Philippines : le parti communiste dénonce la politique anti-pauvres de Duterte

« La vérité, c’est que vous voulez seulement que les chauffeurs et les petits opérateurs meurent dans la misère et la pauvreté pour servir vos véritables maîtres », a déclaré le PCP.

Le Parti communiste des Philippines (PCP) a traité le président Rodrigo Duterte de « faux arrogant » après ses insultes contre les petits opérateurs combatifs des transports publics du pays. Les chauffeurs ont mené des grèves à l’échelle nationale pour protester contre les plans visant à supprimer leurs célèbres jeepneys des rues des Philippines au début de l’année prochaine.

« Si le 1er janvier, vous ne pouvez pas moderniser ça, partez. Vous êtes pauvres ? Fils de pute, vas-y, souffre dans la pauvreté et la faim, je m’en fous. »

Le mouvement a démarré à la suite des menaces proférées jeudi par le fameux dirigeant lorsqu’il a menacé les jeepneys d’utilité publique  de mettre leurs véhicules à l’arrêt et à la fourrière s’ils ne respectaient pas le programme de modernisation proposé. Ce programme prévoit que les conducteurs de jeepney remplacent leur flotte par au moins dix « e-jeeps » électriques fabriquées aux États-Unis.

Sa menace est intervenue après une grève des opérateurs de jeepney de deux jours, dirigée par le groupe de transport PISTON, qui avait auparavant refusé le plan de modernisation.

Duterte a accusé les jeepneys d’origine – des véhicules de transport public fabriqués à partir de jeeps militaires de la Seconde Guerre mondiale abandonnées ou vendues – d’« empoisonner les gens » avec la pollution qu’ils créent. Pendant des décennies, les jeepneys décorés de couleurs vives ont servi de principal moyen de transport public et démontré la créativité populaire.

George Mateo, le président de PISTON, a déclaré que la menace de Duterte était irréaliste puisqu’il faudrait plus de temps pour remplacer les 240 000 jeepneys dans tout l’archipel.

Alors que le gouvernement avait offert des programmes destinés à aider modestement les propriétaires de jeepneys à remplacer leurs anciens véhicules par de nouveaux, Mateo a expliqué que les nouvelles versions étaient trop chères et que les programmes d’acquisition écarteraient les petits opérateurs.

Il a dénoncé le fait que c’était Duterte qui les avait mis au défi d’organiser une grève des transports, ce qui a provoqué leur mouvement de protestation de lundi et mardi et a forcé le gouvernement à annuler les cours dans les écoles et à fermer les bureaux gouvernementaux.

« Il est arrogant, anti-pauvres », a déclaré Mateo.

Le PCP clandestin a aussi accusé Duterte d’être un instrument sans cœur et servile des oligarques et des ultra-riches du pays.

« Vous êtes en colère contre la fumée qui jaillit des jeepneys mais vous vous taisez sur l’épaisse fumée émise par les centrales électriques au charbon qui empoisonnent tout l’environnement du pays », a répondu le PCP, selon la traduction de KODAO Productions.

« La vérité, c’est que vous voulez seulement que les chauffeurs et les petits opérateurs meurent dans la misère et la pauvreté pour servir vos véritables maîtres », a ajouté le groupe. « Il est contre les affamés et les pauvres, en particulier ceux qui savent comment se dresser et se battre pour leurs intérêts. »

Sans donner de preuve, Duterte a qualifié les opposants comme PISTON, le syndicat qui représente les chauffeurs des jeepneys, d’être un groupe paravent pour le mouvement communiste clandestin.

Le syndicat progressiste Kilusang Mayo Uno, ou Mouvement des travailleurs du 1er mai, ont également accusé Duterte de parler des chauffeurs et des opérateurs de jeepney pour éviter d’écouter leurs revendications.

« Son bavardage complaisant à la télévision nationale refuse d’affronter la réelle menace aux moyens d’existence des conducteurs de jeepneys du pays que constitue le plan de suppression des jeepneys », a déclaré KMU.

« Duterte prouve qu’il est une couverture des oligarques comme les Ayalas, Pangilinan et Cojuangco, qui retireront des superprofits de ce plan », a ajouté le militant syndical, relevant qu’il a aussi transmis aux mêmes clans d’importants oligarques le contrôle sur le Manila Light Rail Transit System, les autoroutes, les sociétés de télécommunication, la gestion de l’eau et les entreprises d’installations électriques.

« Duterte a la mentalité d’un dictateur ! Lorsque les pauvres font usage de leur droit à s’exprimer contre les menaces à leurs moyens d’existence, il qualifie leurs actions de « conspiration » et de « rébellion », a encore ajouté KMU.

La déclaration de Duterte a également provoqué un « rassemblement éclair » conduit par l’organisation de la jeunesse Anakbayan. Des douzaines de jeunes gens ont franchi les barrières de sécurité pour tenir une manifestation non annoncée à la Porte Sept du palais présidentiel de Malacañan pour dénoncer « la déclaration inhumaine et anti-pauvres de Duterte ».

Le groupe a brûlé une effigie de Duterte, le dénonçant comme un personnage brutal et répressif soumis aux intérêts des États-Unis. Le groupe a brandi des banderoles appelant à la justice pour toutes les victimes d’exécutions extrajudiciaires et victimes des démolitions, de déportations et de la loi mariale.

« Dans ces périodes frivoles où nous vivons, nous avons un président encore plus insignifiant prêt à commettre n’importe quelle brutalité pour consolider et maintenir son pouvoir. Cette manifestation éclair – la première que la jeunesse a organisée sous l’administration de Duterte – montre à quel point cette administration a perdu ses limites, sa boussole morale, sa mission, comment elle continue à trahir la confiance du peuple et à détruire les droits du peuple », a déclaré le président d’Anakbayan, Vencer Crisostomo.

« Duterte s’est totalement dégradé – d’un prétendu président charismatique à une véritable marionnette des États-Unis », a relevé Crisostomo.

« De nos jours, parler de violence est un euphémisme. La violence est un mot qui suffit à peine à décrire le sang, le carnage, le choc et la terreur provoqués par les forces de l’État dans tout le pays – depuis les lointaines montagnes de Mindanao jusqu’aux ruelles de Caloocan », a ajouté le dirigeant de la jeunesse.

« Il ne suffit plus de pleurer les morts dans nos rangs. Il n’est plus temps de se mettre en colère contre les atrocités commises contre notre peuple », a déclaré Crisostomo avec passion.

« Il est temps d’intensifier la lutte et d’arracher le manteau de folie qui a recouvert le pays de ténèbres et de brutalités pendant beaucoup trop longtemps. »

source : https://www.telesurtv.net/english/news/Filipino-Communists-Youth-Blast-Arrogant-Fake-Dutertes-Poor-SOB-Jeepney-Insults-20171019-0042.html
Traduction DG pour www.initiative-communiste.fr