Coronavirus : La macronie déclare la guerre… aux conquêtes sociales et démocratiques

Déclaration du Secrétariat national du PRCF, 19 mars 2020

Une tardive prise de conscience de l’ampleur de la catastrophe…

Totalement dépassé par les événements et faisant preuve d’une inconséquence criminelle – au point de déclarer fier-à-bras le 6 mars 2020, en se rendant au théâtre : « Il ne faut pas, sauf pour les populations fragiles, modifier les habitudes de sortie », puis de maintenir le premier tour des élections municipales –, Emmanuel Macron a tardivement pris conscience de la gravité de la situation face à une pandémie qui a tué 89 personnes en 24 heures ce mercredi 18 mars 2020. Appelant à l’« union nationale » et à la « solidarité », puis déclarant d’un ton martial que « nous sommes en guerre » lors de ses deux interventions des jeudi 12 et lundi 16 mars, Macron a achevé sa dernière intervention par un passage bien mystérieux, fidèle à sa prétentieuse « pensée complexe » : « Cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences. »

            N’imaginons surtout pas qu’il s’agit d’un mea culpa au sujet de la désastreuse politique d’euro-casse des services publics menée depuis des décennies et amplifiée par Macron et Philippe, touchant notamment les structures hospitalières comme en témoignent chaque jour un personnel acculé, éreinté et en colère depuis des années, mais aussi des hôpitaux saturés et un manque flagrant de matériel médical – heureusement que la Chine socialiste aide ! Au contraire : dans son intervention du 18 mars, Édouard Philippe a dévoilé les grandes lignes de la loi créant un « état d’urgence sanitaire » qui sera soumis au vote du Parlement.

            Bien entendu, le PRCF approuve la nécessité de recourir à des mesures fortes en cas de crise sanitaire grave exceptionnelle menaçant la santé et la vie de la population, et ainsi mieux anticiper le risque d’épidémie que ne l’a fait ce gouvernement qui n’a pas voulu voir la gravité de la situation actuelle. En ce sens, le PRCF renouvelle fermement son appel à faire preuve de discipline individuelle (en pratiquant les « gestes barrière » et en complétant sincèrement les autorisations de circulation) ET collective. Il intime particulièrement les patrons d’entreprises et certains chefs d’établissements publics bien trop laxistes ou pétris d’autoritarisme, bien plus préoccupés par leurs profits et leur carrière pour nombre d’entre eux que de la santé des travailleurs dans des secteurs pourtant non essentiels à la lutte contre l’épidémie, à appliquer strictement les consignes sanitaires pour les travailleurs – et le cas échéant, en appelant les travailleurs à cesser le travail et à faire jouer leur droit de retrait : nos vies passent avant leurs profits ! Ainsi, le PRCF réclame d’urgence l’arrêt effectif de toutes les entreprises non essentielles dans le contexte actuel, comme le revendiquent les syndicats – CGT en tête.

… débouchant sur un « état d’urgence sanitaire » menaçant les conquêtes sociales !

Mais derrière l’« état d’urgence sanitaire » se cache une réalité plus sordide pour nombre de conquêtes sociales et démocratiques arrachées de haute lutte. En effet, l’article 5 du projet de loi affirmant que « l’état d’urgence sanitaire peut être déclaré […] en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en jeu par sa nature et sa gravité, la santé de la population », il devient dès lors possible de déclarer un tel état d’urgence pour une épidémie de grippe qui, rappelons-le, affecte chaque année entre 2 et 6 millions de personnes, soit jusqu’à près de 10% de la population nationale. Ceci est d’autant plus inquiétant que, selon l’article 10, le Premier ministre peut prendre par décret « les mesures générales limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion » ; ces mesures ont beau être « proportionnées aux risques et encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu », seul le Premier ministre a le pouvoir de prendre ces mesures et d’y mettre fin, sans contrôle de l’Assemblée nationale et du Sénat simplement « informés » et pouvant uniquement « requérir toute information dans le cadre du contrôle et de l’évaluation de ces mesures » (article 9). Ne doutons pas que la « liberté de réunion », en particulier celle des opposants au pouvoir macronien, sera particulièrement visée…

Plus grave encore, les « mesures d’urgence économique » au titre III du projet de loi donnent le pouvoir au gouvernement d’agir par ordonnances pour prendre des « mesures provisoires » – sans aucune date limite, donnant la possibilité de les prolonger après la fin de la crise sanitaire ! – « en matière de droit du travail, de droit de la sécurité sociale et de droit de la fonction publique ». Ainsi, l’article 17 permet :

  1. De « modifier les conditions d’acquisition des congés payés et (…) à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail et des jours de repos affectés sur le compte épargne-temps en salarié, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités d’utilisation définis par le livre Ier de la troisième partie du code de travail, les conventions et accords collectifs ainsi que par le statut général de la fonction publique » (article 17 c) iii)) ;
  2.   « Aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger de droit aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical » (article 17) c) iv)).

La macronie en guerre contre les travailleurs

Instrumentalisant honteusement la pandémie, le gouvernement déclare la guerre aux travailleurs, à l’image du ministre de l’Économie Bruno Le Maire « invitant » « tous les salariés des entreprises encore ouvertes » à aller travailler, et affirmant avec aplomb que les entreprises et les banques doivent jouer le jeu… sans prévoir aucune sanction en cas de manquements – régulièrement rapportés par les travailleurs – à l’encontre de patrons, voire de cadres inconscients de la fonction publique, pour faire respecter les normes sanitaires. Et en ce jeudi 19 mars, Macron exhorte les salariés et les entreprises à poursuivre leur activité, insistant sur « l’importance pour les salariés des entreprises qui se sont mis en conformité avec les règles sanitaires d’aller travailler sur les sites de production » : avec des transports réduits ?! faut-il dès lors ouvrir de nouveau les établissements scolaires et les crèches ?! Macron, Philippe et leurs laquais pratiquent en réalité le confinement à géométrie variable, transformant les droits sociaux et sanitaires des travailleurs en variable d’ajustement.

Mais peut-on attendre autre chose de la part d’un gouvernement incapable depuis des mois d’anticiper et de planifier la fabrication massive de masque ou de gel hydro-alcoolique, leur livraison régulière aux personnels soignants et le renforcement en urgence d’un hôpital où l’on a détruit 100 000 lits en vingt ans ? D’un gouvernement diffusant pendant des semaines l’idée que le coronavirus ne débouchait au pire que sur une « grippette » et appelant à mener une vie normale, avant d’annoncer officiellement la fermeture des crèches et de tous les établissements scolaires – au point de surprendre jusqu’au ministre de l’Éducation nationale jurant ses grands dieux quelques minutes avant qu’on ne fermerait pas les écoles ? D’un gouvernement insultant et matraquant les travailleurs des services publics tout en détruisant leurs régimes de retraite, avant de les transformer en « héros » du jour au lendemain face à la réalité incontestable de leur rôle irremplaçable pour le bien commun ?

Peut-on attendre autre chose de la part d’un gouvernement qui, dans la continuité de la loi chômage adoptée en 2016 par le biais du 49-3 par El Khomri, Valls et… Macron (alors ministre de l’Économie) ayant détruit le code du travail, a prolongé « l’œuvre » de Hollande/Valls avec les ordonnances Macron de 2017 déstructurant le code du travail, a « ouvert à la concurrence » la SNCF en 2018, mis en place un jour de carence et confirmé le gel du point d’indice pour les fonctionnaires, et attaqué les retraites par répartition (dont le projet de loi est « suspendu » temporairement) et l’assurance-chômage ? Faut-il rappeler que Macron fut l’un des inspirateurs majeurs du rapport rédigé en 2010 par la « Commission pour la libération de la croissance » présidée par Jacques Attali (laquais de tous les présidents de la République depuis François Mitterrand), et remis à Nicolas Sarkozy, pour « sortir de la crise » ? Une commission dans laquelle se trouvait depuis 2007 un certain… Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF depuis 2018 : la coupe capitaliste est pleine !

Ce projet de loi confirme plus que jamais le caractère fondamentalement autoritaire et antisocial du gouvernement Philippe et de Macron qui, tout heureux de satisfaire les desiderata du MEDEF et d’appliquer leur folie néolibérale, détruisent les conquêtes sociales et démocratiques arrachées de haute lutte – ainsi du repos dominical obtenu à la suite de la grande grève du 1er mai 1906 consécutive à l’effroyable mise à mort des mineurs de Courrières par leurs patrons rapaces et inhumains – et menacent plus que jamais les libertés publiques. Ce faisant, Macron et Philippe accélèrent l’euro-fascisation en affaiblissant considérablement les droits des travailleurs, mais aussi en méprisant et ignorant les syndicats – dont la stratégie « d’accompagnement » prônée par nombre d’états-majors confédéraux relève de la sottise et de la collaboration de classe.

L’UE du Capital poursuit sa guerre de classe contre les travailleurs

Comment ne pas voir enfin que tout cela se passe dans le cadre d’une « Union européenne » – dont la crise sanitaire actuelle démontre l’inanité totale… sauf pour renflouer les banques et les grandes entreprises ! – qui « recommandait » il y a peu à la France de « réformer » son système de retraites, qui ne prend la parole, par la bouche d’Ursula von der Leyen, que pour sanctuariser le marché unique européen, qui promeut fanatiquement la « concurrence libre et non faussée », qui a défendu « l’ouverture à la concurrence » de la SNCF, qui a inspiré la loi El Khomri et qui sert de cadre législatif référentiel pour l’article 17 du présent projet de loi, un article qui se veut « conforme au droit de l’Union européenne » : à quand la semaine de travail à 48 heures (c’est le tarif adopté par l’UE) ou la disparition d’une semaine de congés payés (l’UE n’en retenant que quatre a minima), toutes choses permises par l’actuel projet de loi ?!

Comment oublier que l’UE, qui impose des coupes budgétaires aux services publics et contraint via l’euro aux délocalisations et aux privatisations, est la cause non seulement de la fermeture de dizaines de milliers de lits d’hôpitaux dont nous manquons cruellement aujourd’hui, mais aussi de la disparition des usines qui seraient si utiles pour affronter la pandémie ? Résultat : la 6e puissance économique mondiale, totalement désindustrialisée, est incapable de fabriquer les masques, le gel hydroalcoolique et les respirateurs dont sa population malade a besoin !

Comment ne pas souligner qu’une nouvelle fois, la Banque centrale européenne (BCE), qui a plongé les travailleurs dans le chaos et la misère par ses mémorandums et directives austéritaires en refusant de soutenir les États alors que la crise financière menace les marchés financiers, distribue désormais massivement 750 milliards d’euros aux milliardaires, après avoir systématiquement refusé de satisfaire le juste développement et les besoins des travailleurs ? Non, ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise systémique du capitalisme ; oui les moyens de production doivent être sauvés : pour cela, ils doivent être nationalisés, sans indemnités et placés sous le contrôle du peuple souverain.

En finir avec le coronavirus… et Macron/Philippe, le MEDEF et l’UE !

Le PRCF, soutenu par les JRCF, combat et continuera de combattre le coronavirus, en soutenant totalement l’ensemble des travailleurs directement confrontés à la pandémie, des métiers du secteur hospitalier et de la santé, aux enseignants volontaires pour garder les enfants du personnel hospitalier, des employés de supermarchés aux artisans et petits commerçants, des cheminots et conducteurs de bus, train, métro et taxi aux transporteurs routiers, des policiers aux pompiers. Responsables et conscients de la gravité de la situation, les militants du PRCF et des JRCF appliquent et continueront d’appliquer avec discipline et rigueur les consignes de sécurité sanitaire – dont la Chine populaire inlassablement calomniée a donné le signal –, et veilleront en particulier à ce que les droits à la protection et à la sécurité sanitaires des travailleurs soient respectés. De même, le PRCF soutient et continuera de soutenir les mesures nécessaires bien délimitées temporellement et contrôlées démocratiquement pour faire face à de nouvelles pandémies exceptionnelles menaçant la santé et la vie des populations.

C’est pourquoi, parallèlement, le PRCF combat et continuera de combattre un pouvoir macronien irresponsable et inconséquent, multipliant les injonctions contradictoires, mettant en danger la santé et la vie des travailleurs, se pliant aux desiderata du capital et profitant cyniquement de l’actuelle crise sanitaire pour attaquer les travailleurs et détruire encore plus les conquêtes sociales et démocratiques obtenues de haute lutte.

La pandémie du coronavirus, symbole de l’échec pitoyable de la « mondialisation (capitaliste) heureuse », révèle chaque jour davantage la réalité du pouvoir capitaliste, européiste et atlantiste. Face au camp de la mort que représentent l’UE, le MEDEF ainsi que Macron/Philippe et leurs laquais, et pour en finir avec l’euro-fascisation assimilant le communisme au nazisme, l’euro-destruction des conquêtes sociales et démocratiques, l’euro-dissolution de la France et de la République, il est VITAL de sortir de l’euro, de l’UE, de l’OTAN ET du capitalisme exterministe qui détruit l’environnement, la santé, les conquêtes sociales et démocratiques… et tout simplement la vie humaine.