Info luttes – Et si le blocage des profits était la bonne solution ?

N°49 – novembre 2019

Sous le titre « Grève du 5 décembre : et si les investisseurs étrangers prenaient peur ? le journaliste Martial You rédacteur en chef économique de RTL, s’appuie sur l’enquête de Business France. Y sont affiliés le Ministère de l’Économie et des Finances, le Ministère du Logement et de l’Habitat durable, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. L’actuelle ministre Muriel Pénicaud en a été la directrice générale (2015-2017). Il s’agit de démontrer le danger que fait courir à l’économie française la future grève du 5 décembre. 

Dans cette enquête, Business France, organisme qui accompagne les entreprises étrangères qui investissent en France, relève que 84 % des dirigeants de sociétés internationales voient la France comme un « havre de paix entrepreneurial et que le mouvement des Gilets jaunes n’a pas altéré l’image que les investisseurs ont de la France. »Il est vrai que le mouvement des Gilets jaunes n’a pas mis en danger l’économie du pays contrairement à ce qu’a voulu nous faire croire le gouvernement. En revanche, à l’approche du mouvement du 5 décembre contre la contre-réforme des retraites, l’analyse est tout autre. 

En effet, d’après Martial You, si le mouvement des Gilets jaunes a été perçu à l’étranger comme une « tradition à la française de la montée du populisme comme partout, Bolsonaro au Brésil, Trump aux États-Unis, le vote du Brexit chez les Anglais, » (les Gilets jaunes apprécieront cette comparaison), pour le mouvement du 5 décembre prochain, il en va différemment. Le journaliste en économie (capitaliste) attise les vieilles craintes pouvant « réveiller les investisseurs étrangers par rapport à une France qu’on ne peut pas réformer et qui se met à l’arrêt à chaque fois qu’on touche à son système social. » 

En 2014, quand les travailleurs de l’usine Goodyear ont retenu deux de leurs dirigeants à Amiens, voilà ce que disait leur repreneur américain Taylor, le patron du fabricant de pneus Titan, au micro de Rémi Sulmont sur RTL : « C’est vraiment stupide. Ils prennent les gens en otage. Aux États-Unis c’est du kidnapping. S’ils faisaient ça en Amérique, ces gens iraient en prison. Pourquoi ils ne vont pas masqués faire un hold-up dans une série de banques françaises ? Ainsi ils pourraient racheter Goodyear ».

Le mensuel Capital tire la sonnette d’alarme. Le chroniqueur Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDEFI, écrit que si la « “bulle” sociale française explose, toutes les autres bulles (actions, obligations, immobilier) exploseront “en même temps” ».

Ce qui donne raison au PRCF, lorsqu’il appelle les organisations syndicales et les travailleurs au blocage des profits pour faire reculer Macron le super patron du MEDEF et le défenseur des milliardaires et surtout, pour regagner tous les conquis volés aux travailleurs depuis des décennies. 

Revue de presse :

Info ou intox ?

Source : CGT Peugeot 

« Nous les jeunes, on n’aura pas de retraite » 

Faux ! Si vous avez déjà travaillé, même 1 seul mois, vous avez acquis des droits pour votre retraite. Dire que vous n’aurez pas de retraite, c’est dire que vous allez vous laisser voler vos droits acquis sans réagir ! Non, une retraite, vous en aurez une. La question c’est de savoir à quel âge et de quel montant ? Et c’est maintenant que cela se joue. C’est pour cela que les organisations de jeunes appellent à participer à la journée du 5 décembre et sa sa suite. 

« On vit plus vieux, c’est normal qu’on travaille plus longtemps »

Faux ! Pendant sa vie active, on produit beaucoup plus de richesses que les générations précédentes. Il y a donc de quoi payer des retraites plus longues, à condition que ces richesses soient mises au service de tous et pas dilapidées en dividendes et spéculation boursière. 

« Le système actuel de retraite est déficitaire. On est obligé de changer ! » 

Faux ! Le déficit actuel est créé par le gouvernement qui refuse de rembourser à la Sécu les exonérations de cotisations qu’il a mis en place (par exemple sur les heures sup). Et pour l’avenir 

la CGT propose de taxer les revenus du capital pour financer des retraites plus nombreuses. 

« Le système par points est plus juste. Pour 1 euro cotisé chacun aura le même droit » 

Faux ! L’espérance de vie d’un ouvrier étant inférieure de 8 ans à celle d’un cadre, l’ouvrier aura un « droit égal » à une retraite plus petite pendant 8 ans de moins ! Drôle d’égalité ! C’est le système actuel par annuités qui permet de réduire en retraite les inégalités de la vie active ! 

« Avec le système par points, chacun saura à combien il aura droit en retraite » 

Faux ! Le gouvernement fixera chaque année le prix d’achat du point (combien on a de points pour 100 euros de cotisation) et sa valeur en retraite. En Suède, où ce système a été adopté, le gouvernement a baissé 3 fois la valeur du point. Les retraités ont perdu 10 % en 5 ans ! 

« La retraite par points, c’est la retraite choisie. Chacun partira à la retraite quand il voudra en fonction de son nombre de points »

Faux ! Le rapport Delevoye prévoit un système de malus (décote) pour ceux qui voudront prendre leur retraite avant 64 ans ! 

« Le 5 décembre ne concerne que la fonction publique et les régimes spéciaux » 

FAUX ! il s’agit d’une journée de défense de toutes les retraites, car nous ne voulons ni bosser jusqu’à 64 ans, ni avoir une retraite qui permette à peine de survivre. 

« Ca sert à rien de manifester. C’est déjà décidé » 

Faux ! Face à la mobilisation, le gouvernement belge a du renoncer à un projet identique en 2018. 

Travailler plus longtemps pour gagner moins en retraite ? Non merci !

Tous ensemble on est plus fort : 

Le 5 décembre est une journée de grève et de manifestations nationale organisée dans l’unité salariés et retraités, public et privé, par la CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA … Les organisations de jeunesses (UNEF, UNL) et les gilets jaunes appellent à y participer. Quelque soit votre entreprise (commerce, artisanat, PME, services …), chaque salarié a le droit d’arréter le travail le 5 décembre, soit toute la journée, soit pour venir à la manifestation. La seule obligation est de prévenir son chef ou son patron de son absence au travail, pour être couvert. Bien sûr, c’est mieux de le faire avec ses collègues de travail mais on peut aussi le faire tout seul. 

Des luttes gagnantes :

A – Centre courrier de Marseille 16 et le Rove (13).

Source : CGT 25/11/2019

À la suite de leur mobilisation, les personnels obtiennent : 

B – Centre courrier de Versailles, la mobilisation a payé !

Source : CGT -28/11/2019

À la suite de la mobilisation des personnels soutenue par la CGT, il est obtenu : 

·La garantie que 2 agents ne soient pas contraints et forcés d’être envoyés sur un site déporté,

·L’attribution d’une prime de 800 euros, puis de 1.150 euros pour les futurs agents de l’îlot,

·10 promotions 1.3,

·4 promotions 2.1, 

·Étalement des jours de grève, 

·Paiement de 2 jours de grève,

Les personnels ont aussi obtenu l’abandon d’une tentative de licenciement.

Des grèves et manifestations :1 – La grève pourrait durer à Radio France 

Source : La Croix – 25/11/2018

Cinq syndicats de Radio France appellent à la grève à partir du lundi 25 novembre pour protester contre un plan de départs volontaires touchant 299 postes. 

Quelles sont les raisons de la grève ? 

Les sept stations de Radio France (France Inter, France Info, France Culture, France Musique, Fip, Mouv’, France Bleu) devraient être très perturbées en ce début de semaine. Les principaux syndicats du groupe ont appelé à cesser le travail ce lundi. Si l’Unsa appelle à une seule journée de grève, la CFDT, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et SUD ont lancé un préavis jusqu’au vendredi 29 novembre. Tandis que la CGT s’est prononcée en faveur d’une « grève re- conductible indéterminée »

Si les mots d’ordre sont dispersés, la raison de la colère est la même : le plan de départs volontaires visant 299 postes (sur 4 780) de Radio France confirmé mi-novembre par la direction (mais revu à la baisse par rapport à juin, où 390 départs étaient évoqués) leur paraît « dangereux, pour chacun des salariés et pour la pérennité de Radio France ». Les syndicats réclament son retrait, en s’appuyant sur un rapport d’experts suggérant un étalement dans le temps de ce plan d’économies de 60 millions d’euros d’ici à 2022. Ils demandent aussi « le maintien des dotations de l’État pour Radio France », appelées à baisser de 20 millions sur trois ans. 

Quelle est la stratégie de la direction ? 

Dans un courrier envoyé aux salariés mi-novembre, Sibyle Veil, la présidente de Radio France, précise que « 299 postes seront supprimés (dont 61 déjà vacants, NDLR) et 76 postes seront créés pour intégrer à Radio France des profils indispensables pour garantir notre avenir ». Elle promet que « tous les départs » (à la retraite ou assortis d’un projet professionnel) seront « volontaires » et souligne que « 25 millions d’euros » seront investis dans de « nouveaux outils » pour par- faire la transformation numérique du groupe. 

Radio France, qui n’a « jamais occupé une place aussi importante dans le paysage radiophonique sur une vague de rentrée » avec 27,2 % de part d’audience, comme s’était félicitée leur présidente mercredi dernier, perdra des postes à tous les niveaux de l’entreprise, et notamment au sein des rédactions (trois journalistes à France Info, quatre à Fip, quatre dans les bureaux de Toulouse et Marseille, un à France Culture…), des équipes techniques (une quarantaine de postes) et des formations musicales (52 postes dont 33 dans le Chœur). 

Dans quel contexte s’inscrit ce mouvement ? 

Pour les syndicats, ces suppressions de postes entraîneront une « augmentation de la charge de travail pour ceux qui restent », une « augmentation du 

recours à des statuts précaires » et une « dégradation de la production » sur les antennes. Ils s’inquiètent aussi d’une réorganisation à venir des rythmes de travail. Et avancent comme explication à ce plan « la volonté assumée du gouvernement de baisser sa contribution à l’audiovisuel public ». 

De faitle gouvernement a annoncé une baisse de 1 euro de la redevance (139 à 138 €), en 2020. Cela représentera un manque à gagner de 25 millions d’euros (sur un total de 3,9 mil- liards d’euros) pour l’ensemble de l’audiovisuel public, lequel doit par ailleurs réaliser 190 millions d’économies d’ici à 2022. La disparition annoncée de la taxe d’habitation, à laquelle est adossée la redevance, devrait aussi remettre à plat le mode de financement des médias publics dans un contexte concurrentiel exacerbé par l’arrivée de nouveaux géants de la vidéo et du podcast (Disney+, Spotify…). 

Autre motif d’incertitude, la réforme de l’audiovisuel public prévoit que les médias publics (sauf Arte et TV5 Monde) soient réunis en 2021 au sein d’une holding, dénommée France Médias. Elle définira les orientations stratégiques et répartira le budget entre chacune des sociétés. ■ 

2 – Les 9 de la SNECMA : RELAXÉS !! 

Source : CGT – 04/11/2019

Le 4 novembre 2019, le Tribunal de Grande Instance de Nanterre a prononcé la relaxe de 9 salariés SNECMA (7 syndiqués CGT et 2 syndiqués CFDT, à l’époque aujourd’hui 9 CGT) pour une affaire remontant à juillet 2008, soit il y a plus de 11 ans. 

Rappel des faits : En juillet 2008, la Direction licencie un jeune salarié, qui quelques mois auparavant, était à l’origine d’une grève sectorielle ayant entrainé une généralisation de celle-ci à plus de 300 salariés en grève reconductible pendant 2, voire 3 semaines pour les derniers irréductibles. Sous prétexte de retards et absences injustifiées, la Direction pouvait se venger de ce salarié sans dévoiler la cause réelle du licenciement. 

Ce licenciement a été combattu par près de 300 salariés pendant plusieurs jours, la Direction en profitant pour monter un conflit social en séquestration de son Directeur de Site et de sa responsable RH. A la barre, le Directeur du Site avouera qu’il présumait avoir été séquestré, il n’en avait par conséquent aucune certitude. Et pour cause, rien ne lui a été dit de la sorte, au point que lorsqu’il a été interrogé par la radio, il avait dit qu’il n’était pas séquestré au moment où il était interrogé par le journaliste, que dès que les salariés sont sortis de son bureau, il a fermé la porte de l’intérieur derrière eux. 

Quant à la responsable RH, elle reproche aux salariés de ne plus la laisser rentrer dans le bureau du Directeur, en clair elle s’est sentie séquestrée de l’extérieur du bureau ! 

Cela semble ubuesque, mais cela ne l’a pas été ; ni pour le salarié qui s’est fait licencier ni pour les 9 camarades qui vivent toujours dans l’attente de pouvoir tourner la page. Suite à ce mouvement, certains d’entre eux ont été convoqués par la Direction Générale à entretien préalable à licenciement avec pour résultat pour une partie d’entre eux un avertissement et pour les autres un rappel à l’ordre. 

Quelle n’a pas été leur surprise lorsqu’ils ont appris qu’une plainte avait été déposée contre 9 salariés par le Directeur du site, par la RH et avec en partie civile la SNECMA. Convocation par la police, puis devant un juge d’instruction qui place 10 camarades en qualité de témoins assistés devant le TGI de Nanterre ; le 1erverdict prononcé sera un non-lieu ! 

Les parties adverses font appel et les 10 camarades se retrouvent devant la Cour d’Appel de Versailles ; le 2ème verdict confirme la première instance donc le non-lieu ! Les parties adverses se pourvoient devant la Cour de Cassation qui ne se prononce pas sur le fond, mais sur la procédure et sur l’instruction ; elle casse le jugement et renvoie l’affaire en première instance en demandant au nouveau juge d’instruction de mettre les camarades en examen. 

Les 9 camarades (1 a été blanchi entre temps) ont de nouveau répondu au nouveau juge désigné pour instruire à nouveau l’affaire et comme le leur a demandé la Cour de Cassation, se sont vus mettre en examen. C’est donc en qualité de prévenus qu’ils se sont présentés au TGI de Nanterre le 30 septembre 2019 pour y répondre des actes de séquestration à l’encontre du Directeur du Site et de la responsable RH. Les présents à l’audience ont vu la Procureure de la République, qui joue souvent le rôle de Monsieur Plus, indiquer qu’au sens propre du droit, le fait d’avoir entravé l’allée et venue de quelqu’un pouvait être considéré comme une séquestration. Mais à l’écoute des prévenus, l’esprit de la séquestration n’existe pas d’une part, et d’autre part faute de preuve irréfutable, la justice est incapable de déterminer qui a fait quoi exactement ne pouvant donc imputer quoi que ce soit à qui que ce soit. Et enfin quelle valeur morale donner à une éventuelle condamnation plus de 11 ans après les faits, alors que certains salariés sont en retraite, que pour les autres ils ont continué à travailler sans poser de problèmes et que la SNECMA a déjà sanctionnés d’un avertissement ou d’un rappel à l’ordre…. Le résultat fait l’objet du titre du tract. 

Il peut paraître paradoxal d’entendre d’un côté le patronat et nos gouvernants se plaindre qu’il manque du dialogue social et dans le même temps de voir les acteurs syndicaux criminalisés de par leurs actions. Mais le dialogue social à la sauce patronale, cela signifie s’assoir autour d’une table et avaliser au pire ou accommoder au mieux la régression sociale, l’exemple le plus signifiant est le cas de la CFDT autour de toutes les questions de ces dernières années, mais encore des plus récentes comme la réforme du chômage et celle des retraites. 

Mais revenons à l’affaire de nos 9 camarades relaxés, un fait mérite d’être relevé ; SAFRAN n’était plus partie civile dans la nouvelle procédure au TGI, même si nous savons tous qu’elle y est insidieusement puisqu’il s’agît du même cabinet d’avocats. Pour quelle raison ? L’avenir nous le dira peut-être. 

Désormais, la balle est dans le camp du Directeur du Site et de la Responsable RH qui dès la réception de la notification de la décision du TGI auront un mois pour faire appel s’ils souhaitent la contester. Donc la page n’est pas totalement tournée, il faudra encore attendre. 

Les dégâts sont énormes car outre un salarié licencié, nos 9 camarades subissent un acharnement judiciaire de la part de la Direction Générale de SAFRAN qui aura usé 2 juges d’instruction conduisant 3 juges distincts à dire qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre ces camarades. 

Le syndicat CGT, ainsi que les 9 camarades incriminés depuis plus de 11 ans, tiennent à remercier l’ensemble des salariés qui d’une manière ou d’une autre leur ont apporté un soutien physique mais également moral. Les salariés n’ont pas été dupes des tentatives de la DG de bâillonner l’action syndicale construite sur une démarche CGT. 

Aussi, et afin que cela ne se reproduise pas (ou plus?) rejoignez-nous pour être plus forts et toujours sur les valeurs et la démarche CGT. 

Montreuil, le 4 novembre 2019 

3 – Toujours pas d’issue au mouvement de grève chez Eurenco à Sorgues

Source : France Bleu – 29/11/2019

Les salariés d’Eurenco à Sorgues poursuivent leur mouvement de grève. Le fabricant d’explosifs militaire est en proie à des mouvements sociaux depuis quatre ans sur ses sites de Sorgues (Vaucluse) et Bergerac (Dordogne). Aucune solution n’est encore trouvée, même après la nomination d’un médiateur.

À l’appel de la CGT, une majorité de salariés d’Eurenco à Sorgues a débrayé encore cette semaine et doit remettre le couvert ce week-end. Des grèves se succèdent depuis neuf mois. Le préfet de Vaucluse a nommé un médiateur le 11 octobre dernier. Il s’agit du directeur départemental de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. Aucune solution n’a été trouvée à ce jour pour sortir du conflit. 

Les syndicats réclament une grille de salaire spécifique et la prise en compte des horaires de travail. Pour ceux qui travaillent la nuit, la CGT demande une hausse de la prime de nuit, même chose pour la prime du samedi. Certains salariés n’ont qu’un week-end non-travaillé par mois.  Eurenco fournit les armées françaises. L’entreprise compte deux sites de production : Sorgues dans le Vaucluse et Bergerac en Dordogne, également en grève. Le site vauclusien compte 250 salariés et une cinquantaine d’intérimaires. La grève va se poursuivre par tranche de 24 heures. La CGT demande un rendez-vous en urgence avec le préfet.