À l’heure où s’ouvre la grand-messe planétaire du ballon rond version « rêve américain », il faut saluer la remarquable cohérence morale du système médiatique occidental. D’un côté, la Russie est bannie des J.O. au nom des « valeurs » ; de l’autre, les États-Unis sont promus hôtes d’une Coupe du monde censée célébrer l’unité des peuples. Cherchez l’erreur!
Car enfin, de quelles valeurs parle-t-on ? Celles d’un Empire étasunien qui assiège Cuba socialiste depuis plus de soixante ans ? Celles d’une puissance qui bombarde, sanctionne et déstabilise à tour de bras de l’Iran au Proche-Orient tout entier, qui méprise ouvertement l'O.N.U. et qui arme et finance sans relâche les massacres en cours à Gaza et au Liban ?
Mais qu’importe, nous dit-on car « le sport doit rester apolitique ». Belle neutralité à géométrie variable qui exclut certains États tout en déroulant le tapis rouge à d’autres, pourtant lourdement impliqués dans des politiques susceptibles d'allumer à tout moment la troisième guerre mondiale de la Baltique à la Corée en passant par la Mer de Chine! La F.I.F.A., comme le C.I.O., excellent du reste dans cet art subtil : moraliser et sermonner quand cela arrange le maître yanqui désireux de diaboliser ses rivaux systémiques, mais fermer les yeux pudiquement quand cela rapporte gros. Surtout si cela permet en outre de présenter sous un jour « festif » le pays du tyran global Donald Trump!
Et pendant ce temps, le football pro parachève sa mue en industrie mondialisée. Un bizness qui attire les milliardaires, transforme les clubs en marques et les joueurs en actifs financiers. Le supporteur ? Un client que se disputent les politiciens locaux. La passion ? Un produit. La « teuf » ? Un marché qui tourne mal à la première étincelle…
Quant à ses manifestations bien concrètes, elles ont un goût nettement moins festif pour les populations paupérisées. Sans sortir de l'Hexagone, chaque grande compétition footballistique ou presque se traduit par des centres-villes quadrillés, des cortèges encadrés et des milliers de CRS mobilisés à grands frais pour contenir les débordements prévisibles d’un spectacle qui se prétend populaire mais qui s’organise comme une opération de maintien de l’ordre. Drôle de fête, en effet, où la ferveur s’accompagne souvent – on l'a vu deux fois coup sur coup dernièrement à Paris – de vitrines brisées et de déploiements policiers massifs (avec d'énormes coûts pour la collectivité alors qu'il n'y a plus un radis pour nos hôpitaux!).
Alors oui, on peut regarder les matchs, vibrer pour un beau but, s’émouvoir d’un exploit. Encore faut-il ne pas être dupe de ce qui se joue derrière le rideau : un deux poids deux mesures politicien cyniquement assumé et une marchandisation totale du sport.
On en viendrait presque à regretter une époque pas si lointaine et que l’on voudrait effacer des mémoires : celle des Spartakiades, ces rencontres sportives internationales du monde socialiste, où la compétition n’excluait pas la solidarité et l’amitié entre les « peuples-frères ». Un sport qui n’était pas livré aux appétits du grand capital, mais qui se pensait comme un vecteur parmi tant d'autres de l'émancipation collective.
Nostalgie ? Peut-être. Mais à voir ce que le football mondialisé est devenu, on se dit que cette époque-là avait au moins le mérite de ne pas confondre fête populaire et foire commerciale sous surveillance quasi militarisée. Espérons du moins que ce ne sera pas celle de l' »I.C.E. », la milice raciste que Trump lâche périodiquement dans les rues étatsuniennes pour traquer les travailleurs immigrés et flinguer à bout portant des militants de gauche tentant de s'interposer !


