2013-02-12-Manif--EnseignantsAprès l’attaque contre les totems, celle contre les statuts…

www.initiative-communiste.fr relaie ici un communiqué du SNLC-FO relatif à la publication des décrets Hamon sur le service des enseignants du secondaire. Celui-ci est suivi par les commentaires de la commission enseignement du P.R.C.F.

Communiqué du S.N.L.C.-F.O. – Le décret de la honte voulu par les bureaucraties syndicales de la F.S.U. – 21 septembre 2014

Les faits le prouvent, ce décret 2014-940 est régressif.
Le 20 août, B. Hamon signait un décret qui bouleverse les obligations de service des enseignants du second degré. Force est de constater que depuis, la publicité donnée à ce décret, qui touche 350000 professeurs, est inexistante.
Et pourtant… Applicable à la rentrée 2015, il fixe les obligations des enseignants du secondaire « dans le cadre de la réglementation applicable à l’ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail » (décret n°2000-815 du 25 août 2000 Fonction publique). Parce qu’il faut bien appeler un chat un chat, ce sont bien les 1607 heures annuelles, cela sous prétexte de reconnaître les missions liées à l’enseignement.
Alors que les tâches quotidiennes annexes à l’enseignement sont toujours alourdies et la transmission des connaissances proprement dite de plus en plus difficile, cette nouvelle disposition ouvre la voie aux 18h + x heures de présence de toute sorte, obligatoires et fixées localement. A la clé donc encore plus de temps de présence pour mettre en place les politiques éducatives locales avec les partenaires, les collectivités, évaluer les compétences, recevoir les parents, etc. Avec le nouveau socle de compétences sur lequel le ministère organise une consultation la réunionnite risque de s’aggraver encore. Alors que les professeurs certifiés et agrégés sont recrutés pour enseigner en lycée ou en collège et les PLP en LP ou SEGPA, les missions seraient désormais identiques… Ce qui est proposé à donc beaucoup d’incidences , notamment dans le cadre des affectations.
Ce décret prévoit aussi la mise en place d’un nouveau régime indemnitaire, pour l’exercice de « missions particulières », définies localement. Combien ? Pour qui ? Pour quoi ? Sur la base d’une lettre individuelle de mission signée du chef d’établissement ? Autant de questions qui méritent réponse. Le ministère avait annoncé qu’il consulterait les organisations syndicales sur ses projets avant l’été. A ce jour il ne l’a toujours pas fait. Il pourrait le faire en octobre ou en novembre. Le montant de l’indemnité pourrait être, selon les chiffres avancés début 2014 de 1200 euros (éventuellement 600 pour une demi indemnité) : c’est à peine le montant d’une HSA de certifiés classe normale, mais moins qu’une HSA de certifiés hors-classe, ou d’agrégé.
En attendant, avec le décret, les professeurs perdent à coup sûr la plupart des réductions de service (cabinet d’histoire…), l’attribution de l’heure de première chaire se fera sur la base de 10 heures, les heures de coordination d’EPS disparaissent… tandis que les tuteurs de stagiaires ont vu leur indemnité passer de 2000 à 1250 euros !
Si ce décret constituait une avancée, s’il sécurisait notre statut, notre métier, s’il reconnaissait nos missions en diminuant notre charge de travail ou améliorait nos rémunérations, malgré le pacte de responsabilité et ses 50 milliards de coupes budgétaires, alors pourquoi garder un tel silence ? Pourquoi tarder à rendre public le dispositif indemnitaire ? Personne ne peut penser que ce soit lié aux prochaines élections professionnelles (du 27/11 au 4/12)…
Mais les faits le prouvent, ce décret est régressif. Alors y a-t-il une autre revendication que celle d’abrogation du décret du 20/08 2014 et de rétablissement de toutes les garanties des décrets du 25 mai 1950 ?

Un COMMENTAIRE de la COMMISSION ENSEIGNEMENT du P.R.C.F.

Jusqu’alors les obligations de services des enseignants du secondaire étaient régies par un décret spécifique issu du statut général de la Fonction Publique due au communiste Maurice Thorez, alors ministre dans le gouvernement de la Libération qui au sortir de la guerre mit en place une partie du programme du Conseil National de la Résistance. Bon an mal an, et malgré ses imperfections bien réelles, ce décret (dit décret de 1950) garantissait à la profession, en dépit des nombreuses attaques menées par divers gouvernements, une définition du temps de travail en terme de maxima d’heures de cours hebdomadaire. De plus, cinquante années de luttes syndicales principalement menées par le SNES avaient permis d’attacher à ce décret un droit coutumier favorable à la profession. Dans un contexte général de déréglementation, de coupes budgétaires et de dérives autoritaires et entrepreunariales orchestrées depuis Bruxelles et mises en application rue de Grenelle par les gouvernements U.M.P.S., la tentation d’augmenter la charge de travail des enseignants, ainsi que celle de les livrer à l’arbitraire sans frein des hiérarchies locales étaient grandes….
Fi du statut élaboré par Thorez et amendé par Anicet Le Pors en 1983, le lifting dont rêvait Chatel, le roi de la cosmétique, c’est le gouvernement de la droite complexée qui le met en place.
Ainsi, sous prétexte de reconnaitre le « travail invisible » des enseignants, c’est toutes une liste de « missions liées » (c’est-à-dire non directement liées à l’enseignement) qui apparait dans les obligations de services et tout cela dans le cadre des 1607h annuelles, c’est-à-dire dans le cadre d’une annualisation des services dont Aubry fit déjà le cadeau empoisonné aux personnels hospitaliers lors de la mise en place des 35h dans la Fonction Publique.
Le plus beau, c’est que cela ce fait dans un silence assourdissant, et pour cause, alors que les syndicats ouvertement gouvernementaux (UNSA-CFDT) se prononçaient pour ce nouveau décret, le syndicat ultra majoritaire SNES-FSU s’est permis de se prononcer en abstention sur le texte du décret!

C’est tout simplement hallucinant: voilà où mène l’aveuglement volontaire qui refuse de voir que la Stratégie de Lisbonne pour l’éducation et que le programme de la (grosse) Commission européenne concourent tous les deux à casser l’Ecole républicaine pour mieux la privatiser et la livrer aux appétits du Marché. A force de refuser de dénoncer les ressorts du système, à force de ménager la hideuse « construction européenne » antisociale, on en vient parfois à dorer soi-même ses propres chaînes!
Pourtant la colère gronde dans la profession, les prises de positions dans les établissements pour dénoncer les décrets Hamon sont nombreuses, et plusieurs secteurs académiques du SNES parmis les plus important ont pris position contre le décret Hamon.De plus, l’on se rappelle qu’à l’hiver dernier, les enseignants de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, menant une lutte dure et unitaire, non pas pour « montrer leur colère », mais pour GAGNER (comme les pilotes d’Air-France) réussirent eux à sauver leurs statuts de la machine eurodestructrice conçue par l’Axe Hollande-Merkosy et alors actionnée par Peillon.
http://blog.nonauprojetpeillon.info/pages/Mobilisation-en-France
Où l’on s’aperçoit que « ceux qui vivent sont ceux qui luttent » pour citer un auteur absent des fameuses « compétences », clefs de la Stratégie de Lisbonne pour l’Education, et que malheureusement, ceux qui refusent de se battre et qui accompagnent un gouvernement social-maastrichtien au nom du « moindre mal », ont déjà perdu… et risquent en outre de faire reculer l’outil syndical de lutte qu’a longtemps été le S.N.E.S.-F.S.U. dans l’estime du monde enseignant floué.

Décidément, pour défendre ce qui subsiste des conquêtes sociales et républicaines issues de 1789, de 1936 et de 1945, et adossés depuis toujours à l’Ecole de la République, cet outil au service de la transformation sociale de progrès tel que le défendait le scientifique révolutionnaire G. Monge, il faut partout dénoncer la doxa eurolibérale sans craindre de secouer les Etats-majors syndicaux euro-endormis.
Défendons les conquêtes du CNR, et contre ceux qui veulent briser les « totems » (c’est-à-dire les acquis sociaux !), défendons les statuts de la Fonction Publique, que Valls-Hamon et consorts essaient de sacrifier sur l’autel du Pacte de Stabilité patronal et de l’Euro prison des peuples.