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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

Le paradoxe français : de quoi le mépris pour les professeurs de mathématiques et les professeurs en général est-il le nom ?

16 mars 2026
Temps de lecture19 mins de lecture
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Une inversion symbolique et un mépris de classe documentés par les statistiques

À l’occasion de la semaine des mathématiques nous souhaitons rendre hommage à nos enseignants de mathématiques et, à travers eux, à tous nos enseignants.

Car le corps enseignant, coupable de tenir ferme la promesse de l’égalité républicaine, de défendre la raison contre l’obscurantisme et de constituer les plus gros corps de fonctionnaires dans le plus gros service public non marchand de France, ne cesse d’être attaqué par la bourgeoisie qui l’accable de reproches infondés et le harcèle de moqueries pour mieux attaquer la fonction publique et le principe d’une école républicaine publique et gratuite, donc par essence non livrée à la concurrence libre et non faussée imposée et consacrée par le Traité de fonctionnement de l’Union européenne.

Nous avons choisi pour ce faire d’étudier les concours de recrutement tels qu’ils étaient lorsque l’immense majorité de nos enseignants en exercice a été recrutée mais, même dans la situation de crise actuelle, crise de niveau scolaire qui frappe tous les secteurs d’études, l’analyse reste valide.

Introduction

Il existe en France une hiérarchie sociale du prestige qui ne correspond pas à la réalité des sélections académiques. Un ingénieur sorti d’une école recrutant sur le concours CCP (actuel CCINP) — concours qui recrute plus d’un candidat sur deux — bénéficie d’une considération sociale et d’une rémunération supérieures à celles d’un professeur certifié de mathématiques, dont le parcours cumule une sélection universitaire impitoyable et un concours national exigeant. Un médecin, dont la sélection directe est comparable à celle du CAPES, jouit d’un prestige et de revenus sans commune mesure avec ceux d’un agrégé de mathématiques, dont la sélectivité cumulée est pourtant vingt fois supérieure.

Cet article entend démontrer, chiffres à l’appui et en deux étapes, que ce prestige inversé n’a aucune justification académique. Il trouve en revanche une explication solide dans la sociologie des classes dominantes. Il n’entend pas établir une quelqconque et stupide supériorité d’un corps de métier sur un autre.

La sélectivité directe : premier éclairage

Méthode

Le premier indicateur retenu est le taux d’admission brut : nombre d’admis / nombre d’inscrits. Ce critère, appliqué uniformément à tous les concours, permet une première comparaison honnête. Il présente l’avantage de traiter de façon symétrique les candidats absents le jour J — qu’il s’agisse d’un étudiant en CPGE qui s’inscrit à un concours sans intention d’en intégrer certaines des écoles qui recrutent par ce concours ou d’un candidat au CAPES qui abandonne sa préparation en cours de route. Dans les deux cas, l’inscription traduit une intention initiale, et l’absence ou l’échec constitue une forme d’élimination.

On pourra nous opposer que seuls les candidats présents concourent vraiment. Cela est faux. Le concours commence à l’inscription et l’abandon avant l’épreuve est un marqueur de la difficulté de préparation. De plus, de nombreux candidats présents abandonnent avant la fin des épreuves du fait du constat qu’ils ne sont pas au niveau. Enfin, le concours de médecine ou d’ingénieur se passe en début de parcours alors que le CAPES ou l’agrégation se passent en fin de parcours après une validation difficile de plusieurs titres universitaires. Nous y reviendrons dans un second temps.

Première lecture

Dès ce premier niveau d’analyse, le résultat est contre-intuitif. L’agrégation de mathématiques (10,1 %) est deux fois plus sélective que la médecine (~20 %) et cinq fois plus que le groupe CCP (55,2 %). Le CAPES lui-même (17,1 %) est plus sélectif que la médecine. Un ingénieur sorti d’une école du groupe CCP a été recruté par un concours qui admet plus d’un candidat sur deux. Pourtant, aucun discours social ne présente les professeurs certifiés comme une élite plus exclusive que les médecins.

Seuls des concours comme ceux de l’ENS ou de l’X, et dans une moindre mesure Centrale Paris ou Mines Paris, sont plus sélectifs que l’agrégation.

La sélectivité cumulée : la réalité des parcours

Méthode

La sélectivité directe ne mesure que la dernière étape d’un parcours. Or, passer le CAPES ou l’agrégation suppose d’avoir préalablement survécu à la sélection universitaire : réussite de la licence de mathématiques pour le CAPES, réussite jusqu’au master pour l’agrégation. Ces étapes constituent une présélection silencieuse mais redoutable. De même, le parcours médical comporte des abandons et des échecs après le PCEM1 qu’il convient d’intégrer.

La sélectivité cumulée est le produit de tous les taux de passage successifs, du baccalauréat jusqu’à l’obtention du diplôme. La formule est la suivante :

Sélectivité cumulée = taux L1→L2 × taux L2→L3 × taux L3→diplôme × [taux M1→M2 × taux M2→diplôme] × taux d’admission au concours

Les taux de réussite en licence de mathématiques sont issus des données MESR et des évaluations HCERES : 50 % en L1, 66 % en L2, 83 % en L3. Pour le master : 80 % des licenciés poursuivent en M1, 55 % passent directement en M2, 56 % obtiennent le diplôme de master. Pour la médecine : taux de validation du deuxième cycle ~90 %, taux de réussite aux ECN ~92 % des étudiants de deuxième cycle validé.

Calcul pour le CAPES de mathématiques 2008

Un bachelier entrant en licence de mathématiques a moins de 5 chances sur 100 d’être admis au CAPES en cinq ans.

Calcul pour l’agrégation externe de mathématiques 2008

Un bachelier entrant en licence de mathématiques a moins de 1 chance sur 140 d’être agrégé en six ans.

Les candidats à l’agrégation sont, au sens littéral du terme, des survivants d’un processus de sélection cumulée qui élimine 99,3 % des entrants.

Calcul pour la médecine (~2004)

La sélectivité cumulée pour la médecine est de 16 % environ du fait des quelques abandons de parcours au décours des longues études.

Validation interne par le rapport du jury 2008

Cette estimation est confirmée par les données internes du concours. Le rapport du jury de l’agrégation 2008 distingue les résultats par catégorie professionnelle. Les salariés du secteur privé — profil typique des ingénieurs reconvertis, qui disposent d’un niveau mathématique solide mais n’ont pas suivi le parcours universitaire dédié — obtiennent un taux d’admission de 1,1 % (1 admis sur 93 inscrits). Cet ordre de grandeur est parfaitement cohérent avec notre estimation de 0,7 % pour le parcours complet depuis le L1. La méthode est donc validée par les données primaires du concours lui-même et montre le niveau réel de recrutement de l’agrégation externe de mathématiques quand un candidat présentant les conditions de diplôme pour le passer s’y présente sans avoir subi la sélection complète préalable.

Réponse à l’objection : « les meilleurs sont en CPGE »

L’objection et son implicite

Il est fort probable que l’on nous opposera que les meilleurs étudiants s’orientant vers les CPGE plutôt que vers la licence de mathématiques, notre démonstration serait discutable. Or cet argument qui paraît s’appuyer sur une réalité factuelle cache un implicite qu’il faut nommer clairement : les candidats au CAPES et à l’agrégation seraient ceux qui n’ont pas pu faire autre chose. Ceux que la CPGE a rejetés, ou qui n’avaient pas le niveau pour y entrer.

Cet implicite est une illustration parfaite du mépris que nous analysons. Et il est, de surcroît, faux tant sur le plan logique que sur le plan factuel.

Un raisonnement circulaire

Accepter cet implicite conduit à un raisonnement parfaitement circulaire :

— Les profs de maths sont moins bons que les ingénieurs. — Preuve : les meilleurs vont en CPGE, pas en fac de maths. — Comment sait-on que les meilleurs vont en CPGE ? Parce que les ingénieurs sont meilleurs que les profs de maths.

Le raisonnement se mord la queue. Il ne repose sur aucune donnée — il repose sur le préjugé qu’il prétend démontrer.

Qui sont réellement les candidats au CAPES et à l’agrégation ?

La réponse est simple et documentée : ce sont des personnes si passionnées par les mathématiques qu’elles ont choisi d’en faire leur métier. Ce choix n’est pas un choix par défaut — c’est un choix positif, délibéré, souvent au prix d’un renoncement économique considérable.

Or est-ce qu’un ingénieur fait réellement des mathématiques ? En dehors de quelques profils très particuliers — cryptographie, finance quantitative, recherche opérationnelle — un ingénieur ne fait pas de mathématiques et quand il en fait c’est de manière appliquée et dans un cadre contraint. Choisir une carrière d’ingénieur c’est donc pratiquer moins de mathématiques tant dans sa formation que dans sa pratique professionnelle. Les mathématiques de l’ingénieur sont des outils ponctuels au service d’une finalité technique ou économique.

Là encore il faut opposer les faits matériels au préjugé : un titulaire de l’agrégation a suivi 2,5 fois plus de cours de mathématiques qu’un ingénieur de l’école Centrale Nantes. Cela ne compte évidemment pas le travail personnel.

Un candidat au CAPES ou à l’agrégation de mathématiques n’a donc aucun intérêt rationnel à intégrer les Arts et Métiers, les Mines de Nancy, Centrale Nantes, ni même un master de finance ou de cryptographie. Ce n’est pas qu’il ne peut pas — c’est qu’il ne veut pas, parce que son projet est précisément de faire des mathématiques riches et diversifiées et de se former à leur enseignement, pas autre chose.

La réalité des parcours : des choix, pas des échecs

Il est factuellement faux d’affirmer que les lauréats du CAPES et de l’agrégation sont des refusés de CPGE ou des exclus du système CPGE. Pour intégrer une L3 mathématiques il faut passer par un dossier d’admission et présenter les résultats obtenus aux concours à l’issue de la CPGE. Les parcours sont divers — certains viennent de l’université, d’autres de CPGE — mais ils ont en commun un choix actif et réfléchi pour les mathématiques.

La preuve la plus directe est fournie par les parcours eux-mêmes. Parmi les lauréats du CAPES et de l’agrégation externe de mathématiques, on trouve un nombre significatif de candidats qui avaient été admissibles ou admis aux concours d’admission dans les écoles d’ingénieurs et qui ont délibérément choisi de ne pas intégrer ces écoles pour poursuivre un parcours universitaire en mathématiques. Ces candidats avaient le niveau pour devenir ingénieurs. Ils ont choisi de devenir enseignants. Ce choix est une vocation, pas une consolation.

La preuve par les normaliens

Le meilleur indicateur de cet engagement est fourni par les normaliens eux-mêmes. Les élèves de l’ENS — que personne ne soupçonnera d’être les refusés des CPGE — déclinent Centrale Paris et Polytechnique pour intégrer une école qui ne délivre pas de diplôme d’ingénieur, dont les cours sont très souvent organisés directement en UFR à la faculté, et dont la vocation est explicitement la recherche et l’enseignement. Ils font ce choix en connaissance de cause, en sachant parfaitement ce qu’ils abandonnent en termes de revenus futurs et de prestige social immédiat.

Si l’orientation vers les mathématiques pures et l’enseignement était le choix des incapables, les normaliens — qui ont toutes les portes ouvertes — ne feraient pas ce choix. Or ils le font massivement. Et parmi eux, 93,3 % réussissent l’agrégation selon le rapport du jury 2008. (Et même à ce niveau exceptionnel de performance, les salaires et le prestige social est bien moindre que celui d’un ingénieur ou d’un médecin. Il suffit de comparer le revenu d’un médecin généraliste, d’un chargé de recherches CNRS et d’un haut cadre du Cac40?

Par ailleurs ce taux de réussite à l’agrégation des élèves de l’ENS, aussi élevé soit-il, mérite d’être lu à rebours : en 2008, **8 normaliens ont échoué à l’agrégation**. Ces 8 candidats bénéficiaient pourtant de toutes les conditions optimales — études rémunérées, agrégés-préparateurs parmi les meilleurs enseignants de France, ressources pédagogiques exceptionnelles, et un niveau mathématique validé par le concours d’entrée à l’ENS, le plus sélectif du système. Malgré cela, l’agrégation les a éliminés. Plus significatif encore : parmi les normaliens admis en 2008, une part non négligeable a été dépassée au classement par des candidats universitaires ordinaires, sans statut de normalien, sans rémunération, sans agrégés-préparateurs dédiés — des étudiants qui ont préparé ce concours avec les seuls moyens d’une université ordinaire. Ce double constat — des normaliens qui échouent, des universitaires qui les devancent — dit tout de la nature réelle de ce concours et du niveau exceptionnel de ceux qui le réussissent quelle que soit leur origine.

Des mathématiques aux autres disciplines : une inversion symbolique universelle

L’inversion symbolique que nous avons documentée pour les mathématiques n’est pas propre à cette discipline. Elle traverse l’ensemble du système éducatif et s’observe avec la même netteté dans les filières littéraires, révélant ainsi que ce qui est en jeu n’est pas une question de niveau ou de discipline — c’est une question de classe.

Les classes préparatoires littéraires — hypokhâgne et khâgne — accueillent des élèves sélectionnés sur dossier, issus des meilleures séries du baccalauréat général, avec d’excellents résultats scolaires. Le khâgneux est vu comme une élite — chacun le dit, chacun l’affirme. Or 99 % des khâgneux rejoignent l’université à l’issue de leur préparation. Et à ce moment précis, le regard social bascule. Le même individu, avec le même niveau, le même bagage intellectuel, les mêmes deux années de travail acharné — entre en licence de philosophie ou d’histoire et devient instantanément un médiocre, un raté. Il n’a pas eu les ENS. Il a rejoint « la fac ». Le prestige de la khâgne s’évapore au franchissement du portail universitaire.

Ce mécanisme est déjà révélateur en lui-même. Mais il devient proprement accablant lorsqu’on suit la trajectoire jusqu’à son terme. Car ce khâgneux entré en licence, devenu provisoirement médiocre aux yeux du monde, peut préparer et réussir l’agrégation externe de lettres, de philosophie ou d’histoire-géographie — l’un des concours les plus sélectifs de France. Et là, deux destins s’ouvrent à lui, porteurs de deux regards sociaux radicalement opposés.

La démonstration la plus acérée de ce mécanisme est fournie par le cas des agrégés issus de Sciences Po Paris. Suivons un individu précis à travers une trajectoire réelle et documentée.

Un étudiant intègre Sciences Po Paris après concours — il est excellent. Il prépare et réussit l’agrégation externe d’histoire-géographie — il est encore plus excellent : l’agrégation ajoute à son prestige, elle est un titre supplémentaire qui orne son CV et que Sciences Po met en avant. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, divergence des trajectoires.

Trajectoire A : il n’enseigne pas. Il reste dans le secteur privé, dans un cabinet de conseil, dans la haute fonction publique, dans un think tank, dans les médias. Son agrégation reste un titre valorisant — preuve d’excellence intellectuelle, signal de rigueur, distinction académique. Il est excellent.

Trajectoire B : il enseigne en lycée. Son agrégation devient suspecte — « il n’a pas trouvé mieux », « il s’est rabattu sur l’enseignement ». Il est ordinaire.

Trajectoire C : il enseigne en collège. L’agrégation disparaît du regard social — elle ne compte plus, elle est noyée dans le statut de fonctionnaire du secondaire inférieur. Il est médiocre. En éducation prioritaire, le regard social le relègue au dernier rang de l’échelle du prestige — lui, l’agrégé de Sciences Po, au contact quotidien des élèves qui en ont le plus besoin et pour qui son niveau est le plus précieux.

Le diplôme est identique. Le concours est identique. Le niveau académique est identique. La seule variable est l’usage social de la compétence.

Ce mécanisme révèle trois choses avec une clarté absolue.

Premièrement — le mépris ne porte pas sur le niveau académique. Il porte sur la fonction sociale. Transmettre un savoir à des adolescents ou à des enfants est une activité dévalorisée en tant que telle, indépendamment de la compétence de celui qui la pratique.

Deuxièmement — la hiérarchie du mépris suit exactement la hiérarchie scolaire vue de l’extérieur : le lycée est moins méprisé que le collège, le collège est moins méprisé que l’école primaire. Plus les élèves sont jeunes et issus de milieux populaires, plus l’enseignant est méprisé — non pas parce que son travail est moins difficile, mais parce que sa clientèle est socialement moins valorisée. On méprise l’enseignant par procuration du mépris de classe envers ses élèves.

Troisièmement — et c’est le point le plus accablant : le même agrégé de Sciences Po est excellent quand il ne transmet pas son savoir, et dévalorisé quand il le transmet. La société punit précisément l’acte qui justifie l’existence de l’agrégation. Elle finance la sélection, méprise l’usage.

Cette contradiction trouve sa réfutation définitive dans une question simple : qui enseigne dans ces CPGE si prestigieuses qui forment l’élite des grandes écoles ? Des agrégés. Les mêmes agrégés que ceux qu’on méprise en collège. Issus du même concours, du même corps, de la même formation. Et parmi eux, précisément les candidats dont nous avons parlé tout au long de cet article — ceux qui étaient admissibles ou admis aux concours Centrale-Supélec, Mines-Ponts ou CCP, et qui ont délibérément choisi de poursuivre un parcours universitaire en mathématiques plutôt que d’intégrer une école d’ingénieurs.

La contradiction est totale et sans issue : on ne peut pas simultanément affirmer que les CPGE produisent l’élite de la nation et que les enseignants qui y forment cette élite sont des médiocres. Si les professeurs de CPGE sont excellents — et ils le sont — alors les enseignants du secondaire ordinaire, issus du même concours et du même corps, méritent le même respect. Et si l’on maintient que les enseignants sont médiocres, alors on admet dans le même mouvement que l’élite des grandes écoles a été formée par des médiocres — ce qui ruine le prestige même qu’on prétend défendre.

C’est une contradiction logique absolue, sans issue pour ceux qui la soutiennent. Il n’est que le reflet du mépris de classe envers les élèves qu’ils enseignent.

Ce que l’objection révèle vraiment

Ce que l’objection reproche en réalité aux professeurs de mathématiques, c’est d’aimer les mathématiques et de vouloir les enseigner. C’est précisément cette passion — et non une incapacité — qui les a conduits vers le CAPES et l’agrégation plutôt que vers les écoles d’ingénieurs. Leur faire grief de ce choix, c’est retourner contre eux la qualité même qui fait d’eux de bons enseignants. C’est, en un mot, du mépris.

L’explication sociologique : le prestige par procuration

La classe dominante bourgeoise et ses institutions

Si les chiffres démontrent sans ambiguïté que les enseignants de mathématiques — et a fortiori les agrégés — sont le produit d’une sélection plus sévère que les ingénieurs moyens ou les médecins, comment expliquer l’inversion symbolique qui les frappe ?

La réponse se trouve dans la sociologie des classes dominantes. En France, le prestige social n’est pas distribué selon la difficulté objective des parcours, mais selon la position dans les rapports de production et d’autorité. Les médecins exercent une profession libérale à revenus élevés, disposent d’une autonomie professionnelle considérable, et entretiennent des rapports de clientèle avec l’ensemble de la population. Les ingénieurs des grandes écoles occupent des postes de cadres supérieurs, de dirigeants d’entreprise ou de hauts fonctionnaires : ils sont au cœur de l’appareil économique et administratif dominant.

Le prestige des ingénieurs « moyens » — ceux issus du groupe CCP, dont nous avons vu que la sélection est modeste — est en réalité un prestige par procuration. Il découle du fait que le titre d’ingénieur est partagé par l’ensemble d’une catégorie dont les membres les plus visibles — polytechniciens, centraliens, dirigeants du CAC 40 — incarnent le sommet de la hiérarchie sociale. L’ingénieur de province sorti d’une ENSI bénéficie symboliquement du prestige de son homologue énarque ou X, sans que la proximité réelle de leurs parcours le justifie.

Les fonctionnaires enseignants : exclus de la classe dominante donc méprisés

Les enseignants certifiés et agrégés sont des fonctionnaires de catégorie A et A+. Ils appartiennent au service public, sont rémunérés par l’État, et n’occupent aucune position dans les circuits de la production économique privée. Ils ne disposent ni de l’autonomie du professionnel libéral, ni du pouvoir hiérarchique du cadre dirigeant. Leur autorité — réelle, intellectuelle, et fondée sur une sélection académique rigoureuse — est une autorité symbolique, exercée sur des mineurs dans le cadre de l’institution scolaire, et donc structurellement dévalorisée dans une société qui mesure la valeur au revenu et au pouvoir économique.

Ce déclassement symbolique se traduit directement dans les rémunérations. Un professeur certifié est un fonctionnaire de catégorie A. Son traitement de début de carrière est inférieur à celui de nombreux ingénieurs issus de concours bien moins sélectifs.

Un agrégé, fonctionnaire de catégorie A+, perçoit une rémunération qui, à ancienneté et qualification comparables, demeure très en dessous de celle d’un cadre du secteur privé de niveau académique équivalent. Cette distorsion salariale n’est pas le fruit du hasard : elle est le reflet institutionnalisé du mépris de classe envers une profession dont la valeur n’est pas exprimable en termes marchands.

Conclusion : rendre à César ce qui lui appartient

Les données sont sans appel. Qu’on les lise en sélectivité directe ou en sélectivité cumulée, les enseignants de mathématiques — certifiés et agrégés — sont le produit d’une sélection parmi les plus exigeantes du système éducatif français. Un agrégé de mathématiques représente moins de 1 % des bacheliers qui ont tenté le parcours. Un certifié représente moins de 5 %. Ces chiffres placent ces professionnels, objectivement, au niveau des élites académiques les plus sélectionnées de la nation — devant les médecins et devant les ingénieurs des groupes CCP. La comparaison s’arrête naturellement aux sommets absolus du système : un normalien, dont le niveau mathématique est exceptionnel, réussit quasi certainement les épreuves théoriques du CAPES et a de très bonnes chances de réussir celles de l’agrégation — ce qui confirme d’ailleurs, a contrario, que les concours enseignants testent une excellence mathématique réelle, et non une simple technique concourante. Les épreuves pratiques — stage et titularisation — constituent une sélection distincte dont il n’est pas question ici.

Le mépris qui frappe les enseignants n’est pas fondé sur leur niveau académique, qui est indiscutable. Il est le produit d’une construction sociale qui confond prestige et revenu, valeur et pouvoir économique, excellence et appartenance de classe.

Cette confusion a un coût collectif considérable : elle décourage des générations de jeunes talents d’embrasser une vocation enseignante, elle démoralise des professionnels dont l’engagement repose sur des convictions profondes plutôt que sur des perspectives financières, et elle fragilise l’institution qui porte l’essentiel de la transmission du savoir dans notre pays.

La France ne peut pas se permettre de mépriser ceux sur qui repose l’avenir de ses enfants et, à travers eux, l’avenir de la nation tout entière. Respecter les enseignants, c’est d’abord les reconnaître pour ce qu’ils sont : des professionnels hautement qualifiés, rigoureusement sélectionnés, qui exercent l’une des fonctions les plus essentielles qui soit dans une société démocratique. Cette reconnaissance doit se traduire concrètement — dans les salaires, dans le regard social, et dans les politiques publiques — avant que la crise du recrutement enseignant, déjà visible dans les 25 % de postes non pourvus au CAPES de mathématiques en 2025, ne devienne irréversible.

La nécessaire revalorisation des enseignants passe par une augmentation de leur salaire et un respect de leurs revendications et de leur autorité morale.

Cela ne peut se faire dans une France à genoux devant l’UE et l’OTAN et qui saigne son école pour obéir aux critères de convergence et de stabilité européens tout en finançant les guerres impérialistes de l’OTAN.

C’est pourquoi le PRCF, tout en apportant son total soutien à nos enseignants, lutte pour la paix et pour la sortie de l’euro, de l’OTAN, de l’UE et du capitalisme.

*Cet article s’appuie exclusivement sur des sources primaires : rapports de jury publiés par les présidents de jury sous leur responsabilité (agreg.org, capes-math.org), données statistiques SCEI de la filière MP 2005, statistiques du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur la réussite en licence et master de mathématiques, et données DREES sur la validation du deuxième cycle médical et les ECN.

Tags: commission éducationéducationEducation Nationale
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