Syndicalisme : interview de Stéphane Sirot auteur de “1884 des syndicats pour la République”

Nous reproduisons ci-après l’entretien donné par l’historien Stéphane Sirot à l’Humanité Dimanche au sujet du syndicalisme en France.

« La République a toujours voulu faire des syndicats la béquille de l’État » Stéphane Sirot Historien

1884 des syndicats pour la république sirotStéphane Sirot est Historien, spécialiste de l’histoire des grèves et du syndicalisme. Stéphane Sirot enseigne l’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’Université de Cergy-Pontoise et l’histoire des relations sociales à l’Institut d’administration des entreprises de l’Université de Nantes. Il est notamment l’auteur de Maurice Thorez (Presses de Sciences Po, 2000), La grève en France. Une histoire sociale, XIXe-XXe siècle (Odile Jacob, 2002), Les syndicats sont-ils conservateurs ? (Larousse, 2008) et Le syndicalisme, la politique et la grève. France et Europe : XIXe-XXIe siècles (Arbre bleu éditions, 2011). Ainsi que de « 1884. DES SYNDICATS POUR LA RÉPUBLIQUE », (éditions le bord de l’eau collection « 3e CULTURE », 2014)

1884, des syndicats pour la République

Après le coup d’arrêt répressif qui suit la Commune et rétablit la loi Le Chapelier de 1791, prohibant les corporations et les coalitions ouvrières, la jeune IIIe République cherche à s’assurer un certain soutien ouvrier. Dans le même temps, l’action revendicative renaît. Apparaît un socialisme marxisant qui entend soustraire le syndicalisme au seul dialogue entre patronat et proudhoniens anticollectivistes…

Longtemps débattue, la loi du 21 mars 1884 autorise la création de syndicats ou d’associations professionnelles aux droits restreints. Le Parlement veut « intégrer » la classe ouvrière pour limiter les grèves et la « prolifération des sectes socialistes », qui inquiète Jules Ferry. Ces syndicats sont des sociétés de secours mutuel peuplées de « petits capitalistes (…) défenseurs de l’ordre », selon Marcel Barthe. Police et justice les contrôlent, notamment via la déclaration préfectorale. Cet objectif est atteint au « tournant des XXe-XXIe siècles », conclut l’auteur. Mais la « neutralisation politique du mouvement syndical » survivra-t-elle à la crise, qui déjà fait renaître l’histoire sociale ?

Annie Lacroix-Riz