Nicaragua : comment ne pas perdre le nord.

Déclaration de la Commission internationale du PRCF

29 juillet 2018

 


La solidarité anti-impérialiste est une boussole qui montre la direction que tout mouvement progressiste se doit de prendre.

Ceux qui n’ont plus cette boussole se perdent.

Le Nicaragua est le théâtre d’une offensive de l’impérialisme des États-Unis, relayée sur place par l’oligarchie et ses troupes de choc qui assassinent les militants sandinistes et les policiers légalistes.

Comme l’écrit fort justement l’excellent journaliste Maurice Lemoine :

« Pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle ou simplement journalistique, en aucun cas l’explosion de violence nicaraguayenne ne peut être qualifiée de lutte du bien contre le mal, des « gentils étudiants » contre le méchant « caudillo ». Lire : Daniel Ortega. Qu’un policier (ou un civil) tuant un manifestant soit un assassin est parfois ou souvent vrai. Tout dépend du contexte et des circonstances. Mais qu’un contestataire mâtiné de délinquant blesse un policier (ou un militant sandiniste), le tue, l’arrose d’essence, puis le brûle, n’en fait pas, même béni par les évêques, un membre pacifique de la « société civile ».

Il faut une certaine dose de naïveté, l’arrogance de ceux qui savent disposer à l’étranger de puissants appuis ou une totale méconnaissance du Nicaragua pour s’imaginer que, dans un pays où ils ont renversé au prix de milliers de morts la dictature de Somoza, puis ont résisté, les armes à la main, au prix d’autres milliers de morts, pendant dix ans, à l’agression américaine, puis ont accepté de rendre démocratiquement le pouvoir après avoir perdu les élections, puis les ont regagnées tout aussi démocratiquement et ont bénéficié de programmes sociaux, les sandinistes acceptent sans réagir de voir l’opposition se livrer à une tentative brutale de renversement du président qu’ils ont élu. D’où, aux côtés des forces de l’ordre, l’apparition de groupes de militants souvent « historiques » – rebaptisés « paramilitaires » par les médias – répondant parfois par les armes, pour le meilleur – la libération de populations prises en otage – et aussi le pire – une violence meurtrière incontrôlés –, à une situation insurrectionnelle également armée (ce qui ne signifie nullement qu’il n’existe pas d’opposants pacifiques, on l’aura compris).

Seulement, il est parfois très mal vu de se référer à un « réel » aussi complexe. Et la solidarité avec les « étudiants » dressés contre l’ « infernal couple sandiniste Ortega-Murillo [2] » (comme ceux du Venezuela s’opposant en 2014 à Maduro !) prend parfois de bien curieux chemins ».

http://www.medelu.org/La-voix-dissonante-du-Forum-de-Sao

Des forces de gauche se font l’écho de la propagande mensongère des forces réactionnaires du Nicaragua. Ce n’est pas la première fois qu’une partie de l’extrême-gauche ou de la gauche confortent l’offensive impérialiste et ses relais de droite et d’extrême-droite.

Outre que ces gens ne voient pas la poutre impérialiste, et tentent un « ni-ni » honteux, ils cassent le mouvement de solidarité internationale qui devrait réunir tous les anti-impérialistes et se font ainsi les alliés objectifs de Trump et des agents locaux.

Ce ne sont pas les erreurs ou les fautes d’Ortega, comme ce ne sont pas celles d’Allende ou de Lula, qui définissent la situation au Chili en 1973 , au Brésil en 2017 ou au Nicaragua aujourd’hui. C’est la subversion et l’agression violente et putschiste de l’impérialisme et de ses complices, le grand capital local et les bandes fascistes. Évidemment ces gens possèdent des relais médiatiques puissants qui travestissent la réalité de la lutte. Mais déserter l’anti-impérialisme par lâcheté sous la pression idéologique de l’ennemi de classe est inacceptable.

La critique des expériences progressistes peut et même doit se faire mais sans oublier le principal : une barricade n’a que deux côtés.

Pour finir, rappelons à ceux qui confondent BFM, France 2 et Libération avec les peuples d’Amérique Latine un extrait de la résolution du Forum de Sao Paulo qui s’est tenu à La Havane du 15 au 17 juillet 2018 et qui émanent de 625 délégués appartenant à 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux, intellectuels, des observateurs d’une vingtaine de pays non latinos ainsi que 60 parlementaires venus du monde entier *:

« Nous rejetons de manière énergique la politique interventionniste des États-Unis dans les affaires internes du Nicaragua sandiniste, pays dans lequel est mise en œuvre la méthode appliquée par l’impérialisme nord-américain aux pays qui ne répondent pas à ses intérêts hégémoniques, causant la violence, la destruction et la mort à travers la manipulation et l’action déstabilisatrice des groupes terroristes de la droite “golpista”. »

En ce qui concerne le PRCF, sa main ne tremble pas pour écrire :

Solidarité avec le FSLN et Daniel Ortega, dirigeant du Front sandiniste, réélu avec 72.5 % des suffrages le 6 novembre 2016.

Solidarité avec le peuple du Nicaraguaface a l’agression de l’impérialisme yankee, àl’ingérence de l’OEA et à la méprisable soumission aux intérêts de la Maison blanche par les agissements de son secrétaire national Luis Almagro et des ses complices locaux : le groupe de lima !

 

 

 

*Étaient donc présents à ce FSP les partis de gauche, communistes, progressistes etc de l’Argentine, d’Aruba, des Barbades, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, de Cuba, de Curaçao, d’Équateur, du Salvador, du Guatemala, de Haití, du Honduras, de la Martinique, du Mexique, du Nicaragua, de Panamá, du Paraguay, du Pérou, de Porto Rico, de la République dominicaine, de Trinidad et Tobago, d’Uruguay et du Venezuela.

Au nom du mouvement populaire, se sont également exprimés : l’ALBA Mouvements, l’Assemblée internationale des peuples, le Groupe de travail pour la démocratie et contre le néolibéralisme, le Réseau en défense de l’humanité, l’Assemblée des peuples de la Caraïbe, la Coordination latino-américaine des organisations rurales (CLOC), Vía Campesina, la Marche mondiale des femmes, la Rencontre syndicale de notre Amérique, le Front continental des organisations communales, les Amis de la terre, Latindad, le Mouvement des affectés par les barrages, etc.

Des présidents ont honoré le FSP de leur présence Miguel Díaz Canel (Cuba), Nicolás Maduro (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Salvador Sánchez Cerén (El Salvador) ; le premier ministre de Saint-Vincent-et les-Grenadines, Ralphs Goncalves ; les ex-chefs d’ Etats Dilma Rousseff (Brésil), Manuel Zelaya (Honduras), Martín Torrijos (Panamá), Kenny Anthony (Sainte-Lucie) ; l’ex-premier ministre Denzil Douglas (Saint-Christophe-et-Nieves) ; des figures de premier plan comme l’ex-sénatrice colombienne Piedad Córdoba ; Adán Chávez, frère de feu Hugo ; Oscar López Rivera, dirigeant indépendantiste portoricain emprisonné pendant plus de trente-cinq ans dans les geôles étatsuniennes, récemment libéré le 17 mai 2017, à 74 ans. Et Raoul Castro premier secrétaire du PC Cubain.

(sources M. Lemoine article sus-cité).