LA LETTRE OUVERTE DES ENSEIGNANTS EXASPÉRÉS DU LYCÉE MAGENDIE À LA RECTRICE DE BORDEAUX

La commission Éducation du P.R.C.F. relaie et reprend à son compte l’exaspération légitime des enseignants du lycée Magendie interpellant la rectrice de Bordeaux.

Cette insolente personne venait “sur le terrain”, comme disent avec condescendance les jupitériens personnages qui nous gouvernent, pour constater le soi-disant accord empressé des professeurs du second degré avec la destructive contre-réforme du lycée.

Pas plus tard que le 6 novembre, Macron lui-même s’est fait vivement interpeller par une manif de soignants dénonçant la totale incapacité de l’hôpital français, après des décennies de saccage maastrichtien du service public, à absorber à la fois le second acte de l’épidémie ET le traitement au long cours des autres maladies graves.

C’est la bonne méthode, ne lâchons pas d’une semelle les casseurs de France aux ordres du CAC-40 et de l’UE qui cassent l’école, l’hôpital, qui privatisent la Poste, la SNCF, EDF-GDF, qui délocalisent ou “fusionnent” nos industries, qui distribuent sans contrôle des milliards d’argent public aux capitalistes et qui, tout en essayant de museler les luttes et de frapper les militants courageux, continuent, avec l’aide du jaune Berger, à programmer leur scandaleuse contre-réforme des retraites.

Dans chaque lutte, tendons la main aux autres secteurs sinistrés du salariat, menons les luttes corporatives sans jamais perdre de vue l'”inter-pro”, souvenons-nous qu’il n’y a qu’un choix possible dans ce qui reste, fondamentalement, une lutte des classes: soit perdre séparément, soit contre-attaquer tous ensemble et en même temps en exigeant, pour commencer, la suspension sine die et le retrait total de toutes les contre-réformes dictées par Bruxelles (lycée, université, retraites, indemnités chômage, statuts, code du travail…), de tous les plans de licenciement, de toutes les euro-privatisations et de toutes les fusions capitalistes (Renault, PSA, Alstom, etc.). Édouard Philippe a publiquement affirmé craindre la “tempête sociale”: eh bien, pour une fois, et parce qu’il y va des jeunes, du devenir de la nation et de la dignité de notre classe, celle des travailleurs salariés, DONNONS-LUI RAISON!Car on ne peut avancer d’un seul pas si l’on craint de marcher au tous ensemble et en même temps sur un cahier et un calendrier revendicatif partagé!


Madame la Rectrice

Nous ne pouvions pas ne pas profiter de votre visite « sur le terrain » (c’est comme ça qu’on dit, là-haut, n’est-ce pas ?) pour vous en parler, de ce terrain, celui-là, le nôtre, celui de nos élèves, ; celui de professeurs, d’agents, d’AESH, de personnels administratifs qui essaient depuis des années de se faire entendre et qu’on méprise, qu’on musèle, qu’on réprime.

Alors cette parole qu’on ne nous donne pas, aujourd’hui, nous la prenons, pour vous rappeler deux ou trois choses et pour vous mettre en garde, en tant que représentante d’une institution qui nous maltraite.

On dit souvent que le ridicule ne tue pas et heureusement ! Car tous les jours ce ridicule nous le vivons et nous en subissons les conséquences :

D’abord en appliquant contre notre gré une réforme inique, injuste, qui fait la suite d’une réforme du collège qui a abaissé le niveau des élèves de catégories sociales défavorisées (si, si, lisez les journaux, c’est aujourd’hui dans le Monde ; il est vrai que M. Blanquer semble préférer le Figaro puisqu’il lui réserve l’annonce du calendrier des épreuves du baccalauréat que nous demandions). Une réforme qui vide de sens tout notre travail, qui réduit les horaires à peau de chagrin, qui permet de supprimer des demi-groupes pour, le plus possible, bourrer les élèves dans les classes (entassez-vous à 35, 36) dans un calendrier délirant, les épreuves de Terminales se déroulant en mars… Une réforme qui a disloqué ce qu’est une classe pour lui préférer une individualisation, des parcours de réussite qui ne le sont que pour les favorisés, laissant de côté (sur le bord du chemin, en langage rectoral) les élèves les plus faibles. Une réforme où le professeur se voit de plus en plus réduit à un rôle d’exécutant, d’ouvrier spécialisé de sa matière, sans pensée, sans réflexion.

Ensuite en regardant notre feuille de salaire toutes les fins de mois. Le ridicule ne tue pas ; dommage, pensons-nous parfois lorsque notre Ministre met en place un « Observatoire des salaires » il y a deux ans. Mais c’est vrai au fait… Combien est exactement payé un AESH en Lycée, si, si vous savez, ces gens qui incarnent la priorité au handicap martelée par le gouvernement ? Combien alors ? 1200 euros net / mois pour un temps plein, ce qui n’est presque jamais proposé par les services du Rectorat. Pour une école de l’inclusion, entendons-nous sans cesse dans la communication ministérielle, pendant que les écoles spécialisées ferment les unes après les autres. Et nous traduisons : pour une école de la précarisation, au moindre coût.

Nous voyons aussi la gestion du COVID par les services ministériels. Jamais Magritte n’a été plus actuel : « ceci n’est pas un restaurant » devrait-on placarder sur des cantines qui accueillent plus de 800 élèves par jour quand des restaurants peuvent en accueillir 30. Lorsqu’une politique sanitaire se résume à la fourniture de masques qui ressemblent à des slips, (et pas plus de cinq, hein !), quand un professeur n’a jamais vu un médecin du travail depuis sa titularisation, quand ce professeur se voit imposer un jour de carence pour le « responsabiliser » lorsqu‘il est malade, quand ce professeur s’égosille dans son masque dans des salles de 35 m2 avec un élève par mètre carré, nous nous réjouissons qu’en termes sanitaires également, le ridicule ne tue pas.

Enfin, et c’est aussi une manière de finir par où nous avons commencé, nous assistons non seulement à une casse en règle du service public, de notre métier, de la possibilité de faire bien notre métier, mais nous sommes aussi criminalisés pour défendre ce qui nous est cher : un enseignement de qualité, des épreuves de baccalauréat qui ont du sens, une retraite qui ne ressemble pas à une obole. Pour la première fois, des collègues sont mis à pied, menacés, pour leur engagement syndical, pour leur lutte contre des réformes scélérates et se retrouvent mis au ban de la communauté enseignante. C’est aux collègues de Melle que nous faisons référence, mais peut-être bientôt à nous-mêmes, car dire la vérité à une Rectrice, n’est-ce pas déjà insulter l’Institution qui nous nourrit ?

C’est pour toutes ces raisons, et parce que nous sommes plein d’humanité, que nous nous réjouissons que le ridicule ne tue pas. En revanche, les réformes telles qu’elles sont menées depuis de nombreuses années tuent, à petit feu, sans faire de bruit souvent, avec fracas parfois comme dans le cas de notre collègue professeur des écoles Christine Renon.

Alors nous n’attendons pas de réponses à cette prise de parole. La réponse, nous la lirons sûrement, dans Le Figaro ; sinon nous la découvrirons sur BFM avec le contenu du programme de Sciences Physiques. Nous vous demandons seulement, solennellement, d’écouter ce que nous avons à dire et de cesser l’entreprise de destruction systématique de nos professions. Sinon vous nous retrouverez, non pas au bord du chemin, mais sur votre chemin, pour défendre ce en quoi nous croyons.

Bonne journée à vous,

Les enseignants du Lycée Magendie

Commentaire de lecteur “LA LETTRE OUVERTE DES ENSEIGNANTS EXASPÉRÉS DU LYCÉE MAGENDIE À LA RECTRICE DE BORDEAUX

  1. Jean Pierre Sanchez
    12 octobre 2020 at 21:08

    ” parce que nous sommes plein d’humanité, que nous nous réjouissons que le ridicule ne tue pas” ?

    Mais non! Nous ne sommes pas “plein d’humanité” pour ceux qui ont fondé leur objectif d’éliminer l’existence des humains.

    Nous voulons que le ridicule tue… […]