Lettre aux 35 000 maires de France


Même si le nombre de communes a été arbitrairement réduit depuis 2014, les 35 000 communes de France héritées de notre histoire multiséculaire et revivifiées par la Révolution française forment les cellules de base de la République française. Or, vous êtes bien placé(e) pour le constater, la démocratie communale est gravement entravée et asphyxiée par la conjonction de cinq facteurs indissociables de la néfaste politique hexagonale et européenne :

  • Depuis des décennies, les subventions d’État aux communes et les impôts locaux touchant le patronat et alimentant les caisses communales – notamment la taxe professionnelle – ont été massivement diminués, voire supprimés. De plus, sous le faux prétexte de « décentralisation », l’État a transféré aux collectivités territoriales toutes sortes de fonctions qui lui étaient jusqu’alors imputables sans fournir, bien entendu, les contreparties financières correspondantes ; ces transferts et suppressions ont fortement frappé, notamment, les communes ouvrières, les banlieues des « métropoles » et les communes rurales.
  • Placés sous la contrainte permanente de l’euro et des critères d’austérité de Maastricht, les services publics d’État (hôpitaux et maternités, bureaux de poste, commissariats et gendarmeries, gares, services EDF/GDF, Équipement et routes, administrations, Télécoms…) se sont gravement rétractés, quand ils ne sont pas carrément retirés des territoires, laissant place aux privatisations, à la sous-traitance ou… au néant, avec tout ce que cela impose de surcoûts, de frustrations et d’inégalités pour les collectivités territoriales.
  • La démocratie communale a été de plus en plus bâillonnée, les communes, notamment ouvrières, rurales et « périphériques », étant contraintes de se soumettre à de puissantes structures supra-communales monopolisant le pouvoir de décision et devenant les interlocutrices privilégiées des grandes entreprises et des « investisseurs ». Dans le même temps, les centres-villes et les petits commerces de nos petites et moyennes communes ont périclité, laissant place aux « villes-centres », aux « métropoles » et aux centres commerciaux géants et déshumanisés promus par les directions de métropoles qui font trop souvent la part belle aux entreprises capitalistes mondialisées.
  • le « produire en France » industriel, agricole et artisanal – y compris la pêche – a été sacrifié sur l’autel de la financiarisation et de la tertiarisation exagérées de l’économie, l’UE se définissant elle-même comme une « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». Les très grandes entreprises disposent ainsi d’un avantage certain pour délocaliser et fusionner à l’échelle mondiale, tout en désertant le territoire national et en sacrifiant au tout-profit maximal la vitalité socioéconomique de territoires entiers.
  • Eux aussi soumis à la contrainte européenne néolibérale et aux pressions du MEDEF, les salaires, les retraites, les indemnités chômage et la protection sociale issues des avancées de 1906, de 1910, de 1936, de 1945 et de 1968 sont en rétraction constante, sans parler des aides au logement social, ce qui oblige là encore les maires à d’intenables acrobaties pour empêcher nombre de concitoyens de sombrer dans la misère – une étude récente montre que près d’un foyer sur trois ne peut plus faire trois repas par jour en France.

Face à cette politique dévastatrice qui plonge notre pays dans une dépression sociale collective (que l’épidémie et son traitement gouvernemental chaotique ont aggravée, mais non pas créée), certains veulent encore accélérer dans le sens néolibéral : c’est le cas d’Emmanuel Macron, fidèle féal des institutions supranationales et des marchés financiers dont il est issu. Le risque à court terme est de voir notre pays, la France, et ses structures républicaines –État national, départements, communes – se dissoudre définitivement dans les institutions antidémocratiques de l’euro-mondialisation capitaliste : métropoles, euro-régions à l’allemande, UE en voie d’arrimage, via le CETA, le TAFTA et l’OTAN, à ce que le MEDEF appelle l' »Union transatlantique ».

Nous, militants franchement communistes, à la fois patriotes et internationalistes du PRCF, mettons aussi en garde contre l’alternative mortifère du RN et de ceux qui gravitent autour de lui, les Dupont-Aignan, Philippot et autre Asselineau – lesquels agissent désormais ensemble au grand jour. Non seulement parce que le rassemblement lepéniste ne veut pas sortir la France du broyeur de l’UE, de l’euro, de Schengen et de l’OTAN, non seulement parce que ses dirigeants ne veulent à aucun prix affronter si peu que ce soit le grand capital, mais parce que s’engager dans la voie honteuse de la xénophobie ouvrirait en France la voie de la guerre civile tout en faisant le jeu des intégrismes religieux.

Ne croyons pas davantage à la pseudo « alternative » d’une fausse gauche discréditée, dont les diverses maisons rivales promettent « l’Europe sociale » dans le cadre d’une UE entièrement conçue par et pour le grand capital. À défaut de mobiliser les classes populaires, le projet inconsistant d’une union des euro-gauches flanquées des euro-écologistes ne servira qu’à rabattre sur E. Macron, en broyant à nouveau notre peuple entre les deux mâchoires capitalistes – si ce n’est fascisantes – de la « construction » euro-atlantique « en marche ».

Continuateur idéologique du grand qui impulsa le Front populaire, anima la Résistance armée à l’Occupant et impulsa les avancées sociales du CNR et de la Libération, le Pôle de Renaissance Communiste en France m’a donc chargé de mener la bataille d’idées et de programme pour qu’émerge en notre pays une candidature et surtout, un programme-candidat rouge et tricolore à l’occasion de la bataille prochaine de la présidentielle et des législatives. Car si une telle candidature n’émerge pas à temps, qui osera proposer haut et fort le Frexit progressiste et la visée du socialisme pour notre pays ? Qui rouvrira une perspective politique aux luttes sociales ? Qui pourra revitaliser l’aspiration émergeant des luttes sociales, des résistances civiques et du mouvement des Gilets jaunes, à une République une et indivisible, sociale et laïque, indépendante et souveraine, populaire et démocratique, fraternelle, écologiste et pacifique, nationalisant les secteurs-clés de l’économie et ancrée dans les communes et départements, afin de reconstruire le produire en France et de briser à temps le désespérant et mortifère faux « duel » et vrai duo Macron-Le Pen ?

L’émergence d’une alternative rouge et tricolore est en outre indispensable pour que les communes, dont le nom parcourt toute notre histoire émancipatrice des « jurées-communes » médiévales aux Communes prolétariennes de Paris, de Lyon et de Marseille, retrouvent leur place, stratégique, dans la renaissance démocratique de notre pays.

Je me permets de vous joindre un lien vers 30 mesures d’urgences que le PRCF met en débat à l’entrée des entreprises et durant la bataille prochaine des régionales et des départementales, puis de la présidentielle et des législatives : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/les-30-priorites-urgentes-pour-de-nouveaux-jours-heureux-tract-prcf/#1 ; nous attirons en particulier votre attention sur la mesure d’urgence portant sur les collectivités territoriales : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/mesure-n2-retablir-lautonomie-communale-et-le-triptyque-administratif-en-faveur-de-la-republique-une-et-indivisible/

Au-delà, vous pouvez chaque jour vous faire une idée des positions du PRCF en visitant son site national www.initiative-communiste.fr, et en en découvrant son programme – en cours d’actualisation : 2017 : remettre l’histoire dans le bon sens avec le programme du PRCF ! – INITIATIVE COMMUNISTE

Je reste à votre disposition pour tout contact téléphonique, électronique ou présentiel et tout en vous remerciant pour votre retour, je vous prie de croire, Madame la Maire, Monsieur le Maire, à mon profond respect républicain.

Fadi Kassem

Âgé de 37 ans, Fadi Kassem est syndicaliste enseignant,professeur agrégé de l’Université et diplômé de Sciences Po Paris.