France nouvelle » en marche vers les Lumières partagées, il faut tout autre chose qu’un affrontement délétère entre la « nouvelle France des quartiers » et le repli populaire chauvin incarné par le RN. Il faut au contraire recentrer le débat sur des alternatives susceptibles d’unir tout le peuple travailleur contre l’oligarchie :
- centralité du Capital ou rôle central de la classe laborieuse dans la vie nationale,
- marche à la guerre européenne ou politique de paix, de désescalade et de non-alignement,
- Etat fédéral européen ou France Franchement Indépendante (FFI),
- euro-privatisation généralisée ou bien nationalisations démocratiques permettant la reconstruction planifiée du produire en France,
- « Françafrique » néocoloniale ou nouveau Trait d’union franco-africain égalitaire et fraternel,
- émiettement communautariste et/ou raciste de la France ou bien reconstitution d’une République indivisible offrant les mêmes services publics, la même sécurité publique et la même protection sociale de qualité à tous les citoyens et à tous les habitants nonobstant leurs origines, leur religion, leur « territoire », etc.
L’heure est ainsi à la reconstruction d’une force communiste indépendante, capable d’articuler souveraineté nationale et internationalisme tout en dialoguant avec tous ceux qui acceptent, non pas en paroles mais en pratique, la discussion démocratique. C’est dans cet esprit que le PRCF poursuivra son combat, en toute indépendance, au service des travailleurs, de la Nation et de la paix. Nous invitons tous les communistes, tous les patriotes franchement républicains et antifascistes, tous les amis de la paix, à rejoindre ce combat.



![Forum : La CGT est-elle en train de se social-démocratiser ? [Avec Jean Pierre Page, Fadi Kassem, Jean François Dejours ]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/07/20260706-forum-syndical-CGT-PRCF-120x86.jpg)
