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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

Résister pour défendre l’enseignement professionnel sous statut scolaire

30 mai 2026
Temps de lecture13 mins de lecture
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Christian Sauce, militant syndical FSU de l’enseignement professionnel, nous livre ici ce que les grands médias ignorent — mépris de classe ordinaire pour une école qui n’est pas la leur. Nous le remercions grandement pour la précision et la profondeur des réponses détaillées à nos questions.

Ce texte n’est pas une réflexion théorique : c’est l’analyse d’un travailleur.

Un travailleur syndicaliste qui a fait le terrain, établissement par établissement, année après année. C’est précisément ce regard ancré dans le concret qui fait défaut à nombre de mouvements dits de gauche et parfois se réclamant du communisme mais dont l’analyse théorique est bien souvent gauchiste : quand l’école n’est décrite, à tort, uniquement comme un appareil de domination bourgeoise, on ne descend pas dans les lycées professionnels, on ne se bat pas contre l’apprentissage patronal, et on laisse le MEDEF faire son travail tranquillement. Les militants de la commission éducation du PRCF, eux aussi ancrés dans les établissements et les luttes du secteur, retrouvent dans cette analyse la réalité qu’ils côtoient.

Le lycée professionnel, c’est celui qui matériellement concerne une part importante des enfants du prolétariat et leur transmet, en même temps qu’un métier, une culture, une dignité. C’est un acquis de la lutte longue et encore actuelle du mouvement communiste. Lutte qu’il s’agit non pas de commémorer mais de PROLONGER. La destruction organisée du LP par des gouvernements réactionnaires soumis à l’Union européenne et aux lobbys patronaux qui la dirigent au profit d’un apprentissage patronal abreuvé de milliards publics n’est pas une réforme : c’est un acte de classe.

Initiative-communiste.fr est donc fier et heureux de donner la parole à un travailleur des lycées professionnels et à un défenseur de l’enseignement professionnel dont l’éclairage doit être non seulement entendu mais aussi écouté. Reste à poser la question que le texte laisse en suspens : peut-on défendre durablement l’enseignement professionnel public sans rompre avec les directives européennes qui en commandent le démantèlement ?

Résister pour défendre l’enseignement professionnel sous statut scolaire

La défense et la promotion de l’enseignement professionnel public sous statut scolaire sont les deux axes forts de mes engagements en tant qu’Homme et Citoyen. Professeur de Lycée Professionnel (PLP) en Lettres-Histoire-Géographie pendant 35 ans, j’ai immédiatement aimé ce métier. La raison en est simple : enfant de la classe ouvrière, j’ai voulu rendre à l’École et à l’Éducation nationale ce qu’elles m’avaient apporté. J’ai réussi dans mes études grâce à mes parents qui se sont privés de presque tout pour les financer mais aussi grâce aux bourses de l’État, indispensables pour survivre quand on est d’origine modeste. Devenu employé de l’État et donc de la République, c’était maintenant à moi de transmettre les connaissances aux enfants des classes populaires pour qu’ils réussissent au mieux leur vie d’Homme, de citoyen et de travailleur. La tâche était noble !
Après la réussite au concours, j’ai adhéré rapidement à une organisation syndicale des PLP. Tous les mois, les représentants élus réunissaient les adhérents en stages de formation syndicale. C’était un droit et ils l’utilisaient pleinement. J’y ai tout appris sur l’engagement et l’action syndicale et sur les droits des travailleurs. Et ce qui devait arriver arriva : 15 jours après ma prise de fonction en tant que titulaire au Lycée Professionnel (ex-CET) de Descartes en Indre-Loire, le délégué syndical local m’a, de son plein gré, transmis le flambeau parce que j’avais pris la parole pour défendre l’intérêt des élèves et des personnels dès le jour de la pré-rentrée ! C’était parti pour 50 ans de syndicalisme au service de l’enseignement professionnel public : d’abord secrétaire local, puis secrétaire départemental quelques années après mon arrivée en Gironde et secrétaire académique de la Région Aquitaine pendant 15 ans ! Cela m’a permis d’être élu au Bureau National de mon organisation et de devenir commissaire paritaire national des PLP pendant 10 ans. On participait activement aux mutations des enseignants et on obtenait des avancées non négligeables ! Des moments forts de défense des personnels dans une instance…supprimée par Blanquer !!
Ma plus grande victoire : celle du collectif. Le responsable académique n’est rien s’il est seul ou entouré de quelques arrivistes alléchés par les décharges syndicales ! S’il y a décharges, il doit y avoir charges. Avec les potes qui formaient le Secrétariat et le Bureau académiques, on a mené de multiples actions. On était de tous les combats de défense de l’enseignement pro. Chaque mois on allait dans les établissements animer des HIS (Heures d’infos syndicales). Notre plus grande fierté : aller chaque année dans la quasi-totalité des LP, SEGPA et EREA de l’académie de Bordeaux. Le résultat fut à la hauteur de notre engagement : plus de 1000 PLP avaient rejoint notre orga, soit le 1/3 des PLP de l’académie ! Le moment le plus fort : avoir mis 1500 PLP en manif intersyndicale dans les rues de Bordeaux pour s’opposer à la fermeture de sections professionnelles. Je peux dire que le Rectorat et la Région nous avaient rapidement reçus et particulièrement écoutés ce jour-là !!!
Je ne saurais terminer ce chapitre sans préciser que je n’ai jamais voulu de décharges complètes. Je prenais au maximum 9 heures sur 18 afin que d’autres militants puissent bénéficier de quelques heures. Le collectif, toujours le collectif, au service du collectif. Ainsi, je gardais le contact avec les élèves et les collègues ! Rien de mieux pour se confronter à la réalité du métier…et des « réformes » ! 

J’ai aimé passionnément ce métier ! Et les élèves à qui j’ai eu la chance d’enseigner n’étaient surtout pas en échec : je mettais tout en œuvre pour les valoriser et leur montrer qu’ils avaient de la chance de poursuivre leurs études en LP publics !La situation actuelle du lycée professionnel et l’enjeu de la voie scolaire vs apprentissage


En prenant mes fonctions de PLP en 1976, j’ai vite compris le rôle essentiel que l’enseignement professionnel public sous statut scolaire joue dans le système éducatif français. Il forme en effet de manière méthodique et complète l’Homme, le travailleur et le citoyen. Même s’il accueille des jeunes qui ont souvent des difficultés scolaires, c’est bien lui qui a formé et forme encore des millions de travailleurs de notre pays. La main-d’œuvre des ouvriers et des employés de la deuxième moitié du vingtième siècle, c’est bien au Lycée Pro qu’on la doit. En 1970, il accueillait 650.000 élèves pendant que l’apprentissage ne comptait pas plus de 160.000 apprentis. Cette MO était très qualifiée puisque sont passées entre ses mains la Caravelle et le Concorde, le France, les centrales nucléaires, les autoroutes, le RER, le barrage de la Rance…Le Lycée Pro avait alors gagné ses lettres de noblesse. Il atteindra son apogée en 1980 en accueillant 810.000 jeunes !!
Mais ça, c’était avant. Former l’Homme, le travailleur et le citoyen convenait de moins en moins au patronat, surtout avec les privatisations en marche !! Imaginez un peu : des employés de l’État formaient les futurs travailleurs du pays et leur enseignaient même la législation du travail ! Quelle horreur…De plus, les conventions de stages et le suivi des élèves en entreprises étaient (et sont toujours) strictement réglementés. Le patronat devait obligatoirement se référer à ces conventions lors de toute activité professionnelle. Cette mainmise de l’Éducation nationale sur la formation des travailleurs ne pouvait plus durer. Dès le milieu des années 90, le Medef et l’UIMM, sa branche de la métallurgie, ont fait le forcing pour mettre à mal l’enseignement professionnel sous statut scolaire et promouvoir leur formation en apprentissage (avec l’argent de l’État qui dégouline, bien entendu). Nos responsables politiques ne se sont pas fait prier pour satisfaire leurs desideratas…
Le démantèlement du LP a commencé de façon sournoise, par petites touches ! Ce fut d’abord la politique des projets. Dès l’année 2000, l’EN diminue les heures d’enseignement général et technique au profit du PPCP (Projet Pluridisciplinaire à Caractère Professionnel). Plus tard, on aura droit à la co-intervention puis au chef d’œuvre…J’appelle cela « faire du gloubi-boulga » ! On occupe les jeunes mais on transmet de moins en moins les connaissances puisque les heures de projets sont prises sur les heures de cours ! On fait tout et rien à la fois et comme ça ne marche pas, on supprime le fameux « projet »…et les heures qui lui ont été allouées ! Beau tour de passe-passe ! Résultat : l’élève perd des dizaines d’heures d’enseignement et l’EN affaiblit un peu plus chaque jour l’enseignement professionnel ! Certains ont appelé cela « dégraisser le mammouth »…
Le coup de massue intervient en 2008 : à la demande pressante de l’UIMM (qui veut développer ses Centres de Formation d’Apprentis), Darcos, ministre de Sarkozy, parvient à imposer le Bac Professionnel en 3 ans (au lieu de 4). Pour moi, ce fut l’arrêt de mort de l’enseignement pro sous statut scolaire ! Les élèves perdaient un an de formation, les enseignants, des milliers de postes et le pays perdait la richesse de jeunes formés de manière méthodique et complète ! Le Medef et l’UIMM pouvaient exulter : ils avaient stoppé le développement de l’enseignement pro public. Les gouvernement libéraux suivants n’ont fait qu’accroître cette œuvre de destruction avec comme fil conducteur la suppression d’heures d’enseignement pour les élèves de LP afin de coller au plus près au nombre réduit d’heures d’enseignement dispensées aux apprentis en CFA !!
Tout le monde l’aura compris ! Les libéraux ont vidé l’enseignement professionnel de sa substance pour favoriser la formation patronale en apprentissage. Emmanuel Macron n’a pas lésiné sur ce sujet ! Il a été très clair en déclarant d’un côté que le Lycée Pro était « mal foutu » (sic) et de l’autre qu’il fallait développer « l’orientation,l’ alternance et l’apprentissage dès la 5ème. » !! Dès lors, il a mis le paquet : 157 milliards d’argent public ont été engloutis de 2018 à 2025 

dans l’apprentissage patronal dont une grande partie est directement allé dans la poche des employeurs sous couvert « d’aides exceptionnelles » (resic) !! Cette politique s’est bien évidemment accompagnée d’une propagande effrénée des cabinets de conseil, l’apprentissage devenant l’excellence, la voie royale, l’eldorado, le tremplin…pour l’emploi des jeunes !

La suite risque d’être fatale pour les LP avec leur absorption par les CFA. Ce n’est pas encore annoncé mais c’est le risque encouru. En effet, le nombre d’établissements d’enseignement professionnel n’a cessé de décroître (fermetures de LP en Île-de-France, dans le Grand-Est, en Auvergne-Rhône-Alpes) pendant que le nombre de CFA a été multiplié par 4 (de 950 à 3600) et que le nombre des structures délivrant des cours en apprentissage dépasse aujourd’hui les 11000 !! Cette fusion pourrait intervenir dans le cadre d’une nouvelle loi de décentralisation…En s’attaquant ainsi aux LP, l’État se prive d’un indispensable outil de développement planifié des formations et de besoin en main-d’œuvre. Il laisse faire le patronat privé et c’est la gabegie liée à la course aux effets d’aubaine et à l’absence totale de contrôles. Un exemple : cette manne d’argent qui a ruisselé sur l’apprentissage sans aucune contrepartie a plombé le développement de formations industrielles au profit des formations du secteur des services ! Et le patronat de geindre qu’il manque de MO qualifiée dans le secteur industriel ! Bravo les apprentis sorciers…

Le silence et l’invisibilisation du débat sur le LP
Le lycée Professionnel est le grand absent des grands débats éducatifs pour, à l’origine, deux raisons essentielles : d’abord parce qu’il il a été créé pour former les ouvriers et employés du pays et non pas pour ouvrir la voie aux études académiques (le Bac Professionnel n’a été créé qu’en 1985); ensuite parce que la bourgeoisie n’y met pas ses enfants ! C’est l’éternel problème français : privilégier les élites qui s’orientent vers les bacs +++, l’ENA et les grandes écoles et ignorer voire dénigrer la plèbe que l’on exploite pour exécuter les basses tâches ! Mais il s’est ajouté une autre raison au fil des ans : l’extraordinaire réussite de l’enseignement professionnel français a rapidement indisposé le patronat français comme on l’a abordé ci-dessus.Les « réformes » ou plutôt « contre-réformes » du Lycée Professionnel ont toutes porté sur sa déstructuration et non sur sa consolidation voire sa refondation. Derrière les éléments de langage de Darcos avec la « rénovation de la voie professionnelle » en 2008 et ceux de Blanquer avec la « transformation de la voie professionnelle » en 2018, se dissimule la mise à mort de l’enseignement professionnel public ! En 70 ans, un élève de CAP a perdu la bagatelle de 3655 heures d’enseignement en établissement scolaire. En 40 ans, un élève scolarisé en Bac Pro a perdu à minima 1000 heures d’enseignement. Si de nombreuses heures de formation ont bel et bien été perdues – passage du bac pro 4 ans au bac pro 3 ans – d’autres ont été consacrées à l’allongement de la durée des stages en entreprises : de 15 jours en 1979 à 20 semaines en moyenne en 2026 !!
Cette mise à mort programmée du Lycée Professionnel s’est faite à bas bruit. Les gouvernements libéraux ont agi sous les ordres du Medef dans la plus grande discrétion. Sous couvert de « réformes », la quasi-totalité du monde politique et médiatique n’y a vu que du feu. Faut dire que la propagande pro-apprentissage privé et patronal a camouflé tous les tours de passe à passe. Tout le monde a eu les yeux rivés sur « l’extraordinaire réussite » de Macron avec son million d’apprentis…et des milliards qui dégoulinaient. De la destruction du Lycée Pro, personne n’en avait cure !!!
Il est difficilement compréhensible que tant de gens « éclairés » se soient laissés abuser par les entourloupes des illusionnistes libéraux. C’est pourtant toujours le même mode opératoire : ils commencent par dire tout le mal qu’ils pensent d’un service public, ils l’affaiblissent puis préparent une « réforme » pour soi-disant remettre de l’ordre dans le système et faire des économies…Quelques mois voire années après, les pièces du puzzle sont toutes réunies, l’oeuvre de destruction est achevée mais il est bien trop tard pour réagir : un service public a été offert sur un plateau d’argent au privé avec 3 à 4 fois plus d’argent public que celui que consacrait l’État à ce service !! Un exemple : la formation par apprentissage privé nous a coûté 157 milliards en 7 ans pour 800.000 apprentis en moyenne pendant que les LP ne nous ont coûté que 30 milliards pour 650.000 élèves !
Les défaites de la lutte militante dans le champ de l’enseignement professionnel


L’invisibilisation des LP résulte aussi des défaites de la lutte militante ! Les dernières actions fortes pour défendre l’enseignement professionnel remontent aux années 2007-2008. Contre le Bac Pro 3 ans de Sarkozy-Darcos. Malheureusement, ces mêmes années ont aussi acté l’explosion de l’unité syndicale !!
29 octobre 2007 : Xavier Darcos, ministre de l’EN de Sarkozy, annonce la généralisation du Bac Pro 3 ans sans aucune consultation préalable. Rapidement, les principales organisations syndicales de l’enseignement professionnel (Snuep-Fsu, Cgt éduc’action, Snlc-FO, Snetaa-Eil, Sud, Se-unsa, Sgen-Cfdt, CNT, Snalc) font part de leur totale opposition et appellent à la grève ! Des actions unitaires fortes éclatent partout en France au mois de décembre 2007. Devant l’ampleur du mouvement, Darcos joue « l’apaisement » et propose un « protocole de discussion » sur la mise en place du Bac Pro 3. Le Snetaa, le Se, le Sgen et le Snalc y répondent favorablement. Deux syndicats de proviseurs les rejoignent : Snpden-Unsa et ID-Faen. Le piège à division, grand classique des dirigeants libéraux, a parfaitement fonctionné. Pendant que les réfractaires au Bac Pro 3 ans poursuivent leurs actions, les signataires du « protocole » papotent au ministère jusqu’à la signature d’un « protocole d’accord » le 23 mai 2008 : le Bac Pro 3 ans sera bel et bien généralisé à la rentrée 2009 ! Précisons que deux orgas ayant participé aux négociations ne signeront pas le protocole d’accord : le Se et le Snalc ! C’est un échec cuisant de la lutte et de l’unité syndicale.
La suite de l’histoire montrera que les signataires se sont fait rouler dans la farine : la promesse qui leur avait été faite par le ministère d’accroître le nombre de CAP ne sera jamais concrétisée. Mais le mal est fait : l’intersyndicale des LP est en lambeaux. Le drame est que les contestataires avaient raison. Le Bac Pro 3 ans siphonera les LP d’un quart de leurs effectifs, les postes seront supprimés par milliers et la perte d’une année de formation pénalisera sérieusement les élèves sur le plan de leur insertion professionnelle ! Les signataires ne reconnaîtront jamais leur défaite ! Mais le Medef avait bel et bien remporté le combat du Bac Pro 3 avec l’aval du ministère de l’EN et de 4 organisations syndicales dont deux des personnels de lycées professionnels !!!

Si le ministère a ensuite déroulé ses « réformes », c’est parce que la voie était désormais libre. Des syndicats continuent de manifester leur ardente opposition à cette casse du lycée professionnel mais c’est nettement insuffisant pour inverser le cours des choses. Il n’y a eu aucune action d’envergure nationale pour défendre les LP depuis 2007-2008. De plus, les libéraux calment les réticences de nombreux enseignants en les arrosant d’heures supplémentaires, de primes au mérite et au pacte…que ce soit en enseignement général comme en enseignement technique et professionnel ! Chacun défendant pré-carré, plus question de faire bloc. Le service public est à l’agonie et ses agents, hébétés, en sont réduits à faire des constats !!! 

Lire les réformes dans le cadre de l’agenda européen
Il est évident que la politique éducative de la France s’inscrit dans l’agenda européen. Les responsables en sont les gouvernements, de droite comme de gauche, qui se sont succédé depuis 2000. La Stratégie de Lisbonne de mars de cette année-là place l’enseignement professionnel au cœur du développement économique européen. En insistant particulièrement sur l’adaptation de cet enseignement aux besoins des entreprises. Les maîtres-mots du programme « Éducation et Formation » sont « compétences », « employabilité », « entreprises », « partenariat public-privé ». Il n’y a aucune ambiguïté quant aux objectifs à poursuivre : « Encourager la validation des compétences de base afin de faciliter l’employabilité »;  » Développer l’esprit d’entreprise »; « Mettre en place des partenariats entre tous les types d’établissements d’éducation et les entreprises »; « Mettre en oeuvre des politiques destinées à faciliter l’accès à la formation entrepreneuriale » ! 
À cet instant de l’analyse, il est important de s’arrêter sur les notions de compétences et d’employabilité. Elles sont au cœur des directives libérales sur l’enseignement professionnel. Il n’est plus question de former de façon méthodique et complète, l’homme, le travailleur et le citoyen mais d’acquérir des compétences de base afin que les jeunes soient employables et rentables le plus rapidement possible ! C’est une escroquerie qui obère l’épanouissement des individus. Et quand le patronat parle d’employabilité, il s’agit bien sûr de s’assurer de la force de travail que le salarié peut lui apporter. Pour cela, rien de mieux que la formation en apprentissage puisque c’est l’employeur qui maîtrise tout. Même quand l’apprenti est en cours au CFA ! Et tout est lié : plus besoin d’enseignement général, vive la formation sur le tas; plus besoin de diplôme, vive les certifications professionnelles maison; plus besoin de grilles des salaires, on paiera en fonction des compétences et des services rendus; plus besoin d’être contraint par les normes et les règles d’hygiène et de sécurité, vive la liberté d’entreprendre et la débureaucratisation…Le travail, le travail, le travail !!! 
Dans ce contexte, le recul de l’enseignement professionnel sous statut scolaire était inéluctable. Cet enseignement est humaniste. Il est en totale opposition avec les stratégies court-termistes du patronat. Il vise l’émancipation des jeunes, de tous les jeunes, de tous les sexes, de toutes les origines ! C’est lui qui est l’excellence et la voie royale. S’en remettre totalement au patronat, dont la priorité est de produire, pour former nos enfants du CAP aux diplômes d’ingénieurs, est une erreur majeure. Le marché a certes triomphé mais des millions de jeunes vont en subir les conséquences tout au long de leur vie !!!
Christian Sauce

Tags: apprentissagecommission éducationlycée professionnelUE
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