Il y a 15 ans les 11 12 et 13 avril 2002 la classe capitaliste lançait une violente tentative de coup d’état au Venezuela tentant de renverser Hugo Chavez. La mobilisation populaire déjoua le coup de force de la droite putchiste. 15 ans après la droite n’a pas abandonné ses méthodes violentes. A l’image de ses appels à la violence lancés ces dernières semaines par ses leaders et les manifestations violentes conduites ces derniers jours. À l’image du Tribunal Constitutionnel attaqué par des émeutiers qui ont tenté de l’incendier. Des attaques visant également un organisme comme l’institut national de nutrition.

Le gouvernement venezuelien dénonce avec force la préparation d’une situation de coup d’État appuyé par l’OEA et en particulier les États-Unis. Les protestations de différents secteurs de l’opposition sont en effet de plus en plus violentes. Le système médiatique hégémonique à la main de l’opposition tente de dépeindre un pays en flamme, censurant les images qui démentent ce scénario, alors que globalement les venezueliens vivent dans la paix et le calme.

Le 19 avril, les vénézuéliens descendront une nouvelle fois en masse dans les rues pour défendre leur indépendance nationale et la souveraineté populaire, pour répondre démocratiquement et pacifiquement aux attaques incessantes de la droite qui défend les intérêts de l’oligarchie capitaliste et de l’impérialisme américain. Le 19 avril sera une journée mondiale de solidarité avec le Venezuela.

En attendant, malgré la campagne de propagande menée par les médias occidentaux s’appuyant sur les quelques manifestations violentes menées par l’opposition, en cette semaine de Pâques, force est de constater que loin des barrages et de la grève générale en Guyane, les perturbations voulues et organisées par l’opposition demeurent circonscrites.

Intervention de la Chancelière de la République Bolivarienne du Venezuela, Delcy Rodriguez, au Conseil Permanent de l’OEA le 27 mars 2017

Merci pour les paroles du Président de ce Conseil. Je dois préciser que le Venezuela a demandé avec succès un Conseil Permanent aujourd’hui. Justement pour éclaircir et dénoncer les graves actions d’ingérence que, à partir de cette Organisation, commettent aussi bien son Secrétaire Général qu’une faction minoritaire de quelques pays de notre Région.

Nous nous trouvons dans le Salon Simón Bolívar et nous honorons en eux l’antériorité historique du concept de Projet Bolivarien. Je l’avais dit l’année dernière dans ce même salon, il y a 2 modèles opposés, il y a 2 modèles antagoniques au sein de l’Organisation : le Projet Bolivarien, basé sur l’union de la Grande Patrie, lui-même basé, justement sur la défense et l’approfondissement de l’indépendance et de la souveraineté de nos pays et un projet expansionniste territorialement, culturellement, militairement et médiatiquement basé sur la puissance hégémonique du nord.

Je m’exprime au nom du Président de la République Bolivarienne du Venezuela, Nicolás Maduro Moros et du peuple vénézuélien, alertés par les graves actions qui sont commises contre notre pays depuis l’Organisation des Etats Américains.

Nous voyons avec inquiétude et alarme comment depuis son arrivée, le Secrétaire Général Luis Almagro a consacré sa gestion à agresser de façon obsessionnelle le Venezuela et son peuple. Son action illicite, unilatérale, arbitraire, déviante et biaisée a motivé l’approbation, lors de la 46° Assemblée Générale de l’Organisation des Etats Américains du 13 juin 2016, qui s’est déroulée en République Dominicaine, d’une Résolution née de la profonde inquiétude des chanceliers de la Région à cause de l’action déviante de monsieur Almagro. C’est pourquoi ils ont décidé de continuer à contrôler, au Conseil Permanent, la façon dont le Secrétaire Général respecte les institutions et les règles de l’OEA.

Nous devons faire l’histoire, les peuples du monde doivent savoir comment cet obscur personnage est arrivé au Secrétariat Général de l’Organisation des Etats Américains. Le Président Nicolás Maduro avait déjà prévenu le Président ami José Pepe Mujica des dérives politiques de son Chancelier Luis Almagro au service des agents de l’Empire. Nous savions qu’il agissait en tant qu’agent des intérêts états-uniens. C’est grâce à l’intervention du Président Mujica qui a donné des garanties complètes au Président Maduro que jamais, écoutez bien, jamais, Almagro n’attaquerait le Venezuela qu’on a décidé de le soutenir et que son élection a été garantie. Ça a été la chronique d’une trahison annoncée.

Luis Almagro a pris ses fonctions le 26 mai 2015. A peine 15 jours plus tard, il a commencé ses attaques et ses agressions contre le Venezuela. Il était arrivé avec un mandat très clair dans cette Organisation : d’abord en finir avec la Révolution Bolivarienne, ensuite, remplacer le gouvernement du Président Maduro et donner un support international aux violences de l’extrême droite vénézuélienne violente en sapant la souveraineté et l’état de droit par la déstabilisation du pays. Et avec la disparition physique de notre cher et bien-aimé Commandant Président Hugo Chávez, le dirigeant de la Révolution Bolivarienne, il avait renforcé le plan pour assiéger le Venezuela.

Des actions destinées à fomenter un blocus financier contre notre pays ont débuté. On a organisé en cartels les faibles forces de production privées du Venezuela pour boycotter la commercialisation et la distribution des aliments et des médicaments. On a renforcé la contrebande d’extraction de biens essentiels pour la population vers la Colombie et on a manipulé avec une référence fictive et virtuelle la valeur de la monnaie vénézuélienne par rapport à la devise états-unienne sur la frontière avec la Colombie.

Cette agression économique multiforme contre le Venezuela a été accompagnée par les pouvoirs factuels internationaux, financiers et médiatiques, encouragés par un plan organisé et soutenu par Washington.

Almagro n’agit pas seul ni par lui-même, il est dirigé par les mandats qu’on lui dicte depuis cette ville et il agit, de plus, en collusion avec une petite faction d’un groupe de pays au sein de l’OEA. Un but les lie à partir de positions différentes : créer l’ambiance dans la communauté internationale pour que quelque chose de grave qui justifie l’intervention dans toutes ses dimensions se produise au Venezuela.

Les règles générales de fonctionnement du Secrétariat Général établissent que celui qui occupe cette charge doit la remplir avec intégrité, indépendance et impartialité. Ce sont exactement les qualités que monsieur Almagro ne possède pas. Il manque d’indépendance quand il se met volontairement au service du pays le plus puissant de cette Organisation et qu’il agit comme son agent bureaucrate, son opérateur de propagande, son assistant politique et son extorqueur local. Il manque d’intégrité quand il passe par-dessus les règles de l’Organisation. Il viole le droit international, utilise au besoin une information fausse. Il contredit ouvertement les décisions des Etats Membres et menace ceux qui ne le suivent pas dans son ordre du jour de destruction du Venezuela. Il manque aussi d’impartialité quand il organise sans aucun scrupule une campagne avec les ressources de cette Organisation comme on n’en a pas vu depuis longtemps pour déstabiliser le Venezuela tout en fermant les yeux sur les énormes violations commises par le pays qui lui paie son salaire. Monsieur Almagro fait déjà partie d’une lignée honteuse de Secrétaires Généraux comme Carlos Dávila qui, en 1954, a soutenu l’invasion du Guatemala de Jacobo Arbenz, ou José Antonio Mora, qui, en 1965, a approuvé l’invasion de la République Dominicaine.

Je ne me trompe pas quand j’affirme que Monsieur Almagro est un menteur, un malhonnête, un malfaisant et un mercenaire. Un traître envers tout ce que représente la dignité d’un diplomate latino-américain.

Je veux amener une présentation dans laquelle la campagne contre le Venezuela de celui qui occupe aujourd’hui le poste de Secrétaire Général est dévoilée.

Depuis son élection en tant que Secrétaire Général en mai 2015, le compte twitter de Monsieur Almagro a consacré pratiquement 21% de ses twitts – écoutez bien – je répète : 21% des twitts consacrés au Venezuela et le reste à l’ordre du jour de l’hémisphère.

Du 14 au 24 mars de cette année, malgré les terribles pluies qui s’abattaient sur le peuple frère du Pérou, après la présentation de son infâme et mensonger rapport sur le Venezuela, le Secrétaire Almagro a consacré 73% de ses twitts à la campagne contre le Venezuela. Le reste de l’ordre du jour de l’hémisphère : 14 twitts.

Il y a là des exemples des twitts les plus honteux de cet individu. Il appelle “dictateur de caniveau” le chef de l’Etat du Venezuela, voleur, en plus du fait que cette organisation est devenue une Organisation inter-gouvernementale dans laquelle le Secrétaire Général travaille avec les agents les plus extrémistes du Congrès états-unien.

Ce sont des twitts offensifs, des twitts avec des individus qui attaquent et agressent directement le peuple du Venezuela. Une lettre du 18mai où il dépasse vraiment tout par sa vulgarité et sa grossièreté envers le Chef de l’Etat, le Président Nicolás Maduro.

Inacceptable, il y a là sa participation, les 12 et 13 mai 2016, à un forum dans lequel l’ex président Uribe, l’ex président de la Colombie, appelle à occuper le territoire vénézuélien avec une armée étrangère. Vraiment très grave, cette sorte d’action.

En outre, le Secrétaire a eu, seulement entre 2016 et 2017, 26 réunions avec l’opposition vénézuélienne que nous pourrions comptabiliser et sur lesquelles 57% ont été des réunions avec des militants de Volonté Populaire, une faction de l’extrême droite extrémiste et violente dans notre pays.

Ses voyages sont également énumérés dans cette présentation. Monsieur Almagro le 4 septembre 2015 s’est rendu en Colombie. Le 14 janvier, il s’est rendu en Italie. Le 8 mars, au Chili. Le 11 avril, aux Etats-Unis, à Miami. Le 13 mai, à Miami. Du 13 au 15, en République Dominicaine. Du 12 au 15 juillet, au Paraguay. Le 1° septembre 2016, en Géorgie, Etats-Unis. Les 20 et 21 septembre 2016, à New York, Etats-Unis. Le 5 octobre 2016, au Paraguay. Le 6 octobre 2016, au Brésil, le 21 octobre, à Miami, Etats-Unis. Du 14 au 16 septembre… décembre 2016, à Ottawa, Canada. Le 24 janvier 2017, en Belgique, à Bruxelles. Le 26…25 janvier 2017, en Espagne. Et lors de toutes ces visites, et de tous ces voyages, monsieur Almagro a fait des déclarations contre le Gouvernement du Venezuela.

Je veux évoquer les règles qui sont directement violées par cette action déviante, illicite, arbitraire, biaisée de monsieur Almagro.

Article 1 de la Charte de l’OEA. Je veux le souligner, l’Organisation des Etats Américains n’a pas d’autres facultés que celles que lui confère expressément cette Charte. Aucune de ces dispositions ne l’autorise à intervenir dans les affaires qui concernent la juridiction intérieure des Etats Membres.

L’article 107 aussi, l’article 118, je veux le souligner, dans l’exercice de leurs devoirs, monsieur Almagro et le personnel du Secrétariat “ne demanderont pas et ne recevront pas d’instructions d’un Gouvernement ou d’une autorité étrangère à l’Organisation.” Le contraire est arrivé dans chacun de ses voyages, le contraire est arrivé quand il a des réunions avec des congressistes des factions les plus extrémistes du Congrès des Etats-Unis où on lui dit ce qu’il doit faire contre le Venezuela. “Et ils s’abstiendront d’agir d’aucune façon qui soit incompatible avec leur condition de fonctionnaires internationaux uniquement responsables devant l’Organisation.” Le principe de responsabilité de ce fonctionnaire, une responsabilité internationale dans l’exercice de ses fonctions, en découle.

Mais en plus, dans les règles générales de fonctionnement du Secrétariat Général où se trouve le mandat que nous donnent les Chanceliers à l’Assemblée Générale de l’OEA qui a eu lieu en République Dominicaine, on nous demande aussi de vérifier le respect de ces règles.

Article 29. Indépendance dans l’accomplissement de leurs devoirs. Dans l’accomplissement de leurs devoirs, les membres du personnel ne demanderont ni ne recevront d’instructions d’un Gouvernement ni d’aucune autorité étrangère à l’Organisation.

Article 137. Le Secrétaire Général et son adjoint s’abstiendront de toute activité qu’elle soit ou non interdite par ces règles qui soit ou donne l’impression d’être une perte d’indépendance ou une absence d’impartialité dans leurs actions respectives. Le Venezuela a démontré clairement comment ces règles sont violées constamment et systématiquement par monsieur Almagro.

Adoption de décisions administratives sans observer les procédures administratives. Préjudice envers le prestige et l’intégrité du Secrétariat Général. Le Secrétariat Général de cette Organisation est très discrédité.

Vraiment, ce qui se passe là est inquiétant.

En mars 2015, l’OEA s’est trouvée face à la grave menace de l’utilisation de la force par un Pays Membre de cette Organisation mais qui, en plus, est la plus puissante, la force militaire la plus puissante du monde considérant, comme vous le savez bien, à travers l’ordre exécutif signé par l’ex Président Barack Obama, considérant le Venezuela comme une menace pour la sécurité et la des Etats-Unis.

Ensuite, en octobre de cette même année, le Chef du Commando Sud des Etats-Unis a déclaré l’intention de son pays d’envahir militairement le Venezuela dans l’éventualité d’une crise humanitaire qui le justifierait.

2 forces au sein de l’OEA ont travaillé dans cette direction.

En reprenant le dossier des interventions qui ont marqué leur pernicieuse action dans l’histoire de l’Hémisphère, d’un côté son Secrétaire Général travaillait ardemment pour la déclaration de crise humanitaire au Venezuela, de manque de démocratie et de violation des droits de l’homme. De l’autre, un petit groupe de pays opposants politiques et idéologiques au modèle de la Révolution Bolivarienne a déployé une sorte de diplomatie douce organisée avec l’extrémisme obsessionnel d’Almagro mais liés indissolublement à leur intention de causer des dommages à l’image internationale du Venezuela, d’affecter les relations avec les autres pays de la Région, de coller au Venezuela l’étiquette de “pays à problèmes” dont s’occuper de façon urgente.

L’OEA a été créée à cause d’une vulgaire histoire d’intervention dans notre Hémisphère en faveur du pays du Nord qui a l’hégémonie. Un instrument diplomatique à travers lequel les Etats-Unis, en agissant avec leur machinerie militaire, commerciale, culturelle et financière, ont imposé non seulement leur modèle d’ mais ont aussi soumis des peuples entiers à la plus infâme violation des droits de l’homme.

L’OEA est née avec ces 2 modèles en contradiction et en lutte : le modèle de Monroe, d’expansion territoriale et de domination de l’Empire contre le Projet Bolivarien profondément indépendantiste et souverain.

En 1962, une situation identique à celle qui se produit aujourd’hui a été vécue dans la Région : un conclave immoral décida l’exclusion de à cause de la nature de son idéologie. On a criminalisé Cuba et on l’a assiégée économiquement en la soumettant à un blocus qui dure déjà depuis plus de 50 ans. Les erreurs historiques commises par ce conclave immoral, comme l’a appelé justement le Commandant Immortel Fidel Castro Ruz, ont coûté au peuple cubain des souffrances, des pénuries et des angoisses qui ont provoqué le contraire de ce que cherchait le Ministère des Colonies de l’époque, une histoire de résistance et de dignité comme jamais auparavant on ne l’avait vu chez aucun peuple de notre Continent.

Notre hommage éternel au peuple de pour sa résistance, pour sa dignité, pour sa vaillance, pour son courage face à ces prétentions qui cherchent aujourd’hui à se diriger comme des forces obscures vers le Venezuela.

Le silence complice de l’OEA a avalisé presque 50 coups d’Etat dans la Région depuis sa fondation en 1948, née souillée par le sang du dirigeant Jorge Eliécer Gaitán. Les coups d’Etat les plus connus sont ceux organisés par la CIA contre le Gouvernement constitutionnel de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954, le cruel et sanglant coup d’Etat de Strossner au Paraguay, le coup d’Etat contre le Président Joao Goulart en 1964 au Brésil. En 1973, dans la plus ancienne démocratie de notre Contiennent à cette époque, Augusto Pinochet renversa dans le sang notre bien-aimé Président Salvador Allende. L’OEA n’a pas non plus condamné ouvertement le coup d’Etat contre le Commandant Chávez en 2002. En 2011, face au coup d’Etat parlementaire contre Fernado Lugo… Ce cycle d’opprobre et d’humiliation s’achève aussi en 2016 avec l’un des chapitres les plus honteux de notre histoire, le coup d’Etat parlementaire contre la Présidente Dilma Rousseff. L’OEA a ouvertement avalisé en 1954 l’invasion du Guatemala, en 61 l’invasion manquée de Cuba, en 65, elle a soutenu l’invasion de la République Dominicaine, en 1983, elle a soutenu l’invasion de La Grenade. Toutes réalisées par les Etats-Unis avec l’assentiment ou le silence complice de l’OEA. Cette Organisation a fermé les yeux sur la répression de Gouvernements néolibéraux contre les mouvements populaires, progressistes et de gauche comme l’assassinat de milliers de dirigeants paysans et populaires et d’activistes des droits de l’homme.

Particulièrement sur le Venezuela, pour votre information, Secrétaire, sous la IV° République aux dirigeants de laquelle vous apportez aujourd’hui un soutien international, on a comptabilisé plus de 10 000 victimes sur lesquelles 459 par disparition forcée et 1 425 assassinées pour des raisons politiques parmi lesquelles on compte le cas honteux de mon père Jorge Rodríguez.

La Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme ne fait aucunement référence à ces crimes.

L’OEA, alors, est devenue une Organisation atteinte de dysfonctionnement qui rompt avec l’état de droit international et sape les modèles démocratiques non alignés sur les intérêts et les prétentions du pays dominant.

Il est devenu impossible de transformer la nature ignorantiste de cette Organisation attachée pour son financement non seulement aux Etats-Unis qui apportent 60% de son budget total mais aussi à l’Europe qui apporte 30% du budget de fonds spécifiques. Par cette voie et d’autres voies immorales, ils prétendent soumettre les Etats Membres au chantage et menacent les Gouvernements de la Région à partir des centres de l’Empire.

Le Projet Bolivarien atavique dans les racines indépendantistes qui l’ont fait naître se dresse comme une véritable menace pour cette Organisation. Aujourd’hui on ne veut pas châtier ou sanctionner le Venezuela, on veut la disparition de ce modèle qui encourage la défense de la souveraineté, la démocratie exercée directement par le peuple, l’indépendance et l’autodétermination des peuples, la justice sociale inclusive et la solidarité internationale en tant que relation entre les états.

Nous menaçons le système de privatisation de l’éducation et de la santé parce qu’aujourd’hui, avec 30 millions d’habitants, nous sommes le cinquième pays du monde pour le nombre d’inscriptions à l’école et que notre système de santé couvre plus de 82% de notre population. Sur 50% du territoire national, cette couverture atteint déjà 100%.

Nous menaçons les monopoles mondiaux de l’alimentation parce que, livrant une bataille économique inégale, nous avons créé un programme populaire pour soutenir notre peuple dans son alimentation et déjà aujourd’hui, un an à peine après la création de ce nouveau modèle de distribution et de production des aliments, il atteint 6 millions de familles.

Nous menaçons la privatisation de la culture parce que nous avons couvert le Venezuela de musique et de poésie. Déjà 800 000 enfants et jeunes de notre Patrie grossissent le système d’orchestres symphoniques le plus grand et le plus réussi au monde.

Nous sommes un danger pour les gouvernants de l’oligarchie parce qu’en 17 ans, nous sommes passés de 300 000 personnes qui touchent une pension de retraite à 3 millions, atteignant en 2017, dans le développement de la Révolution Bolivarienne, 95% de la population ayant droit à une pension, payant la dette historique de 40 ans d’abandon de la sécurité sociale.

Nous menaçons l’atroce capitalisme parce que nous démocratisons et transférons la richesse au peuple et nous consacrons 64% de nos revenus à l’investissement social.

En affrontant la plus brutale conspiration contre notre économie, aujourd’hui, le programme des Nations Unies, dans le rapport publié il y a seulement quelques jours, le 24 mars de cette année, nous situe parmi les pays du monde qui ont un haut niveau de développement. Au-dessus de presque toutes les nations de ce Continent. Cela signifie, pour qu’on comprenne, dans ce forum, que 7 des 14 pays signataires de l’infâme communiqué du 23 mars qui menace de sanctions le Venezuela possèdent un indice de développement humain inférieur à celui du pays qu’ils prétendent sanctionner. Alors que le Venezuela occupe la 61° place, voyons les 7 pays qui font partie des 14 qui ont signé le communiqué. Le Mexique est à la 67° place, le Brésil à la 69°, le Pérou à la 80°, la Colombie à la 95°, le Paraguay à la 110°, le Guatemala à la 125°, le Honduras à la 130°. Demandons-nous : quand signera-t-on un communiqué pour s’auto-sanctionner parce que son niveau de développement est inférieur à celui du Venezuela ?

Le Venezuela aujourd’hui est le centre de la politique domestique et internationale des Etats-Unis. D’un côté, il est devenu un élément de transaction entre l’administration et les agents extrémistes du Congrès états-unien financés par l’extrême droite et l’oligarchie vénézuélienne. De l’autre, il a été pris comme objet à négocier entre la nouvelle administration et les Gouvernements de droite de la région pour diminuer les craintes de ce front envers une nouvelle classe gouvernante.

Notre modèle social d’intégration entre égaux et de commerce juste est un facteur de stabilité et de paix sur ce Continent. Nous, nous voulons bien souligner cela, les dangers que contient la poursuite de ce plan interventionniste et de déstabilisation au Venezuela. On n’en a pas conscience, c’est ce qu’annonçait le Commandant Chávez quand il disait que nous étions un facteur de stabilité et qu’il a conçu les nouveaux mécanismes pour l’unité latino-américiane et caribéenne, un équilibre pour avancer collectivement vers le bien-être et la justice sociale au milieu des terribles crises du capitalisme mondial et prédateur.

Juan Domingo Perón l’a dit, au XXI° siècle, nous serons unis ou esclaves. Malgré 1 siècle de pillage et de domination de l’Empire, au XXI° siècle, nous ne sommes pas esclaves, nous nous battons pour la libération, la souveraineté, le droit que nous avons de construire notre propre avenir et pour l’indépendance définitive de la Grande Patrie.

Face à ce modèle naissent comme un espoir à l’horizon pour l’intégration et l’union des peuples la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens, l’Union des Nations Sud-américaines, l’Alternative Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique, le Traité de Commerce des Peuples et Petrocaribe. Ce que l’OEA n’a pas pu construire dans un vrai dialogue entre les pays, dans la coopération et la solidarité internationales a été revendiqué par ces nouveaux mécanismes qui expriment l’esprit du Nouveau Monde voulu par le Libérateur Simón Bolívar.

Bolívar l’a imaginé, Martí l’a rêvé et Chávez l’a formé avec un petit groupe de dirigeants et de dirigeantes de tout notre Continent, dont le Commandant Fidel Castro. Cette vision se concrétise là dans la CELAC, dans l’ALBA, dans L’UNASUR, dans Petrocaribe et nous sommes sûrs que tôt ou tard, elle vaincra les factions putschistes au sein du MERCOSUR.

La CELAC nous a apporté, à nous, en tant que communauté de nations latino-américaines, la déclaration qui nous consacre comme territoire de paix. Le droit à la paix est un droit sacré des peuples. Aujourd’hui, Petrocaribe et l’ALBA ont des résultats extraordinaires en faveur du droit au développement et des peuples.

Je veux seulement mentionner les réussites extraordinaires et les plus importants de ces mécanismes. Depuis sa création le 29 juin 2005, Petrocaribe et le Produit Intérieur Brut pour la fourniture d’hydrocarbures est passé de 143 377 millions de dollars à 216 806 millions de dollars, ce qui implique une augmentation de 51,2%.

En 2016, 14 millions de barils ont été fournis pour un montant de 800 millions de dollars sur lesquels 300 millions ont été financés à long terme.

Après ces 11 ans de travail, la capacité de stockage des hydrocarbures dans la région a aussi augmenté à 652 000 barils et la capacité de transport maritime à 980 000 barils. On a un circuit de raffinage propre, caribéen, avec une capacité de 135 000 barils par jour distribués entre la Jamaïque, et la République Dominicaine. Nous avons atteint 354 000 millions de barils qui correspondent à une facture de 30 933 millions de dollars, presque la moitié font partie du financement à long terme.

Concernant la production d’électricité, on l’a augmentée à 447 mégawatts distribués en Haïti, à San Cristóbal et Nieves, en Jamaïque et au Nicaragua. Des sources alternatives d’énergie ont aussi été financées avec un parc d’éoliennes au Nicaragua, un en Jamaïque et un générateur de basse puissance et des panneaux solaires.

C’est ce mécanisme de coopération qui a permis, en plus, une compensation commerciale en échange de produits pour 3,5 millions de tonnes de produits provenant du Nicaragua, de la République Dominicaine, de la Jamaïque qui ont compensé la facture avec des aliments, des médicaments et d’autres services.

Dans la gestion sociale, écoutez bien, quelque chose qui ne plaît pas beaucoup au modèle néolibéral et aux oligarchies de notre région : 757 projets se sont développés pour un investissement d’environ 75 000 millions de dollars, 60% destinés à des projets de production, de distribution, d’électricité et de viabilité.

Des réussites conjointes de Petrocaribe et de l’ALBA : dans la Mission Miracle jusqu’à présent, on a soigné 3 642 623 personnes avec des problèmes de vue. On a soigné aussi 1 285 087 personnes handicapées, accordé 1 705 aides techniques et fournitures et on a réalisé gratuitement 2 030 000 consultations médicales de personnes handicapées.

Dans le service de Cardiologie Infantile du Venezuela, on a fait 10 446 interventions pour des patients de la Région.

On a alphabétisé 3 815 092 personnes dans la Région et sur ces 3 815 092, 1 174 000 personnes ont achevé leur éducation de base.

Nous voulons également souligner que grâce à Cuba, Antigua et Barbuda, la Bolivia, Cuba, le Nicaragua et le Venezuela ont été déclarés territoires libres d’analphabétisme.

C’est la vision du Nouveau Monde de notre Libérateur qui a été reprise par les grands héros de notre Patrie, de la Grande Patrie, reprise par le Commandant Hugo Chávez, par le Commandant Fidel Castro. Ce modèle naît comme un espoir à l’horizon pour l’intégration et l’union des peuples.

Chères délégations, nous voulons rejeter dans toute son étendue la stratégie développée par monsieur Luis Almagro et les infâmes extravagances évidentes dans le rapport contre le Venezuela présenté le 23 juin 2016 et dans le rapport présenté il y a à peine quelques jours devant cette Organisation.

J’attire votre attention sur le bobard organisé alors par le Secrétaire en collusion avec un petit groupe de pays. A nouveau, une faction minoritaire au sein de l’OEA a trompé et manipulé les pays en disant que le Venezuela ne serait pas sanctionné et qu’on n’appliquerait pas la Charte Démocratique contre le pays mais qu’on écouterait la lecture du rapport par le Secrétaire Général. Le résultat a été conforme aux règles de l’Organisation. On a pris note non seulement de la lecture du rapport mais aussi des interventions solidaires envers le Venezuela, son Gouvernement et son peuple. Traduit de l’argot diplomatique, cela signifie qu’on s’est mis en veilleuse. Cependant, Almagro, l’oligarchie vénézuélienne et la droite du continent ont vendu la fausse nouvelle qu’on avait appliqué la Charte Démocratique au Venezuela avec la participation des secteurs vénézuéliens extrémistes et violents contre le dialogue soutenu par le Président Maduro et soutenu pat l’UNASUR, le Saint Père, les ex présidents Fernández, Torrijos et Zapatero. Un dialogue qui avait aussi le soutien de la majorité des pays de cette Organisation.

Almagro est devenu un militant contre le dialogue au Venezuela. Nous avons les preuves, on communiquait directement avec l’opposition vénézuélienne pour lui dire : “Ne dialoguez pas parce que la Charte Démocratique, nous l’avons appliquée.” De cette façon, il contrevient à ses fonctions essentielles en tant que fonctionnaire international.

Je veux, à cette tribune, remercier les ex présidents Zapatero, Torrijos et Fernandez pour la lettre que j’ai reçue aujourd’hui en tant que Chancelière, qui réaffirme leur engagement envers le dialogue au Venezuela. Nous remercions aussi la plupart des pays de la région pour leur soutien honnête, sans camouflage, en faveur d’un dialogue fructueux dans notre pays.

A cause de ce précédent et de la campagne féroce qui se déchaîne contre le Venezuela, nous alertons la communauté internationale pour qu’elle ne se laisse pas tromper par le faux masque qui prétend qu’on ne veut pas agresser ou sanctionner le Venezuela, qu’on veut seulement discuter de la situation dans notre pays. Je me demande : quelle sorte de situation est celle qu’on a construite avec leurs agressions multiformes de l’économie vénézuélienne pour causer des pénuries et de la souffrance au peuple comme on l’a fait contre Cuba en 1962 et contre Salvador Allende en 1973 pour favoriser son renversement ? Almagro et ce petit groupe de pays dirigé par les centres du pouvoir de l’Empire ont oublié les rapports positifs que des agences spécialisées des Nations Unies comme l’UNICEF, la FAO, le PNUD, entre autres ont présentés sur le Venezuela qui a approuvé récemment son examen périodique universel avec des marques de reconnaissance de son modèle des Droits de l’Homme malgré ce plan macabre contre le Venezuela, contre le peuple vénézuélien. Ils n’ont rien pu contre le Venezuela, ils ne pourront rien contre le Venezuela.

Le second rapport mis au point par Luis Almagro viole les règles les plus élémentaires de cette Organisation. Il ne s’agit pas d’une actualisation mais de la composition d’une stratégie complexe d’intervention avec des actions immédiates à moyen et à long terme. Bien qu’il réaffirme la suspension en tant qu’effet juridique que cela demande, ce n’est pas l’objet de la demande mais seulement une pause dans l’escalade de sa proposition qui contient un authentique et véritable plan d’intervention au Venezuela.

Nous alertons le monde sur le fait que cette intervention ne serait pas seulement destinée à renverser le Gouvernement constitutionnel du Président Nicolás Maduro mais aussi à développer un schéma d’intervention complexe, c’est à dire non seulement à implanter un autre Gouvernement pour satisfaire les désirs des secteurs d’opposition mais aussi à permettre que l’intervention développe toutes les missions qu’il contient. Cet ordre du jour – écoutez – diffère de la stratégie de l’année dernière parce qu’il ouvre toutes les possibilités d’intervention et à long terme puisqu’il s’agit de l’abandon du modèle des Droits de l’Homme à succès du Venezuela, par la mise en place d’un autre accord avec la stratégie et l’attaque néolibérale qui aujourd’hui est à la mode dans la région, qui prétend ramener à la pauvreté des millions de citoyens pour le bénéfice exclusif des oligarchies qui font de notre Région l’une des plus inégalitaires de la Planète. Dans ce contexte, le Venezuela et l’Uruguay, le pays d’origine du Secrétaire Général, partagent la première place dans la Région en tant que pays les moins inégalitaires de notre Continent.

A cette stratégie s’ajoutent les actions du Groupe de 14 pays qui ont signé un ignominieux communiqué de teneur hautement ignorantiste et qui soutient l’infâme rapport d’Almagro ainsi que la fallacieuse convocation d’un Conseil Permanent pour aborder la situation au Venezuela, demain, sans le consentement du pays concerné.

Nous appelons instamment tous les états à se démarquer de ce plan interventionniste et de déstabilisation dirigé contre notre Patrie depuis le pays dominant du Nord.

Avec cette fallacieuse convocation, les règles fondamentales de la Charte de l’Organisation des Etats Américains et les règles essentielles de procédure pour convoquer des réunions de cette teneur ont été violées.

C’est une organisation à la dérive et sans boussole institutionnelle, l’effondrement absolu de ses règles vient d’un passé néfaste et construit un avenir d’échec.

Il y a à peine quelques heures, le Tribunal Suprême de Justice de la République Bolivarienne du Venezuela a émis un accord dans lequel il appelle instamment le Gouvernement national à demander la destitution de Luis Almagro lors d’une Assemblée Générale conformément à l’article 116 de la Charte de l’OEA. Il exige également que le Secrétaire Général respecte le dialogue qui se déroule en République Bolivarienne du Venezuela.

En accord avec cela, le Venezuela annonce qu’il encouragera chaque Conseil Permanent pour 1° : continuer à évaluer l’action du Secrétaire Général conformément à la Résolution approuvée à l’Assemblée Générale de l’OEA qui a eu lieu en juin 2016 en République Dominicaine et qui aborde même l’utilisation illégale des ressources de l’Organisation et de ses installations à des fins personnelles et partisanes.

2° : La situation des migrants aux Etats-Unis et le Mur.

3° : La solidarité et le soutien envers le peuple du Pérou pour les pluies terribles qui ont affecté cette population sœur.

4° : Le changement climatique qui affecte les petits états insulaires des Caraïbes et l’Amazonie et les rend plus vulnérables.

5° : La mise en place des accords de paix en Colombie.

Tous ces thèmes d’importance pour les peuples de l’Hémisphère.

D’un autre côté, nous rejetons les menaces brutales, les manipulations et les pressions exercées depuis les centres du pouvoir états-unien contre les Gouvernements de pays frères qui maintiennent une…

Nous annonçons que si ces agressions et ce harcèlement contre la République Bolivarienne du Venezuela persistent, nous prendrons des mesures sévères et définitives.

Comme le disait le grand Argentin Julio Cortázar à l’époque où les agressions contre la Révolution Cubaine redoublaient, “nous sommes à l’heure des chacals et des hyènes.”

Les chacals viennent pour nos richesses, les hyènes pour ce qui reste du festin. Depuis l’âme bolivarienne du Venezuela, nous disons “Nous sommes à l’heure des vaillants et des dignes, ils ne pourront rien contre la force invincible de nos libérateurs, de nos héros et de nos martyres, c’est l’heure des peuples de notre Amérique Latine et des Caraïbes et de la construction de la Grande Patrie.

Je termine en paraphrasant notre grand Libérateur Simón Bolívar : « Faisons que l’amour lie par un lien universel les fils de l’hémisphère et que la haine, la vengeance et la guerre s’éloignent de nous. » Merci beaucoup.

Traduite par Françoise Lopez (texte intégral)

»» http://bolivarinfos.over-blog.com/2017/04/venezuela-intervention-de-la…

VENEZUELA : Appuyer sur l’accélérateur, précipiter le coup de force. Une nouvelle tentative de Révolution de Couleur (Mision Verdad)

« A l’instar du tableau de Goya « Duel à coups de gourdin », nous nous écharpons dans de vains combats tandis qu’à chaque coup de gourdin, l’un et l’autre, nous enfonçons dans les sables mouvants. Ces sables mouvants, c’est notre Monde… » (Michel Serres)

Quand la dissonance disparaît, quand les titres et les contenus se ressemblent et se multiplient à toute vitesse de Médiapart au Monde ou de France-Inter à El Pais, on peut raisonnablement soupçonner que nous entrons dans l’ère des gourdins de la propagande. Le journaliste qui expliquerait que le Venezuela est une démocratie participative assiégée par une droite aussi violente que celle du coup d’Etat de Santiago en 1973 ou de Caracas en 2002 (dont de toutes manières personne ne se souvient) ou que cette droite agit aujourd’hui dans la rue pour fournir les images nécessaires aux grands groupes médiatiques, serait l’objet de sarcasmes, traité de fou, de pro-totalitaire, risquerait de perdre sa place, ses amis. Pour vivre heureux, vivons gris sur gris. Tous les médias ne disent-ils pas la même chose ? Comme disait Charles Chaplin dans Monsieur Verdoux : « le nombre sanctifie ». Et le consommateur d’actu européen trouvera presque sympa l’amiral Kurt W. Tidd, chef du Southern Command des Etats-Unis, qui vient de suggérer une « intervention régionale car l’instabilité du Venezuela affecte les pays voisins ».

Thierry Deronne
Venezuela, 9 avril 2017

Appuyer sur l’accélérateur, précipiter le coup de force. Une nouvelle tentative de révolution de couleur

Au point où se trouve le conflit, il n’y a plus aucun doute sur comment s’organise, s’élabore et s’exécute le calendrier du coup de force contre le Venezuela. Il n’est plus temps, non plus, d’y mettre les formes. S’il est quelque chose que dévoilent les faits violents perpétrés ces jours-ci à Caracas, c’est que les auteurs du coup de force réalisé de l’intérieur attendaient impatients le coup de pouce de l’OEA. La résolution adoptée par 17 pays de l’OEA le 3 avril a été le coup de sifflet du départ de la tentative d’ouvrir un nouveau cycle de violence et d’affrontement dans la rue, dangereusement semblable à celui qui débuta en février 2014.

La boussole de cet épisode indique le Nord

Le point de départ de la série d’actions qui ont rendu possibles les évènements violents du 4 avril se situe, la veille, à Washington, siège de l’OEA.

La stratégie du choc institutionnel utilisée par les États-Unis et leurs pions sur l’échiquier de l’OEA a été rapidement reprise par les dirigeants anti-chavistes ; ceux-ci ont utilisé la menace de destituer illégalement les magistrats du Tribunal Suprême de Justice (TSJ) comme principale raison de l’appel à manifester, grâce au discours généralisé du coup d’État contre l’Assemblée Nationale (AN).

L’extorsion politique appliquée au Venezuela n’est pas derrière le rideau, mais devant

Le mécanisme du coup de force contre le Venezuela porte dans sa moelle la stratégie du choc contre tout soupçon de légalité nationale ou internationale qui ne lui serait pas favorable ; ceci, en plaçant ses opérateurs sur le terrain de sorte qu’ils suivent toujours la même trame dans leurs activités politiques ou institutionnelles, en partie pour éviter l’usure du discours « coup d’État » contre l’Assemblée Nationale ( qui demanderait selon ce calcul une réponse du même genre), en partie pour produire un point d’inflexion qui viserait à écarter peu à peu et à court terme tout mécanisme de pourparlers entre différents pouvoirs de l’État et des forces politiques. Bloquer le jeu pour ne pas refuser de le résoudre politiquement au moyen du dialogue.

Car, mesurer le front intérieur à l’aune du discours de rupture et d’affrontement que l’on a alimenté depuis l’OEA contre l’État vénézuélien, revient à respecter l’objectif de positionner l’AN comme le seul moyen d’évaluation (et d’extorsion politique) pour valider ou refuser la permanence du Venezuela dans le système interaméricain dominé par l’élite financière des États-Unis.

Fondamentalement, la raison de l’étau et de l’isolement diplomatique contre le pays (pour le moment) est la décision du Venezuela d’empêcher que soient violées ses institutions. Il faut dynamiter l’État vénézuélien, devant l’exigence de l’OEA et logiquement de ses alliés intérieurs pour que soit reconnue une situation de pouvoir vacant (causée par leurs propres actions) comme l’on a plusieurs fois tenté de renverser Nicolas Maduro. On propose comme seule option valable que les institutions vénézuéliennes se tirent une balle dans la tête pour entrer efficacement tel un cadavre de plus dans le cimetière de l’OEA, soit : une espèce de troc pour être reconnu et être à nouveau le bienvenu dans les schémas des institutions nord-américaines. Et derrière toute stratégie, de même que dans les budgets de financement qui, par le biais des ONG, aboutissent dans le camp anti-chaviste, se trouve le département d’État des États-Unis, qui une fois encore, met tous ses moyens politiques et financiers pour faire un autre essai de révolution de couleur au Venezuela.

En remplissant son rôle d’opérateur dans l’organigramme de l’intervention, l’AN a annoncé qu’elle mettra en marche un processus de destitution des magistrats du TSJ mercredi 5 avril, montrant à son tour son désir de mettre toutes ses actions institutionnelles au service du coup de force. De cette façon, elle cherchera à renforcer la situation d’état de siège et de tension au niveau intérieur, pour suivre la mesure donnée par l’OEA.

Depuis l’appel à la manifestation, celle-ci a commencé à ne pas être pacifique

La stratégie de « vente » de l’appel réalisé principalement par les partis d’extrême-droite Voluntad Popular et Primero Justicia proposait différentes images mais sous un seul angle : celui de « manifestants pacifiques » tentant de rompre les cordons de police dont ils savaient qu’ils seraient postés sur le parcours de leur mobilisation.

Leur promesse, ils l’ont bien tenue : des dizaines d’agitateurs violents ont commencé à harceler les forces de police dans l’Avenue du Libertador (puis ensuite sur l’autoroute Francisco Fajardo), cherchant l’affrontement. La vidéo et la série de photographies (prises par le photoreporter de l’AFP et AP) que nous présenterons ci-dessous mettent en évidence l’inexistence de « manifestants pacifiques ».

Au moment précis où les forces de police ont initié les mesures normales pour contenir la situation, des individus préparés avec des masques à gaz, des objets contondants et des gants pour repousser les bombes lacrymogènes, entrainés à la mise en place de barricades et à l’improvisation d’armement artisanal, ont répondu automatiquement, de façon très coordonnée et organisée.

Les « manifestants pacifiques » évoqués dans la presse internationale et locale, qui ont agi de manière spontanée contre la « répression », n’ont jamais existé. En revanche, une manifestation articulée et préparée d’agitateurs violents qui savaient bien ce qu’ils allaient faire ce jour-là a bel et bien existé, avec le soutien qui leur était dû de la part des dirigeants anti-chavistes qui n’ont jamais condamné leurs actions.

Il faut souligner, entre autres détails, à propos de cette journée : qu’un membre de la Garde Nationale a été dépouillé de son arme par les « manifestants pacifiques » , qu’il y a eu 7 membres de la Police Nationale Bolivarienne blessés par ces acteurs violents , que des boucliers de policiers ont été arrachés, que la principale voie de circulation de Caracas a été bloquée , que trois paramilitaires ont été capturés à Aragua en possession d’un lance-grenades.



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La Direction de la Magistrature du Tribunal Suprême de Justice après le passage des commandos « pacifiques » de l’opposition, le 8 avril 2017, à Caracas.

« Les collectifs chavistes » nous agressent : alors qu’il s’agit seulement d’un élément de leur stratégie de « vente » de la répression

De Lilian Tintori en passant par Gaby Arellano et jusqu’à la dizaine de médias et journalistes qui couvraient les échauffourées, tous se sont associés pour mettre en place le schéma selon lequel les « collectifs chavistes » ont également participé à la répression « en tirant des coups de feu contre les manifestants ». C’est alors que surgit le doute : comment se fait-il que d’une manifestation qui a bénéficié d’une immense couverture médiatique, on ne nous ait pas montré une seule photo qui mette en évidence cette accusation ? La journaliste Madelein Garcia a démontré que ces accusations étaient fausses dans une vidéo publiée sur Instagram. Même la dénonciation du fait qu’une personne avait été blessée par l’impact d’une balle tirée par un « collectif » n’a pas été corroborée jusqu’à présent.

Ces accusations sans rapport avec la réalité nous renvoient à une opération « sous fausse bannière » dirigée par Primero Justicia et Lilian Tintori en novembre 2015, décrite par Mision Verdad. Á ce moment-là et par la suite, différents acteurs politiques (Henrique Capriles, Miguel Pizarro, entre autres) ont établi un lien entre « les collectifs » et les supposées agressions perpétrées, jamais prouvées, accusant directement de hauts dirigeants du chavisme de les avoir préparées.

La criminalisation et la diabolisation à laquelle sont soumis les collectifs, dans ce contexte spécifique, peut plutôt rendre compte de comment ces opérations « sous fausse bannière » (perpétrer une agression physique contre des dirigeants de l’opposition, réalisée par eux-mêmes, pour ensuite incriminer le chavisme) peuvent être avancées dans l’éventail d’options et de possibilités ; fabriquer un ou plusieurs faits saisissants contre des dirigeants de l’opposition ou des « manifestants » apparentés à la MUD afin de provoquer l’escalade dans les manifestations et augmenter la pression internationale à un moment où le Venezuela se trouve à l’affiche, représente une voie pas du tout méprisable pour atteindre leurs objectifs immédiats.

La surexploitation médiatique des principales figures d’opposition « agressées » par des gaz et des bombes lacrymogènes, conséquence de la violence générée par leurs partisans, pourrait bien montrer leurs préparatifs, au-delà du fait que sur le moment, les images ont été utilisées pour dévier l’attention et faire porter la responsabilité des faits de violence sur les forces de sécurité.

La question économique

L’élargissement des Comités Locaux d’Approvisionnement et Production à plus de 6 millions de familles et l’inclusion sociale de plus de 8 millions de personnes dans le Plan du Carnet de la Patrie (conçu pour la distribution directe des services aux personnes), rendent compte de la contention des effets de la guerre économique sur les couches sociales les plus vulnérables, une mesure qui, tout comme le dialogue politique, selon la firme de sondage privée Hinterlaces, est approuvée à plus de 50%. De la même façon, la réorganisation d’une partie importante de la carte économique vénézuélienne met en évidence qu’un important secteur entrepreneurial (national et étranger) prend une grande distance par rapport aux cartels économiques responsables des agressions économiques, Fedecamaras et Consecomercio.

Ceci se produit dans le cadre d’une stratégie de réorganisation économique intérieure, dans laquelle entrent également le nouveau Dicom et les alliances public-privé dans les domaines stratégiques de l’économie nationale au moment où s’achève l’Expo Venezuela Potencia 2017, visant le marché financier international dans le but d’attirer les investissements au sein d’un nouveau cadre règlementaire.

L’entrée du Venezuela dans la Banque Asiatique d’investissement et d’Infrastructure (important projet géoéconomique du bloc de pouvoir anti-Washington au niveau mondial) et le dernier rapport de la banque Barclays sur la forte probabilité que le Venezuela ne se trouve pas en situation de défaut de paiement en avril, représentent des éléments importants qui montrent comment ces mesures répercutent positivement sur le marché financier international et comment le pays élargit ses alliances pour surmonter le blocus imposé depuis les États-Unis.

Ce scénario de récupération économique et politique, qui a des incidences positives sur la progression de l’approbation du président Nicolas Maduro selon des enquêtes privées, impose une pression pour accélérer le coup de force, avant que ne se consolide cette récupération. En utilisant l’Assemblée Nationale comme ressource intérieure pour illégaliser des investissements et le Département du Trésor pour appuyer la persécution, dans le cadre d’un affrontement géopolitique entre de grands blocs de pouvoir parmi lesquels se trouve le Venezuela ; cela revient à contenir géopolitiquement les adversaires directs de l’élite financière occidentale.

Essayer d’accélérer le coup de force par la voie de la confrontation violente et de la pression étrangère est une réaction qui vise à enrayer ces mesures, en attendant le moment pour intensifier le blocus financier et empêcher ainsi la consolidation de la récupération économique. Avec cela, ils cherchent à renforcer les difficultés de la population et par là-même la pression politique et sociale leur calcul étant que, de cette manière, le chavisme souffrira une défaite cuisante ou qu’au moins ils prendront un avantage impossible à retourner. La cible de cette guerre continue et continuera d’être la population.

Révolution de couleur et nécessité que le front intérieur ne reste pas à la traîne

Révolution de couleur, c’est le nom de la méthode selon laquelle les États-Unis et l’OTAN (au moyen de leurs médias, hommes politiques et ONG) ont lancé les coups d’État et les préparatifs d’intervention étrangère dans des pays comme La Serbie, la Géorgie, la Syrie, l’Egypte, la Tunisie et l’Ukraine. La doctrine et le cadre opérationnel d’une révolution de couleur vise à ce que le gouvernement qui doit être renversé soit affaibli et isolé au niveau international, ébranlé au niveau de l’ordre intérieur par des manifestations violentes (qui seront ensuite présentées dans les médias comme pacifiques) ; il doit être diabolisé et criminalisé par les médias internationaux, attaqué sur ses points faibles économiques, politiques et financiers, ravagé à tel point qu’il ne lui reste qu’une solution : abandonner le pouvoir.

A cet égard, en ce qui concerne le Venezuela, ils ont déjà fait quelques pas sur le premier point (tenter d’affaiblir internationalement le gouvernement qui doit être renversé). Par le biais des médias, on prépare une nouvelle vague de manipulations dans le dossier de criminalisation du Venezuela (un autre point clé). Ces deux éléments sont tous les deux nécessaires, et ils arrivent en même temps, pour déclencher directement des manifestations violentes qui augmenteraient l’intensité du conflit jusqu’à son point de rupture. Et ce n’est pas un fruit du hasard si des grandes entités médiatiques comme El Pais, ABC, The Washington post, Reuters, AFP, AP, entre autres médias de grande audience en anglais et en espagnol, ont évoqué les manifestations au Venezuela comme s’ils étaient en train de parler d’un État voyou. En agissant comme s’ils étaient le bureau de propagande du Département d’État des États-Unis, cette agence qui met ses ressources douces (les ONG) et diplomatiques (extorsion financière des pays des Caraïbes à l’OEA) à disposition de cette nouvelle étape de coup de force contre le Venezuela. En appliquant une tactique de contrôle de ce qui se passe dans la rue et dans l’arène internationale, ils sont les véritables opérateurs politiques de première ligne du fond d’investissement d’entreprises et de grandes sociétés au Venezuela.

Le Venezuela a déjà vécu sa propre et tragique expérience de ce mode opérationnel en 2014, avec les conséquences et les dispositifs mis en œuvre que nous connaissons tous. Sauf que, maintenant ils ont, pour les encourager, le pouvoir législatif et un meilleur cadre de coordination avec le front que constituent l’étranger et ses grandes entreprises. Le besoin de renouveler cette expérience, à toute vitesse, maintenant, avec ces nouveaux outils, est marqué par la pression qu’impose le moment et leur propre calendrier. L’OEA a déjà avancé tant qu’elle a pu et pour faire le prochain pas, elle a besoin que le front intérieur fasse valoir l’invitation formulée dans la résolution du 3 avril et qui stipule que le Venezuela revienne à l’ordre démocratique. Cette stratégie doit avancer rapidement et elle doit progresser immédiatement pour s’approcher de l’objectif final qui est d’accélérer un coup d’État contre le Venezuela, profitant du temps limité durant lequel le Venezuela sera en vitrine. Son extension repose sur une entorse réelle dans le conflit interne. Le cadre d’immunité qu’établissent 17 pays au nom de l’OEA non seulement impose un rythme mais fixe également les limites de l’appui diplomatique à des actions violentes semblables et plus importantes que celles qui ont eu lieu le 4 avril.

Peu avant que ne commencent les fêtes de Pâques et que cette période ne fasse le pont avec la fête du mercredi suivant 19 avril, on accélère contre le Venezuela. C’est une semaine qui contribue habituellement à décongestionner fortement la conjoncture et à faire baisser la tension politique. Que le conflit vénézuélien s’envenime avant que n’arrive cette semaine c’est le rythme qu’elle impose, car, il y en a autant qui sont disposés à risquer le tout pour le tout qu’à attendre, mais eux, ils ne veulent (ni ne peuvent) attendre. Les auteurs de ce plan leur disent d’avancer et eux ils sont de trop bons employés pour leur manquer de respect.

Jusqu’à présent, les dirigeants politiques les plus en vue de l’anti-chavisme et de Voluntad Popular (qui souhaite rentabiliser au maximum le coup de pouce de l’OEA) maintiennent l’appel à manifester pour perpétrer de nouveau les mêmes faits, jeudi prochain, 6 avril, car ils prévoient que l’agitation se renforcera et que s’aggraveront les dégâts et dommages humains. Pendant ce temps, ils cherchent à provoquer des débuts d’échauffourées à Merida et dans d’autres états du pays, dans leur tentative désespérée de donner une image fausse, celle d’un pays entièrement en proie à la violence. Luis Almagro, de son côté, en omettant superbement les évènements violents générés par la mobilisation, redonne une impulsion pour que l’on continue de respecter le calendrier qu’il tient de concert avec Voluntad popular ; ils risquent trop et trop rapidement.

Dans le centre de Caracas, alors que se déroulaient des épisodes violents, une manifestation chaviste inondait les rues. Dans la joie, sans semer le désordre ou la peur autour d’eux. Elle ne représentait qu’un quart du mouvement qui est en marche et qu’elle peut parvenir à mobiliser, aussi bien à Caracas qu’à l’intérieur du Venezuela. Élément important à prendre en compte si le rythme qu’ils veulent nous imposer se joue dans la rue.

Mision Verdad

Traduction : Sylvie Carrasco

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