Deux ans de propagande antirusse autour du crash du vol MH-17

USA renseignement MH17 syrie guerreChaque semaine, c’est avec des dizaines d’articles dans la presse et sur le web, des interventions d’éditorialistes ou d’experts autoproclamés accompagnés de soit disant reportages que les médias détenus par l’oligarchie capitaliste déversent une aussi guerrière que xénophobe ou raciste contre la et les Russes. Une qui en arrive carrément à l’appel  au meurtre (« il faut tuer des russes » déclare sur CBS l’ancien directeur adjoint de la CIA Michael Morell récemment) ou à la guerre (voir la scandaleuse Une de Libération en janvier 2015 « faut il armer l’ ? »).

Des le début de la crise, les spécialistes des médias de l’ONG Acrimed ont ainsi alerté contre la propagande guerrière des médias occidentaux (lire ci-après)

Cette propagande qui s’appuie ouvertement sur les réflexes reptiliens installés par plus de 80 ans de propagande anti-soviétique avec des thématiques directement recyclées de la propagande anti russe du IIIe Reich et de Vichy. Il faut d’ailleurs remarquer que les premières victimes du coup d’état d’EuroMaidan et du régime fasciste pro UE installé par Bruxelles et Washington à Kiev ce sont d’ailleurs les communistes et avec eux l’ensemble des progressistes et des antifascistes. L’une des premières mesures de la junte pro UE de Kiev outre l’interdiction de la langue russe, c’est celle d’interdire le parti communiste, d’interdire les célébrations de la victoire contre le nazisme, d’effacer toutes traces de l’histoire soviétiques et de réhabiliter les collaborateurs fascistes ukrainiens du IIIe Reich.  Ce sont d’ailleurs les milices nazis se réclamant directement des Bandera et de la division SS Galicie qui ont mené le coup d’état sur la place Maidan, qui ont massacré à Odessa en les faisant bruler vif dans la maison des syndicat le 2 mai 2014 les antifascistes de cette ville et qui avec les oligarques pro UE ont pris le pouvoir à Kiev…  La dictature eurofascisante de l’Union Européenne s’appuie bien sur les mêmes relais que dans les années 1930 et 1940, de la Croatie à l’Ukraine en passant par la Roumanie et les pays Baltes pour relancer son Drang Nach Osten, sa ruée impérialiste vers les richesses de l’Est.

Chaque citoyen doit en être conscient cette propagande n’a qu’un seul but : préparer les esprits à la guerre. Et elle a aussi pour effet de faire progresser la fascisation des esprits. Depuis le début de la guerre lancée par l’UE et les USA en Ukraine, www.intiative-communiste.fr site web du PRCF s’est mobilisé pour décoder et dénoncer la propagande guerrière, apportant des informations objectives, sourcées et recoupées. Appelant à la solidarité internationaliste et antifasciste avec les communistes en Ukraine, avec les antifascistes du Donbass, déployant ses efforts pour défendre le parti de la paix contre le camps de la guerre, le capitalisme.

Alors que cet été est le deuxième anniversaire du crash du vol au dessus de l’Ukraine, crash qui a servi de pretexte à un déchainement de propagande anti russe, alors que l’Union Européenne et les Etats-Unis continue d’armer massivement la junte de Kiev que l’OTAN masse ses troupes aux frontières russes, alors que la junte de Kiev intensifie ses attaques contre les populations civiles du Donbass et viole quotidiennement les accords de cessez le feu de Minsk II, alors qu’elle ne cessent de se livrer à des provocations terroristes contre le sol russe, par exemple en Crimée, pour défendre la paix, dans une récente tribune le journaliste américain indépendant de renommée mondiale démonte deux années de propagande antirusse dans les médias américains. Une tribune dont les lecteurs d’Initiative Communiste peuvent lire la traduction par les blogueurs du site les crises ci dessous.

A lire également, sur www.initiative-communiste.fr sur l’affaire du crash du vol MH17


MH-17 : Deux ans de propagande antirusse, par Robert Parry

Source : Consortiumnews.com, le 17/07/2016

Le 17 juillet 2016

Exclusif : Il y a deux ans, un avion de la Malaysia Airlines, le vol 17, a été abattu alors qu’il survolait l’est de l’Ukraine. Cette destruction en vol a fait 298 morts et a contribué à renforcer une campagne de propagande destinée à susciter une nouvelle guerre froide avec la Russie, écrit Robert Parry.

Par Robert Parry

Nous approchons du second anniversaire de l’abominable destruction en vol de l’avion de la Malaysia Airlines, est-il donc surprenant que le New York Times ait envie de célébrer l’occasion en utilisant une fois de plus cette tragédie pour matraquer sa propagande ? Il cherche, en effet, ainsi à favoriser les desseins des néoconservateurs qui veulent provoquer une nouvelle guerre froide avec la Russie, coûteuse et des plus dangereuses.

Samedi encore, ce journal a fait la preuve de son mépris pour les pratiques journalistiques normales en reprenant une assertion non corroborée selon laquelle les Russes auraient falsifié des images satellites, qui montraient des systèmes de missiles antiaériens ukrainiens dans l’est de l’Ukraine avant que l’avion de ligne ne soit abattu le 17 juillet 2014.

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Une photo du missile BUK que l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a publiée sur Twitter. Il voulait, de cette façon, exprimer son soutien à l’accusation selon laquelle la Russie avait installé des missiles BUK dans l’est de l’Ukraine. Toutefois cette image est, apparemment, une photo de l’Associated Press prise lors d’un salon de l’aéronautique qui s’était déroulé près de Moscou, deux ans auparavant.

Depuis cet instant, le Times et d’autres journaux occidentaux à grand tirage se sont acharnés à imputer la responsabilité des 298 victimes au président russe Vladimir Poutine pour faire plonger le monde, la tête la première, dans la dernière en date des machinations des néoconservateurs, visant à déstabiliser la Russie, puissance nucléaire, et éventuellement à provoquer « un changement de régime » à Moscou.

Même s’il est choquant de voir utilisée, au nom de la géopolitique des grandes puissances, la mort d’innocents, ce qui a été le plus troublant d’un point de vue journalistique, c’est que le Times ait laissé de côté toute prétention à l’objectivité professionnelle, tout comme il l’a fait en trompant le public américain en 2002-2003, à propos des armes fictives de destruction massive.

Dans sa dernière flambée de propagande antirusse, le Times met en avant des blogueurs qui ont eu recours à un programme informatique pour montrer que deux images satellites du gouvernement russe avaient été truquées. Il s’agit de mettre en doute la possession par l’armée ukrainienne, dans l’est de l’Ukraine, de missiles antiaériens capables d’abattre le MH-17.

Toutefois, le Times préfère passer sous silence que les renseignements occidentaux ont déjà confirmé que l’armée ukrainienne disposait, effectivement, le 17 juillet 2014, dans l’est de l’Ukraine, de puissants missiles antiaériens. En octobre dernier, un rapport des services néerlandais a communiqué cet élément fondé sur des renseignements de l’OTAN, qui se fondent sur des collectes de données des satellites occidentaux, entre autres.

En effet, les services de sécurité et de renseignement militaire de la Hollande (le MIVD) ont conclu que c’étaient les forces du gouvernement ukrainien, non les rebelles séparatistes russes, qui disposaient des seules armes antiaériennes de l’Ukraine de l’est capables d’abattre le MH-17 à 10 000 mètres.

Le MIVD a procédé à cette évaluation alors qu’il enquêtait sur les raisons pour lesquelles les avions commerciaux survolaient toujours la zone de combats de l’est de l’Ukraine pendant l’été 2014. Le vol MH-17 venait d’Amsterdam et il transportait de nombreux citoyens néerlandais, ce qui explique pourquoi la Hollande a pris la tête de l’enquête.

Selon le MIVD, qui se fonde sur des « renseignements d’État secrets », l’Ukraine possédait « de puissants systèmes antiaériens » assez anciens et « un certain nombre de ces systèmes se trouvait à l’est du pays ». Toujours selon ce service, les rebelles ne disposaient pas de tels moyens.

« Avant la catastrophe, le MIVD savait qu’en plus d’une artillerie antiaérienne légère, les séparatistes avaient aussi des systèmes portables de défense aérienne de courte portée, les MANPADS, et que peut-être aussi ils possédaient des systèmes de défense antiaérienne à courte portée transportés par véhicule. Ces deux types de système sont considérés comme des missiles sol-air. En raison de leur portée limitée, ils ne présentent pas de danger pour les avions civils volant à une altitude de croisière. »

Aucun motif

En d’autres termes, les Russes n’auraient aucun motif valable de truquer des photos satellites puisque les photos sans truquage auraient mis en évidence la présence de batteries de missiles ukrainiens BUK dans cette zone. Peut-être le Times aurait-il pu réfléchir à cet élément digne d’être pris en considération en portant une appréciation sur les allégations d’experts amateurs, à propos du truquage éventuel des photos.

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Deux clichés de la Fédération de Russie qui montrent l’absence de lanceur de missiles BUK sur une base militaire ukrainienne (à gauche) et deux lanceurs de missiles BUK dans un champ, le jour de la destruction en vol de l’avion (à droite). [From armscontrolwonk.com]

Au lieu de cela, le journaliste Andrew E. Kramer, qui contribue régulièrement à la campagne de propagande antirusse du Times, considère comme irréfutables les conclusions de chercheurs en armement nucléaire du Middlebury Institute for Studies (l’Institut d’études internationales de Middlebury) même si rien ne permet de croire que ces personnes aient une compétence particulière pour utiliser ce logiciel, qui, selon son créateur, doit être employé avec une grande prudence.

Roger Crozien, inventeur du logiciel filtrant Tungstene, a mis en garde contre la hâte à considérer que « des anomalies » dans des photographies viennent de falsifications intentionnelles alors qu’elles peuvent résulter de la procédure normale de sauvegarde de l’image ou d’innocentes modifications.

Dans une interview au magazine Time, il a déclaré : « Ces filtres ont pour but de détecter des anomalies. Ils donnent tous les renseignements possibles et imaginables qu’on peut trouver dans le fichier de la photo. Et ces particularités, appelées “singularités”, ne sont parfois qu’accidentelles. En effet, l’image peut très bien ne pas avoir été bien re-sauvegardée ou l’appareil avoir des caractéristiques particulières, par exemple.

« Le logiciel en lui-même est neutre : il ne différencie pas une modification d’une manipulation. Alors, quand il remarque une erreur, c’est à l’opérateur de décider si c’est un truquage ou simplement un accident. »

Déceler s’il s’agit d’une manipulation intentionnelle ou d’une anomalie normale ou anodine qui peut très bien se produire quand on transfère une image d’un format à un autre, qu’on modifie le contraste ou qu’on ajoute une zone de texte ; Tout cela relève plus de l’art que de la science, comme on s’en rend compte en lisant Roger Cozien.

Si les chercheurs de l’institut de Middlebury ont acheté le logiciel Tungstene sur lequel ils se sont fondés pour faire leur rapport sur le site « armscontrolwork.com », il n’y a cependant aucune raison de penser qu’ils aient une compétence particulière dans l’étude scientifique des photographies.

Deux poids, deux mesures

Les auteurs du rapport fustigent aussi les Russes pour le manque de fiabilité de ces deux images. « Les fichiers des images sont de très mauvaise qualité, écrivent-ils, nous sommes très déçus que la Fédération de Russie, dans une affaire aussi importante, publie, en guise de preuves, des images de si mauvaise qualité… Les responsables russes doivent savoir que la publication d’images dans ce format rend plus difficile la vérification de l’intégrité de l’image. »

Le président russe Vladimir Poutine répond à des questions de citoyens russes lors de sa séance annuelle de questions réponses le 14 avril 2016. (Photo du gouvernement russe)

Le président russe Vladimir Poutine répond à des questions de citoyens russes lors de sa séance annuelle de questions réponses le 14 avril 2016. (Photo du gouvernement russe)

Cela n’empêche pas ces chercheurs de porter des jugements catégoriques sur la présence d’un nuage sur une photo et l’image prétendument plus nette de deux lanceurs ukrainiens de missiles BUK sur l’autre. Pourtant, on se demande bien pourquoi les Russes ajouteraient un nuage. (Le 17 juillet 2014, dans l’est de l’Ukraine, le temps était assez couvert, peut-être le nuage ne se trouve-t-il sur la photo que parce que la zone était partiellement nuageuse.)

Les chercheurs font remarquer, avec condescendance, que « la résolution 2166 du Conseil de sécurité demande aux États de fournir toute l’aide demandée aux enquêteurs civils et criminels. … Selon nous, la Russie devrait fournir les images originales, sous une forme non altérée, à la JIT, l’équipe conjointe des enquêteurs, qui conduit l’enquête criminelle sur la catastrophe du MH-17, afin de permettre aux experts indépendants de vérifier leurs affirmations. »

On en convient facilement, bien sûr, mais pourquoi les blogueurs du contrôle des armes ne prient-ils pas le gouvernement américain de publier les données satellites et autres qui se rapportent à la catastrophe du MH-17 ?

Le seul vrai filtre qui doive être utilisé quand on s’intéresse au New York Times ou à certains des « journalistes citoyens » qui surgissent pour défendre les thèmes de propagande du gouvernement américain, c’est l’acharnement de leur parti-pris antirusse. Pouvez-vous vous rappeler la dernière fois où le New York Times, ou tout autre organe d’information grand public, a publié un article favorable à la Russie ou même neutre ?

Le chien américain qui n’aboie pas

De façon analogue, ni le rapport des chercheurs ni l’article du Times ne présentent la moindre critique du gouvernement américain, qui a prétendu avoir des renseignements par satellite qui montrent d’où le missile antiaérien a été lancé. Il a refusé de porter ces renseignements capitaux à la connaissance du public ou manifestement même à celle des enquêteurs officiels sur le MH-17.

Le secrétaire d'État, John Kerry, lors d'une conférence de presse le 6 août 2015. (State Department photo)

Le secrétaire d’État, John Kerry, lors d’une conférence de presse le 6 août 2015. (State Department photo)

Le 20 juillet 2014, trois jours seulement après la catastrophe, le secrétaire d’État John Kerry est apparu dans les cinq talk-shows du dimanche, y compris « Meet the press » sur NBC où il a indiqué que des « médias sociaux » avaient impliqué les rebelles russes séparatistes de l’est de l’Ukraine, et il a ajouté : « Mais plus important encore, nous avons les images de ce lancement. Nous connaissons la trajectoire. Nous savons d’où le missile est venu. Nous connaissons l’heure. Et c’était exactement le moment où cet avion a disparu des radars. »

Deux jours plus tard, le Bureau du directeur du renseignement national a publié une « évaluation gouvernementale », citant aussi les « médias sociaux », qui impliquerait les rebelles. Ce livre blanc a aussi donné la liste de l’équipement militaire que la Russie aurait procuré aux rebelles. Cette liste toutefois n’incluait pas de lanceur de missiles BUK ou des missiles antiaériens très puissants capables de frapper le MH-17, qui volait à environ 10 000 mètres.

Des experts du renseignement américain ont, sur l’ordre du directeur de la sécurité nationale, informé quelques journalistes des grands médias. Les experts, cependant, se sont montrés moins convaincus que ne l’auraient souhaité leurs supérieurs, et ils ont fait remarquer qu’on ne savait pas encore avec certitude, loin de là, qui était effectivement responsable.

Selon l’article du Los Angeles Times : « Les agences de renseignement américain n’ont pas, jusqu’à maintenant, été capables de déterminer la nationalité ou l’identité de l’équipe qui a lancé le missile. Les responsables américains ont affirmé qu’il était possible que le SA-11, nom du missile BUK antiaérien russe, ait été lancé par un transfuge de l’armée ukrainienne entraîné à utiliser le même type de missiles. »

Cette incertitude concorde bien avec ce que m’avait dit une source mise au courant par des experts du renseignement américain peu après la destruction en vol de l’avion. Ils lui avaient parlé de ce qu’ils avaient vu dans des photos satellites à haute résolution, qui, d’après eux, montraient ce qui avait l’air d’être des membres de l’armée ukrainienne, ces derniers manœuvrant la batterie censée avoir tiré le missile.

Il y a une grande différence entre « l’évaluation du renseignement » – la référence de la communauté du renseignement américaine dans l’évaluation d’un problème, avec les éventuelles divergences entre les 16 agences de renseignement – et « une évaluation gouvernementale » comme celle de l’affaire du MH-17.

En tant qu’ancien analyste de la CIA, Ray McGovern a écrit : « La différence essentielle entre “l’évaluation du renseignement” et cette nouvelle création relativement récente, “l’évaluation gouvernementale”, c’est que cette dernière est élaborée par des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche ou d’autres responsables politiques, non des experts confirmés du renseignement. Une autre différence significative, c’est que “l’évaluation du renseignement” propose souvent des opinions diverses, que ce soit dans le texte ou les notes de bas de page, où sont détaillés les désaccords entre les experts du renseignement, et elle indique éventuellement les points faibles ou contestables. »

En d’autres termes, une « évaluation du gouvernement » invite les journaleux politiques à fabriquer ce qu’on appelle un « dossier douteux » comme l’a fait le gouvernement britannique en employant des tactiques semblables pour vendre une cause mensongère lors de la guerre d’Irak en 2002-2003.

Cependant, que le gouvernement ait dissimulé au public, et même aux enquêteurs officiels, des renseignements capitaux pour la détermination des coupables et leur mise en accusation, voilà qui a davantage de rapport avec le récent article du Times. Par exemple, ni le DSB, le Bureau de sécurité hollandais, qui a dirigé le début de l’enquête, ni le JIT, l’Équipe d’enquête conjointe, n’ont été capables de repérer l’endroit d’où le missile a été tiré.

Bien que Kerry ait assuré que le gouvernement américain connaissait cet endroit trois jours après l’accident, le Bureau de sécurité néerlandais a déclaré en octobre dernier qu’on avait réduit le territoire d’où le missile a probablement été tiré à une zone de 320 kilomètres carrés où se trouvent à la fois les rebelles et les soldats de l’armée régulière. Le JIT a promis aux familles des victimes néerlandaises qu’elle établirait cet élément plus tard dans l’année, soit plus de deux ans après la catastrophe.

Si l’on voulait appliquer la logique de Sherlock Holmes à ce problème du « chien qui n’aboie pas », on conclurait probablement que le gouvernement étatsunien s’est tu après les déclarations de John Kerry et le livre blanc – incomplet – du directeur de la Sécurité nationale, parce que les preuves qu’on découvrait et analysait peu à peu ne pointaient pas dans la direction que les propagandistes souhaitaient.

Aucune objectivité

Pourtant, ce ne sont pas les États-Unis mais la Russie qui est fustigée au prétexte qu’elle ne fournirait pas ses données dans un état impeccable, alors même que le gouvernement américain ne fournit rien du tout. Et chaque fois qu’on soulève le problème du MH-17 dans les grands médias d’information occidentaux, on n’évoque pas – ou on excuse – l’étrange silence des États-Unis tout en évitant de mentionner d’autres éléments dérangeants, comme l’annonce par le Spiegel que le service du renseignement allemand, le BND, avait découvert que les photos du MH-17 fournies par le gouvernement ukrainien « avaient été truquées ».

Photographie publiée par le New York Times, censée avoir été prise en Russie, de soldats russes qui vont, plus tard, apparaître en Ukraine. Cependant, le photographe a depuis affirmé que la photo avait, en fait, été prise en Ukraine et le département d'État a reconnu l'erreur.

Photographie publiée par le New York Times, censée avoir été prise en Russie, de soldats russes qui vont, plus tard, apparaître en Ukraine. Cependant, le photographe a depuis affirmé que la photo avait, en fait, été prise en Ukraine et le département d’État a reconnu l’erreur.

Encore plus remarquable : le blackout que le Times et d’autres médias d’information ont fait sur le rapport du renseignement néerlandais au sujet de la présence, dans l’est de l’Ukraine, de batteries antiaériennes de l’armée ukrainienne, capables de détruire un avion commercial à 10 000 mètres, et sur l’absence, chez les rebelles, d’une arme aussi puissante.

En outre, il y a eu des révélations officielles qui soulèvent de sérieux doutes sur l’intégrité de la JIT, qui compte dans ses rangs des enquêteurs de Hollande, d’Australie, d’Ukraine, de Belgique et de Malaisie mais qui est de plus en plus sous le contrôle de la SBU ukrainienne, une agence de renseignement et de sécurité. Cette agence est responsable de la protection des secrets du gouvernement ukrainien et elle a été impliquée dans des actes de torture et d’autres crimes de guerre contre les rebelles séparatistes russes.

Plus tôt dans l’année, un rapport intermédiaire de la JIT a dévoilé à quel point la SBU s’était rapprochée des enquêteurs néerlandais et australiens. Ces derniers ont travaillé pendant de longues périodes à Kiev, ils ont ingurgité les « preuves » de la SBU tout en appréciant l’hospitalité ukrainienne.

Même si le rapport de la JIT a été publié, son contenu a été ignoré par le Times et les autres journaux, même après que l’ONU a reçu des plaintes officielles à propos de la SBU, qui bloquerait les enquêtes des associations humanitaires dans les présumés centres de torture ukrainiens.

Que la SBU ait la prééminence sur la JIT peut avoir des incidences sur l’intégrité de l’enquête sur le MH-17, mais cet élément ne concorde pas avec la propagande qui cherche à imputer la responsabilité des 298 morts à la Russie. En effet, cela jetterait un soupçon de parti-pris et d’éventuelles manipulations par la SBU, quelles que soient les conclusions de la JIT.

Coup de chapeau obligatoire

Et apparemment aucun article du Times sur le MH-17 ne serait complet sans un coup de chapeau au site des « journalistes citoyens », le Bellingcat, qui a fait du soutien aux thèmes de propagande occidentaux contre les gouvernements russe ou syrien une industrie florissante. Bellingcat est resté le site préféré des médias occidentaux à grand tirage, même s’il écrit souvent n’importe quoi.

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En se fondant sur des renseignements d’Eliot Higgins, le correspondant de 60 Minutes en Australie, Michael Usher prétend avoir trouvé le tableau d’affichage dans une vidéo d’un lanceur de missiles BUK après la destruction en vol du vol 17 de la Malaysia Airlines. Les points de repère cependant ne correspondaient pas. (Screen shot from Australia’s “60 Minutes”)

Dans l’article de samedi, le journaliste du Times a cité Bellingcat, c’est pour lui une façon de soutenir les gars de « armscontrolwonk com » sans mentionner que des experts scientifiques ont déjà critiqué Bellingcat pour son analyse de la photo où un logiciel avait été employé à mauvais escient pour aboutir à des conclusions antirusses, ou comme l’a évoqué Der Spiegel :

« Le groupe de recherche Bellingcat a accusé la Russie de truquer des images satellites de la catastrophe du MH-17. L’expert allemand en analyse scientifique de l’image Jens Krieze a cependant critiqué ces résultats. Il affirme qu’il est impossible de dire avec certitude si Moscou ment. »

Il s’avère aussi que le fondateur de Bellingcat, Higgins, et « armscontrolwonk.com » sont tous deux liés avec un groupe de réflexion pro OTAN, l’Atlantic Council qui a été l’un des plus ardents partisans d’une nouvelle guerre froide avec la Russie.

Une capture d'écran de la route où la batterie du missile BUK est censée être passée après la destruction en vol de l'avion du vol 17 de la Malaysia Airlines, le 17 juillet 2014. (Image from Australian

Une capture d’écran de la route où la batterie du missile BUK est censée être passée après la destruction en vol de l’avion du vol 17 de la Malaysia Airlines, le 17 juillet 2014. (Image from Australian “60 Minutes” program)

Higgins est maintenant désigné comme “membre éminent non résident de l’Atlantic Council’s Future Europe Initiative” et armscontrolwonk.com décrit l’un de ses journalistes, Aaron Stein, comme membre non résident de l’Atlantic Council’s Rafik Hariri Center pour le moyen Orient.

Le travail de Stein sur le conflit syrien se croise avec les efforts de Higgins pour intensifier la propagande occidentale qui cherche à imputer au gouvernement syrien la responsabilité de l’attaque au gaz sarin, dans la banlieue de Damas, le 21 août 2013, ce qui s’est avéré l’une des erreurs de Bellingcat.

Lors du second anniversaire de l’horrible catastrophe du MH-17, il est certes triste mais guère surprenant de voir le Times continuer à se raccrocher à n’importe quelle allégation douteuse et à la présenter à ses lecteurs sans la replacer dans un contexte approprié, mais quelle importance tant que son article contribue à donner envie à ses lecteurs d’entrer en guerre contre la Russie.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a démonté la plupart des accusations sur l’Iran-Contra pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortiumnews.com, le 17/07/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source


Ukraine : informations faussées et commentaires à sens unique

par Mathias Reymond,

Depuis la fin du mois d’août 2014, les événements en Ukraine sont chaque jour de plus en plus imprévisibles : alors que les « séparatistes pro-russes » – ainsi qu’ils sont nommés dans les médias français – perdaient du terrain, des renforts, peut-être en provenance de Russie, ont permis de mettre en défaut l’armée ukrainienne. Pour les médias français, cet interventionnisme supposé de Vladimir Poutine est inacceptable. Le président russe serait même en train de déclarer la guerre à l’Europe et de violer le droit international. Retour sur un traitement médiatique unilatéral et biaisé.

À situation complexe, commentaires simplistes : telle semble être la dure loi à laquelle se soumettent quelques diseurs de bonne aventure. Si Acrimed n’entend pas prescrire ce qu’il faut penser de la situation en Ukraine, du moins pouvons-nous débusquer les parti-pris falsificateurs qui ont tendance à inonder une grande partie de la presse française, bien que quelques médias ne sombrent pas dans la caricature (notamment Le Figaro) [1]. Absence de recul sur les événements (en particulier à Libération et au Monde) et pis, oublis, voire réécriture de l’histoire : tels sont les principaux biais de la couverture médiatique du début du mois de septembre 2014. Rien ne semble avoir évolué depuis novembre 2013… Passage en revue de quelques libertés, parmi d’autres, prises avec les faits.

Gouvernement légitime et référendums illégitimes

Bernard Guetta sur France Inter (25 août 2014) en est certain : « l’Ukraine quant à elle, l’écrasante majorité de sa population en tout cas, refuse de revenir à son asservissement passé, défend son indépendance et voudrait pouvoir vite intégrer non pas l’Otan mais l’Union européenne. » C’est pourtant oublier une partie des faits politiques récents de ce pays. Président en place et démocratiquement élu en 2010, Viktor Ianoukovitch – certes corrompu comme ses prédécesseurs – demeurait en tête des sondages d’opinion jusqu’à son départ forcé en février 2014 [2]. Étonnant d’ailleurs que les médias français – pourtant toujours très friands de ce type d’enquête – n’en aient pas révélé l’existence.

En 2012, le parti de M. Ianoukovitch (le Parti des Régions) avait également remporté les élections législatives. Et une élection présidentielle était prévue en 2015… Impatients, les militants de Kiev, tournés vers l’Europe, et soutenus par les États-Unis et l’Union Européenne, n’ont pas souhaité attendre, mettant ainsi en place un gouvernement provisoire essentiellement composé d’indépendants et de membres de partis de centre-droit, de droite et d’extrême-droite [3], pas forcément représentatif de la diversité des manifestants de la place Maïdan.

Ce gouvernement est-il pour autant légitime ? Oui, expliquèrent en substance les commentateurs avisés, car Maïdan était légitime. Il ne s’agit pas ici pour nous de contester le droit de populations à se soulever contre leurs dirigeants, mais bel et bien de relever le « deux poids deux mesures » particulièrement marqué dans la couverture médiatique des différents événements en Ukraine, qui traduit un point de vue partisan rarement assumé par celles et ceux qui l’ont adopté. Libération souligne ainsi que « l’Ukraine est un pays souverain avec des institutions légitimes et démocratiques » (1er septembre) tout en s’enthousiasmant devant le « renversement du régime prorusse et corrompu de Viktor Ianoukovitch par la révolte de Maïdan. » Le fait que l’est du pays ait massivement voté pour lui trois années plus tôt ne semble pas préoccuper les médias français. En effet, M. Ianoukovitch l’avait emporté en 2010, haut la main, à l’est et au sud de l’Ukraine, avec des pics de popularité dans les régions de Donetsk (90,4%), Lougansk (88,8%), ou encore au sein de la République autonome de Crimée (78,3%). Son adversaire, Ioulia Timochenko avait fait le plein à l’ouest, au centre et à Kiev qui avait voté à 69,7% pour l’égérie des Occidentaux [4].

Il n’empêche : sur Arte, le 1er septembre 2014 [5], on présente, sans le moindre recul, les événements de la place Maïdan comme un grand mouvement exclusivement démocratique. Avant de diffuser un véritable clip de propagande (avec musique rythmée et images saccadée) à la gloire des manifestants de la place Maïdan, Élisabeth Quin annonce : « Retour sur Maïdan à l’époque où c’était l’euphorie, destitution d’un autocrate qui a mis le feu aux poudres et précipitation de milliers d’ukrainiens sur le fameux Maïdan en février dernier. » Dans ce même sujet, on affirme que Ioulia Timoshenko aurait reçu « un accueil triomphal » en février 2014 sur cette place… alors qu’elle ne fera que 9% des votes à Kiev lors de l’élection présidentielle, trois mois plus tard.

Pour Bernard-Henri Lévy, dans Le Point (4 septembre 2014), le renversement de M. Ianoukovitch était évidemment le résultat d’une « grande insurrection démocratique et européenne ». Puis, pour la plupart des commentateurs, l’élection présidentielle qui, organisée en mai 2014 par le gouvernement provisoire, a installé aisément Petro Porochenko au pouvoir a été (c’est certain) tout à la fois légale et légitime. Marc Sémo dans Libération (1er septembre 2014) le souligne : « les autorités de Kiev [ont été] légitimement élues ». Il insiste même : « le nouveau président Petro Porochenko a été élu en mai à l’issue d’un scrutin reconnu comme incontestable par la communauté internationale. Le vote a pu se dérouler dans 90% du pays, y compris dans la plus grande partie de l’Est. » François Sergent, dans le même journal parle d’un « gouvernement souverain et régulièrement élu » (3 septembre). Pourtant, une partie du pays n’a pas pu se déplacer pour aller voter à cause des conflits armés dans l’est. Bien qu’élu dès le premier tour, Petro Porochenko ne l’a donc été qu’avec une participation modérée (60%). Légale et légitime ?

Aux yeux des journalistes français, le mouvement de Maïdan était justifié car tourné vers l’Europe. En revanche, les manifestations et les référendums en Crimée et dans l’est du pays (qui rejetaient les mobilisations de Kiev, le gouvernement provisoire, puis le nouveau président) trouvaient peu de soutiens chez nos commentateurs omniscients. Dans Le Monde (31 août 2014), on tord encore la réalité en accusant « le régime du président Poutine » « d’avoir illégalement occupé puis [de] s’être approprié la Crimée au printemps ». Pour François Sergent, dans Libération (3 septembre), « Vladimir Poutine ne s’est pas contenté de la Crimée annexée après un référendum bidon. »

Heureusement, tous les commentateurs ne partagent pas ce parti-pris. Au moment du référendum, des voix médiatiques connues – et très présentes – s’étaient exprimées pour faire part de leur stupéfaction face à la russophobie ambiante, que l’on ne manquera pas de relever ici tant elles ne sont pas, d’habitude, citées en exemple par Acrimed. Ainsi Jacques Attali s’était interrogé : « Pourquoi refuserait-on aux habitants de la Crimée de choisir leur destin ? » (L’Express, 26 mars 2014). Puis, pour l’ancien ministre de l’éducation nationale, Luc Ferry, « dire que l’armée russe envahit la Crimée est tout simplement grotesque. Il faut n’être jamais allé à Sébastopol pour ignorer la présence massive, mais parfaitement légale, puisque ayant fait l’objet d’un accord préalable depuis des années, de l’armée russe. » (Le Figaro, 20 mars 2014)… La Russie de Poutine avait-elle des vues sur la Crimée ? Peut-être. Il est toutefois navrant de constater que la majorité des journalistes français, aveuglés par leur hostilité à Poutine, aient adopté un point de vue aussi unilatéral et partisan, quitte à tricher avec la réalité, parfois par ignorance, souvent par mauvaise foi.

« Sanctionner Poutine » (encore et toujours)

Cela sonne comme un leitmotiv : « Il faut sanctionner la Russie ». À Libération, on en est certain, « la Russie est entrée en guerre contre l’Ukraine. » La preuve : « des milliers de soldats russes se battent à Donetsk et Lougansk, venus au secours des milices prorusses en difficulté. » D’ailleurs, François Sergent a ses propres sources puisqu’il sait déjà que ce sont « les hommes de Moscou [qui ont] abattu l’avion de Malaysian Airlines. » Rude accusation que même Le Monde ne s’est pas permis de porter…

Loin de nous, à Acrimed, de prendre parti dans un tel conflit, mais étonnons-nous quand même d’un fait : la supposée intervention de la Russie serait illégale, mais tous les événements qui ont mené à celle-ci – avec le soutien réel de l’Union Européenne et des États-Unis – ne le seraient pas ? Le « deux poids, deux mesures » est vraiment une doctrine très présente dans les médias atlantistes. Le Monde, par exemple, a fait sien le propos de Laurent Fabius : « le ministre des affaires étrangères, a eu le mérite de la clarté, vendredi soir : « Lorsqu’un pays envoie des forces militaires dans un autre pays sans l’accord et contre l’accord de cet autre pays, ça s’appelle une intervention, et évidemment c’est inacceptable », a-t-il déclaré. » Un peu comme la France en Libye ou les États-Unis en Irak ? Le moins que l’on puisse dire est que Le Monde n’a pas eu le mérite d’une telle clarté lorsqu’il s’est agi de traiter de l’intervention militaire israélienne contre Gaza.

Pour Bernard Guetta, sur France Inter (25 août 2014), l’intervention de la Russie serait « en train d’enterrer, en Europe qui plus est, deux des plus grands principes sur lesquels les relations internationales étaient fondée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – l’absolue prohibition des annexions territoriales et l’intangibilité des frontières. » Comme si aucune frontière n’avait été modifiée (la Yougoslavie, la Serbie…) ou comme si aucune annexion territoriale (le Timor Oriental, les territoires palestiniens…) n’avait eu lieu depuis 1945. Bernard-Henri Lévy dans Le Point (4 septembre 2014) ne dit pas autre chose : c’est « la première vraie guerre, depuis des décennies, en Europe ; la première agression d’un État souverain contre un autre État souverain qu’il entend démembrer et vassaliser. » On est gêné par tant de morgue et d’ignorance. Comme s’il suffisait de mentionner l’Europe (sans préciser ses frontières) pour honorer les « grands principes »…

En quelques jours, dans Le Monde, les tribunes de soutien aux gouvernement ukrainien pullulent : « De Dantzig à Donetsk, 1939-2014 » (1er septembre) ; « L’occident inepte face à la crise ukrainienne » (2 septembre) ; « Accueillons l’Ukraine dans l’OTAN » (3 septembre) ; « « Dossier Mistral » : de la cohérence, de grâce ! » (3 septembre)… Sans oublier l’article cocasse de Sylvie Kauffmann intitulé « Mistral perdant » (1er septembre), en référence aux navires que la France doit livrer à la Russie.

Plusieurs émissions radiophoniques ou télévisées ont fait une véritable propagande au service d’une opposition simpliste : légitimité du mouvement de Maïdan, illégitimité de l’insurrection à l’est. C’est le cas, par exemple, de l’émission « 28 minutes » présentée par Elisabeth Quin sur Arte, déjà citée. Parmi les intervenants, Raphaël Glucksmann, fondateur de l’ONG Centre Européen pour la Démocratie à Kiev, se présente d’emblée comme un « activiste anti-Poutine ». Alexandre Goujon, politologue, explique que « les Ukrainiens savent que sans soutien des Russes, il n’y a pas de séparatistes. […] Il n’y a pas de guerre civile. » Le commentateur semble ici oublier que la guerre civile avait bien lieu déjà à Kiev avant que les Russes ne s’invitent dans le conflit, et surtout il n’évoque pas le fait que la plupart des morts civils sont le fait de bombardements… de l’armée ukrainienne. À l’instar de nombreux médias, Glucksmann se plaint que l’Europe ne veuille pas donner des armes à l’Ukraine [6], ce qui permet à l’animatrice d’enchérir : « C’est mettre l’Ukraine dans les mains de la Russie ! »

Libération avance même des propos tronqués et non vérifiés qu’aurait lâché Vladimir Poutine à José Manuel Barroso. Le 1er septembre d’abord : « Poutine le sait et il en joue, répondant par la menace aux timides admonestations téléphoniques du président sortant de la commission José Manuel Barroso : « Si je le veux, nous sommes à Kiev en quinze jours. »  » Puis le 3 septembre : « Poutine a menacé Manuel Barroso de « pouvoir prendre Kiev en deux semaines ».  » Premièrement, ces propos sont rapportés par un tiers. Deuxièmement, ils proviennent d’une traduction. Enfin, ils sont sortis de leur contexte. De plus, ils ont été tempérés par le Kremlin (comme le rappelle lefigaro.fr). Il n’y a bien qu’un journal au bout du rouleau, dénué de toute déontologie, qui peut vouloir faire ses choux gras d’une telle phrase…

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Bien que la situation en Ukraine soit complexe, certains médias n’hésitent pas à simplifier à outrance les faits, opposant systématiquement « gentils » ukrainiens pro-européens et « méchants » ukrainiens pro-russes. D’autres médias tombent moins dans la caricature préférant offrir à leurs lecteurs et auditeurs un point de vue plus distancié (c’est le cas du Figaro, de Paris Match ou de certains reportages dans l’est ukrainien glanés sur des chaînes d’information continue). Mais les plus obtus restent obnubilés par les hoquets de Vladimir Poutine, leur nouveau Père Fouettard, s’indignent encore et toujours et glosent sur son autoritarisme et son désir expansionniste. Autoritarisme ? Sans nul doute. Volonté de préserver sa sphère d’influence ? Certainement. Mais, contrairement aux prédictions de la majorité des commentateurs, la Russie n’a toujours pas envahi l’est de l’Ukraine. Le moins que l’on puisse dire est que les expéditions militaires israéliennes ou américaines, bien réelles celles-ci, ne bénéficient pas du même traitement de (dé-)faveur…

Mathias Reymond