Source: Jules pour Bellaciao

Le communiqué de la CGT de l’usine, approuvé par tous les travailleurs:

« La société Fabris a été créée en 1947. Cela fait 62 ans. Nous sommes situés à Châtellerault dans la Vienne (86). Nous travaillons Pour PSA et Renault depuis 35 ans. Depuis 6 ans Renault et PSA nous font mourir à petit feu en ressourçant leurs pièces ailleurs. Cela fait également des années qu’ils nous demandent des rétrocessions sur les prix des pièces de 2 à 3% l’an. Il y a 3 semaines, ils ont décidé de se désengager de notre société complètement, alors qu’il y avait un groupe qui était intéressé pour une reprise. Ces deux  constructeurs ont été jusqu’à faire des pressions sur ce groupe afin qu’il retire son projet au tribunal de Lyon. Ce qui a donné la liquidation totale de New-Fabris ainsi que le licenciement de ses 366 salariés.
NOUS ACCUSONS RENAULT ET PSA  D’AVOIR ASSASSINE NEW-FABRIS ET SES 366 SALARIES.

C’est pour ces raisons que les 366 salariés de New-Fabris demandent une indemnité de 30000 euros par personne pour bons et loyaux services. Ces deux constructeurs viennent de recevoir des milliards de la part de l’Etat. Ils peuvent donner 11 millions d’euros pour tout le mal qu’ils viennent de nous faire. D’autant plus qu’ils viennent de négocier cette même somme avec le groupe Rencast, qui fait partie du même groupe que nous, pour tous les futurs licenciements. Cela fait plusieurs semaines que nous demandons aux responsables de Renault de venir négocier cette indemnité avec le personnel, ils se débinent lamentablement. Voila pourquoi nous sommes aujourd’hui à Boulogne-Billancourt, endroit mythique de Renault …

SI RENAULT NE VIENT PAS A FABRIS, FABRIS VIENDRA A RENAULT »

« Ils nous parlaient comme si nous leur devions tout. »

Ce matin donc, 200 des 366 travailleurs de New-Fabris se sont rendus à Boulogne-Billancourt pour négocier avec la direction de Renault. Ils demandent en tout 30 000 euros d’indemnités, partagés entre Renault et PSA (15 000 chacun). Devant le mépris évident de la direction, les salariés désabusés ont décidé de manifester ensuite dans Boulogne-Billancourt. Un membre de la délégation rapporte : « Ils nous parlaient comme si nous leur devions tout, à les entendre on devraient presque les remercier … ».

« C’est notre trésor de guerre »

Depuis l’annonce de la fermeture de l’usine le 26 juin, les travailleurs occupent à tour de rôle l’usine. Ils la considèrent comme leur « trésor de guerre » et chaque moment passé entre camarades soude toujours plus cette famille. En parlant avec eux, on sent d’une part la solidarité qui s’est imposée, après des années de taff et des mois de lutte, on sent d’autre part la motivation et en même temps le désespoir de ces femmes et ces hommes qui ne luttent pas par caprice pour grapiller quelques euros, mais qui bataillent pour survivre, pour payer l’emprunt de la baraque les études du gosse, pour garder un niveau de vie décent.

« Le 31 juillet tout saute ! »

Les « Fabris » ont lancé un ultimatum, si aucune solution n’est trouvée, le 31 juillet l’usine brûlera. Un message clair envoyé par des salariés déterminés, conscients de l’arnaque à laquelle ils sont victimes « Il n’y a plus de boulot, comment peuvent-ils nous faire croire qu’à 50 ans, après une nouvelle formation, on retrouvera un job ». Après avoir bloqué l’avenue Leclerc au Pont de Sèvres, les travailleurs en colère se sont dirigés vers Marcel Sembat, le rond point central de la ville. Hormis quelques tensions avec des agents provocateurs de la BAC (les policiers en civil), aucun incident n’a été à signaler. Le cortège a finit sur les quais de Seine pique-niquant et bloquant la route. Les travailleurs, après avoir mangé dans une ambiance conviviale, sont rentrés en car à Châtellerault, certes insatisfaits, mais avec l’assurance d’avoir médiatisé leur lutte. Ils seront reçus normalement lundi prochain par le ministre Estrosi.

Une lutte exemplaire

Les « Fabris » comme les «Contis» et comme tous les autres travailleurs en lutte, ouvriers sans-papiers, précaires se sont battus et se battent encore pour arracher quelques victoires (maigres certes) au système qui les utilise depuis des années. C’est à travers ces luttes que les travailleurs, grévistes, militants ont regagné la part d’objectivation que le salariat leurs a fait perdre. En cela leur lutte est exemplaire, car en plus se battre pour des victoires sur l’exploitation, des avancées et un nouveau modèle de société, ces travailleurs récupèrent la part d’humanité que le capitalisme leur avait ôté. Sans ces derniers mois de lutte, les « contis » seraient restés ouvriers X ou Y d’un système qui les broie. Mais la lutte des « Fabris » est originale, car si jamais ils gagnaient, leur victoire ferait jurisprudence pour tous les sous-traitants sous-traités de France.