Entretien avec John, intermittent du spectacle du collectif « occupons 69 »

Bonjour John, peux-tu brièvement te présenter s’il te plait ?

Je m’appelle John, je fais parti du collectif « Occupons 69 ». Je suis intermittent du spectacle, musicien et j’occupe le TNP de Villeurbanne depuis le 12 mars qui s’inscrit dans le mouvement d’occupation nationale avec plus de 100 lieux de la culture occupés à travers toute la France.

Peux-tu nous présenter ce collectif « Occupons 69 » ?

C’est différents collectifs organisations réunies. Il y a des syndicats, des gens de la culture, des étudiants et bien d’autres. Toutes ces personnes se sont retrouvées sur des valeurs communes à défendre, pour des droits sociaux , reprendre la main sur nos vies et  faire face à la crise. On estime que les réponses du gouvernement sont insuffisantes dans le secteur de la culture mais pas que, aussi pour celles et ceux qui subissent la discontinuité de l’emploi en général , évidemment la réouverture des lieux culturels n’est pas synonyme de retour à la normal et de reprise d’avant crise.

On a vu que les lieux culturels ont été très gravement touchés pendant la pandémie. Comment toi, en tant qu’intermittent du spectacle, tu t’en es sorti. Comment as-tu tenu le coup ?

Personnellement, j’ai pu répéter avec mes collègues, ce qui n’était pas forcément facile car nous n’avions pas nos locaux de répétitions habituels car les salles étaient fermées. Ce n’était pas évident pour tout le monde : dans mon cas personnel, j’ai un appartement qui me permet de répéter. Après, les gens sont au courant du dispositif de soutien propre au milieu de la culture, et on a bénéficié de ce qu’on appelle une « année blanche », avec la prolongation des allocations chômage. Cependant cela ne correspond en rien à ce qu’étaient nos revenus : à titre personnel, depuis mars 2020, j’ai une perte sèche de salaire de 500/700 euros par mois. C’est une réponse en demi -teinte, qui n’est donc pas satisfaisante et pas que dans le secteur de la culture. Dans la restauration par exemple, après le premier déconfinement en mai 2020, ce personnel est passé directement d’allocations chômage au RSA. C’était brutal et violent, si l’on est intermittent du spectacle ou bien intermittent de l’emploi (de la restauration, etc.) les aides n’ont pas été identiques, c’est aberrant.
Aujourd’hui, les promesses d’Emmanuel Macron n’ont pas été tenues puisque la sienne d’allonger les droits d’allocations chômage d’un an après une reprise réelle d’activité n’a pas eu lieu, 4 mois de prolongation n’est pas une année.

Est-ce que l’État a bien soutenu les travailleurs de la culture selon toi ?

Non, il y a des histoires vraiment violentes de personnes qui ont dû revendre leur appartement par exemple, des histoires vraiment graves, malgré cette fameuse « année blanche » qui n’est pas à la hauteur. Le niveau de vie des travailleurs de la culture, de même que ceux extérieurs à la culture, a été vraiment impacté comme je vous le disais, avec des salaires en chute libre depuis plus d’un an. Imaginez entre 500 et 700 euros de perte sèche par mois pour une personne pendant plus d’un an et demi.

Pouvez-vous nous parler de votre action ? De l’occupation des lieux de la culture ?

L’occupation vise à sensibiliser un maximum  de personnes sur la réforme de l’assurance-chômage qui concerne tout le monde et sera effective au 1er juillet. Celle-ci fait évidemment partie d’un grand plan de réformes structurelles qui va toucher également les retraites et la sécurité sociale prochainement. Faire des économies au nom d’une justice sociale, c’est une obscénité sans nom de vouloir faire 2.6 milliards d’économie sur les plus précaires, alors que dans le même temps, il y a un plan de 100 milliards d’aides dirigé essentiellement vers les grosses entreprises du CAC40, qui ont fait +21% de dividendes pendant la crise. Les ultras riches se sont encore plus enrichis avec l’argent public, il va directement dans la poche des actionnaires. Les occupations des lieux culturels sont importantes, ce sont des plateformes de lutte diverses pour massifier les cortèges en manifestation, les actions et surtout pour faire le constat qu’une même politique produit des effets désastreux dans tous les secteurs dans lesquels elle est appliquée, les services publics, l’enseignement, les hôpitaux, la culture. L’occupation a pour but de faire des passerelles entre toutes ces professions.

Le 19 mai les lieux de la culture ont rouverts. Pourquoi ne pas avoir du coup lever votre occupation ?

Nous n’avons pas levé l’occupation car le message initial reste le même aujourd’hui : « pas de réouverture sans droits sociaux ». On ne les a pas, il n’y a toujours pas de filet de sécurité pour la majeure partie. Nous n’avons pas eu nos revendications, avec en premier lieu l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage du régime général. Nous ne sommes pas dans une revendication sectorielle, nous nous battons pour tout le monde.
En plus de cela, ce que les médias ne disent pas, c’est que la réouverture des lieux n’est pas synonyme de reprise d’activité. Cette chimère de la reprise du travail. Tous les employés ne retrouvent pas le plein emploi, la majorité des travailleurs de la culture ne vivent pas le retour à la normal dans leur profession.

Quelles ont été les réponses du ministère et Roselyne Bachelot vis-à-vis de votre mouvement ?

Insuffisantes, les sont juges et partis, c’est pratique : ils nous expliquent qu’il n’y a plus de problème car c’est  la réouverture des lieux et qu’ils ont donné 11 milliards, mais à qui exactement ?? Roselyne Bachelot parle comme si elle était une artisane du milieu de la culture. Le fléchage des aides n’a évidemment pas bénéficié au plus grand nombre. On nous donne à voir le spectacle de politiques parlant à la place des premières personnes concernées, c’est désolant. Nous les invitons à venir nous rencontrer sur place et voir nos situations,  ils comprendraient pourquoi nous refusons de lever notre occupation. Concernant encore une fois la réforme abjecte de l’assurance-chômage, le gouvernement est décidé à garder son cap, quitte à faire plus de précarités et personnes pauvres dans le pays, il ne nous reste donc pas d’autres choix que de lutter et défendre nos conquis sociaux, une vive pensée pour Ambroise Croizat.

Propos receuilli par Dark Vlador le 4/06/2021