Entretien avec Dorian Vallois / CGT Cargill

inititive-communiste.fr est fier de donner la parole Dorian Vallois, délégué CGT chez Cargill. La voix des travailleurs en lutte doit porter.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter et quel poste occupez-vous au sein de CARGILL? 

Bonjour, je suis délégué syndical CGT de Cargill Haubourdin et je travaille à Cargill en tant qu’opérateur de production.


Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il se passe actuellement dans votre  ?

Cargill est une des plus grosses entreprises privées au monde, elle pèse beaucoup dans l’économie mondiale. Cette entreprise n’est pas dans le besoin, elle dégage des millions et des millions. Malgré , elle a décidé de profiter de la crise actuelle pour faire encore plus de profits, en restructurant ces activités un peu parties. Elle a donc annoncé le 21 novembre 2019, un plan social, un plan de licenciement dans les sites du Nord de la France : 186 emplois doivent être supprimés sur les 325 salariés. Depuis nous sommes dans la lutte, on conteste depuis le départ. On s’est bagarré plusieurs mois, malgré cela, le plan de licenciement a été validé par la direction de 17 août 2020. On continue la lutte, cela fait 16 mois qu’on tient mais la moitié des licenciements ont été faits.

Pourquoi est-ce que le « redéploiement industriel » de CARGILL vous parait-il scandaleux ? Du point de vue des salariés et de l’intérêt national?

Au niveau national, le discours de notre président sur la souveraineté économique, industrielle, sanitaire coïncide avec le nôtre, mais malgré cela, on va détruire notre entreprise. D’après notre analyse (celle de la CGT), d’ici 2 à 5 ans, l’entreprise complète sera anéantie. On voit donc que le discours du gouvernement n’est pas respecté. 
D’un point de vue sanitaire, il faut savoir qu’on fabrique un composant du lait en poudre pour les enfants prématurés ainsi que des produits pour les hôpitaux. D’un point de vue sanitaire, nous sommes essentiels. La preuve, lors du premier confinement, nous avons tourné à plein régime. On nous a demandé de faire « un effort national », nous avons même été récompensés avec une prime pour avoir travaillé pendant le premier confinement. Niveau sanitaire, nous sommes indispensables pour le pays, et malgré cela, une fois le confinement terminé, la direction a remis en place le plan de licenciements comme si de rien n’était.

Quelle alternative industrielle la CGT présente-t-elle pour l’avenir industriel du site ?

Nous voulons juste maintenir notre site industriel. Actuellement nous faisons de l’extraction d’amidon et on le transforme. Le projet de Cargil s’est d’enlever toute la partie extraction. Du coup on le reçoit directement de différents pays et même d’un concurrent proche de chez nous. Il n’y a pas de projet, on veut sauver l’usine. Le plus gros client qui a besoin de composants, il faut absolument qu’on le fournisse, c’est d’ailleurs la seule partie de l’usine qu’ils veulent conserver pour le moment. Notre savoir-faire est indispensable pour Cargill, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ne ferment pas toute l’usine immédiatement.

À votre avis, pour reconstruire une industrie française puissante, est-ce qu’on doit rebâtir un secteur industriel public (incluant les banques et les entreprises stratégiques) ?

Oui, tout à fait. Ce serait bien de déprivatiser certains secteurs, plusieurs industries. Par exemple le secteur des , on l’a bien vu récemment avec le vaccin : la France n’est plus capable aujourd’hui de subvenir à ces propres besoins.

Le traité de Maastricht et les traités européens qui l’ont suivi définissent l’Union Européenne comme « une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». Faites-vous le rapprochement avec la politique de délocalisation industrielle qui frappe lourdement la France et le Nord-Pas-de-Calais

Malheureusement, tous ces traités ont fait que la France n’existe plus : il n’y a plus de France, on n’a même plus de monnaie. Les lois françaises sont en dessous des lois de Bruxelles, c’est l’Union Européenne qui décide de tout. Toutes les décisions vont en faveur des multinationales, et pas du tout en faveur du peuple. On a tous perdu de l’argent, nos factures augmentent etc., etc. L’ouverture des frontières a fait que les multinationales et les grandes entreprises partent dans les pays où la main d’œuvre est moins cher, de nombreux emplois sont donc perdus en France, la précarisation de la société augmente dramatiquement. Cette « crise » n’est pas celle du peuple mais bien celle des entreprises mais c’est le peuple qui trinque malheureusement.

Est-ce que les emplois supprimés dans votre entreprise vont être délocalisés ?

Nous sommes certains que ces emplois vont être redistribués ailleurs, même si nous n’avons pas de preuve. Tout porte à croire, que cela va être le cas, car c’est toujours comme cela que ça se passe. À savoir que notre entreprise est très vieille, elle a ouvert en 1856 et il y eu beaucoup de luttes chez nous, nous avons gagné beaucoup d’acquis sociaux et nous pensons donc que c’est pour cela que notre entreprise doit être détruite justement, car nous avons une masse salariale importante.

Merci beaucoup de votre temps monsieur Vallois. On vous soutient à fond dans votre lutte !

Merci à vous.

Propos recueillis par Dark Vlador le 26/03/2021