À quelques jours du scrutin du premier tour des élections législatives nationales dans notre pays, et après l’annonce des premiers résultats à l’étranger qui ont permis l’élimination du nuisible Valls, dont on peut se réjouir, il existe de nombreuses interrogations à propos des orientations récentes de la Nouvelles Union Populaire, Écologique et Sociale (NUPES), notamment les dernières déclarations du leader de la France Insoumise à propos de la situation en Ukraine qui montre une volte-face par rapport à ses positions de principes sur le non-alignement et l’opposition, à la guerre et à l’OTAN.

Après avoir vécu les conséquences des échecs, et surtout de la trahison, de l’union de la gauche plurielle en 1981, et postérieurement à plusieurs reprises, l’électorat ouvrier-populaire et progressiste qui subsiste dans le pays est en droit de se poser des questions et de douter.

Si Jean Luc Mélenchon a démontré une dynamique populaire certaine autour de sa figure pendant la présidentielle et ce malgré les tentatives de divisions orchestrées par ses ex-collègues du Parti Socialiste et EELV, ainsi que la direction capitularde et liquidationniste du P«C»F qui ont tous fait un score extrêmement faible et dérisoire au vu de leurs capacités mais ont réussi à niveler par le bas le score insoumis et empêché la présence au second tour des présidentielles de JLM , il n’en demeure pas moins que la NUPES soulève des questions et des inquiétudes.

En effet au nom de l’union sacrée de la gauche on voit que de très nombreuses concessions sont faites au PS, parti qui porte sur lui la trahison du programme commun, l’instauration du néolibéralisme d’État en France, qui porte l’inavouable gestion du gouvernement de cohabitation de Jospin et du quinquennat de F. Hollande, qui a accouché de la bête « marcheuse », et qui aujourd’hui porte la responsabilité de la liquidation de la France comme État et comme république. Responsabilité qu’il partage avec la droite libérale qui a changé plus de fois de sigles que son nombre de mandat (RPR-UDF-UMP-LR & cie) et qui est à juste titre détesté par la majorité du peuple et des travailleurs français.

C’est pourquoi il est préoccupant de voir LFI et Mélenchon s’aligner avec ces « comparses » qui traînent de nombreuses casseroles derrière eux même si certains des éléments les plus nocifs ont fait sécession pour rejoindre l’infâme macronie.

Jean Luc Mélenchon qui avait le mérite de maintenir une posture en faveur de la désescalade, du non-alignement vis-à-vis de la situation en Ukraine et des diktats de Washington, ainsi qu’en faveur de la très nécessaire sortie de l’OTAN que le PRCF défend dans son programme, a récemment fait volte-face en affirmant être disposé à livrer des armes au régime ukrainien dont on connaît le caractère progressiste, et reprenant le discours de pathologisation du régime russe et de la figure de Poutine, qui ne fait pas honneur à sa grande culture et à son tact habituel en matière de diplomatie. Il arriverait presque à doubler par la droite Macron qui déclare maintenant qu’il ne faut pas « humilier » Poutine. À la bonne heure !

JLM est connu pour son admiration à la fois de la figure historique du socialiste Jean Jaurès, et de celle de François Mitterrand. Cependant il ne s’agit pas de la même catégorie de « socialistes ». L’un fut assassiné pour la défense, jusqu’aux ultimes conséquences, de ses idéaux socialistes, de la paix, l’autre enterra de son vivant le socialisme français et aussi le communisme. [1]

L’un s’opposa constamment à la guerre impérialiste en Europe jusqu’à la fatidique année 1914, soutint la révolution mexicaine, et même la révolution russe un temps, se fit le défenseur constant des revendications sociales ouvrières et un grand critique de la barbarie capitaliste. Il fut également un ardent défenseur de la laïcité, de la séparation de l’État et des Églises qui déboucha sur la fameuse loi de 1905, et de l’école publique. En bref défenseur de la république sociale.

L’autre collabora en 40-43, il orchestra, sous la IVème république, en tant que ministre de l’Intérieur, la répression systématique du mouvement ouvrier et des communistes en France, ainsi que des peuples colonisés au premier titre duquel le peuple algérien. Il soutint en tout temps la néfaste construction « européenne » sous la houlette de Washington. Il fit sien le PS et à sa tête, trahi le programme commun de la gauche avec le PCF, introduit le néolibéralisme d’État en France, se fit le grand  ami de la « Dame de Fer » au Royaume-Uni, ainsi que du Captain America Ronald Reagan en pleine offensive nucléaire contre l’URSS en 1983. Il paracheva son œuvre en actant l’élimination de la souveraineté monétaire et économique française abandonnée au profit de la monnaie « unique », de l’Euro aligné sur le mark allemand, et acta le tristement célèbre traité de Maastricht dont nous souffrons les conséquences encore aujourd’hui.

JLM et son groupe qui prétendent rompre avec la trahison du PS et reconstruire un mouvement socialiste en France « nouveau » doivent choisir, à l’heure où ils pourraient devenir la principale force d’opposition au parlement, quel socialisme ils veulent incarner.

Soit un socialisme, certes limité dans son réformisme, mais authentique, soit un pseudo-socialisme de capitulation constante face au capitalisme moribond, en d’autres termes une gestion sociale du Capital qui ne pourra amener qu’à la complète déroute des forces progressistes en France et ouvrir le chemin du pouvoir à l’extrême droite, et à la liquidation pure et simple du pays dans l’empire euro-atlantique, ce « saint empire capitaliste » contre lequel Jean Jaurès avait averti qu’il ne pourrait « qu’écraser les demandes prolétaires et les fiertés nationales » s’il se faisait sous l’égide des oligarchies capitalistes occidentales.

BD pour www.initiative-communiste.fr


 

[1] Voir les premiers chapitres de l’excellent livre de l’économiste Rémy Herrera En Luttes, sur l’introduction du néolibéralisme par Mitterrand et le PS et la trahison du programme de la gauche.