39e congrès du PCF, du “Que faire ?” au “C’est quand qu’on va où ?” – par Georges Gastaud

Fabien Rousel secrétaire national du () et président du conseil national du PCF (PGE) et co secrétaire général du PGE

, membre du PCF de 1971 à 2004, co-secrétaire national du PRCF

Un certain nombre de membres du Comité central du PCF qui animent par ailleurs le “réseau” Faire vivre et renforcer le PCF (C. Andréani, M.-C. Burricand, M. Carbonnier, C. Gimenez, G. Gourlot, A. Manauthon, J.-P. Meyer, M. Picard, H. Poly, D. Trannoy) viennent de publier une sorte de lettre ouverte au CC du PCF ; ils y demandent que se tienne en 2021 le 39ème congrès du PCF pour ” travailler à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 ». Le but serait d’y désigner un candidat communiste à la présidentielle et d’y “décider de l’esprit et du contenu de notre campagne”. Nous ne pouvons que noter trois choses au sujet de cette lettre ouverte :

1°) comme à l’époque où Pierre Laurent dirigeait le PCF, ces camarades qui sont censés faire partie de la même majorité que l’actuel secrétaire national, , en sont à faire pression par voie publique sur leur direction nationale pour tenter de se faire entendre… 

2°) leur demande, à propos du contenu d’un hypothétique 39e congrès tenu en 2021, est fort timide : il s’agirait juste de demander l’exécution d’une résolution – d’ailleurs bien floue – prise au… 38e congrès, et stipulant que « le Parti doit travailler à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 ». Pourquoi faudrait-il un 39e congrès du PCF pour appliquer une décision prise par le 38e ? Serait-ce parce qu’il faut bien constater que, Laurent ou Roussel à la barre, le PCF continue à ne pas appliquer ses propres décisions et à naviguer à vue en fonction des échéances électorales et des rapports avec les autres forces de gauche ? On ne saurait plus clairement avouer que le PCF, en réalité, tourne en rond de congrès en congrès, et que la ligne “rousselienne”, si ligne il y a, n’est pas plus claire que ne l’était la non-ligne laurentienne toute d’asservissement au PS. Preuve pratique: l’un des signataires de la lettre au CC que nous commentons ici, le camarade Hervé Poly – qui dirige la fédération PCF du Pas-de-Calais – a tout fait dans son département lors des dernières municipales pour qu’il y ait l’union PS/PCF dès le premier tour, y compris à Lens où cela n’avait jamais été le cas. Serait-ce parce qu’il y a un siège de sénateur/-trice PCF à sauver à tout prix dans les années qui viennent? Que c’est beau, l’ “identité communiste” défendue par de tels “marxistes”!

3°) à aucun moment, dans cet appel à précipiter l’échéance du 39e congrès, les chefs de file de “FVD-PCF” ne font état d’un quelconque contenu politique. Le PRCF l’a dit dans une lettre ouverte à Fabien Roussel à laquelle il n’a pas daigné répondre, une candidature “communiste” ne serait que trompe-l’oeil politique si, à cette occasion, n’étaient pas fortement posées devant la classe ouvrière les deux questions majeures (il y en a certes d’autres) qui peuvent faire la différence entre, d’une part, une candidature franchement communiste et, d’autre part, une candidature euro- et socialo-soumise. Et ces deux questions majeures sont celle du Frexit progressiste, de la rupture par la gauche avec l’UE du capital, et celle du socialisme, laquelle passe notamment, sans s’y réduire, par une grande bataille pour la nationalisation/socialisation des secteurs clés de l’économie. Toutes exigences qui feraient sauter au plafond, non seulement le Parti de la gauche européenne – qui défend l’euro et maudit l’idée d’indépendance nationale – , mais la “section économique” du PCF, hostile depuis longtemps aux idées de nationalisation et d’expropriation franche du grand capital. 

Espérons pour eux que les dix camarades qui viennent d’écrire cette lettre au Comité Central auront une réponse positive, et surtout, franche, de la part de Fabien Roussel, et non pas l’éternelle valse-hésitation d’un parti mutant. Un parti qui, depuis qu’il a rompu avec le marxisme-léninisme (et cela date, non du congrès de Martigues de 2000, comme certains en répandent le bruit mensonger, mais, très officiellement, du 29e congrès de 1979), court, de moins en moins vite d’ailleurs, comme un canard sans tête dont la social-démocratie est en passe d’arracher les derniers duvets.

Il est vrai que dans ses très plates réponses à la Pravda, Fabien Roussel avait donné des gages, non pas à la gauche de son Comité Central, mais à son aile droite, le très pro-PS vice-président du Sénat et ex-président du Parti de la gauche européenne, M. Pierre Laurent, par ailleurs président du Conseil national du PCF. En effet, F. Roussel répondait froidement à son interlocuteur russe que, “avec Pierre Laurent, l’ancien secrétaire national, nous partageons un objectif commun et l’unité du parti est importante pour nous“. Clairement donc, Fabien Roussel privilégie les relations diplomatiques avec son aile droite au nom de “l’unité (sans contenu !) du parti”, au lieu de privilégier son aile “identitaire”… laquelle d’ailleurs croit sans doute “tactique” de ne pas parler de contenu politique à ce stade (pas un mot sur la question européenne dans la lettre de FVR-PCF!). Force est de constater d’ailleurs, que cette aile dite identitaire du PCF préfère solliciter sans fruit M. Roussel plutôt que de reprendre le dialogue avec les militants qui, à l’instar des militants franchement communistes du PRCF, font vivre au quotidien une organisation léniniste qui a rompu les fils de l’euro- et de la socialo-dépendance.

Lors du congrès de Tours dont nous commémorerons bientôt le 100ème anniversaire (affiliation dans la douleur du PS français à l’Internationale communiste, rupture organisationnelle catégorique de la majorité communiste de Cachin avec la minorité socialiste de Blum ainsi qu’avec les hésitants “centristes”  de Longuet), ce fut l’inverse qui se produisit et qui permit la naissance du PCF de combat que l’ “eurocommunisme” des années 1970/80, puis la “mutation” des années 90/2000 ont détruit pour le plus grand profit des capitalistes : en 1920, les “gauches” (intérieures et extérieures au Parti, y compris nombre de syndicalistes sans carte politique) se sont unies et ORGANISEES entre elles, elles ont rompu avec TOUS les réformistes, elles ont privilégié la lutte de masse (grandes grèves de 1920) et ont affranchi la classe ouvrière de la tutelle bourgeoise que matérialisait l’appartenance de certains marxistes d’apparat à un parti réformiste.

La question est ainsi posée à Fabien Roussel, préfère-t-il l’unité à tout prix avec Laurent, et à travers lui, avec la “gauche plurielle” favorable à l’UE, ou préfère-t-il l’unité avec son aile “identitaire” ? Force est de constater que la réponse de Roussel a déjà été donnée dans l’entretien de Roussel à la Pravda et que, si tel n’était pas tristement le cas, la Lettre de FVR-PCF n’aurait aucune raison d’être. 

Mais en réalité la question est surtout posée à FVR-PCF elle-même. Préférerez-vous éternellement, camarades, vous enfermer dans un tête à tête sans perspective avec une direction mutante ou semi-mutante qui manie l’anti-mélenchonisme primaire comme toujours mieux relancer in fine l’union de la gauche sous hégémonie PS, ou bien vous déciderez-vous à créer avec nous, forces communistes extérieures au PCF euro-muté,  les conditions d’une reconstruction du parti de combat dont le peuple de France a vitalement besoin pour résister et reprendre l’offensive?

Quant au PRCF, considérant qu’il y a urgence absolue tant est avancée la fascisation de la France (cf la loi dite de “sécurité globale”) et son euro-dislocation pure et simple (cf le dépeçage final programmé d’EDF), il s’efforce de tenir tous les bouts de la chaîne : il tend encore une fois fraternellement la main aux ultimes marxistes encore organisés dans le PCF, il dialogue avec les forces qui se réclament de la Reconstruction communiste (cf le texte commun “Faire face à l’euro-fascisation” signé récemment par diverses organisations communistes), et surtout, sous l’impulsion de notre jeune co-secrétaire national, le camarade Fadi Kassem, le PRCF mène sa propre pré-campagne présidentielle franchement communiste tournée vers le Frexit progressiste et vers le socialisme pour la France.  


Les raisons d’un congrès en 2021

Membres du Conseil National, nous livrons notre réflexion sur l’échéance des présidentielles et le calendrier 2021.

« Le Parti doit travailler à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 »
Cette décision du 38ème congrès s’ancre dans la volonté de faire du PCF le grand parti visible, influent et révolutionnaire dont le peuple a besoin aujourd’hui dans son combat contre le capital. La reconquête de son influence est une condition de l’issue politique.
Il appartient aux communistes de confirmer cette décision de congrès et de désigner leur candidate ou candidat.
Le conseil national doit lancer sans tarder le processus de décision. Il passe par un appel à candidatures, une conférence nationale et un vote des communistes pour décider d’une candidature et désigner leur candidate ou candidat.
Certains, arguant du calendrier compliqué de cette année 2021, voudraient s’en tenir là.
Ce serait douteux quant à la souveraineté des communistes, car statutairement le congrès doit se tenir en 2021.
Ce serait hasardeux, car notre congrès se trouverait repoussé après les présidentielles et législatives de 2022, pour s’étaler jusqu’à 2023. Et personne dans la période que nous traversons ne peut garantir que les conditions de tenue d’un congrès seront plus faciles en 2022/2023.
Ce serait inefficace quant à la bataille que les communistes auront à mener pour les élections présidentielles et législatives. Les communistes doivent pouvoir prendre le temps du débat, dans leurs sections et leurs fédérations à l’occasion de leurs conférences, le congrès sera ensuite en mesure de définir la stratégie qui sera la nôtre.
Oui, un congrès dans cette année 2021 contribuera à la dynamique dont nous avons besoin pour les combats à venir.

Il nous aidera à affronter trois défis.

Le premier défi est celui de la nature de l’élection présidentielle.
Le 38ème congrès ne se contentait pas d’affirmer la nécessité d’une candidature communiste à la présidentielle. Il soulignait aussi la nature contradictoire de cette élection.
« L’élection présidentielle est un moment structurant de la vie politique. Si elle bride les potentialités du mouvement populaire en les conditionnant à une personnalisation du débat politique, surdétermine l’ensemble des échéances électorales, elle est
incontestablement l’occasion pour chaque formation de mettre en débat son projet et ses idées à l’échelle du pays.
 »
Dépasser cette contradiction mérite bien une réflexion et une construction collective des communistes pour décider de l’esprit et du contenu de notre campagne. Des conférences de section et départementales jusqu’au congrès national, les communistes doivent pouvoir prendre le temps du débat stratégique.

Le deuxième défi est celui de notre organisation.
Notre parti n’a pas mené de campagnes présidentielles depuis 2007, soit presque 15 ans. Dès maintenant, cette campagne nécessite un effort d’organisation important permettant la mise en mouvement des communistes. Le traitement médiatique de notre candidate ou candidat sera, quels que soient ses talents, un combat.
La campagne devra se décliner dans les entreprises et les quartiers, au plus près des électrices et électeurs et cela sur plusieurs mois.
Le congrès du PCF est un moment fort de rencontre et de mise en mouvement de tous les communistes, tous candidats. Ne nous en privons pas.

Le troisième défi est celui de notre unité.
Cette campagne sera en quelque sorte un exercice pratique stratégique, une déclinaison de notre projet. Son esprit comme son contenu doivent se construire avec les communistes, c’est-à-dire dans des débats sans tabou et fraternels qui permettront par des décisions partagées de tous, de se sentir candidats des présidentielles aux législatives.

Oui il faut un congrès en 2021 et il est bien temps de le convoquer.

Ce texte est co-écrit par les membres du CN suivant : Caroline Andréani, Marie-Christine Burricand, Michèle Carbonnier, Clara Gimenez, Gilles Gourlot, Fabienne Lefevre, Anne Manauthon, Jean-Pierre Meyer, Michèle Picard, Hervé Poly, Danièle Trannoy.

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