Le 26 mars 2025, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution historique reconnaissant la traite transatlantique et l’esclavage comme « le plus grave crime contre l’humanité ». La France, comme la quasi-totalité des pays européens, s’est abstenue. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre. Un vote — ou une non-position — qui ne passe pas. En particulier auprès de nos compatriote des Antilles et de Guyane, où la mémoire de l’esclave est particulièrement douloureuse. D’autant plus que l’exploitation et la pwofitation par les békés prenant racine dans les exploitations coloniales et esclavagistes, est toujours une problématique très forte de la lutte des classes dans ces départements d’outre mer.
Une résolution symbolique, mais politiquement majeure
La résolution adoptée à l’ONU ne crée aucune obligation juridique contraignante. Elle ne prévoit ni réparations automatiques, ni mécanisme de sanction. C’est un texte mémoriel et politique. Et c’est précisément pour cela que les votes comptent : on ne s’abstient pas sur un symbole par hasard. On s’abstient parce que le symbole dérange.
Le texte reconnaît que la traite négrière transatlantique — qui a arraché entre 12 et 15 millions d’êtres humains au continent africain sur plus de trois siècles — constitue le crime contre l’humanité le plus massif de l’histoire moderne. Il ouvre, selon ses promoteurs, « un dialogue international sur les conséquences durables » de ce système. Des conséquences qui ne sont pas abstraites : elles se lisent encore aujourd’hui dans les inégalités économiques, les discriminations structurelles, et les fractures sociales qui traversent les sociétés post-esclavagistes des deux côtés de l’Atlantique.
La France, premier de classe en 2001, dernier de cordée en 2025
L’abstention française est d’autant plus frappante qu’elle contredit frontalement l’histoire législative du pays. En 2001, la loi Taubira faisait de la France le premier État au monde à reconnaître officiellement la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. C’était un acte fort, porté par une conviction politique claire.
Vingt-quatre ans plus tard, ce même État – qui voit sans cesse renouveler dans les urnes le duo Macron Le Pen et la collusion bourgeoise des droites et de l’extrême droite rejointe par de larges fraction de la sociale démocratie – refuse de voter en faveur d’une résolution internationale qui prolonge exactement cette logique. La députée PS de Martinique Béatrice Bellay a dénoncé « un signal profondément incompréhensible », en contradiction avec « son histoire législative ». Le député guadeloupéen Christian Baptiste a parlé de « recul ». Le martiniquais Marcellin Nadeau a estimé que la France « a encore affaibli sa crédibilité auprès des peuples des outre-mer ».

Ces voix ne sont pas marginales. Elles représentent des populations qui ont vécu l’esclavage dans leur chair collective, dont les sociétés portent encore les cicatrices économiques et psychologiques de ce système. Les entendre parler de « recul » ‘ »incompréhensible » démontre que les racines racistes du bloc bourgeois se tournent toujours contre les valeurs républicaines. Il est vrai que ces les mêmes qui déportent en métropole les leaders politiques kanaks, ou qui dans leur médias attaquent par des propos et des carricatures dignes du pire de je suis partout, le maire insoumis de Saint Denis, deuxième ville d’Ile de France, au double motif de sa couleur de peau et de son engagement à gauche.
L’Europe impérialiste et coloniale
La France n’est pas seule dans cette posture. La quasi-totalité des pays européens se sont abstenus. Ce bloc occidental face à une résolution soutenue par une large majorité de pays du Sud global dit quelque chose d’important sur la manière dont l’Union Européenne continue de se rapporter à son passé colonial.
Ce passé n’est pas seulement mémoriel. L’historien trinidadien Eric Williams démontrait dès 1944, dans son ouvrage Capitalism and Slavery, le lien organique entre la traite négrière et l’accumulation primitive du capital qui a financé la révolution industrielle européenne. Les fortunes bâties sur le travail esclave — dans les plantations sucrières des Antilles, les cotonneraies américaines, les mines d’Amérique latine — ont irrigué les économies du Vieux Continent. L’Europe moderne, dans une large mesure, s’est construite sur ce socle.
Reconnaître cela pleinement, politiquement, à l’ONU, aurait été un geste de cohérence historique. L’abstention collective européenne ressemble davantage à une revendication : au moment même où l’Europe soutient en offrant ses bases et son économie aux USA pour propager la guerre en Iran et le coup de force au Venezuela et à Cuba, alors que ces guerres ont le but revendiqué de l’appropriation coloniale du pétrole de l’orénoque et du golf persique, le doute n’est pas permis. C’est bien la continuité systémique, du même système prédateur et criminel contre l’Humanité, le capitalisme, qui s’exprime.

Les États-Unis et Israël ou les crimes contre l’Humanité de l’impérialisme.
Parmi les trois pays ayant voté contre la résolution figurent les États-Unis, Israël et le vassal néofasciste de Trump, avec l’Argentine de Javier Milei.
Le vote américain s’inscrit dans une logique cohérente, et pour cela d’autant plus préoccupante. Les États-Unis sont un système fondée sur une réalité matérielle originelle : à l’opposé des idéaux universalistes de liberté mis en avant comme « valeur démocratique », leur histoire est celle d’une réalité de spoliation des peuples autochtones et d’esclavage massif. L’économie du Sud américain, puis l’essor industriel du Nord, ont été directement alimentés par le travail non rémunéré de millions d’Africains réduits en esclavage, par le pillage des terres amérindienne, par l’exploitation des coolies chinois. Ainsi que par le colonialisme et l’impérialisme mettant en coupe réglée l’Amérique latine, et la politique de la canonnière dans le pacifique. Voter contre une résolution qui nomme ce crime comme tel, c’est continuer d’assumer l’héritage ségrégationniste qui a été une réalité profonde des Etats-Unis jusqu’au coeur des années 1970 et 80, et qui en réalité demeure pleinement aujourd’hui. Les statistiques des prisons sous Biden et les actions de l’ICE sous Trump en témoignent sans contestation possible. Aux États-Unis, si les Afro-Américains représentent ainsi environ 13 à 14 % de la population, ils comptent pour 32 à 33 % des personnes incarcérées. Ils sont ainsi largement surreprésentés dans les prisons, avec un taux d’incarcération environ cinq fois supérieur à celui des Américains blancs. Concrètement, environ un adulte noir sur 81 est en prison, contre environ un adulte blanc sur 1 200. Ces écarts importants ne se limitent pas à la prison stricte, mais se retrouvent plus largement dans l’ensemble des situations de privation de liberté. Ils traduisent une inégalité raciale profonde et durable du système et du pouvoir américains. De tels chiffres ne peuvent être ignorés : ils mettent en lumière une fracture persistante entre les groupes raciaux. Par leur ampleur, ils sont souvent interprétés comme le signe d’une continuité des inégalités raciales aux États-Unis, et le prolongement des logiques de ségrégation, enracinées dans les logiques esclavagistes et colonialistes internes aux USA.
Le vote israélien mérite également d’être souligné. Il s’explique probablement en partie par des considérations diplomatiques conjoncturelles : Israël est actuellement dans une posture d’alignement étroit avec Washington, dont le régime est entièrement dépendant. Les votes de Tel Aviv sont ainsi systématiquement aligné sur ceux de Washington. Voter avec les États-Unis contre une résolution portée majoritairement par des pays du Sud global s’inscrit dans cette logique d’isolementsur la scène internationale. Il est par ailleurs notable qu’un État dont l’histoire nationale est indissociable de la mémoire d’un génocide — la Shoah étant elle-même reconnue comme crime contre l’Humanité effroyable au XXe siècle — choisisse de voter contre une résolution mémorielle portant sur un autre crime de masse. Cette contradiction mérite d’être relevée, sans amalgame, mais avec clarté : le régime Netanyahu , qualifié de théocratie fasciste par ses opposants à l’image du maire de Jerusalem, poursuit une politique de colonisation et d’expansion contre la Palestine, mais aussi contre la Syrie et le Liban. Une politique qui repose sur une escalade dans les massacres : l’écrasement de Gaza est largement dénoncé notamment devant la Cour International de Justice, comme génocidaire.
Ce que ce vote révèle
Au fond, cette abstention européenne — et ce vote américano-israélien — illustre un même refus systémique capitaliste : celui de reconnaître pleinement, politiquement et collectivement, que certains crimes fondateurs de l’ordre mondial actuel n’ont jamais été soldés. Pas juridiquement, pas symboliquement, pas économiquement.
La résolution de l’ONU n’obligeait à rien. Elle demandait simplement d’être d’accord sur les mots. Et même cela, la France, l’Europe, les États-Unis n’ont pas pu — ou voulu — le faire.
C’est peut-être là la réponse la plus éloquente à ceux qui affirment que les questions de mémoire coloniale et esclavagiste appartiennent au passé. A ceux qui prétendrait que le bloc Macron Bardella est la politique moderne. Non ce sont les tenants des pires horeurs du passé capitaliste qui écrivent en lettre de sang les mêmes horreurs aux présents. Car les mêmes causes capitalistes engendrent les mêmes crimes et drames pour l’Humanité. La concentration capitaliste, l’hégémonie impérialiste et ses moyens sans précédent mettant désormais en cause un risque et une escalade potentiellement exterministe menaçant l’Humanité tout entière.
JBC pour www.initiative-communiste.fr
Sources : déclarations des parlementaires antillais (26 mars 2025), loi Taubira (21 mai 2001), Eric Williams, Capitalism and Slavery (1944), vote ONU du 26 mars 2025.

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