En Belgique francophone comme en Catalogne, les enseignants sont en grève en ce moment même. En France, la mobilisation a été massive depuis janvier. Trois conflits distincts, une même logique d’austérité imposée par le carcan UE-OTAN. Et dans les trois pays, le même simulacre de dialogue social pour étouffer la lutte de classe.

La place de la Sagrada Família à Barcelone, un lundi matin de mai 2026 : pas de touristes, mais des centaines d’enseignants et de personnels éducatifs venus manifester pour de meilleures conditions de travail. À Bruxelles, le même mois, une grève de dix jours a débuté le 18 mai dans le secteur de l’enseignement francophone. L’appel à la grève a été lancé par la CSC-Enseignement pour dénoncer les mesures d’économie programmées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec une échéance claire : le 27 mai, jour du vote des réformes au Parlement. Deux mobilisations simultanées, nées de la même matrice : l’austérité imposée aux services publics.
Belgique : la « révolution des craies »
En Fédération Wallonie-Bruxelles, le gouvernement MR-Engagés conduit par la ministre Valérie Glatigny a programmé un vaste plan de coupes. Ce nouveau train d’économies prévoit l’augmentation de 10 % de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale, un resserrement du régime de congés maladie pour les professeurs statutaires, et une hausse du minerval touchant 58 % des étudiants dans l’enseignement supérieur. La réforme nationale des pensions vient aggraver le tableau : elle entraînerait une perte nette de 200 à 300 euros par mois pour la majorité du personnel enseignant, et jusqu’à 1 000 euros pour les directions.
Face à cela, la CSC-Enseignement a dénoncé les « attaques répétées et le mépris constant » de la ministre, appelant les parlementaires à tenir compte de la colère du monde de l’éducation au moment du vote. La mobilisation est massive : entre 6 000 et 8 000 personnes avaient déjà défilé à Bruxelles le 9 avril 2026. Le préavis a depuis été prolongé jusqu’au 10 juillet.
La réponse gouvernementale dit tout sur la nature du conflit. La ministre Glatigny a justifié sa politique en ces termes : « On pourrait choisir de ne rien faire, mais notre situation budgétaire est fortement dégradée. Ne rien faire n’est plus une option. » Le chantage budgétaire érigé en horizon indépassable. Pour Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, la réalité des « négociations » est tout autre : dans les séances imposées par décret, les syndicats reçoivent des informations sans réponses, et « seul le retrait de toutes les décisions pourra apaiser la situation ». Voilà le vrai visage du dialogue social : une chambre d’enregistrement des décisions déjà actées.
Catalogne : 17 journées de mobilisation, un accord national rejeté
En Catalogne, la situation est tout aussi explosive. Rien qu’en 2026, 17 journées de mobilisation ont déjà été convoquées à travers le pays. Les revendications convergent : salaires insuffisants face à la hausse du coût de la vie, classes surchargées au-delà des seuils recommandés, précarité croissante — notamment dans le secteur de la petite enfance — et bureaucratie étouffante.
Un « Accord de pays pour l’éducation » a été signé en avril 2026 entre le gouvernement central espagnol et les deux principaux syndicats nationaux. Mais le texte a produit l’effet inverse de celui escompté. Des syndicats régionaux influents, comme USTEC·STEs en Catalogne, ont pris leurs distances avec l’accord, estimant qu’il ne répondait pas aux réalités locales. Un fossé s’est creusé entre les grandes centrales syndicales nationales favorables au compromis et les organisations régionales qui poursuivent la mobilisation. De nombreux enseignants ont eu le sentiment que leurs revendications spécifiques avaient été sacrifiées au profit d’un accord politique passé par-dessus leur tête. Leçon précieuse : quand le dialogue social produit des compromis au détriment des travailleurs de terrain, la lutte continue — et s’intensifie.
France : de Marseille à Paris, l’argent pour enseigner, pas pour bombarder
En France, la séquence de mobilisation du premier semestre 2026 a été intense. Le 31 mars 2026, une grève nationale a touché l’Éducation nationale à l’appel d’une intersyndicale dénonçant la suppression de plus de 4 000 postes d’enseignants prévue à la rentrée. La FNEC FP-FO et le SNFOLC ont été au cœur des batailles concrètes, département par département. Le 10 mars, plus de 250 manifestants représentant 13 départements et académies s’étaient rassemblés devant le ministère — professeurs, AED, AESH, parents d’élèves, venus de Lille, Rennes, Normandie, Bordeaux et Paris.
Le SNFOLC de Lille a déposé un préavis de grève exigeant l’annulation immédiate de 498 suppressions de postes prévues à la rentrée 2026, un rattrapage salarial représentant 31,5 % d’augmentation de la valeur du point d’indice, et un statut de fonctionnaire pour les AESH et AED. Le SNFOLC 44 a affirmé son opposition aux suppressions de postes et son soutien à « toute initiative contre la militarisation de la jeunesse ». Car la dimension politique est désormais assumée sans détour : la FNEC FP-FO 49 a adopté en conseil syndical un communiqué exigeant « De l’argent pour l’enseignement, pas pour l’armement ! », et le SNFOLC du Morbihan a lancé le même appel : « De l’argent pour l’école et la culture, pas pour la guerre ! Abandon du budget de guerre Bayrou-Lecornu ! »
Cette formule n’est pas rhétorique. La FNEC FP-FO a interpellé le ministère sur les conséquences des six milliards de coupes budgétaires supplémentaires destinées à alimenter le budget de guerre. Réponse du ministère : il n’avait « aucune information » sur les conséquences dans l’Éducation nationale. Cette non-réponse est en elle-même une réponse.
C’est aussi la colère de la jeunesse. À Marseille, près de 700 personnes — lycéens, enseignants, AED, AESH et parents — se sont rassemblées devant la DSDEN pour dénoncer les suppressions d’heures d’enseignement annoncées pour la rentrée 2026. Victor-Hugo, Nelson-Mandela, Denis-Diderot, Montgrand, Saint-Charles, Antonin-Artaud : une série de lycées des quartiers populaires du nord au centre-ville ont vu se dresser des piquets, des portails bloqués et des banderoles. Sur les réseaux du MNL 13, le mot d’ordre est direct : « Moins d’heures pour apprendre, plus d’argent pour les guerres. » Sur les pancartes : « Le fric pour la santé et l’éducation, pas pour les flics et les prisons. » initiative-communiste.fr avait ouvert largement ses colonnes à ce mouvement.
Lutte de classe contre comédie du dialogue social
Ce qui frappe dans les trois cas, c’est la similitude des méthodes gouvernementales. Partout, on convoque des tables rondes, on organise des « concertations », on signe des « accords » — et rien ne bouge, ou si peu. En Belgique, les syndicats décrivent des réunions où les décisions sont déjà prises avant d’entrer dans la salle. En Catalogne, un accord national a servi à marginaliser les syndicats les plus combatifs. En France, le 26 mars 2026, alors que des milliers de personnels et de lycéens se mobilisaient contre le budget de guerre Lecornu, l’Assemblée nationale adoptait en première lecture une proposition de loi visant à renforcer l’enseignement à la défense dans les collèges et lycées. Répondre à la grève par la militarisation de l’école : le message ne saurait être plus clair.
Ce pseudo-dialogue social remplit une fonction précise : transformer une question politique — qui finance quoi, et pourquoi — en affaire technique de gestion des ressources humaines. Il s’agit de faire croire que la dégradation de l’école publique est une fatalité budgétaire neutre, et non le produit d’un choix de classe assumé. Un choix qui consiste à faire payer les travailleurs et leurs enfants pour maintenir la discipline financière du Pacte de stabilité, du TSCG et des exigences de l’OTAN.
Un seul carcan, deux ressorts : l’austérité et la guerre
Les grèves de Bruxelles, de Barcelone et de Marseille disent la même chose, même si leurs acteurs ne l’ont pas encore tous formulé ainsi : l’Union européenne n’est pas un cadre neutre dans lequel les rapports de force seraient libres de s’exprimer. Elle est un carcan dont les deux ressorts sont la misère imposée par les traités budgétaires — TSCG, Pacte de stabilité, règle d’or — et la guerre portée par les alliances impérialistes avec l’OTAN, le réarmement généralisé et l’expansionnisme économique et militaire. Les suppressions de postes dans les lycées de Marseille et les coupes dans les écoles de Liège ne sont pas des accidents de gestion : elles sont la conséquence logique de l’appartenance à cette architecture.
Le slogan « De l’argent pour les salaires, pas pour la guerre » a été lancé par le PRCF dès 2024. Il s’est retrouvé en 2026 sur les pancartes des lycéens marseillais, dans les communiqués de la FNEC FP-FO et du SNFOLC, dans les cortèges de la CGT. Non pas parce que ces organisations auraient reçu une leçon de qui que ce soit, mais parce que la réalité du terrain — les postes supprimés, les heures de cours disparues, les milliards partis aux armées — rend cette évidence de plus en plus impossible à ignorer et aussi parce que nos militant du PRCF abattent un gros travail de mobilisation et d’information tous azimut qu’aucune autre organisation ne fait.
Dans les cortèges, des travailleurs de secteurs entiers en grève reconductible ont repris cette revendication populaire : l’argent pour le service public, pour les hôpitaux, les écoles, l’énergie, pour les salaires et les emplois — pas pour les milliardaires et leurs guerres.
Ce que les mobilisations de 2026 confirment, c’est que l’élévation du niveau de conscience — comprendre que l’austérité et la guerre ont la même source, que le carcan européen et atlantiste est le cadre qui les rend toutes deux inévitables — est la condition pour que les luttes sectorielles, aussi légitimes et combatives qu’elles soient, trouvent un débouché politique à la hauteur des enjeux.
La commission éducation du PRCF : pleinement dans la lutte
Cette bataille, la commission éducation du PRCF — qui rassemble des travailleuses et travailleurs du secteur éducatif, enseignants, personnels, militants syndicaux — la mène de l’intérieur, à tous les niveaux. Sur les piquets de grève, dans les assemblées générales, dans les instances syndicales, ses membres sont pleinement impliqués dans la lutte contre l’austérité européenne et pour la paix. Ce sont des collègues qui subissent les mêmes suppressions de postes, les mêmes surcharges de classes, la même dégradation des conditions de travail — et qui font le lien, concrètement, entre les revendications immédiates et la nécessité de briser les chaînes de l’Union européenne et de l’OTAN pour y apporter une réponse durable.
Notre action, c’est le travail patient et quotidien de militants qui appartiennent à la classe ouvrière de l’éducation et qui portent, dans leurs syndicats, dans leurs établissements et dans leurs luttes, la conviction que l’argent pour les salaires et pour l’école ne se trouvera qu’en refusant l’argent pour la guerre — et en brisant le cadre qui les oppose l’un à l’autre. Rejoignez-nous, adhérez au PRCF, abonnez-vous à nos médias: journal Initiative Communiste, @CPrcf, diffusez-nos contenus face à ceux du capital.




![Partage et repartage du monde – par Annie Lacroix-Riz [vidéo]](https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/05/20260525-lescapitalistessepartentlemonde-120x86.jpg)
